26/03/18 - 1 - Pavillon Noir - Jour 14 (1) - retourner seul dans la grande maison
après un interlude austral,
faire le point pour se dés-angoisser,
se languir de l'arrivée des amis.
midi,
c’est ce que j’ai indiqué dans mon carnet noir quant à l’heure où j’ai attaqué la barre
dans le studio Bagouet du Pavillon Noir.
Dix mois après,
je ne vous cache pas que retraverser toute la fin de l’aventure,
ce chapitre français
et l’été taïwanais qui suivra,
ça ne va pas être désagréable mais cela va être étrange.
Donc à midi, je suis en studio, sur le point de me replonger dans la danse.
Vingt jours se sont passés depuis mon atterrissage à Marseille Provence,
le cœur lourd d’avoir quitté mes amis
mais avec le petit bonheur d’entrapercevoir ce que pourrait devenir la pièce.
Depuis que je suis rentré, le bonheur, bien que teinté d’inquiétudes, s’est maintenu à une taille respectable.
Il y a eu bien-sûr le mail laconique du responsable de la ville de Marseille me redemandant mon adresse postale parce qu’il avait un courrier à me faire parvenir,
(une manière comme une autre de me faire comprendre que cette année non plus je n’aurai rien)
mais des bonnes étoiles ont décidé de me rendre la vie moins difficile.
Du côté de Martigues d’abord, où la résidence s’annonce belle.
Les premiers contacts sont plus que chaleureux.
En dehors de mes amis des Chartreux, c’est la première fois dans cette région
où je sens des gens qui ont envie de faire en sorte que tout,
absolument tout,
me soit facile et agréable.
On me propose des journées supplémentaires de travail,
un traiteur pour le déjeuner,
deux équipes de techniciens dont une que je connais et que j’apprécie,
j’ai presque l’impression d’en avoir trop.
C’est agréable et flippant.
Maintenant, il va falloir être à la hauteur …
Dans la grande maison, j’ai hélas peu de créneaux.
Mais là-aussi, je sens que Nathalie Zoccola fait tout ce qui est en son pouvoir pour que j’en aie le plus possible,
me contactant dès que quelques heures supplémentaires se libèrent dans un des studios.
Et puis, il y a Mike,
qui est prêt,
inquiet et impatient.
Cela aide grandement à dissiper les doutes.
Mais une fois encore, la balle est dans mon camp.
Il faut que je lui propose des choses qu’il aime, qu’il voudra défendre.
Maintenant que j’ai osé l’idée de présenter mes écrits à tous.
Je ne peux plus reculer, mais je peux toujours mieux faire.
Je relis les textes que je lui ai envoyés il y a quelques temps
et déjà, je me rends compte que depuis, les choses ont déjà bougé.
Certaines histoires vont disparaître, d’autres vont être dites ailleurs, ou autrement que prévu.
C’est normal,
c’est même très bien
mais ça veut dire qu’il va falloir tout revoir et être sûr de soi
pour bien concevoir tout ça et l’énoncer clairement.
Ce qu’il y a de bien c’est que je sens l'acteur prêt à avancer pas à pas avec moi.
Mes peurs de ne pas savoir le diriger,
que ce que j’imagine ne fonctionne pas,
sont tempérées par son calme, semblable à celui d’Anaïs.
On trouvera le chemin ensemble.
J’en suis sûr.
Enfin presque ...
Depuis mon retour de Taïwan, je suis reparti travailler sur l’île de la Réunion
où on m’a rappelé une quatrième fois
et je ne vous cache pas que j’y suis retourné avec grand plaisir.
L’occasion de retrouver des amis,
comme ma chère Soussou,
mais aussi Bruno, dont je prenais les cours il y a une trentaine d’années ...
et de découvrir de belles personnes
la douce Natacha, et aussi Slawo, le polonais, ou encore Malik de Brooklyn.
J’en ai bien évidemment profité pour faire travailler aux stagiaires des extraits de la pièce.
« Cijin », « la traversée » et une variante du solo de Wan Chu.
Une des bénévoles, qui est aussi kiné, m’a diagnostiqué un tendon un peu paresseux et m’a donné un ou deux exercices à faire.
À suivre ....
Cette coupure a été agréable bien-sûr,
parce que j’aime cette île autant que ses gens
et aussi parce que cela m’a permis de me mettre en sursis de l’hiver européen
mais elle n’a pas été bénéfique pour l’aventure des chroniques.
Le redémarrage n’en est qu’encore plus rude.
Seul dans mon studio, j’ai du mal à me relancer.
