Les dimanches à Hui Min
Une école de danse de banlieue,
avec des petites et des grandes élèves,
à la découverte de ce drôle de bonhomme,
et puis aussi des retrouvailles et de bons éclats de rire
Dimanche 13 août,
5h50.
Mon téléphone radio réveil me balance ses vibrations.
Le matelas vibre,
l’oreiller relaie l’info.
Cette sonnerie, qui est pourtant la moins pire que j’ai pu trouver dans cet appareil, est toujours aussi désagréable.
Pour la première fois dans ce séjour (et peut-être même ici), je me réveille avec un réveil.
Et ce, à l’heure où pourtant jusque là, je m’étais toujours réveillé, naturellement.
Bizarrerie du corps humain.
Pour une fois que je suis obligé de me lever tôt,
mon organisme a décidé que c’était le jour où il redécouvrait le plaisir d’une grasse matinée.
Les paupières encore résolument closes, je cherche le bouton de la bouilloire.
C’est quand même pratique de l’avoir à portée de main
(et je sais, je l’ai déjà écrit).
J’ouvre un oeil avec la sensation d’être au lendemain d’une méga bringue
où je me serais couché il y a une heure ou deux.
Pourtant, l’activité la plus excitante qui a traversé ma journée d’hier,
a été un aller retour rapide au supermarché pour me réapprovisionner en glaces.
Je n’ai pas dépassé minuit,
m’endormant mollement devant une passionnante partie de « maître des mots » en solitaire sur ma tablette.
Après le traditionnel « France Inter, il est minuit » j’écoute « les Savantes »,
une émission où l’invitée est Fatoumata Kebe, docteure en astronomie.
Fatoumata Kebe, docteure en astronomie.
ça en jette quand même !
Et plutôt loin.
Cette belle image de la femme, de la France, du monde de demain est vite recadrée par ce que je lis aux infos
en buvant mon premier thé : Charlottesville ...
Désespérant.
Il est 7h20 quand je me déscotche du lit.
Je me jette sous la douche.
Elle sera rapide.
J’ai peur d’être à la bourre.
Mon sac.
un short et un tee-shirt pour le cours,
mon portefeuille, la carte de bus (qui me servira pour le train),
je peux y aller.
Je ferme l’appart’ avec la clé noire.
Je passe la porte du petit hall,
traverse le couloir.
L’ascenseur.
J’attends.
Il me manque quelque chose autour du cou.
Mon casque !
Retour à l’appartement.
La clé bleue pour le petit hall,
la noire pour l’appart’,
le casque est sur le lit.
Je m'engouffre dans l’ascenseur qui est arrivé entre temps.
J’appuie sur le bouton.
Le 1.
Ça fait toujours bizarre de penser que le rez-de-chaussée n’existe pas.
Je cherche ma tablette dans le sac pour lancer la musique.
Pas de tablette.
Remonter en urgence.
J’appuie sur le bouton.
Le 10.
Trop tard, il faut que j’attende le rez-de-chaussée qui n’existe pas.
La porte de l’ascenseur s’ouvre,
je me dis qu’il y a sûrement un de ces boutons pour faire qu’elle se referme plus vite,
mais je ne reconnais pas le dessin.
Celui-ci c’est pour qu’elle reste ouverte si quelqu’un est en train d’arriver.
Celui d’à côté ?
Et si c’était un bouton de sécurité déclenchant une sonnerie dans tout le bâtiment ?
ou alertant le service de maintenance de l’ascenseur ?
Le temps que je me pose toutes ces questions, la porte s’est refermée et je suis à nouveau en route pour le 9e étage du bouton 10.
Le couloir avec la clé bleue à la main,
le petit hall, changement de clé,
la clé noire,
la tablette
(qui était sur le lit à côté du casque, décidément je ne suis pas - du tout - réveillé ce matin),
la clé noire,
le petit hall,
le couloir,
l’ascenseur,
le bouton 1.
Je suis enfin à la sortie de l’immeuble après avoir souri au gardien
qui, s’il a suivi mes pérégrinations sur les caméras de surveillance, a bien dû se marrer.
Zongshan road est déserte.
Un dimanche à 7h45,
même ici,
c’est bien normal.
La gare est un peu plus animée.
Je croise ce panneau qui donne tant à réfléchir.
Et oui,
la mosquée est toujours dans la gare.
De même qu’au milieu du hall principal, il y a encore la consigne.
Je prends le train numéro 3132, direction Chiayi, départ 8h15.
Trouver la bonne voie de départ.
De toute manière, il faut que j’aille sur la passerelle d’accès aux quais.
Escalator.
Au dessus des composteurs, le panneau des départs.
Ça fait bizarre quand même les annonces en mandarin.
Donc 3132, voie 4 A.
Parfait.
Il n’est même pas 8h.
Pourquoi je me suis affolé comme ça alors que je suis en avance comme je l’ai rarement été ?
Va savoir ...
Après avoir validé ma carte de transport, je prends la passerelle.
Il y a deux trains qui partent à 8h du quai numéro 3.
Je me serre à gauche pour laisser passer des gens pressés.
Sur le numéro 4, il n’y a personne.
Du moins, pas pour l’instant.
Je m’installe sur une chaise en plastique en repensant à mon affolement de l’heure précédente.
