19-20/05/17 - à l'heure du thé au théâtre des Chartreux
Du thé
du trac,
quelques surprises,
et beaucoup de bonheur
Ce vendredi matin,
je suis chez moi.
Et encore moins en forme que le mercredi précédent.
Il faut dire qu’hier la journée a été bien remplie :
vers 11h, arrivée au théâtre,
prise de plateau (sans problème majeur),
après-midi de répétitions avec mes amis artistes
dont un filage plus ou moins arrêté permettant de passer en revue tout ce que nous allons montrer
(et de se rendre compte de ce qui ne marche pas encore complètement),
18h30, premier cours,
20h, second cours,
22h, dernier filage du duo.
Le Cabaret se déroule en quatre parties :
une introduction dans le hall-bar du théâtre,
une première partie dans la salle de spectacle,
un intermède dînatoire,
une seconde partie dans le jardin attenant (et oui ! ce théâtre a un jardin !)
et une dernière salve de retour dans la salle.
Comme nous passons dans cette dernière session,
j’ai dit à Anaïs d’arriver tranquillement.
Nous aurons le temps de répéter une dernière fois pendant que le public et mes collègues sont au jardin.
Pour ma part, j'arrive à l’heure du déjeuner
(ce qui pour beaucoup d’entre vous est l’heure du café …).
Comme nous n'avons eu aucun problème majeur en répétition hier,
j’ai, pour une fois, une plutôt bonne raison de ne pas arriver trop tôt.
Dans mon gros sac de voyage (enfin non pas le très gros qui part loin, un de taille intermédiaire que je me suis acheté récemment, il est d'un cuir bleu très joli et ... je m'éloigne allègrement du sujet)
Dans mon sac donc ... la boîte à thé, la bouilloire,
pour la tasse, je me servirai au théâtre.
Je voulais utiliser mon gong fu cha et son pot de réserve,
mais ils ne sont plus d’une première fraicheur, j’irai en acheter un neuf en fin d’après-midi.
(je me rends compte que ça fait deux fois que je vous parle de gong fu cha,
et que vous ne savez peut-être pas ce que c’est … patience vous en verrez un bientôt).
Pour le duo, j'ai prévu le traditionnel pantalon noir avec un tee-shirt en coton blanc
que j'ai acheté à Tainan il y a deux étés.
L’après-midi s’est passée à rire,
à revoir ce qui n'a pas fonctionné hier,
et à discuter de choses et d'autres,
notamment avec Mike, qui se pose des questions sur Chroniques Formsanes.
Quand ? Comment ?
C’est vrai que dans ma tête les choses sont un petit peu claires - enfin .. à peine -
mais à part le 17 mai 2018, je ne lui ai pas dit grand-chose.
On a évoqué les temps de répétition, le passage de la pièce au théâtre
et aussi, une hypothétique exportation à Taïwan, avec tout ce que cela implique de créer une version taïwanaise
(quid du texte ? en quelle langue ? dit par qui ? enregistré ?).
Un petit vertige m’a parcouru l’échine.
Tout ça m'était soudainement apparu bien compliqué.
Mais je me suis auto rassuré en me disant que le temps ferait son oeuvre
et que les solutions apparaîtraient bien à un moment ou à un autre.
Il fallaitt juste espérer que l’apparition ne se fasse pas trop près du mur …
Vers 18h, je suis allé acheter un gong fu cha en verre.
La vendeuse était un peu gênée parce que ces petits récipients ont une taille réglementaire
et que celui-ci est plus grand que la moyenne :
« ne vous inquiétez pas, ça tombe plutôt bien : c’est pour un spectacle
- mais vous n’allez jamais vous en servir ?
- si si ! je fais un thé .. sur scène
- … !? »
Je l’inviterai l’an prochain.
Quand je reviens au théâtre,
l'équipe de bénévoles qui va gérer le bar et notamment l'intermède dînatoire s'affaire derrière le comptoir.
Les artistes sont en mode préparation.
Certains se maquillent, d’autres se coiffent.
Tout le monde gère son trac comme il sait,
comme il peut …
Anaïs arrive en même temps que le public.
