Certains soirs à Weiwuyin
Troisième destination de promenade,
à quelques encablures de la ville,
avec beaucoup moins d'eau
mais un peu plus de verdure
Mardi 5 septembre
8h 37.
Le ciel est bleu et je m’apprête à partir passer quelques jours à Taipei.
Mon dos me fait mal.
Probablement une grosse contracture du dernier dimanche si bien rempli ...
Je passe sur Facebook et vois que, l’an dernier, j’avais publié une photo de ce soleil étrange à travers des branches.
Je l’avais prise le 21 août au parc de Weiwuyin.
Weiwuyin,
un endroit incontournable de mon aventure taïwanaise.
Je crois que j’ai écrit des choses sur cet endroit dans toutes les saisons précédentes.
La toute première année, Su Ling nous avait emmenés voir un spectacle dans ce théâtre de 120 places
installé dans une ancienne caserne.
Je m’étais dit que j’aimerais bien y danser un jour ...
C’est arrivé cinq ans plus tard.
Un rêve qui se concrétisait dans un demi cauchemar ...
Toujours avec Su Ling, j’y étais retourné pour voir un autre spectacle, mais en matinée cette fois.
Je m’étais alors rendu compte qu’il y avait un parc autour.
Ça n’était pas seulement une caserne, mais tout un camp militaire qui avait été réinvesti.
Si le ministère de la culture avait récupéré les baraquements,
les terrains du camp tout autour avait été aménagés en un parc urbain pour le grand bonheur de tous les habitants de cette partie de la ville.
Au nord, il y a le Lotus Pond (dont il faudrait que je vous parle un jour)
et aussi un autre parc, où il va falloir que je me perde un jour.
À l’ouest, il y a la mer, et les collines de Gushan et Shoushan où l’on croise des singes.
Plus loin à l’est, il y a l’extraordinaire parc de Chencing (que j’ai déjà évoqué aussi)
Il manquait quelque chose de plus central.
(enfin ...
quand je dis il manquait ...
par rapport à d’autres villes de la même envergure, c’est déjà beaucoup ...
s’il n’y avait qu’un seul parc de cette taille dans le centre de Marseille ...)
Weiwuyin donc,
où le 21 août 2016, je venais prendre une petite revanche, sur les quinze jours précédents,
période pendant laquelle j’étais venu quotidiennement dans le coin, sans avoir pu profiter des arbres, des oiseaux, des gens ...
Vous imaginez bien que cette année,
à l’instar de Cijin et de Sizhiwan,
j’avais une drôle de sensation à l’idée d’y retourner.
Mais avançons un peu.
Nous sommes le jeudi 10 août.
Il est 5h50.
J’ouvre un œil et passe par le circuit habituel de mes réveils taïwanais :
appuyer sur le bouton de la bouilloire encore dans le colletar,
allumer le téléphone radio,
France Inter il est minuit,
la tasse, l’eau chaude, le thé qui infuse,
les viennoiseries,
je me rendors un peu,
je regarde par la fenêtre,
je rêve ...
Il est 8h.
Avec mon cerveau désembrumé, j’attaque la rédaction ou la mise en forme d’articles que vous avez déjà tous lus
(du moins je l’espère).
Un peu sur la tablette, un peu sur l’ordinateur,
je consacre ma matinée à l’écriture.
13h,
repas (mais je ne me souviens plus vraiment de ce que j'ai mangé),
14h,
sieste (c’est mon carnet qui le dit)
15h,
dernière relecture d’article et mise en ligne, (ça c’est le site sur lequel vous me lisez qui le dit).
17h,
je suis dehors.
Après les tergiversations d’usage sur l’idée de sortir ou pas
et l’exploration de toutes les bonnes raisons de rester sur ce lit à regarder dehors,
sans oublier l'option déplacement de la chaise sur le balcon.
Je remonte vers la gare,
sans vraiment avoir décidé d’où j’allais.
De toute manière, ça commencera par le 248 et de là ...