Le quai d’en face, en revanche, est bien rempli.
Le train de 7h59 est annoncé.
Il va jusqu’à Taipei.
Le responsable du quai est en place.
7h54, le train apparait au bout du quai.
Il est beau ce train.
Je le prendrais bien un jour pour aller à la capitale.
7h59,
il continue sa route vers le nord.
Le mien arrive à 8h11,
et repart à .. 8h14 tapantes.
Aujourd’hui, je découvre le train de banlieue.
Ma foi, il est propre et confortable.
Ça ne sera peut-être pas pareil toutes les fois ?
On verra bien.
Comme dans le bus et le métro, une voix féminine annonce les arrêts dans les quatre langues.
Et c'est une bonne nouvelle car si je sais que je dois descendre à Gangshan à 8h39,
je ne sais pas combien de stations il y aura d’ici là.
On va probablement passer par Zuoying puisque l'on va vers le nord mais après ...
J’ai oublié ma bouteille d’eau.
C’était bien la peine de l’avoir consciencieusement mise au frais hier soir ...
8h 03,
Zuoying.
c’est bizarre je ne reconnais pas la gare ...
Pourtant, j’y ai déjà pris le train pour aller à Dounan, il y a quelques années avec Jia Liang.
Quelques personnes montent et s’installent dans les sièges encore inoccupés.
Le train repart.
Arrêt suivant,
Xinzuoying.
Là ..
Je reconnais.
Et tout s’éclaire :
quand je prends le bus (le 51 !), et que l'on arrive à la station de métro Zuoying,
la voix dans le bus annonce Xinzuoying.
J’avais découvert par déduction que Xin (qui se prononce Chin’) voulait dire nouveau,
mais je n’avais jamais vraiment compris pourquoi on appelait cette gare, la nouvelle gare.
J’avais mis ça sur le compte du TGV qui arrive à cet endroit et pour lequel ils avaient visiblement tout réaménagé,
mais en fait, c’était aussi tout bêtement,
parce qu’il y avait une ancienne gare de Zuoying,
celle de l’arrêt d’avant.
Pérégrinations géographico-linguistiques de peu d’intérêt, je vous l’accorde,
mais maintenant que j’avais fini d’écrire ce que vous êtes en train de lire,
je n’avais plus grand chose à faire, assis sur petit siège de faux velours bleu.
On traverse la banlieue nord.
Des usines.
Beaucoup d’habitations,
Nanzi,
Qiaotou,
ah ... Gangshan est annoncée.
Je descends et me dirige vers l’escalier qui relie le quai au passage souterrain.
L’horloge indique ... 8h40.
Sur le parvis de la gare, je cherche mon hôtesse.
C'est un visage qui devrait m'être familier.
Cheng Wei m’a dit que c’était une élève du stage que j’ai donné l’an dernier à Tainan.
La voilà,
souriante,
devant sa voiture.
« Hello there !
- hello !
- nice to see you again »
Son nom anglais est Evita.
Ça n’est pas très anglais comme prénom (et ça ne lui va pas du tout d’ailleurs).
Il faudra que je lui demande comment elle s’appelle vraiment.
Une autre fois.
Nous traversons le centre-ville de Gangshan
qui ressemble à beaucoup de ces villes de banlieue aux portes des métropoles mondiales.
Une sorte de La Ciotat sans son port, d’Épinay sur Seine, de Vénissieux ...
« do you remember me ? »
Et comment je me souviens d’elle !
D’abord parce qu’on a quand même passé une semaine ensemble l’été dernier
et que ce cours était bien sympathique,
mais surtout parce que c’est elle qui avait traversé Tainan à toute vitesse
pour me déposer à la gare TGV d’où je montais à l’aéroport de la capitale pour accueillir les françaises.
Qu'est-ce que j'ai flippé de rater ce fameux train de 13h18, dans cette voiture !
Elle m’explique un peu ce qui m’attend.
Je vais donc venir pendant quatre dimanches.
Le premier cours, ce sont des filles d’une dizaine d’années.
J’en aurai 6 aujourd’hui parce que c’est encore les vacances
(les officielles, et certaines ont eu la chance ... d’aller dans une colonie où elles ont continué à danser ...),
mais j’en aurai plus après.
Elle devraient être 14, les deux dernières séances.
Le second cours, elles sont plus grandes.
des lycéennes ou des étudiantes en première année de fac.
« and I take this class ! » me dit Evita avec un grand sourire.
Puis, elle se ravise.
« mais pas toutes les semaines. Le dernière dimanche, je serai en répétition avec Liao Mo Hsi ... »
(vous devriez vous souvenir maintenant ... Liao Mo Hsi, c’est la compagnie où travaille aussi Wan Chu,
pour vous rafraîchir la mémoire c’est ici)
« et la semaine d’avant ... je serai en ... vacances »
Elle dit ça comme si elle rentrait dans un hôpital pour subir un traitement contre une maladie honteuse.
Je crie : « Super ! … Tu as bien raison de te reposer un peu »
Les taïwanais ont un rapport au travail que je ne comprendrai jamais.
Nous passons une rivière ...
Tiens ! Une grande croix latine,
une église, ou un temple .. enfin quelque chose de plus ou moins chrétien ...
Ce restaurant me fait sourire.
Au moins, on sait ce qu’on y mange.