Elle donnait un cours juste avant.
Je lui propose d'aller voir la première partie du spectacle dans l’auditoire.
Comme c’est plutôt drôle, ça devrait lui enlever un peu de stress.
20h30.
On attaque.
Les morceaux s'enchaînent.
D'abord au bar, puis dans la salle.
Le dîner arrive, et tout le monde monte au jardin.
Quand tout le monde est passé,
je sors ma tablette et on se prépare au filage.
Je lis dans le regard d'Anaïs, une inquiétude semblable à la mienne.
Peut-être pas exactement pour les mêmes raisons :
il y a le trac du danseur que nous partageons,
mais j’ai en plus celui du créateur.
D’autant que dans cette soirée où beaucoup de saynètes sont faites pour rire,
notre « joli » duo a une place à part,
que je ne suis pas sûr d’assumer totalement.
Mais bon, le silence de mes collègues hier quand nous avons fait le filage,
me pousse à penser que c’est un boulot respectable.
On verra bien …
Le son de ma tablette n’est pas très fort.
Anaïs a du mal à entendre le départ.
On s’y reprend à plusieurs fois.
Finalement, je vais près de la coulisse d’où elle démarre
pour qu’elle repère le début
et après, tout va bien.
Enfin … tout va bien pour elle.
Car au premier filage avec démarrage correct, j’oublie une belle grosse phrase
ce qui fait que la première fois que j'arrive au sol, j'y suis bien plus tôt que prévu.
Si vous avez regardé attentivement la vidéo, (sinon regardez donc ici)
vous avez peut-être repéré ce moment où on est assis presque face à face.
Et bien là, quand je me suis assis, Anaïs s’agitait encore …
Malaise.
Je lui fais signe de continuer.
Ça n'est pas elle qui s'est trompée, on ne va pas recommencer pour moi,
d’autant que l’heure tourne et que le public ne restera pas indéfiniment au jardin.
Nous enchaînons donc et le reste se passe sans encombre.
Avant de tout refaire, je cherche pourquoi je suis tombé dans une faille spatio-temporelle
et je réalise qu’il y a deux séries de pas qui se ressemblent mais qui débouchent sur deux fins différentes.
J'ai enchaîné les pas de la première avec la fin de la seconde.
Mais qui a pondu cette chorégraphie ?
Retour de la schizophrénie habituelle
Je suis prêt à recommencer.
Retour avec la tablette près de la coulisse,
Anaïs repère son départ,
nous recommençons.
Là,
c’est elle qui mélange.
Et pour les mêmes raisons que moi :
les trois versions du duo, dont je vous parlais dans l’article précédent, se ressemblent cruellement
et se sont mélangées dans sa tête.
On reprend.
Et là, c’est la bonne !
Fin de répétition.
Le stress monte surtout avec ses cafouillages.
Opération reprise de confiance
« on a fait toutes les grosses plantades … on ne les fera plus après »
Le public descend du jardin.
(oui ! c’est un jardin en terrasse)
Comme nous ne commençons pas de la même coulisse, je prends Anaïs dans mes bras
et lui dis le « merde » de circonstance.
Nous partons chacun dans son coin,
elle au lointain,
moi à l'avant-scène dans une petite coulisse sur le côté des gradins où le public commence à se réinstaller.
Le temps que tout le monde retrouve sa place, je mets la bouilloire en route.
Je porte l'eau à ébullition.
Comme ça, si j’ai bien calculé,
elle aura juste assez tiédi pour être à la bonne température au moment je vais la verser sur le thé.
Nana et Jullien jouent la chanson qui est juste avant notre passage.
J’ai l’oeil rivé sur la bouilloire.
97 … 94 … 92 ...
Quand je rentre sur scène, l'eau est à 90 degrés.
Comme prévu …
Je m’installe.
(alors le gong fu cha, c’est la petite théière que vous voyez derrière mon bras)
Je me lance dans la fabrication du thé.
J'ouvre le pot,
j’en mets deux cuillères dans le gong fu cha …
Un enfant au premier rang, commente tout,
comme si c'était un numéro de clowns ...
je tente de rester concentré.