Cijin encore ? ... Ou peut-être Sizhiwan ?
Quand j’arrive en vue de la gare routière, il passe devant moi et s’enfuit sur Zongshan road.
C’est un signe, il faut que j’aille ailleurs.
Ou pas ? ...
Bon, une chose est sûre : je prends le bus.
Le premier qui arrive ...
On verra où ça me mènera.
Puisque j’ai le temps, je profite de filmer une scène qui m’amuse souvent.
Aux carrefours ici, il y a encore des agents de la circulation.
Comme en plus, celui de la gare a cette particularité (dont je vous ai déjà parlé je crois),
de pouvoir se traverser en diagonale, je ne pouvais que le partager avec vous.
Et là,
deux choses.
Une que vous n’avez peut-être pas repéré :
la dame qui fait la circulation a vu que je filmais et ça n’a pas eu l’air de lui plaire,
j’ai vite coupé la caméra pour aller voir ailleurs ...
Et aller voir quoi ?
Quel serait le prochain bus qui m’intéresserait
parce que la deuxième chose à repérer dans le film,
est le joli minibus ... avec le numéro 248.
Un second de raté.
Je vais donc voir sur le tableau d’affichage, le bus que je vais essayer de ne pas louper cette fois.
Il est 17h22.
Le prochain qui passe est le … 52 ?
Il va à ... Weiwuyin.
Le destin ...
Je vais me ranger dans la file d’attente où il va s’arrêter.
Alors parlons un peu de la gare routière.
C’est une sorte de terre plein central entouré par une rambarde
où en dehors de l’entrée principale, celle de la vidéo,
il y a des sorties possibles tout autour, et à intervalles réguliers.
Elles correspondent aux endroits où les bus vont s’arrêter.
Les files d’attente ne démarrent pas en face de ces passages,
mais juste à côté.
La personne en tête est donc contre la rambarde.
Pourquoi ?
D’abord parce que c’est plus sûr
mais surtout parce que certains arrêts sont desservis par plusieurs lignes.
Comme il n’y a quand même qu’une seule file d’attente,
celle-ci se dédouble, au moment où le bus arrive.
Exemple :
à l’arrêt où j’attends il y a 12, le 36 et le 52.
Tout le monde fait la queue au même endroit, à gauche de l’espace libre devant lequel le bus va s’arrêter.
Quand le 36 arrive, les gens qui prennent cette ligne, font un pas vers la droite,
constituant une nouvelle file qui se situe pile poil en face du bus.
La file de gauche se raccourcit.
Celle de droite monte dans le bus,
et ainsi de suite.
Ce qui fait que l’ordre d’arrivée est toujours respecté.
Je pense à comment ça se passerait en France,
et en particulier à Marseille.
Il y aurait un « moulon » (un tas, pour les non marseillophones)
et certains auraient joué des coudes pour monter les premiers.
À 17h30,
le 52 est arrivé (avant le 12 et le 36).
J’ai donc fait un pas à droite avant les autres.
Je me suis installé au fond du bus,
toujours ce même mélange de lycéens et de personnes âgées ..
Nous traversons Jian Guo road pour aller sur Zongshan ...
Formosa boulevard,
on croise Datong Road, l’adresse de l’un de mes anciens chez moi, 2015,
on longe Central Park
(qui est aussi un très joli jardin … mais bien plus petit que son homologue new-yorkais)
et on tourne à gauche sur Wu Fu, un autre ancien chez moi où j’ai passé un bout de l’hiver 2013.
On remonte vers l’est et on tourne à droite sur Heping road qui longe le Centre Culturel.
C’est là que ce même hiver, j’ai vu mes créations dansées par les petits.
On retourne à gauche pour continuer notre course vers l’est.
Voilà Sanduo road.
Là, il faut que je sois vigilant.
Dès que l’on passe sous la rocade, je demande l’arrêt.
Le parc commence là.
18h.
Je traverse le parking et prend le premier chemin qui s’offre à mes yeux.