« vous allez faire un spectacle avec Cheng Wei cette année ?
- non, c’est compliqué de faire ça tous les ans, mais on en prépare un pour l’an prochain ...
on espère pouvoir le jouer ici dans .. exactement un an
- alors on sera là ! …
- cool ! ...
- je te laisse devant l’école …
Je vais garer la voiture ...
C’est au second »
Mais pourquoi donc les studios de danse sont-ils toujours à l’étage ?
Dans le hall d’entrée, une petite étagère pour les chaussures.
J’y laisse mes sandales.
et je monte donc au second niveau ... (le premier étage ! vous suivez ?)
Je dis bonjour à la jeune fille à l’accueil.
Des élèves sont déjà là.
Cheveux parfaitement tirés en queue de cheval ou en chignon,
tunique noire, collant chair.
Comme l’avait annoncé la photo dans l’escalier, nous sommes dans une école de danse ... classique.
Je jette un oeil au studio.
Il est tout petit.
Décidément, les gamins de Tsoying, ont bien de la chance.
Ce pays est étonnant.
Ils font des salles de spectacle qui sont immenses
mais les écoles n’ont pas les moyens de se payer des studios dont la taille serait en rapport.
La jeune fille de l’accueil me fait comprendre que les vestiaires sont à ce même étage, de l’autre côté de l’escalier, mais que le cours aura lieu ... au dessus.
J’ai déjà mal aux cuisses d’être monté au premier,
voilà donc qu’il faut que j’aille au second.
Je ne suis définitivement pas fait pour les cours le dimanches matin ...
Le studio du dessus est effectivement un tout petit peu grand
(il a la taille de celui du dessous augmentée de la surface du hall d’accueil).
Première étape : le son.
Ils ont un câble pour les tablettes.
Bien sûr, aujourd’hui, alors que j’ai oublié pas mal de choses ce matin,
le satané câble qui m’a fait si souvent revenir chez moi en courant,
trônait fièrement au fond du sac,
pour rien.
J’installe mon matériel et m’allonge un moment
(message personnel -
oui Floriane ! en bon contemporain je commence forcément par me rouler par terre
- fin du message personnel).
Quatre gamines arrivent.
Très intimidées.
L’opération décoinçage va être rude.
Je mets une musique,
et fais des grimaces de douleur en retournant me rouler par terre.
Je gesticule,
je sifflote une mélodie particulièrement moche.
Je crois entendre des débuts de frémissements de sourires …
On attend 9h.
Une cinquième élève arrive,
suivie d’Evita.
« tu peux commencer !
- mais tu ne m’as pas dit qu’elles étaient six ?
- c’est pas grave ... »
Ben si quand même,
c’est un peu ennuyeux.
Je ne lui réponds pas et fais mine de devoir encore me chauffer.
Histoire d’attendre encore un peu.
Il n’est pas 9h05 quand la dernière jeune fille arrive.
Elle se fait engueuler ...
Je n’aime pas ça du tout.
Le peu de détente que j’avais réussi à obtenir des cinq autres est anéanti avec cette violente variation de décibels.
Tout à refaire.
Comme elles ont toutes leur prénom anglais, scotché sur leur tunique, j’organise une inspection.
Chacun a son commentaire.
Il y en a deux qui sourient.
Une brèche est ouverte.
Mais c’est pas gagné.
Je pourrais dire que c’est un cours sans problèmes.
Il n’y a pas un bruit,
elles sont consciencieuses,
appliquent les corrections quand elles les comprennent (du moins pour la plupart),
mais justement, à cet âge-là, j’ai besoin d’entendre des éclats de rire,
de voir des tentatives vraiment loupées
parce que ces corps encore enfantins devraient être restés disponibles à toute aventure.
Hélas, on est déjà dans un formatage ...
que j’entreprends donc de faire disparaitre.
Déjà, demander à Évita de se taire.
Qu’elle assiste au cours ? Pas de souci.
Qu'elle engueule les gamines parce qu’elles ne réagissent pas assez vite
alors que les trois quarts ne connaissent que quelques mots d’anglais,
et qu’elles sont encore impressionnées d’être en face de ce grand bonhomme noir, hirsute, avec des grands yeux,
ça n’est pas possible.
Sur le ton de la plaisanterie (mais de manière ferme et définitive), je lui rappelle que là, c’est moi le prof,
et qu’elle n’a plus son mot à dire.
Je sais bien qu’elle veut que ses élèves donnent le meilleur d’elles-mêmes,
mais je ne crois vraiment pas que c’est comme ça que l’on y arrivera.
En tous cas, pas dans mon cours.
Les autres séances se sont passées plus ou moins de la même manière.
J'ai relancé une inspection de prénoms dès qu’il y a eu des nouvelles,
montré un extrait de West Side Story sur mon Iphone parce que celle qui venait d’arriver s’appelait Anita,
dit à cette autre que « Claire » était un prénom français.
J’ai obtenu quelques vrais rires pendant les variations,
dans l’exercice de dissociation où je faisais l’idiot ...
On a avancé dans le bon sens mais j’aurais quand même aimé réussir à les détendre un peu plus.
Petite victoire,
ce moment de détente à la photo de fin de stage, où elles se révèleront telles que j’aurais aimé qu’elles soient.
