11-12/01/18 - Le retour au Pavillon Noir
Le premier jour d’exploration solitaire,
un bel accueil dans la grande maison,
du travail, beaucoup,
presque autant que de doutes ...
Jeudi 11 janvier
22h30,
Veillée d’armes.
De retour de mes premiers cours du jeudi de l’année,
je monte la dernière volée d’escaliers qui sépare les rumeurs de la ville de mon chez moi presque au calme.
Bonne ambiance à l’école ce soir.
Ces quinze jours de mise en jachère m’ont permis de redémarrer avec un corps et un esprit chargés de positivité.
La pêche dans les cours.
Un peu moins quand je monte ces dernières marches.
La machine vieillit.
Elle alimente l’appréhension de la blessure,
cette peur larvée que la mécanique ne tienne plus,
qui reste là, ronronnant dans le fond,
comme les actualisations en arrière plan de nos ordinateurs et nos smartphones.
En plus, depuis mardi après-midi, j’ai l’oreille droite qui siffle.
Probablement à cause de ce début de crève que j’ai enrayée n’importe comment pendant les vacances.
Les fréquences aiguës sont mes ennemies, pour une période que j’espère la plus courte possible.
Peut-être disparaîtront-elles dans la nuit ?
Ce soir, j’aimerais m’endormir tôt mais je sens que mon esprit en a décidé autrement.
J’avais quasiment sommeil en sortant du studio mais là, mon cerveau se réveille.
Alors je choisis un carnet et j’écris ce que vous lisez sur fond de télé.
Une série française avec des avocates.
Belle variation que celle créée samedi sur la musique de la traversée en scooter.
Je l’ai imaginée dans le tramway en allant aux studios Décanis,
et depuis, elle se nourrit de chaque transmission.
De la version originelle, j’ai déjà décliné une version simple le mardi,
une version « sans les bras » qui est apparue en cours d’apprentissage
(je passe souvent par une étape où je ne montre que les pas avant de rajouter ce que fait le haut du corps …
au désespoir de certains élèves qui préfèreraient avoir tout de suite la globalité).
Ce soir, un saut qui était près dans les corps est apparu presque naturellement.
J'ai déjà travaillé sur cette musique fin décembre,
un casse-tête directionnel dont mes élèves se souviennent.
(pour la petite histoire, dans mon carnet j’ai écrit « je me languis qu’ils la dansent tous » …
une fois de plus j’ai oublié que dans le « tous » il y a moi …)
Vendredi 12 janvier,
5h,
la nuit a été grise.
Moi qui voulait une bonne nuit de sommeil …
Je me rendors un peu et émerge aux alentours de 7h30.
Action.
Boulangerie,
thé,
je vois sur mon sofa un carnet qui me plait plus que celui que j’ai commencé hier.
En plus, son format (plus grand et plus plat) est beaucoup plus pratique pour y écrire comme dans un journal.
C’est peut-être avec celui-ci que j’aurais dû commencer l’année ... …
Après le petit déjeuner, je passe par la case ordinateur.
Il faut que je renvoie la lettre d’invitation officielle que j’avais fait pour la WeiDanceCompany.
Cheng Wei, en plein remplissage de son dossier de subvention pour notre venue sur l'île cet été,
a vu une erreur et me l’a signalée hier soir.
J’ai lu son message entre les deux cours
alors que je vérifiais si des élèves me prévenaient de leur retard ou de leur absence.
Je lui ai promis de faire la lettre aujourd’hui,
et après un rapide un calcul, je l’ai envoyé se coucher, il était 2h du matin là-bas :
« I’m between two classes
So you'll have it tomorrow morning …
And you should go to bed !
- OK XDXD
night night ~~ »
Les XD, c'est ça sa manière de me dire qu'il rit (un cousin asiatique du lol ).
Et les ~~ sont là pour signifier la fin de la conversation.
Là aussi, les codes sont différents.
J'envoie aussi au Pavillon Noir, la convention de prêt gratuit de studios.
Vu que j’y vais dans la foulée, il serait peut-être temps …
et je traîne encore un peu devant l’écran.