Autour de lui, on lui demande de faire le silence,
il se tait juste à temps.
Je verse l’eau, les premières notes de piano envahissent la salle.
On y est.
Et de l’intérieur, je trouve ça très beau.
Je renverse le gong fu cha dans le pot de réserve.
(on ne doit pas boire la première eau qui traverse le thé)
J'enlève le couvercle,
sens le parfum des feuilles de oolong en train de s’ouvrir.
C’est bon.
Le repère d’Anaïs.
Je sens sa présence derrière moi.
Je remplis le gong fu cha et cette fois-ci, c'est la bonne.
Il faut juste laisser infuser cinq minutes.
Le temps du duo.
Je regarde les feuilles de thé se gorger d'eau dans le récipient en verre
quand elle se rapproche pour la première fois de la table.
C’est bientôt à mon tour.
Un port de bras et je m’éloigne de la table en croisant Anaïs.
Première phrase.
Ne pas la mélanger avec l’autre comme tout à l’heure.
Faire gaffe à tout ce qui est sur une patte,
avec le trac, c’est bien plus fragile chez moi …
Quel contraste avec la stabilité de ma partenaire !
(enfin si ça se trouve, elle vit la même chose que moi intérieurement …)
Elle va voir le thé,
je suis au sol,
je me relève.
Première phrase ensemble.
On repart dans des mouvements différents.
Première note de piano,
on est au « duo ».
Elle fait la première version, je fais les « spirales » puis la phrase de transition.
La première main sur l’épaule,
la deuxième,
on danse la deuxième version, avec le décalé de deux temps.
On arrive au point d’unisson.
La dernière version,
en contact.
Ça cafouille un peu,
je ne la sens pas super stable,
je change un mouvement ou deux,
on navigue à vue mais il n’y a pas de cassage de gueule,
fin de la tourmente.
il nous reste le porté.
Elle est face à moi me fixant d’un regard qui dit tellement de choses.
J’aimerais qu’un jour quelqu’un prenne une photo de l’endroit où je suis,
et je pourrais peut-être vous décrire tout que je crois lire dans ses yeux.
J’attrape sa main,
le contre poids,
je l'attire à moi,
elle monte haut.
Je commence à tourner lentement sur moi-même.
mon dos me fait un peu mal à la descente …
Je résiste comme je peux,
ses demi-pointes se déposent sur le sol,
je transfère son poids sur son pied droit,
puis le gauche,
puis le droit …
Le slow commence.
Les corps se calment.
Nous sommes déjà dans la bonne direction pour nous séparer.
Tout ça va bien trop vite hélas.
Je marche vers le lointain à cour,
elle va vers la table à l’avant-scène jardin.
Je la regarde de la coulisse boire cette première tasse de thé.
J’aime cette lumière crue sur son visage et ses mains qui tiennent la tasse.
Elle boit dans le silence.
J'espère que le thé est bon.
Le noir se fait
(beaucoup trop tard à mon goût, il faudra que j’en parle à Yansé qui en régie).
Les gens applaudissent.
Voilà, c’est fini.
On a à peine le temps de se congratuler.
Il faut que je change de costume pour retrouver mes potes dans une autre de nos bêtises improbables.
Après le spectacle, Anaïs m'expliquera son instabilité :
en fait, il y avait de l'eau sur scène.
Elle venait de nos collègues qui revenaient trempés du jardin après avoir interprété un texte intitulé : « la soupe à l'eau ».
Il faudra qu'on leur dise de faire gaffe.
Le lendemain,
on a renouvelé l'expérience.
Avec d’autres instants de fragilité,
d’autres moments « modifiés » à cause de ce putain de trac,
mais un duo plus stable
et un noir qui est arrivé plus tôt.
J’aime bien cette danse.
Et ce qui est bien,
c’est qu’on aura l’occasion de la refaire,
encore et encore.
Le trac sera toujours là,
mais les mouvements trouveront leur chemin plus vite,
plus aisément,
les automatismes seront plus ancrés,
et j'en suis sûr,
on y prendra encore plus de plaisir.
du trac,
quelques surprises,
et beaucoup de bonheur
je suis chez moi.