Le cours d’après,
c’est tout autre chose.
Elles ont vite compris à qui elles avaient à faire
et on a bossé dans une ambiance comme je les aime.
Beaucoup de choses à faire bien-sûr.
Elles sont passées par le même chemin que les plus jeunes du cours d’avant.
Mais c’est un travail semblable à celui de Tsoying, j’ai quelques moyens en stock pour les faire arriver à mes fins.
Comme pour Solar, on a commencé par la variation sur Gameland,
avec beaucoup de temps utilisé pour trouver de la détente et garder la précision,
même dans cette relative rapidité.
Les deux dernières séances, elles étaient prêtes à plus de lenteur.
En plus, il y a eu des nouvelles élèves
et puis nous avons eu la visite d'anciennes élèves de Tsoying, qui ont débuté ici !
D’abord Yu Han, qui a dansé dans ma pièce en 2013 et faisait partie du groupe qui est venu en France en 2014,
elle était là le troisième dimanche, avant de repartir à son université à Taichung.
Et Ya Èn, récemment diplômée de Tsoying, qui rentre à la fac à Taipei (la fameuse TNUA) dans quelques jours.
Je l’avais eue en 2013, au collège, où elle avait aussi dansé une de mes pièces,
et je l’ai vue grandir lors de ces trois années à Tsoying après avoir eu sa grande soeur.
Ça crée des liens.
Quelles belles surprises, elles m’ont fait là !
Apparaissant dans l’encadrement de la fenêtre au milieu du cours précédent, sourire radieux aux lèvres.
Donc, j’ai inventé une nouvelle chose plus lente,
à partir d’une des musiques créées ici les jours précédents.
Ça a donné quelque chose comme ça,
(et je vais plus que probablement m'en servir dans « Chroniques formosanes »).
J’ai bien sûr fini tous les cours en retard,
même le premier et le dernier dimanche où j’avais d’autres cours dans l’après-midi.
C’est plus fort que moi.
Je me dis toujours que la fois suivante sera parfaite.
D’autant que c’est souvent dans ces derniers moments que de belles choses arrivent.
Pas qu’en cours de danse d’ailleurs ...
Dans ces deux dernières séances, j’ai eu l’honneur de rencontrer la directrice de l’école.
Son intervention de fin de stage m’a vite permis de percevoir le personnage dans ses grandes lignes :
elle est arrivée pendant le premier cours et les gamines ont arrêté de danser.
J’ai cru qu’il se passait quelque chose de grave.
Mais non, elle venait juste voir.
La tension dans la salle a été palpable.
Quand elle est reparti, les pauvres élèves étaient presque pire qu’à notre première rencontre.
Il m’aurait fallu une ou deux séances supplémentaires pour retrouver toute la détente gagnée jusque là.
La collaboration ne doit pas être facile avec cette très autoritaire petite dame.
Je comprends mieux pourquoi Evita a l'habitude de crier sur les plus jeunes ...
Pour le second cours, ça a été différent.
Quand elle est passée pour donner mon enveloppe (alors qu’elle aurait très bien pu attendre la fin du cours),
les danseuses ont continué à danser, à chercher, à rire.
Elle est revenue à l’heure où le cours aurait dû finir
mais nous avons fait comme si c’était une spectatrice comme les autres.
Au moment où je les ai remerciées pensant embrayer en leur demandant si elles avaient des questions,
ce qui aurait permis d’engager une discussion sur la danse ici et ailleurs (et sur peut-être des tas d’autres choses),
sa voix a retenti en mandarin.
Evita a traduit :
« elle aimerait que vous leur donniez des conseils »
(oui merci, j’y avais pensé ...)
Je parle d’ouverture d’esprit, d’apprendre autrement, d’apprendre intelligemment,
de parfois regarder avant de bouger,
de ne pas avoir honte de demander au professeur de refaire ou d’expliquer une nouvelle fois.
Je suis interrompu deux fois par la patronne (qui avait la traduction simultanée d’Evita).
Je ne sais pas ce qu’elle leur a dit …
Nous avons donc fini par des photos de groupe.
D’abord l'officielle (pour la cheffe).
Et puis, on est passé aux choses sérieuses.
J’ai tenté de détruire les deux lignes bien trop proprettes.
On a fait des photos que j’ai dit avoir ratées ...
Et j’ai enfin obtenu une série de clichés de ces filles telles qu’elles sont.
La patronne m’a proposé de revenir l’an prochain si j’étais à Taiwan au même moment.
Ça serait bien.
Notamment pour ces petites filles que j’aimerais pouvoir faire rire vraiment.
On verra bien.
Pour le retour, j’ai pris le métro.
Sauf le dernier dimanche où j’étais pressé.
C’est un peu plus cher, mais ça me faisait découvrir d’autres coins de cette banlieue nord qui m’avait l’air bien tranquille.
En plus comme je le prenais au terminus, j’étais sûr d’avoir une place assise.
Et ça, un dimanche midi après trois heures de cours ... ça n’a pas de prix.
Les dimanches après-midi ne se sont jamais ressemblés :
sieste quand ça a été possible,
questions existentielles (et désormais habituelles) sur le meilleur endroit pour voir le soleil se coucher,
et puis parfois des cours,
ailleurs,
que je ne devrais manquer de vous raconter, dans un article ou deux …
avec des petites et des grandes élèves,
à la découverte de ce drôle de bonhomme,
et puis aussi des retrouvailles et de bons éclats de rire
5h50.