Cette fin de matinée, malgré le soleil qui commence à baigner le studio Bagouet, je me traine.
C’est bien difficile de ne plus être entouré.
J’aimerais qu’ils soient là, tous les trois, tout de suite,
ou au moins que Wan Chu et Cheng Wei arrivent quinze jours plus tôt,
il ne me resterait que quinze jours en quasi solitaire,
juste assez pour que je prépare des choses,
et nous pourrions directement avancer tous ensemble.
Mais je sais bien que pour eux c’est impossible.
Partir six ou sept semaines,
avec les salaires que Cheng Wei réussira (peut-être !) à extirper de son tout petit budget,
c’est inenvisageable.
Il faudrait que je puisse l’aider.
Mais sans le soutien de l’Institut Français, cela va être encore plus difficile.
Je vais voir si avec ce que j’ai gagné à la Réunion,
je peux, en plus des billets d’avion, leur donner des per diem confortables quand ils seront là.
J’ai encore quelques stages ici et quelques jurys,
je serais pauvre mais je devrais peut-être pouvoir m’en sortir.
Mais je m’éloigne du sujet,
enfin pas tant que ça,
mais un peu quand même.
Je suis donc dans ce studio,
démarrant comme un très vieux camion diesel,
alternant les phases de lamentation à propos de mon état
et de culpabilisation lié au fait que j’occupe un lieu pareil sans rien n’y faire de suffisamment constructif.
Je culpabilise d’autant plus
que, comme je vous l'ai dit, je n’ai pas beaucoup d’heures de travail dans cette grande maison,
mais j'en ai encore moins d’ici l’arrivée de mes amis.
Pour me calmer, j’écris noir sur blanc, ce que je dois faire et quand.
Et ça marche.
Il y a certes beaucoup de choses à faire.
Mais en ne s’affolant pas et en faisant tout ça dans l’ordre.
Ça ne peut que bien se passer.
mon solo, tout ce qui se passe autour de la danse de Wan Chu,
je ferai ça dans les trois jours qui viennent
(en espérant que l’inspiration soit là).
Il y a aussi les danses finales.
Là, je crois que je vais attendre que nous soyons tous réunis.
Pour l'épilogue, j’ai déjà appris la phrase de base à Anaïs, ça ira vite avec les deux autres.
La structure est écrite, il n’y aura plus qu’à …
L'autre, on la fera tous ensemble.
Pour la musique, il faut que je revois tous les niveaux.
Tiens ! Je commence par ça
Oula ! Il y a du boulot ... Déjà, tous les volumes des basses sont à revoir.
Mais c'est une bonne idée de faire ça d’ici,
le matin, avant de commencer à danser,
ou dans les moments où mon corps fatigue.
En ce qui concerne les images, là, il y a tout à faire :
l’impression et l’encadrement des photos si je veux faire une exposition dans le hall du théâtre,
les vidéos ...
Mon Dieu ...
Quelle montagne !
D’abord, faire un montage grossier de toutes les parties.
Et de là, voir ce qu’il faut finir, ce qu’il faut créer ...
Et s’y mettre.
Je sais déjà que pour les dernières parties, j’ai des films existants qu’il faut que je transforme.
Les images évoquant le voyage en général qui m’accompagnaient dans mon solo « jamais seul », doivent laisser leur place à d’autres exclusivement taïwanaises,
ou du moins qui parlent des chroniques,
ou de nous ...
Ça, ça sera pour l'épilogue (qui finalement, et bien plus avancé que je ne le pensais).
Pour la danse juste avant, celle qui parlera du retour,
ça n’est pas de « jamais seul » dont je vais partir mais du solo suivant,
« Correspondance(s) », où j’avais écris à l’écran mon parcours depuis chez moi jusqu’en Finlande.
Là, je vais faire l’inverse.
On partira de Zhongshan 1st road pour revenir chez moi,
le voyage que j’ai fait il y a vingt jours en somme.
Il y a les couchers de soleil, où là, comme pour les textes, il va falloir rechercher, trier, choisir, chronométrer …
Et puis, il y a l’idée du scooter
(dont je ne vous ai pas encore vraiment parlé ...)
Est-ce que ça va marcher ?
Ne pas s’affoler,
prendre les choses une par une,
et on accepter les événements tels qu'ils arrivent.
Si tout n’est pas possible, on fera autre chose.
Rester serein,
surtout,
rester serein.
Lundi 26 mars,
il est midi,
je commence ma barre dans le studio Bagouet.
Les Chroniques Formosanes en France,
dernière longue ligne droite,
c’est maintenant.



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