Et encore moins en forme que le mercredi précédent.
Il faut dire qu’hier la journée a été bien remplie :
vers 11h, arrivée au théâtre,
prise de plateau (sans problème majeur),
après-midi de répétitions avec mes amis artistes
dont un filage plus ou moins arrêté permettant de passer en revue tout ce que nous allons montrer
(et de se rendre compte de ce qui ne marche pas encore complètement),
18h30, premier cours,
20h, second cours,
22h, dernier filage du duo.
Le Cabaret se déroule en quatre parties :
une introduction dans le hall-bar du théâtre,
une première partie dans la salle de spectacle,
un intermède dînatoire,
une seconde partie dans le jardin attenant (et oui ! ce théâtre a un jardin !)
et une dernière salve de retour dans la salle.
Comme nous passons dans cette dernière session,
j’ai dit à Anaïs d’arriver tranquillement.
Nous aurons le temps de répéter une dernière fois pendant que le public et mes collègues sont au jardin.
Pour ma part, j'arrive à l’heure du déjeuner
(ce qui pour beaucoup d’entre vous est l’heure du café …).
Comme nous n'avons eu aucun problème majeur en répétition hier,
j’ai, pour une fois, une plutôt bonne raison de ne pas arriver trop tôt.
Dans mon gros sac de voyage (enfin non pas le très gros qui part loin, un de taille intermédiaire que je me suis acheté récemment, il est d'un cuir bleu très joli et ... je m'éloigne allègrement du sujet)
Dans mon sac donc ... la boîte à thé, la bouilloire,
pour la tasse, je me servirai au théâtre.
Je voulais utiliser mon gong fu cha et son pot de réserve,
mais ils ne sont plus d’une première fraicheur, j’irai en acheter un neuf en fin d’après-midi.
(je me rends compte que ça fait deux fois que je vous parle de gong fu cha,
et que vous ne savez peut-être pas ce que c’est … patience vous en verrez un bientôt).
Pour le duo, j'ai prévu le traditionnel pantalon noir avec un tee-shirt en coton blanc
que j'ai acheté à Tainan il y a deux étés.
L’après-midi s’est passée à rire,
à revoir ce qui n'a pas fonctionné hier,
et à discuter de choses et d'autres,
notamment avec Mike, qui se pose des questions sur Chroniques Formsanes.
Quand ? Comment ?
C’est vrai que dans ma tête les choses sont un petit peu claires - enfin .. à peine -
mais à part le 17 mai 2018, je ne lui ai pas dit grand-chose.
On a évoqué les temps de répétition, le passage de la pièce au théâtre
et aussi, une hypothétique exportation à Taïwan, avec tout ce que cela implique de créer une version taïwanaise
(quid du texte ? en quelle langue ? dit par qui ? enregistré ?).
Un petit vertige m’a parcouru l’échine.
Tout ça m'était soudainement apparu bien compliqué.
Mais je me suis auto rassuré en me disant que le temps ferait son oeuvre
et que les solutions apparaîtraient bien à un moment ou à un autre.
Il fallaitt juste espérer que l’apparition ne se fasse pas trop près du mur …
Vers 18h, je suis allé acheter un gong fu cha en verre.
La vendeuse était un peu gênée parce que ces petits récipients ont une taille réglementaire
et que celui-ci est plus grand que la moyenne :
« ne vous inquiétez pas, ça tombe plutôt bien : c’est pour un spectacle
- mais vous n’allez jamais vous en servir ?
- si si ! je fais un thé .. sur scène
- … !? »
Je l’inviterai l’an prochain.
Quand je reviens au théâtre,
l'équipe de bénévoles qui va gérer le bar et notamment l'intermède dînatoire s'affaire derrière le comptoir.
Les artistes sont en mode préparation.
Certains se maquillent, d’autres se coiffent.
Tout le monde gère son trac comme il sait,
comme il peut …
Anaïs arrive en même temps que le public.
Elle donnait un cours juste avant.