Mon téléphone radio réveil me balance ses vibrations.
Le matelas vibre,
l’oreiller relaie l’info.
Cette sonnerie, qui est pourtant la moins pire que j’ai pu trouver dans cet appareil, est toujours aussi désagréable.
Pour la première fois dans ce séjour (et peut-être même ici), je me réveille avec un réveil.
Et ce, à l’heure où pourtant jusque là, je m’étais toujours réveillé, naturellement.
Bizarrerie du corps humain.
Pour une fois que je suis obligé de me lever tôt,
mon organisme a décidé que c’était le jour où il redécouvrait le plaisir d’une grasse matinée.
Les paupières encore résolument closes, je cherche le bouton de la bouilloire.
C’est quand même pratique de l’avoir à portée de main
(et je sais, je l’ai déjà écrit).
J’ouvre un oeil avec la sensation d’être au lendemain d’une méga bringue
où je me serais couché il y a une heure ou deux.
Pourtant, l’activité la plus excitante qui a traversé ma journée d’hier,
a été un aller retour rapide au supermarché pour me réapprovisionner en glaces.
Je n’ai pas dépassé minuit,
m’endormant mollement devant une passionnante partie de « maître des mots » en solitaire sur ma tablette.
Après le traditionnel « France Inter, il est minuit » j’écoute « les Savantes »,
une émission où l’invitée est Fatoumata Kebe, docteure en astronomie.
Fatoumata Kebe, docteure en astronomie.
ça en jette quand même !
Et plutôt loin.
Cette belle image de la femme, de la France, du monde de demain est vite recadrée par ce que je lis aux infos
en buvant mon premier thé : Charlottesville ...
Désespérant.
Il est 7h20 quand je me déscotche du lit.
Je me jette sous la douche.
Elle sera rapide.
J’ai peur d’être à la bourre.
Mon sac.
un short et un tee-shirt pour le cours,
mon portefeuille, la carte de bus (qui me servira pour le train),
je peux y aller.
Je ferme l’appart’ avec la clé noire.
Je passe la porte du petit hall,
traverse le couloir.
L’ascenseur.
J’attends.
Il me manque quelque chose autour du cou.
Mon casque !
Retour à l’appartement.
La clé bleue pour le petit hall,
la noire pour l’appart’,
le casque est sur le lit.
Je m'engouffre dans l’ascenseur qui est arrivé entre temps.
J’appuie sur le bouton.
Le 1.
Ça fait toujours bizarre de penser que le rez-de-chaussée n’existe pas.
Je cherche ma tablette dans le sac pour lancer la musique.
Pas de tablette.
Remonter en urgence.
J’appuie sur le bouton.
Le 10.
Trop tard, il faut que j’attende le rez-de-chaussée qui n’existe pas.
La porte de l’ascenseur s’ouvre,
je me dis qu’il y a sûrement un de ces boutons pour faire qu’elle se referme plus vite,
mais je ne reconnais pas le dessin.
Celui-ci c’est pour qu’elle reste ouverte si quelqu’un est en train d’arriver.
Celui d’à côté ?
Et si c’était un bouton de sécurité déclenchant une sonnerie dans tout le bâtiment ?
ou alertant le service de maintenance de l’ascenseur ?
Le temps que je me pose toutes ces questions, la porte s’est refermée et je suis à nouveau en route pour le 9e étage du bouton 10.
Le couloir avec la clé bleue à la main,
le petit hall, changement de clé,
la clé noire,
la tablette
(qui était sur le lit à côté du casque, décidément je ne suis pas - du tout - réveillé ce matin),
la clé noire,
le petit hall,
le couloir,
l’ascenseur,
le bouton 1.
Je suis enfin à la sortie de l’immeuble après avoir souri au gardien
qui, s’il a suivi mes pérégrinations sur les caméras de surveillance, a bien dû se marrer.
Zongshan road est déserte.
Un dimanche à 7h45,
même ici,
c’est bien normal.
La gare est un peu plus animée.
Je croise ce panneau qui donne tant à réfléchir.
Et oui,
la mosquée est toujours dans la gare.
De même qu’au milieu du hall principal, il y a encore la consigne.
Je prends le train numéro 3132, direction Chiayi, départ 8h15.
Trouver la bonne voie de départ.
De toute manière, il faut que j’aille sur la passerelle d’accès aux quais.
Escalator.
Au dessus des composteurs, le panneau des départs.
Ça fait bizarre quand même les annonces en mandarin.
Donc 3132, voie 4 A.
Parfait.
Il n’est même pas 8h.
Pourquoi je me suis affolé comme ça alors que je suis en avance comme je l’ai rarement été ?
Va savoir ...
Après avoir validé ma carte de transport, je prends la passerelle.
Il y a deux trains qui partent à 8h du quai numéro 3.
Je me serre à gauche pour laisser passer des gens pressés.
Sur le numéro 4, il n’y a personne.
Du moins, pas pour l’instant.
Je m’installe sur une chaise en plastique en repensant à mon affolement de l’heure précédente.
Le quai d’en face, en revanche, est bien rempli.