Un peu sinueux, comme souvent ici, il longe un étang.
dans lequel se reposent des lotus.
Le soleil est encore haut,
mais plus assez pour éclairer les magnifiques fleurs comme il se doit.
Dommage.
Ou plutôt non,
très bien,
ça me donne une bonne raison de revenir.
Je vais vers le nord-est.
Sur le sentier, juste devant moi, une dame (enfin, je crois que ça en est une),
couverte de la tête aux pieds,
tente de prendre des clichés face au soleil.
Un peu comme celui dont je vous parlais au début.
Pas sûr que ça soit le bon endroit,
mais j’essaye aussi quand même.
Toujours faire confiance aux autochtones ...
Je continue ma route à travers les palmiers,
les étangs (avec d’autres lotus tout aussi peu éclairés),
et j’arrive sur une passerelle qui surplombe une étendue d’eau.
C’est le lac nord.
Le plus grand.
(les plus perspicaces d’entre vous, auront déjà envisagé l’idée qu’il y a un lac sud, plus petit, quelque part pas loin).
Il y a affluence sur le bout du long pont étroit et élégamment courbé.
Quelqu’un vient de jeter du pain dans l’eau.
Je m’attends à voir trois canards ou peut-être un ou deux cygnes, venir manger tout ça pour épater la galerie,
j’étais bien loin du compte :
des carpes !
Visiblement, affamées ...
Cette petite fille explique à son père, désabusé, à quel point ce moment est magique.
Ces messieurs parlent aussi entre eux mais je n’ai pas deviné de quoi.
Sont-ils pêcheurs ?
Parlent-ils de la conjoncture économique du Vénézuela ? du dernier typhon ?
Nous ne le saurons jamais.
Alors que je filme la scène aussi goulûment que la population sous mes pieds,
je me rends compte qu’il y a d’autres habitants dans ce lac :
Pour pouvoir les filmer, il a fallu que j’attende un peu :
elles ne sont revenues que lorsque les voisines ont fini de manger.
Il devait probablement y avoir trop d’agitation pour elles ...
Du coup, forcément,
les habituants « habituels » (d’un point de vue européen) de ce lac ma foi fort fréquenté,
sont pour l’instant sur la berge.
Comme ce couple de volatiles.
Monsieur semble demander quelque chose à madame ...
qui n’est pas une fille facile.
Toujours sur les berges, mais un peu plus sur la terre ferme,
il y a une autre population à laquelle je m’apparente (presque) : les photographes.
Les plus prévoyants sont installés à des postes fixes.
Ils sont arrivés bien avant moi,
et sont les mieux équipés.
D’autres cherchent encore la place optimale pour installer leur pied,
alors que certains ont décidé de rester mobiles et de courir prendre la lumière au bon moment.
C’est ce que je vais faire (sans courir évidemment).
Il est 18h20.
On est au calme.
Et la lumière descend sur la ville.
Les rumeurs automobiles ne sont pas loin mais ne sont pas assez fortes pour perturber l’ambiance.
Ça sifflote encore un peu dans les arbres,
comme souvent dans cette ville.
Quelques sportifs s’arrêtent le temps d’un cliché et reprennent leur parcours, à vélo ou à pied.
Pour ma part, je reste d’abord du côté de la passerelle
Le soleil nous gratifie de son dernier embrasement.
Et la nuit tombe paisiblement sur le lac nord,
que je décide d’emporter dans mon appareil après m’être déplacé quelques dizaines de mètres plus au sud.
Encore plus tôt qu’au bord de mer, les photographes disparaissent.
Il reste des joggeurs, des cyclistes,
quelques familles qui attendent que le petit dernier se soit bien défoulé pour rentrer,
et bien-sûr ... les amoureux.
Je m’installe sur un banc, un peu à l’écart,
(et être à l’écart, ici, c’est simplissime).
Je sors mon casque,
un peu de musique ira très bien avec ce crépuscule.
« Forest fire », LLoyd Cole.
