01/03/18 - 1 - Taiwan printemps 2018 - Jour 14 (1) - journée off

Mieux profiter des journées sans danse,
les surprises des montages vidéos,
un nouveau restaurant
des lunettes et une expo














Jeudi 1er mars
8h,

j’ouvre un œil sur cette journée off après deux belles aventures partagées avec mes amis d’ici
au travers de cet art que nous avons en commun.

La fenêtre est ouverte,
le ciel est bleu,
je n’ai pas pris de photos,
je me suis recouché.

Pas de radio ce matin,
juste le calme relatif de la ville.
Les bip des camionnettes ou des bus qui reculent ou qui tournent
faisant office de rappel des clignotants, ou des feux de recul,
le chant des oiseaux dans les arbres du canal d’Hebei,
les scooters bien-sûr,
les commerçants qui s’affairent autour du temple tout proche.

Je pense à ce que j’ai à faire.
Les montages des deux solos de la veille.
Pour Wan Chu, ça devrait aller vite,
pour Cheng Wei, il va peut-être falloir que je bricole entre hier et avant-hier.
J’espère que les dieux du montage seront à mes côtés.

Après les rituels matinaux sans commentaires en langue française,
j’allume l’ordinateur et m’attaque à tout ça.
Honneur aux dames.
Wan Chu est belle,
même dans la fatigue,
peut-être même surtout parce qu’elle est dans cet état ...
Je ne vais quand même pas l’épuiser pour qu’elle retrouve ce qu’elle nous a donné hier
- quoique je connais certains de mes collègues qui le feraient -
mais il y a une énergie du désespoir qui nourrit densément ce qu’elle défend.
Je me dis que même quand elle sera reposée elle sera tout aussi belle, ou autrement.

J’ai quand même quelques soucis dans les prises de vue?
Notamment, un tout petit passage où elle est quasiment hors champ
(vous l’avez peut-être remarqué si vous avez visionné la vidéo dans l’article qui en parle,
désolé ... on n’a pas pu faire mieux dans ce studio, un peu petit mais cependant bien utile)

Il y a aussi ce moment, où Cheng Wei sort des toilettes.
Vous n’avez probablement pas relevé mais il y a une prise où en arrière-plan on voit le bonhomme apparaître, allumer le couloir, fermer la porte des toilettes, se rendre compte que l’on tourne,
éteindre le couloir et se cacher.
Avec ma propension à toujours préférer les seconds rôles,
j’ai forcément tout de suite repéré l’entrée en scène de notre collègue.
Elle m’a fait beaucoup rire.
Ce contraste avec Wan Chu, complètement à ce qu’elle faisait, et lui dans le plus quotidien des quotidiens.
Savoureux,
mais inapproprié quand on veut mettre en valeur du mieux possible un travail que l’on aime.
J’ai tenté de voir sur d’autres prises si notre collègue disparaissait
mais soit c’était moins bien, soit c’était hors champ.

Je choisis la solution où elle est belle, visible partout et le plus longtemps possible,
et me contente du meilleur résultat.
Cheng Wei apparaîtra donc, loin derrière, quand Wan Chu est au premier plan.
Pas grand monde ne le remarquera ... à part moi.

Tout ça me prend quelques heures de cette matinée,
plus de temps que je ne le pensais.
Et ce temps, je ne l’ai pas complètement car les garçons m’ont concocté une après-midi de visites,
et j’ai décidé de profiter de leur présence pour aller voir un opticien local vu que mes lunettes rondes,
qui ont subi une réparation de fortune en France, n’ont pas tenu le choc de ces premiers jours presque chauds
et surtout plus humides qu’en Europe.

Nous avions rendez-vous à 12h30 pour aller déjeuner.
Je m'occuperai du solo du garçon plus tard.
Mais même comme ça, je sens que ça va être court.
Comme je connais Cheng Wei, qui est un oiseau de nuit,
le fait de décaler un peu le départ de notre journée ne devrait pas trop le déranger.
Je lui envoie un message pour savoir s’il peut me récupérer une demi-heure plus tard.