Je lui propose d'aller voir la première partie du spectacle dans l’auditoire.
Comme c’est plutôt drôle, ça devrait lui enlever un peu de stress.
20h30.
On attaque.
Les morceaux s'enchaînent.
D'abord au bar, puis dans la salle.
Le dîner arrive, et tout le monde monte au jardin.
Quand tout le monde est passé,
je sors ma tablette et on se prépare au filage.
Je lis dans le regard d'Anaïs, une inquiétude semblable à la mienne.
Peut-être pas exactement pour les mêmes raisons :
il y a le trac du danseur que nous partageons,
mais j’ai en plus celui du créateur.
D’autant que dans cette soirée où beaucoup de saynètes sont faites pour rire,
notre « joli » duo a une place à part,
que je ne suis pas sûr d’assumer totalement.
Mais bon, le silence de mes collègues hier quand nous avons fait le filage,
me pousse à penser que c’est un boulot respectable.
On verra bien …
Le son de ma tablette n’est pas très fort.
Anaïs a du mal à entendre le départ.
On s’y reprend à plusieurs fois.
Finalement, je vais près de la coulisse d’où elle démarre
pour qu’elle repère le début
et après, tout va bien.
Enfin … tout va bien pour elle.
Car au premier filage avec démarrage correct, j’oublie une belle grosse phrase
ce qui fait que la première fois que j'arrive au sol, j'y suis bien plus tôt que prévu.
Si vous avez regardé attentivement la vidéo, (sinon regardez donc ici)
vous avez peut-être repéré ce moment où on est assis presque face à face.
Et bien là, quand je me suis assis, Anaïs s’agitait encore …
Malaise.
Je lui fais signe de continuer.
Ça n'est pas elle qui s'est trompée, on ne va pas recommencer pour moi,
d’autant que l’heure tourne et que le public ne restera pas indéfiniment au jardin.
Nous enchaînons donc et le reste se passe sans encombre.
Avant de tout refaire, je cherche pourquoi je suis tombé dans une faille spatio-temporelle
et je réalise qu’il y a deux séries de pas qui se ressemblent mais qui débouchent sur deux fins différentes.
J'ai enchaîné les pas de la première avec la fin de la seconde.
Mais qui a pondu cette chorégraphie ?
Retour de la schizophrénie habituelle
Je suis prêt à recommencer.
Retour avec la tablette près de la coulisse,
Anaïs repère son départ,
nous recommençons.
Là,
c’est elle qui mélange.
Et pour les mêmes raisons que moi :
les trois versions du duo, dont je vous parlais dans l’article précédent, se ressemblent cruellement
et se sont mélangées dans sa tête.
On reprend.
Et là, c’est la bonne !
Fin de répétition.
Le stress monte surtout avec ses cafouillages.
Opération reprise de confiance
« on a fait toutes les grosses plantades … on ne les fera plus après »
Le public descend du jardin.
(oui ! c’est un jardin en terrasse)
Comme nous ne commençons pas de la même coulisse, je prends Anaïs dans mes bras
et lui dis le « merde » de circonstance.
Nous partons chacun dans son coin,
elle au lointain,
moi à l'avant-scène dans une petite coulisse sur le côté des gradins où le public commence à se réinstaller.
Le temps que tout le monde retrouve sa place, je mets la bouilloire en route.
Je porte l'eau à ébullition.
Comme ça, si j’ai bien calculé,
elle aura juste assez tiédi pour être à la bonne température au moment je vais la verser sur le thé.
Nana et Jullien jouent la chanson qui est juste avant notre passage.
J’ai l’oeil rivé sur la bouilloire.
97 … 94 … 92 ...
Quand je rentre sur scène, l'eau est à 90 degrés.
Comme prévu …
Je m’installe.
(alors le gong fu cha, c’est la petite théière que vous voyez derrière mon bras)
Je me lance dans la fabrication du thé.
J'ouvre le pot,
j’en mets deux cuillères dans le gong fu cha …
Un enfant au premier rang, commente tout,
comme si c'était un numéro de clowns ...
je tente de rester concentré.