En buvant une bière, j’observe tout ce petit monde,
qui m’observe aussi et me salue parfois.
Pas possible de fumer ici,
le parc est non fumeurs.
C’est écrit à l’entrée principale.
Je me souviens du regard réprobateur de ces rares personnes que j’avais croisées l’an dernier, quand confortablement installé dans un autre de ces endroits à l’écart, je savourais mon Kentucky Bird.
J’étais arrivé par une entrée latérale.
Ça n’est qu’en sortant par « la grande porte » que j’ai lu l’interdiction.
Nick Kershaw a laissé sa place à Lloyd Cole,
j’attends la nuit.
Quand je n’y vois presque plus, je repars vers l’entrée.
Un sentier, puis un autre, je crois reconnaître cette allée,
et puis la passerelle, excellent point de repère.
Le 85 building, éclaire la ville comme tous les soirs
Je me retourne une dernière fois vers le parc avant de reprendre le sentier des nénuphars
et rejoindre les grondements de la ville.
San Duo est blanche des lumières des phares.
Des voitures, et surtout beaucoup de scooters.
Je traverse le boulevard et rejoint l’arrêt de bus.
Deux lignes possibles pour rejoindre le coeur de la cité.
Le 52 comme à l’aller,
ou le 70 qui va vers la station de métro San Duo en restant sur ce boulevard tout du long.
Pour moi San Duo rime avec burrito.
L’occasion rêvée ...
En plus, c’est le premier qui arrive.
Comme d’habitude, je m’installe au fond,
et me laisse transporter à travers les lumières de la ville vers mon lieu d’achat du dîner.
Je suis retourné trois fois au parc de Weiwuyin (du moins au moment où j’écris cette chronique)
dont un autre soir, où j’étais parti un peu plus tôt de la maison.
Pas de 52,
(il avait dû me passer devant),
j’avais pris le métro.
Alors que je vous explique.
Il y a une station Weiwuyin.
Mais elle me semblait super loin du parc.
Et comme en plus je préfère prendre le bus, j’avais mis de côté cette solution,
la qualifiant d’emblée de dernière option possible.
Et en fait, j’avais bien tort.
Ce qui est éloigné de la station, c’est le théâtre où l’on dansait.
L’entrée nord du parc, celle par laquelle j’étais arrivé en bus quatre jours plus tôt, était juste là,
en prenant la sortie numéro 3 qui donne sur San Duo road.
Je n’avais plus qu’à traverser le boulevard et je me retrouvais dans le vert.
17h30,
je prends le même sentier que jeudi dernier.
Pas content de la lumière sur les lotus.
C’est peut-être le matin qu’il faut que je vienne …
En revanche, le ciel plus bleu me permet de vous présenter la future salle de spectacles, pour la musique et la danse.
(si vous vous souvenez, celle pour le théâtre et l’opéra se construit au Glory Pier)
Le lac est encore une fois,
majestueux.
La passerelle a toujours autant de succès.
Et ce soir, c’est un grand-père qui laisse à sa descendance le soin de commenter le repas des poissons.
Les tortues étaient toujours dans le coin,
et le couple de volatiles n’avait pas l’air d’avoir résolu le problème conjugal.
Une dernière photo à partager dans ce ciel presque sable quand on regarde vers le soleil,
et je rentre.
Oui, je suis rentré plus tôt
car j’ai trouvé le coucher de soleil assez décevant.
Le désormais habitué des crépuscules que je suis, devient bien exigeant ...
Ces deux balades m’ont réconcilié avec cette partie de la ville.
À quinze minutes de la gare, on est au calme.
Il faut juste que je revienne,
pour obtenir enfin, quelque chose que j’estimerai bon, de ces fameuses fleurs de lotus.
Le matin donc.
Très bien.
D’autant que je suis sûr que l’ambiance, les gens, les bruits, la lumière,
vont être encore bien différents.
Je suis donc revenu deux matins, relativement tôt.
Mais ça ...