Le train de 7h59 est annoncé.
Il va jusqu’à Taipei.
Le responsable du quai est en place.
7h54, le train apparait au bout du quai.
Il est beau ce train.
Je le prendrais bien un jour pour aller à la capitale.
7h59,
il continue sa route vers le nord.
Le mien arrive à 8h11,
et repart à .. 8h14 tapantes.
Aujourd’hui, je découvre le train de banlieue.
Ma foi, il est propre et confortable.
Ça ne sera peut-être pas pareil toutes les fois ?
On verra bien.
Comme dans le bus et le métro, une voix féminine annonce les arrêts dans les quatre langues.
Et c'est une bonne nouvelle car si je sais que je dois descendre à Gangshan à 8h39,
je ne sais pas combien de stations il y aura d’ici là.
On va probablement passer par Zuoying puisque l'on va vers le nord mais après ...
J’ai oublié ma bouteille d’eau.
C’était bien la peine de l’avoir consciencieusement mise au frais hier soir ...
8h 03,
Zuoying.
c’est bizarre je ne reconnais pas la gare ...
Pourtant, j’y ai déjà pris le train pour aller à Dounan, il y a quelques années avec Jia Liang.
Quelques personnes montent et s’installent dans les sièges encore inoccupés.
Le train repart.
Arrêt suivant,
Xinzuoying.
Là ..
Je reconnais.
Et tout s’éclaire :
quand je prends le bus (le 51 !), et que l'on arrive à la station de métro Zuoying,
la voix dans le bus annonce Xinzuoying.
J’avais découvert par déduction que Xin (qui se prononce Chin’) voulait dire nouveau,
mais je n’avais jamais vraiment compris pourquoi on appelait cette gare, la nouvelle gare.
J’avais mis ça sur le compte du TGV qui arrive à cet endroit et pour lequel ils avaient visiblement tout réaménagé,
mais en fait, c’était aussi tout bêtement,
parce qu’il y avait une ancienne gare de Zuoying,
celle de l’arrêt d’avant.
Pérégrinations géographico-linguistiques de peu d’intérêt, je vous l’accorde,
mais maintenant que j’avais fini d’écrire ce que vous êtes en train de lire,
je n’avais plus grand chose à faire, assis sur petit siège de faux velours bleu.
On traverse la banlieue nord.
Des usines.
Beaucoup d’habitations,
Nanzi,
Qiaotou,
ah ... Gangshan est annoncée.
Je descends et me dirige vers l’escalier qui relie le quai au passage souterrain.
L’horloge indique ... 8h40.
Sur le parvis de la gare, je cherche mon hôtesse.
C'est un visage qui devrait m'être familier.
Cheng Wei m’a dit que c’était une élève du stage que j’ai donné l’an dernier à Tainan.
La voilà,
souriante,
devant sa voiture.
« Hello there !
- hello !
- nice to see you again »
Son nom anglais est Evita.
Ça n’est pas très anglais comme prénom (et ça ne lui va pas du tout d’ailleurs).
Il faudra que je lui demande comment elle s’appelle vraiment.
Une autre fois.
Nous traversons le centre-ville de Gangshan
qui ressemble à beaucoup de ces villes de banlieue aux portes des métropoles mondiales.
Une sorte de La Ciotat sans son port, d’Épinay sur Seine, de Vénissieux ...
« do you remember me ? »
Et comment je me souviens d’elle !
D’abord parce qu’on a quand même passé une semaine ensemble l’été dernier
et que ce cours était bien sympathique,
mais surtout parce que c’est elle qui avait traversé Tainan à toute vitesse
pour me déposer à la gare TGV d’où je montais à l’aéroport de la capitale pour accueillir les françaises.
Qu'est-ce que j'ai flippé de rater ce fameux train de 13h18, dans cette voiture !
Elle m’explique un peu ce qui m’attend.
Je vais donc venir pendant quatre dimanches.
Le premier cours, ce sont des filles d’une dizaine d’années.
J’en aurai 6 aujourd’hui parce que c’est encore les vacances
(les officielles, et certaines ont eu la chance ... d’aller dans une colonie où elles ont continué à danser ...),
mais j’en aurai plus après.
Elle devraient être 14, les deux dernières séances.
Le second cours, elles sont plus grandes.
des lycéennes ou des étudiantes en première année de fac.
« and I take this class ! » me dit Evita avec un grand sourire.
Puis, elle se ravise.
« mais pas toutes les semaines. Le dernière dimanche, je serai en répétition avec Liao Mo Hsi ... »
(vous devriez vous souvenir maintenant ... Liao Mo Hsi, c’est la compagnie où travaille aussi Wan Chu,
pour vous rafraîchir la mémoire c’est ici)
« et la semaine d’avant ... je serai en ... vacances »
Elle dit ça comme si elle rentrait dans un hôpital pour subir un traitement contre une maladie honteuse.
Je crie : « Super ! … Tu as bien raison de te reposer un peu »
Les taïwanais ont un rapport au travail que je ne comprendrai jamais.
Nous passons une rivière ...
Tiens ! Une grande croix latine,
une église, ou un temple .. enfin quelque chose de plus ou moins chrétien ...
Ce restaurant me fait sourire.
Au moins, on sait ce qu’on y mange.
« vous allez faire un spectacle avec Cheng Wei cette année ?