Jeux débiles,
réseaux sociaux,
quoi de mieux pour repousser l’échéance ? ...
Pourquoi le retour au studio me fait-il aussi peur ?
Je n’ai aucune obligation de résultat,
il n’y a personne pour me juger,
si la partie la plus raisonnable de mon cerveau gérait ce début de matinée,
je me me dirais qu’il n’y a rien grave pour l’instant
et que de toute façon, si je ne suis pas productif, je ne pourrai m’en prendre qu’à moi même.
Mais les émotions s’en mêlent.
Et quand je clique sur le bouton « envoyer » de la convention, je flippe.
9h.
Je change la photo de la page Facebook de la compagnie.
Retour de l’image, désormais classique, du Pavillon Noir.
J’en ai de la chance.
Je finis de discuter avec ma copine Dany avec qui je devais prendre un café dans la journée
mais qui est un peu malade.
Dommage.
Je publie aussi ce souvenir d’il y a huit ans.
Janvier 2010, je dansais « Jamais seul » à Franconville.
Le solo dont je vous parlais l’autre jour.
Il y avait eu les scolaires,
à 250 gamins dans la salle,
moi tout seul en face,
et puis la « tout public » en soirée, c'était un mardi.
Ma collègue et amie, Patricia Greenwood Karagozian avait traversé toute l’Île de France pour venir me voir.
Il y avait les Lefdup, Fabien, et la famille de Sylvain.
Un directeur de théâtre avait dit que le rapport musique danse était particulièrement pertinent.
Sacré compliment.
Assez drôle quand j’y repense
car le bras droit de la directrice du festival de Marseille m’avait justement dit l’inverse un an plus tôt.
Elle avait d’ailleurs ajouté qu’elle suivrait mon travail,
je ne l’ai jamais revue.
Depuis, il y avait eu la Finlande, suite et fin,
et toutes les années taïwanaises.
Si on m’avait dit à l’époque qu’il se passerait tout ça …
9h30,
je suis dans la voiture.
Je passe de France Infos à FIP.
Trop anxiogène.
je suis déjà assez inquiet comme ça.
La route est ensoleillée.
Il y a peu de trafic.
Ça pourrait presque être un départ en vacances,
où j’irais à Barcelone,
ou en Italie …
Juliette Greco chante :
« On n'oublie rien de rien
On n'oublie rien du tout
On n'oublie rien de rien
On s'habitue c'est tout »
J’aimerais bien m’habituer ...
10h10,
je suis à l’entrée d’Aix-en-Provence.
Il y a encore des travaux au niveau de la gare routière.
Je me demande si je verrai ce quartier sans travaux un jour …
10h15,
j’ai déjà coupé le moteur.
J’ai trouvé une place tout de suite,
et tout prêt de la grande maison,
serait-ce de bon augure ?
Fermer la voiture,
remonter la rue sur quelques mètres jusqu’à l’esplanade,
tourner à droite dans l’avenue Mozart,
passer devant l’hôtel Renaissance,
le Conservatoire,
fumer sur le parvis du Grand Théâtre de Provence,
le GTP comme on dit maintenant,
(tiens, ça s’appelle l’esplanade Maria Calas, je n’avais jamais remarqué),
regarder juste en face et se préparer à affronter la montagne.
J’ai la sensation d’être comme un sculpteur devant un bloc de marbre
dont il sait qu’il va tirer une chose qu’il espère jolie.
Mais pour l’instant, il n’y a que ce bloc brut,
qui parait aussi grand que la Saint Victoire toute proche.
Dieu que c’est flippant.
Je regarde les passants,
le ciel sans nuages,
les marches couleur pierre de Rognes,
je repense à Cheng Wei, couché là,
en plein soleil,
il y a un peu plus d’un an,
il était crevé.
D'habitude, à cette heure-là, au dernier étage du bâtiment, il y a la classe.
Mais aujourd'hui, les studios sont vides.
On m’a dit que certains danseurs partaient en tournée
et les autres étaient de repos.
Ça va être calme …
Je prends mon souffle et je rentre.
À l’accueil, Estelle, toujours aussi souriante.