Je vous le raconterai une prochaine fois.
à quelques encablures de la ville,
avec beaucoup moins d'eau
mais un peu plus de verdure
8h 37.
Le ciel est bleu et je m’apprête à partir passer quelques jours à Taipei.
Mon dos me fait mal.
Probablement une grosse contracture du dernier dimanche si bien rempli ...
Je passe sur Facebook et vois que, l’an dernier, j’avais publié une photo de ce soleil étrange à travers des branches.
Je l’avais prise le 21 août au parc de Weiwuyin.
Weiwuyin,
un endroit incontournable de mon aventure taïwanaise.
Je crois que j’ai écrit des choses sur cet endroit dans toutes les saisons précédentes.
La toute première année, Su Ling nous avait emmenés voir un spectacle dans ce théâtre de 120 places
installé dans une ancienne caserne.
Je m’étais dit que j’aimerais bien y danser un jour ...
C’est arrivé cinq ans plus tard.
Un rêve qui se concrétisait dans un demi cauchemar ...
Toujours avec Su Ling, j’y étais retourné pour voir un autre spectacle, mais en matinée cette fois.
Je m’étais alors rendu compte qu’il y avait un parc autour.
Ça n’était pas seulement une caserne, mais tout un camp militaire qui avait été réinvesti.
Si le ministère de la culture avait récupéré les baraquements,
les terrains du camp tout autour avait été aménagés en un parc urbain pour le grand bonheur de tous les habitants de cette partie de la ville.
Au nord, il y a le Lotus Pond (dont il faudrait que je vous parle un jour)
et aussi un autre parc, où il va falloir que je me perde un jour.
À l’ouest, il y a la mer, et les collines de Gushan et Shoushan où l’on croise des singes.
Plus loin à l’est, il y a l’extraordinaire parc de Chencing (que j’ai déjà évoqué aussi)
Il manquait quelque chose de plus central.
(enfin ...
quand je dis il manquait ...
par rapport à d’autres villes de la même envergure, c’est déjà beaucoup ...
s’il n’y avait qu’un seul parc de cette taille dans le centre de Marseille ...)
Weiwuyin donc,
où le 21 août 2016, je venais prendre une petite revanche, sur les quinze jours précédents,
période pendant laquelle j’étais venu quotidiennement dans le coin, sans avoir pu profiter des arbres, des oiseaux, des gens ...
Vous imaginez bien que cette année,
à l’instar de Cijin et de Sizhiwan,
j’avais une drôle de sensation à l’idée d’y retourner.
Mais avançons un peu.
Nous sommes le jeudi 10 août.
Il est 5h50.
J’ouvre un œil et passe par le circuit habituel de mes réveils taïwanais :
appuyer sur le bouton de la bouilloire encore dans le colletar,
allumer le téléphone radio,
France Inter il est minuit,
la tasse, l’eau chaude, le thé qui infuse,
les viennoiseries,
je me rendors un peu,
je regarde par la fenêtre,
je rêve ...
Il est 8h.
Avec mon cerveau désembrumé, j’attaque la rédaction ou la mise en forme d’articles que vous avez déjà tous lus
(du moins je l’espère).
Un peu sur la tablette, un peu sur l’ordinateur,
je consacre ma matinée à l’écriture.
13h,
repas (mais je ne me souviens plus vraiment de ce que j'ai mangé),
14h,
sieste (c’est mon carnet qui le dit)
15h,
dernière relecture d’article et mise en ligne, (ça c’est le site sur lequel vous me lisez qui le dit).
17h,
je suis dehors.
Après les tergiversations d’usage sur l’idée de sortir ou pas
et l’exploration de toutes les bonnes raisons de rester sur ce lit à regarder dehors,
sans oublier l'option déplacement de la chaise sur le balcon.
Je remonte vers la gare,
sans vraiment avoir décidé d’où j’allais.
De toute manière, ça commencera par le 248 et de là ...
Cijin encore ? ... Ou peut-être Sizhiwan ?