- non, c’est compliqué de faire ça tous les ans, mais on en prépare un pour l’an prochain ...
on espère pouvoir le jouer ici dans .. exactement un an
- alors on sera là ! …
- cool ! ...
- je te laisse devant l’école …
Je vais garer la voiture ...
C’est au second »
Mais pourquoi donc les studios de danse sont-ils toujours à l’étage ?
Dans le hall d’entrée, une petite étagère pour les chaussures.
J’y laisse mes sandales.
et je monte donc au second niveau ... (le premier étage ! vous suivez ?)
Je dis bonjour à la jeune fille à l’accueil.
Des élèves sont déjà là.
Cheveux parfaitement tirés en queue de cheval ou en chignon,
tunique noire, collant chair.
Comme l’avait annoncé la photo dans l’escalier, nous sommes dans une école de danse ... classique.
Je jette un oeil au studio.
Il est tout petit.
Décidément, les gamins de Tsoying, ont bien de la chance.
Ce pays est étonnant.
Ils font des salles de spectacle qui sont immenses
mais les écoles n’ont pas les moyens de se payer des studios dont la taille serait en rapport.
La jeune fille de l’accueil me fait comprendre que les vestiaires sont à ce même étage, de l’autre côté de l’escalier, mais que le cours aura lieu ... au dessus.
J’ai déjà mal aux cuisses d’être monté au premier,
voilà donc qu’il faut que j’aille au second.
Je ne suis définitivement pas fait pour les cours le dimanches matin ...
Le studio du dessus est effectivement un tout petit peu grand
(il a la taille de celui du dessous augmentée de la surface du hall d’accueil).
Première étape : le son.
Ils ont un câble pour les tablettes.
Bien sûr, aujourd’hui, alors que j’ai oublié pas mal de choses ce matin,
le satané câble qui m’a fait si souvent revenir chez moi en courant,
trônait fièrement au fond du sac,
pour rien.
J’installe mon matériel et m’allonge un moment
(message personnel -
oui Floriane ! en bon contemporain je commence forcément par me rouler par terre
- fin du message personnel).
Quatre gamines arrivent.
Très intimidées.
L’opération décoinçage va être rude.
Je mets une musique,
et fais des grimaces de douleur en retournant me rouler par terre.
Je gesticule,
je sifflote une mélodie particulièrement moche.
Je crois entendre des débuts de frémissements de sourires …
On attend 9h.
Une cinquième élève arrive,
suivie d’Evita.
« tu peux commencer !
- mais tu ne m’as pas dit qu’elles étaient six ?
- c’est pas grave ... »
Ben si quand même,
c’est un peu ennuyeux.
Je ne lui réponds pas et fais mine de devoir encore me chauffer.
Histoire d’attendre encore un peu.
Il n’est pas 9h05 quand la dernière jeune fille arrive.
Elle se fait engueuler ...
Je n’aime pas ça du tout.
Le peu de détente que j’avais réussi à obtenir des cinq autres est anéanti avec cette violente variation de décibels.
Tout à refaire.
Comme elles ont toutes leur prénom anglais, scotché sur leur tunique, j’organise une inspection.
Chacun a son commentaire.
Il y en a deux qui sourient.
Une brèche est ouverte.
Mais c’est pas gagné.
Je pourrais dire que c’est un cours sans problèmes.
Il n’y a pas un bruit,
elles sont consciencieuses,
appliquent les corrections quand elles les comprennent (du moins pour la plupart),
mais justement, à cet âge-là, j’ai besoin d’entendre des éclats de rire,
de voir des tentatives vraiment loupées
parce que ces corps encore enfantins devraient être restés disponibles à toute aventure.
Hélas, on est déjà dans un formatage ...
que j’entreprends donc de faire disparaitre.
Déjà, demander à Évita de se taire.
Qu’elle assiste au cours ? Pas de souci.
Qu'elle engueule les gamines parce qu’elles ne réagissent pas assez vite
alors que les trois quarts ne connaissent que quelques mots d’anglais,
et qu’elles sont encore impressionnées d’être en face de ce grand bonhomme noir, hirsute, avec des grands yeux,
ça n’est pas possible.
Sur le ton de la plaisanterie (mais de manière ferme et définitive), je lui rappelle que là, c’est moi le prof,
et qu’elle n’a plus son mot à dire.
Je sais bien qu’elle veut que ses élèves donnent le meilleur d’elles-mêmes,
mais je ne crois vraiment pas que c’est comme ça que l’on y arrivera.
En tous cas, pas dans mon cours.
Les autres séances se sont passées plus ou moins de la même manière.
J'ai relancé une inspection de prénoms dès qu’il y a eu des nouvelles,
montré un extrait de West Side Story sur mon Iphone parce que celle qui venait d’arriver s’appelait Anita,
dit à cette autre que « Claire » était un prénom français.
J’ai obtenu quelques vrais rires pendant les variations,
dans l’exercice de dissociation où je faisais l’idiot ...
On a avancé dans le bon sens mais j’aurais quand même aimé réussir à les détendre un peu plus.
Petite victoire,
ce moment de détente à la photo de fin de stage, où elles se révèleront telles que j’aurais aimé qu’elles soient.
Le cours d’après,
c’est tout autre chose.