« Well …. »
Je sais que quand il commence comme ça, c’est presque comme s’il me disait « In Wei » en mandarin :
« ça va être difficile parce qu’on a réservé dans un restaurant pour 13h »
Je l’engueule parce que si j’ai pris autant de temps c’est notamment à cause de sa sortie des toilettes.
Ça le fait rire.
Moi aussi, au fond.
« ok on dit 12h45 ?
- ok »
De toute manière, vu que je l’ai fait culpabiliser, il ne peut plus me dire non.

Je finis la vidéo de cette « fille d’ici » avec le jeune homme en second rôle,
je prépare mes affaires, passe sous la douche pendant que le film se compresse
et je le diffuse sur les réseaux sociaux.
Je ne pourrais pas vérifier si tout se passe bien à la publication.
Tant pis.

12h43,
je ferme la porte de l’appartement et rejoins l’ascenseur mon casque à la main.

Rez-de-chaussée,
je dis bonjour au gardien
et descends les quelques marches qui me séparent de Zhongshan road où Cheng Wei m’attend sur son scooter.

En route.
Nous prenons Cisian road en direction de Gushan.
Il me raconte qu’il a eu un rendez-vous intéressant juste avant de me rejoindre.
Des coréens qui l’ont contacté via les autorités taïwanaises pour envisager des coopérations
avec des artistes à Kaohsiung.
Son nom circule dans des sphères plus élevées, c’est bon signe.
Je suis bien content pour lui.

Nous arrivons au restaurant,
installé dans une jolie villa au pied de la colline de Gushan au bout de Wu Fu Road.
Je veux prendre une photo.
Je n’ai pas de carte mémoire dans l’appareil.
Je m’en suis servi pour transférer les films hier soir et elle est restée dans le lecteur connectée à l’ordinateur.
Frustration.
J’ai la tablette.
Je prends quand même une ou deux photos souvenirs.


Nous sommes dans un cousin du restaurant à thé où j’étais allé plusieurs fois les années précédentes
et qui avait fermé.
Vous vous souvenez peut-être si vous avez suivi la création d’In Wei,
j’ai emmené les françaises dans ce lieu atypique à leur arrivée sur l’île.
J’avais voulu y passer mon dîner d’anniversaire mais hélas, il n’existait plus.

Un lieu où le thé est roi.
Il y a juste un menu pour le midi et un pour le soir,
que l’on accompagne d’une tasse de thé ou d’une théière à choisir dans la carte
comme on le ferait en France dans une carte des vins.
Je suis aux anges.
« c’est Ha Bao qui a trouvé l’endroit ! »
Sacré Ha Bao, toujours aussi prévenant.
D’ailleurs, il est en retard.
Il devait être au restaurant avant nous.

Cheng Wei l’appelle.
Il aide des amis à installer des tapis de scène pour un spectacle,
« il arrive »
On connaît le « j’arrive » d’Ha Bao, il est pire que nous de ce point de vue-là ...
Le jeune homme est tellement gentil, qu’il dit oui à tout le monde et son planning est plein de télescopages.
« il est trop occupé » me dit Cheng Wei,
l’hôpital qui se fout de la Charité ...

On commande pour lui.
Avec un peu de chance, son plateau arrivera au bon moment.


Le repas est aussi bon que le Oolong antique que j’ai commandé en format théière.

Ha Bao arrive quand on est presque au dessert.
Il n’a pas faim.
Pour le remercier, ses amis lui ont offert à déjeuner.
Il grignote un peu, on finit le reste.

Le dessert arrive.
Je ne sais bien ce que c’est.
Cheng Wei m’arrête quand je suis sur le point de goûter.
« there’s fresh milk in it »
Il se souvient de mon allergie.
Il demande au serveur si je peux avoir autre chose,
on m’amène un gâteau.

On repart repus pour la suite du programme,
auquel on ajoute l’achat d’une carte mémoire
d’autant que j’ai appris entre temps que nous allions voir une exposition.

Ha Bao nous quitte.
Il a d’autres activités à son planning d’homme pressé.
En fait, il a traversé la ville ... pour rien.
Juste pour passer un peu de temps avec nous.
Ces gens sont quand même géniaux.