Quand j’arrive en vue de la gare routière, il passe devant moi et s’enfuit sur Zongshan road.
C’est un signe, il faut que j’aille ailleurs.
Ou pas ? ...
Bon, une chose est sûre : je prends le bus.
Le premier qui arrive ...
On verra où ça me mènera.
Puisque j’ai le temps, je profite de filmer une scène qui m’amuse souvent.
Aux carrefours ici, il y a encore des agents de la circulation.
Comme en plus, celui de la gare a cette particularité (dont je vous ai déjà parlé je crois),
de pouvoir se traverser en diagonale, je ne pouvais que le partager avec vous.
deux choses.
Une que vous n’avez peut-être pas repéré :
la dame qui fait la circulation a vu que je filmais et ça n’a pas eu l’air de lui plaire,
j’ai vite coupé la caméra pour aller voir ailleurs ...
Et aller voir quoi ?
Quel serait le prochain bus qui m’intéresserait
parce que la deuxième chose à repérer dans le film,
est le joli minibus ... avec le numéro 248.
Un second de raté.
Je vais donc voir sur le tableau d’affichage, le bus que je vais essayer de ne pas louper cette fois.
Il est 17h22.
Le prochain qui passe est le … 52 ?
Il va à ... Weiwuyin.
Le destin ...
Je vais me ranger dans la file d’attente où il va s’arrêter.
Alors parlons un peu de la gare routière.
C’est une sorte de terre plein central entouré par une rambarde
où en dehors de l’entrée principale, celle de la vidéo,
il y a des sorties possibles tout autour, et à intervalles réguliers.
Elles correspondent aux endroits où les bus vont s’arrêter.
Les files d’attente ne démarrent pas en face de ces passages,
mais juste à côté.
La personne en tête est donc contre la rambarde.
Pourquoi ?
D’abord parce que c’est plus sûr
mais surtout parce que certains arrêts sont desservis par plusieurs lignes.
Comme il n’y a quand même qu’une seule file d’attente,
celle-ci se dédouble, au moment où le bus arrive.
Exemple :
à l’arrêt où j’attends il y a 12, le 36 et le 52.
Tout le monde fait la queue au même endroit, à gauche de l’espace libre devant lequel le bus va s’arrêter.
Quand le 36 arrive, les gens qui prennent cette ligne, font un pas vers la droite,
constituant une nouvelle file qui se situe pile poil en face du bus.
La file de gauche se raccourcit.
Celle de droite monte dans le bus,
et ainsi de suite.
Ce qui fait que l’ordre d’arrivée est toujours respecté.
Je pense à comment ça se passerait en France,
et en particulier à Marseille.
Il y aurait un « moulon » (un tas, pour les non marseillophones)
et certains auraient joué des coudes pour monter les premiers.
À 17h30,
le 52 est arrivé (avant le 12 et le 36).
J’ai donc fait un pas à droite avant les autres.
Je me suis installé au fond du bus,
toujours ce même mélange de lycéens et de personnes âgées ..
Nous traversons Jian Guo road pour aller sur Zongshan ...
Formosa boulevard,
on croise Datong Road, l’adresse de l’un de mes anciens chez moi, 2015,
on longe Central Park
(qui est aussi un très joli jardin … mais bien plus petit que son homologue new-yorkais)
et on tourne à gauche sur Wu Fu, un autre ancien chez moi où j’ai passé un bout de l’hiver 2013.
On remonte vers l’est et on tourne à droite sur Heping road qui longe le Centre Culturel.
C’est là que ce même hiver, j’ai vu mes créations dansées par les petits.
On retourne à gauche pour continuer notre course vers l’est.
Voilà Sanduo road.
Là, il faut que je sois vigilant.
Dès que l’on passe sous la rocade, je demande l’arrêt.
Le parc commence là.
18h.
Je traverse le parking et prend le premier chemin qui s’offre à mes yeux.
Un peu sinueux, comme souvent ici, il longe un étang.
dans lequel se reposent des lotus.