Je lui présente mes vœux,
elle se lève, contourne son bureau,
je ne comprends pas tout de suite.
Elle vient me faire la bise pour me souhaiter la bonne année comme il se doit.
Je suis étonné.
Elle me demande si je veux voir Nathalie, qui est chargée de l'accueil des compagnies,
je lui dis que ça n’est pas la peine de la déranger,
on attend une voix dans l’open Space :
« Ah ! »
Quelqu’un approche.
Nathalie a, elle, des choses à me dire.
On discute un peu.
La nouvelle année,
l’explication de mon absence de l’an dernier,
« Ça fait longtemps qu’on ne t’avait pas vu » ,
et puis on va à son bureau car il y a des changements de planning.
Elle m’explique que les danseurs du Ballet auront besoin de plus de studios.
Elle me montre où elle a pu caser tout le monde
et où ça coince.
Je suis sur le point de la prier de m’excuser
quand elle me propose d’autres créneaux .. en s’excusant de la gêne.
Quand je repense à l’accueil plus que glacial que j’ai pu avoir ailleurs dans la région,
je me répète que j’ai bien déjà de la chance d’être là.
Je profite pour regarder quels studios je vais occuper les prochains jours,
je suis généralement au studio Bossatti, le moins grand, qui me suffit amplement quand je travaille seul
(en plus, il m’évite de prendre mes aises et d’être coincé quand je me retrouve aux Chartreux),
comme j’explique que j’aimerais pouvoir filmer de temps en temps,
Nathalie m’accorde dès que c’est possible, le studio Bagouet, plus grand et plus lumineux.
Au risque de me répéter, j’ai vraiment de la chance.
Je la laisse à ses organisations,
repasse devant l’accueil et monte l’escalier vers le foyer et les studios.
Le studio Bossatti.
Aussi vide qu’une page blanche.
Je pose mes affaires,
tourne un peu dans le studio,
regarde dehors le GTP sous ciel bleu,
puis je me change
et
trouve une autre raison de repousser l’échéance de rentrer dans l’arène
en allant m’assoir dans le canapé du foyer.
Il faut que j’écrive tout ce que je suis en train de vous raconter,
(je vais oublier si je le fais plus tard vous comprenez ?).
Donc à gauche, le nouveau cahier, que j'aime décidément beaucoup
( même si le « Sun Ya Tsen » et « le King of Life » écrits sur la couverture n'ont absolument aucun sens)
à droite, c'est le cahier d'hier soir, qui va me servir pour les notes de répétition.
Quant à ce splendide stylo,
il m’a été offert par mon amie de toujours,
cette chère Nadia
(dont je vous ai aussi parlé la dernière fois).
Un sacré cadeau qui génère deux objectifs périlleux pour moi :
ni perdre, ni casser l’objet,
et .. offrir en retour quelque chose à la hauteur de ce bijou l’an prochain,
quand la jeune fille changera de dizaine
(je vous dis pas laquelle, c’est indécent et énervant à la fois).
Je n’ai plus de monnaie pour un café.
J’ai tout donné à la boulangerie ce matin.
Je n’ai plus le choix :
retour au studio.
(vous remarquerez l’autoportrait de l’auteur en fausse réflexion ?
ça m’a pris encore un peu de ce temps qui me sépare de la vraie entrée en action …)
Avant de m’agiter, je commence par écouter la bande son
pour vérifier si ce que j’ai déjà décelé en écoutant les musiques au casque ou dans la voiture depuis ma tablette,
se confirme à travers une sono digne de ce nom.
C’est un peu moins grave que je ne le pensais mais quand même.
Tout ce que je vous disais dans l’article précédent reste hélas d’actualité.
J’ai du boulot.
En laissant résonner les ambiances dans le studio, quelques idées me viennent.
Pour le prologue,
pour Cijin ...
Je note vite tout ça dans le carnet (le petit blanc à fleurs, vous me suivez ?)
Et puis,
enfin,
je me lève,
pour bouger un peu au hasard.
Une petite chose apparait, je la filme vite avant d’oublier.