Première étape,
la carte mémoire,
on en trouve à peu près n’importe où dans ce quartier.
J’y avais déjà acheté un chargeur pour la batterie de mon appareil photo défaillant.
En route, on s’arrête dans un coin de rue, où je ne vois pas de magasin qui pourrait nous être utile.
C’est que j’avais vaguement dit à mon ami que j’aimerais bien m’acheter une veste.
Ça serait parfait pour le printemps européen.
On est devant une boutique où il pense que je trouverai mon bonheur.

On tente.
Il y a plein de joggings pas chers,
ça serait bien pour mes cours.
Les vestes en revanche,
au désespoir de la vendeuse qui me propose des choses que probablement tout jeune branché local aimerait,
ne me plaisent absolument pas.
Nous repartons comme nous sommes arrivés.

Deuxième étape,
les lunettes.
Là aussi, dans ce pays où, comme très souvent dans cette partie de l’Asie, tout le monde porte des lunettes
(les ados en arrivent même à en porter des fausses juste parce que c’est joli), il y a des opticiens partout.
On s’arrête près de la station de métro Yangchebu,
et on arpente une rue où j’en compte six, les uns à côté des autres.

Une jeune fille nous appelle.
Coiffée, maquillée, habillée à la dernière mode coréenne,
ses yeux arborant des lentilles de couleur (tout aussi à la mode que les fausses montures ici),
je ne la reconnais pas.
C’est Blanche Neige !
Baï Xuè.

On avait rendez-vous avec elle juste après pour aller voir l’expo,
elle a eu des réductions.

Plus qu’ailleurs je crois, les filles d’ici sont méconnaissables lorsqu’elles sont hors des studios de danse.

On lui explique qu’on va faire réparer mes lunettes,
elle reste avec nous.

On fait toutes les boutiques sans exception
(Cheng Wei veut ce qu'il y a de mieux !)
On compare les prix et on regarde les montures au cas où mes lunettes ne seraient pas réparables
et qu'il faille m'en faire faire des neuves.

Nous rentrons dans le magasin qui a paru le plus adéquat à mes amis,
et Cheng Wei explique mon souci à l’opticien.
Je sors mes lunettes rondes.

Ça parlemente beaucoup.
J’attends.
Et puis je comprends que la réparation va me couter à peine moins cher que si je prends une paire neuve.
Je pense que je pourrais insister pour n’avoir que la réparation
et attendre d’être en France pour en faire des nouvelles mais tant qu’à être dans un pays d’opticiens,
je vais tenter l’aventure.
Vu que je n’ai pas d’ordonnance, le technicien me fait passer des tests,
comme un ophtalmologiste.
Et c’est très intéressant.
Parce que forcément, je me suis demandé comment il allait évaluer ma vue.
Est-ce qu’ils utilisent aussi des panneaux avec l’alphabet latin ?
Pas du tout.
Il y a d’abord les tests pour le daltonisme.
Et après, ce sont des cercles inachevés qui permettent l’évaluation.
Des sortes de « c » qui sont pivotés dans tous les sens.
On montre au technicien (qui d'ailleurs doit être un docteur) dans quel sens est la partie du cercle qui n’est pas finie,
en fonction du résultat, il sait.

Voilà,
mes lunettes seront prêtes demain soir.

En retournant vers le scooter, on parle de nos systèmes de santé,
la sécurité sociale,
les mutuelles,
ici, ils paient tout ...
On a quand même beaucoup de chance.

Nous repartons tous les trois à Pier2.
Ces anciens docks dont je vous ai déjà parlé, où une partie des bâtiments a été transformée en ateliers d’artistes.

Alors en ce moment, l’exposition est celle d’un japonais qui fait des miniatures avec des objets de tous les jours.
Il y a des monuments célèbres, des paysages, des scènes du quotidien …

Vous avez sûrement vu certaines de ses œuvres passer sur le Net.

















On se quitte vers 17h.
Cheng Wei a un cours.
Baï Xuè a ... des trucs à faire.

Je prends le tramway jusqu’au Glory Pier,
où avec la bière que je viens de m’acheter,
je vais regarder les bateaux, les gens, le soleil,
et peut-être même la nuit.

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