Le soleil est encore haut,
mais plus assez pour éclairer les magnifiques fleurs comme il se doit.
Dommage.
Ou plutôt non,
très bien,
ça me donne une bonne raison de revenir.
Je vais vers le nord-est.
Sur le sentier, juste devant moi, une dame (enfin, je crois que ça en est une),
couverte de la tête aux pieds,
tente de prendre des clichés face au soleil.
Un peu comme celui dont je vous parlais au début.
Pas sûr que ça soit le bon endroit,
mais j’essaye aussi quand même.
Toujours faire confiance aux autochtones ...
Je continue ma route à travers les palmiers,
les étangs (avec d’autres lotus tout aussi peu éclairés),
et j’arrive sur une passerelle qui surplombe une étendue d’eau.
C’est le lac nord.
Le plus grand.
(les plus perspicaces d’entre vous, auront déjà envisagé l’idée qu’il y a un lac sud, plus petit, quelque part pas loin).
Il y a affluence sur le bout du long pont étroit et élégamment courbé.
Quelqu’un vient de jeter du pain dans l’eau.
Je m’attends à voir trois canards ou peut-être un ou deux cygnes, venir manger tout ça pour épater la galerie,
j’étais bien loin du compte :
des carpes !
Visiblement, affamées ...
Cette petite fille explique à son père, désabusé, à quel point ce moment est magique.
Ces messieurs parlent aussi entre eux mais je n’ai pas deviné de quoi.
Sont-ils pêcheurs ?
Parlent-ils de la conjoncture économique du Vénézuela ? du dernier typhon ?
Nous ne le saurons jamais.
Alors que je filme la scène aussi goulûment que la population sous mes pieds,
je me rends compte qu’il y a d’autres habitants dans ce lac :
Pour pouvoir les filmer, il a fallu que j’attende un peu :
elles ne sont revenues que lorsque les voisines ont fini de manger.
Il devait probablement y avoir trop d’agitation pour elles ...
Du coup, forcément,
les habituants « habituels » (d’un point de vue européen) de ce lac ma foi fort fréquenté,
sont pour l’instant sur la berge.
Comme ce couple de volatiles.
Monsieur semble demander quelque chose à madame ...
qui n’est pas une fille facile.
Toujours sur les berges, mais un peu plus sur la terre ferme,
il y a une autre population à laquelle je m’apparente (presque) : les photographes.
Les plus prévoyants sont installés à des postes fixes.
Ils sont arrivés bien avant moi,
et sont les mieux équipés.
D’autres cherchent encore la place optimale pour installer leur pied,
alors que certains ont décidé de rester mobiles et de courir prendre la lumière au bon moment.
C’est ce que je vais faire (sans courir évidemment).
Il est 18h20.
On est au calme.
Et la lumière descend sur la ville.
Les rumeurs automobiles ne sont pas loin mais ne sont pas assez fortes pour perturber l’ambiance.
Ça sifflote encore un peu dans les arbres,
comme souvent dans cette ville.
Quelques sportifs s’arrêtent le temps d’un cliché et reprennent leur parcours, à vélo ou à pied.
Pour ma part, je reste d’abord du côté de la passerelle
Le soleil nous gratifie de son dernier embrasement.
Et la nuit tombe paisiblement sur le lac nord,
que je décide d’emporter dans mon appareil après m’être déplacé quelques dizaines de mètres plus au sud.
Encore plus tôt qu’au bord de mer, les photographes disparaissent.
Il reste des joggeurs, des cyclistes,
quelques familles qui attendent que le petit dernier se soit bien défoulé pour rentrer,
et bien-sûr ... les amoureux.
Je m’installe sur un banc, un peu à l’écart,
(et être à l’écart, ici, c’est simplissime).
Je sors mon casque,
un peu de musique ira très bien avec ce crépuscule.
« Forest fire », LLoyd Cole.
En buvant une bière, j’observe tout ce petit monde,
qui m’observe aussi et me salue parfois.