Autour de lui, on lui demande de faire le silence,
il se tait juste à temps.
Je verse l’eau, les premières notes de piano envahissent la salle.
On y est.
Et de l’intérieur, je trouve ça très beau.
Je renverse le gong fu cha dans le pot de réserve.
(on ne doit pas boire la première eau qui traverse le thé)
J'enlève le couvercle,
sens le parfum des feuilles de oolong en train de s’ouvrir.
C’est bon.
Le repère d’Anaïs.
Je sens sa présence derrière moi.
Je remplis le gong fu cha et cette fois-ci, c'est la bonne.
Il faut juste laisser infuser cinq minutes.
Le temps du duo.
Je regarde les feuilles de thé se gorger d'eau dans le récipient en verre
quand elle se rapproche pour la première fois de la table.
C’est bientôt à mon tour.
Un port de bras et je m’éloigne de la table en croisant Anaïs.
Première phrase.
Ne pas la mélanger avec l’autre comme tout à l’heure.
Faire gaffe à tout ce qui est sur une patte,
avec le trac, c’est bien plus fragile chez moi …
Quel contraste avec la stabilité de ma partenaire !
(enfin si ça se trouve, elle vit la même chose que moi intérieurement …)
Elle va voir le thé,
je suis au sol,
je me relève.
Première phrase ensemble.
On repart dans des mouvements différents.
Première note de piano,
on est au « duo ».
Elle fait la première version, je fais les « spirales » puis la phrase de transition.
La première main sur l’épaule,
la deuxième,
on danse la deuxième version, avec le décalé de deux temps.
On arrive au point d’unisson.
La dernière version,
en contact.
Ça cafouille un peu,
je ne la sens pas super stable,
je change un mouvement ou deux,
on navigue à vue mais il n’y a pas de cassage de gueule,
fin de la tourmente.
il nous reste le porté.
Elle est face à moi me fixant d’un regard qui dit tellement de choses.
J’aimerais qu’un jour quelqu’un prenne une photo de l’endroit où je suis,
et je pourrais peut-être vous décrire tout que je crois lire dans ses yeux.
J’attrape sa main,
le contre poids,
je l'attire à moi,
elle monte haut.
Je commence à tourner lentement sur moi-même.
mon dos me fait un peu mal à la descente …
Je résiste comme je peux,
ses demi-pointes se déposent sur le sol,
je transfère son poids sur son pied droit,
puis le gauche,
puis le droit …
Le slow commence.
Les corps se calment.
Nous sommes déjà dans la bonne direction pour nous séparer.
Tout ça va bien trop vite hélas.
Je marche vers le lointain à cour,
elle va vers la table à l’avant-scène jardin.
Je la regarde de la coulisse boire cette première tasse de thé.
J’aime cette lumière crue sur son visage et ses mains qui tiennent la tasse.
Elle boit dans le silence.
J'espère que le thé est bon.
Le noir se fait
(beaucoup trop tard à mon goût, il faudra que j’en parle à Yansé qui en régie).
Les gens applaudissent.
Voilà, c’est fini.
On a à peine le temps de se congratuler.
Il faut que je change de costume pour retrouver mes potes dans une autre de nos bêtises improbables.
Après le spectacle, Anaïs m'expliquera son instabilité :
en fait, il y avait de l'eau sur scène.
Elle venait de nos collègues qui revenaient trempés du jardin après avoir interprété un texte intitulé : « la soupe à l'eau ».
Il faudra qu'on leur dise de faire gaffe.
Le lendemain,
on a renouvelé l'expérience.
Avec d’autres instants de fragilité,
d’autres moments « modifiés » à cause de ce putain de trac,
mais un duo plus stable
et un noir qui est arrivé plus tôt.
J’aime bien cette danse.
Et ce qui est bien,
c’est qu’on aura l’occasion de la refaire,
encore et encore.
Le trac sera toujours là,
mais les mouvements trouveront leur chemin plus vite,
plus aisément,
les automatismes seront plus ancrés,
et j'en suis sûr,
on y prendra encore plus de plaisir.






Commentaires
Enregistrer un commentaire