Après quelques gesticulations supplémentaires, je me chauffe sérieusement.
Barre complète (abdos compris, et j’en ai bien besoin).
Quand j’ai fini, il est déjà presque 13h.
Pause déjeuner.
C’est décidément très calme.
La grande table qui est en général occupée d’abord par les administratifs, puis la technique et enfin les danseurs, reste quasiment vide.
Une bonne raison pour ne pas trop s’éterniser.
Retour au studio.
L’après-midi est difficile.
Mon corps n’a pas envie,
et le cercle un poil vicieux se met en place.
Le fait de ne pas danser comme je veux engendre du stress,
qui génère des tensions,
qui m’empêchent de danser comme je veux,
ce qui génère du stress,
qui …
Après une ou deux tentatives que j'estime infructueuses,
j’essaie d’avancer quand même en m’attaquant à l’analyse des musiques.
Pour chaque partie, j’étudie le découpage de chaque « composition »
(j’ai du mal à définir de ce joli mot mes petites choses faites maison).
Je compte le nombre de mesures en repérant les différentes ambiances,
et quand elles apparaissent (cela pourra servir de points de repère).
Tout ça sera consigné dans des tableaux.
Je crois vous en avoir parlé plusieurs fois,
notamment au moment de la création du duo « à l’heure du thé » .
Ensuite, je danse les choses déjà faites au trimestre dernier,
en quantifiant aussi le nombre de mesures qu’elles occupent sur la durée totale des musiques..
Cela me donne une vague idée de ce qui me reste à faire.
Et la taille de cette idée …
Arrêter de flipper et se lancer pour de bon dans le boulot.
Pour le prologue, il va falloir se replonger dans les danses créées il y a maintenant un an,
notamment dans mon passage au studio C à Manosque.
Il y a déjà pas mal de choses à utiliser,
organiser,
mais d’abord à retrouver dans le corps.
Tout réapprendre,
(ou peut-être voir ce qu’il en reste dans la carcasse vieillissante ?)
je laisse ça à la semaine prochaine.
Pour la pluie,
là aussi, il faut que je demande aux réunionnais, la trace vidéo du duo.
Avec toutes les nouvelles choses créées et transmises depuis,
je ne me souviens plus de certains moments, que je sais jolis pourtant.
Pour la partie que j’appelle « Rentrer », (presque à la fin, avant « One »),
c’est comme pour le prologue.
J’ai tout ce que j’ai fait à Taiwan cet été à utiliser et à revoir.
Il me semble que mon corps devrait plus facilement se souvenir,
mais avoir les vidéos sous le coude va quand même aussi s'avérer utile.
Là aussi, il va falloir construire avec tout ça, probablement créer d’autres choses.
La montagne est décidément bien haute ...
Avancer lentement, avec concentration et détermination,
et sans trop flipper ...
La musique de « Rentrer » me semble un peu longue.
Mais en l’analysant, j’entends déjà des parties que je vais pouvoir raccourcir
si vraiment je ne m’en sors pas et que je ne veux pas faire de remplissage chorégraphique inutile.
En même temps, je me souviens m’être dit pareil pour « l’oiseau » dans In Wei,
et m’être retrouvé à devoir rallonger la musique, une fois la danse construite.
On verra bien.
Ne pas prendre de décision hâtive.
(mais se souvenir qu’une option plus courte est possible)
Je me sens plus inspiré par Cijin.
Alors je me lance dans la construction du début.
Comme je vous l’ai expliqué l’autre jour, je sais que je veux utiliser ce que j’ai fait à Gangshan
et aussi dans le sud-ouest.
Je sais aussi que Gangshan c’est pour ce que je fais seul avant le trio,
pour mes trois amis, je vais développer ce que j’ai fait dans le Béarn
(c’était à Nay, joli nom je trouve).
Je mets la musique en boucle et je me lance.
D’abord ma partie solo.
La danse me mène à ce moment de la musique où le premier temps des mesures est très marqué.
Le trio rentrera à ce moment là.
Je fais une phrase de fin en évoquant les mouvements de bras de la variation de Nay,
transition (que j’espère) habile avec la danse suivante.