Pas possible de fumer ici,
le parc est non fumeurs.
C’est écrit à l’entrée principale.
Je me souviens du regard réprobateur de ces rares personnes que j’avais croisées l’an dernier, quand confortablement installé dans un autre de ces endroits à l’écart, je savourais mon Kentucky Bird.
J’étais arrivé par une entrée latérale.
Ça n’est qu’en sortant par « la grande porte » que j’ai lu l’interdiction.
Nick Kershaw a laissé sa place à Lloyd Cole,
j’attends la nuit.
Quand je n’y vois presque plus, je repars vers l’entrée.
Un sentier, puis un autre, je crois reconnaître cette allée,
et puis la passerelle, excellent point de repère.
Le 85 building, éclaire la ville comme tous les soirs
Je me retourne une dernière fois vers le parc avant de reprendre le sentier des nénuphars
et rejoindre les grondements de la ville.
San Duo est blanche des lumières des phares.
Des voitures, et surtout beaucoup de scooters.
Je traverse le boulevard et rejoint l’arrêt de bus.
Deux lignes possibles pour rejoindre le coeur de la cité.
Le 52 comme à l’aller,
ou le 70 qui va vers la station de métro San Duo en restant sur ce boulevard tout du long.
Pour moi San Duo rime avec burrito.
L’occasion rêvée ...
En plus, c’est le premier qui arrive.
Comme d’habitude, je m’installe au fond,
et me laisse transporter à travers les lumières de la ville vers mon lieu d’achat du dîner.
Je suis retourné trois fois au parc de Weiwuyin (du moins au moment où j’écris cette chronique)
dont un autre soir, où j’étais parti un peu plus tôt de la maison.
Pas de 52,
(il avait dû me passer devant),
j’avais pris le métro.
Alors que je vous explique.
Il y a une station Weiwuyin.
Mais elle me semblait super loin du parc.
Et comme en plus je préfère prendre le bus, j’avais mis de côté cette solution,
la qualifiant d’emblée de dernière option possible.
Et en fait, j’avais bien tort.
Ce qui est éloigné de la station, c’est le théâtre où l’on dansait.
L’entrée nord du parc, celle par laquelle j’étais arrivé en bus quatre jours plus tôt, était juste là,
en prenant la sortie numéro 3 qui donne sur San Duo road.
Je n’avais plus qu’à traverser le boulevard et je me retrouvais dans le vert.
17h30,
je prends le même sentier que jeudi dernier.
Pas content de la lumière sur les lotus.
C’est peut-être le matin qu’il faut que je vienne …
En revanche, le ciel plus bleu me permet de vous présenter la future salle de spectacles, pour la musique et la danse.
(si vous vous souvenez, celle pour le théâtre et l’opéra se construit au Glory Pier)
Le lac est encore une fois,
majestueux.
La passerelle a toujours autant de succès.
Et ce soir, c’est un grand-père qui laisse à sa descendance le soin de commenter le repas des poissons.
Les tortues étaient toujours dans le coin,
et le couple de volatiles n’avait pas l’air d’avoir résolu le problème conjugal.
Une dernière photo à partager dans ce ciel presque sable quand on regarde vers le soleil,
et je rentre.
Oui, je suis rentré plus tôt
car j’ai trouvé le coucher de soleil assez décevant.
Le désormais habitué des crépuscules que je suis, devient bien exigeant ...
Ces deux balades m’ont réconcilié avec cette partie de la ville.
À quinze minutes de la gare, on est au calme.
Il faut juste que je revienne,
pour obtenir enfin, quelque chose que j’estimerai bon, de ces fameuses fleurs de lotus.
Le matin donc.
Très bien.
D’autant que je suis sûr que l’ambiance, les gens, les bruits, la lumière,
vont être encore bien différents.
Je suis donc revenu deux matins, relativement tôt.
Mais ça ...
Je vous le raconterai une prochaine fois.
























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