Elles ont vite compris à qui elles avaient à faire
et on a bossé dans une ambiance comme je les aime.
Beaucoup de choses à faire bien-sûr.
Elles sont passées par le même chemin que les plus jeunes du cours d’avant.
Mais c’est un travail semblable à celui de Tsoying, j’ai quelques moyens en stock pour les faire arriver à mes fins.
Comme pour Solar, on a commencé par la variation sur Gameland,
avec beaucoup de temps utilisé pour trouver de la détente et garder la précision,
même dans cette relative rapidité.
Les deux dernières séances, elles étaient prêtes à plus de lenteur.
En plus, il y a eu des nouvelles élèves
et puis nous avons eu la visite d'anciennes élèves de Tsoying, qui ont débuté ici !
D’abord Yu Han, qui a dansé dans ma pièce en 2013 et faisait partie du groupe qui est venu en France en 2014,
elle était là le troisième dimanche, avant de repartir à son université à Taichung.
Et Ya Èn, récemment diplômée de Tsoying, qui rentre à la fac à Taipei (la fameuse TNUA) dans quelques jours.
Je l’avais eue en 2013, au collège, où elle avait aussi dansé une de mes pièces,
et je l’ai vue grandir lors de ces trois années à Tsoying après avoir eu sa grande soeur.
Ça crée des liens.
Quelles belles surprises, elles m’ont fait là !
Apparaissant dans l’encadrement de la fenêtre au milieu du cours précédent, sourire radieux aux lèvres.
Donc, j’ai inventé une nouvelle chose plus lente,
à partir d’une des musiques créées ici les jours précédents.
Ça a donné quelque chose comme ça,
(et je vais plus que probablement m'en servir dans « Chroniques formosanes »).
J’ai bien sûr fini tous les cours en retard,
même le premier et le dernier dimanche où j’avais d’autres cours dans l’après-midi.
C’est plus fort que moi.
Je me dis toujours que la fois suivante sera parfaite.
D’autant que c’est souvent dans ces derniers moments que de belles choses arrivent.
Pas qu’en cours de danse d’ailleurs ...
Dans ces deux dernières séances, j’ai eu l’honneur de rencontrer la directrice de l’école.
Son intervention de fin de stage m’a vite permis de percevoir le personnage dans ses grandes lignes :
elle est arrivée pendant le premier cours et les gamines ont arrêté de danser.
J’ai cru qu’il se passait quelque chose de grave.
Mais non, elle venait juste voir.
La tension dans la salle a été palpable.
Quand elle est reparti, les pauvres élèves étaient presque pire qu’à notre première rencontre.
Il m’aurait fallu une ou deux séances supplémentaires pour retrouver toute la détente gagnée jusque là.
La collaboration ne doit pas être facile avec cette très autoritaire petite dame.
Je comprends mieux pourquoi Evita a l'habitude de crier sur les plus jeunes ...
Pour le second cours, ça a été différent.
Quand elle est passée pour donner mon enveloppe (alors qu’elle aurait très bien pu attendre la fin du cours),
les danseuses ont continué à danser, à chercher, à rire.
Elle est revenue à l’heure où le cours aurait dû finir
mais nous avons fait comme si c’était une spectatrice comme les autres.
Au moment où je les ai remerciées pensant embrayer en leur demandant si elles avaient des questions,
ce qui aurait permis d’engager une discussion sur la danse ici et ailleurs (et sur peut-être des tas d’autres choses),
sa voix a retenti en mandarin.
Evita a traduit :
« elle aimerait que vous leur donniez des conseils »
(oui merci, j’y avais pensé ...)
Je parle d’ouverture d’esprit, d’apprendre autrement, d’apprendre intelligemment,
de parfois regarder avant de bouger,
de ne pas avoir honte de demander au professeur de refaire ou d’expliquer une nouvelle fois.
Je suis interrompu deux fois par la patronne (qui avait la traduction simultanée d’Evita).
Je ne sais pas ce qu’elle leur a dit …
Nous avons donc fini par des photos de groupe.
D’abord l'officielle (pour la cheffe).
Et puis, on est passé aux choses sérieuses.
J’ai tenté de détruire les deux lignes bien trop proprettes.
On a fait des photos que j’ai dit avoir ratées ...
Et j’ai enfin obtenu une série de clichés de ces filles telles qu’elles sont.
Voire même, telles qu'elles sont moins souvent …
Ça serait bien.
Notamment pour ces petites filles que j’aimerais pouvoir faire rire vraiment.
On verra bien.
Pour le retour, j’ai pris le métro.
Sauf le dernier dimanche où j’étais pressé.
C’est un peu plus cher, mais ça me faisait découvrir d’autres coins de cette banlieue nord qui m’avait l’air bien tranquille.
En plus comme je le prenais au terminus, j’étais sûr d’avoir une place assise.
Et ça, un dimanche midi après trois heures de cours ... ça n’a pas de prix.
Les dimanches après-midi ne se sont jamais ressemblés :
sieste quand ça a été possible,
questions existentielles (et désormais habituelles) sur le meilleur endroit pour voir le soleil se coucher,
et puis parfois des cours,
ailleurs,
que je ne devrais manquer de vous raconter, dans un article ou deux …


























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