Pour le trio, les premières notes scandées résonnent dans mon corps en une marche.
Je la vois en fond de scène,
d’où les danseurs se sépareront pour aller rejoindre le point d’où la variation pourra être déclinée.
Je décide qu’ils seront dans trois directions différentes.
Je filme le tout.
Non sans mal.
D'abord le solo,
Les trois versions d’entrée pour le trio sont un peu moins difficiles à danser.
Mais je ne suis pas sûr d’avoir été précis rythmiquement.
Je verrai bien quand je regarderai …
(non vous ne les verrez pas tout de suite, dans le prochain article peut-être)
Je décide quelle partie de la variation de Nay, je garde pour la danse d’ensemble finale.
L’arrivée au sol est idéale pour la suite
(je veux que nous attaquions assis ou couchés « les couchers de soleil » qui seront le thème de la partie suivante).
Je remonte du nombre de mesures nécessaires pour voir où on doit reprendre.
Je le teste sur la musique.
Cela me semble jouable,
et agréable à danser.
J’ai donc le début,
et la fin.
Pour le reste, il va peut-être falloir que j’invente d’autres choses.
Je me souviens que sur cette même musique, j’avais fait une variante aux studios Décanis,
un jour où je n’avais pas envie d’aller au sol.
Je tente de redanser la chose en faisant confiance à mon corps.
Je filme ... non sans quelques difficultés.
Pas sûr de qui le dansera et quand …
Mais ça me plait bien aussi.
17h,
Pour Cijin, l'inspiration semble se tarir,
alors je reviens au prologue.
Je mets la musique en boucle,
laisse faire mon corps, laisse aller mon esprit.
Une idée me vient pour l’entrée,
mais c’est encore avec des marches.
Gaffe à la systématique …
Je la note quand même en réfléchissant à une manière de ne pas tomber dans la même mécanique de construction.
Peut-être une fausse entrée ?
Une première apparition puis une entrée dansante ?
Je cherche.
Je note deux ou trois options et j’envisage une entrée en mouvement.
On verra ce qu’il adviendra de l’avant.
À cour, je dois pouvoir utiliser la phrase de Gameland que j’ai fait travailler cet été en stage
(et que nous dansons dans le duo au thé) mais le tempo est moins rapide,
pas sûr que ça marche, mais ça vaut quand même le coup de l’essayer.
Je filme quand même.
On verra bien.
Dans la foulée, une phrase me vient pour les entrées à jardin.
Je décide de filmer aussi
mais comme souvent quand on veut reproduire une impro, on ne souvient pas de tout.
Dans cette phrase et le rythme sont primordiaux,
et ça ne revient pas facilement.
Je rame.
Mais finalement, avec un peu de courage et de concentration ...
Du coup, la version à cour me parait bien fade.
alors je fais (sans trop de conviction, il faut bien l'avouer) une variante avec un saut supplémentaire.
La nuit est tombée, il se fait tard dans mon corps.
Je me force à filmer, même si je sens que ça n'est pas génial.
17h40.
Je regarde mes gesticulations sur l’écran de l’appareil photo ...
Rien garder ?
Ça va peut-être finir comme ça
mais je regarderai mieux à la maison ... sait-on jamais ?
D'ailleurs, il est temps de ranger les affaires.
Je défais d’abord l’empilement des ustensiles que j’ai posés sur le tabouret
pour mettre l’appareil photo à une hauteur convenable
(c’est là que le trépied perdu cet été, aurait été utile),
puis je rassemble toutes mes affaires là où je me suis assis ce matin.
On tape à une des portes du studio :
« excusez-moi, c’est juste pour vous dire que l’on ferme à 18h
- justement ! Je range mes affaires »
La jeune fille sourit :
« vous avez encore le temps »
La porte se referme discrètement.
Décidément, j’aurais eu un bien bel accueil.
Entassement des fringues dans mon bon vieux sac,
vérification que j’ai les deux carnets, « le » stylo, la tablette, l’appareil photo et tous les câbles.
Voilà une première journée pas si mal remplie,
autant je l’espère que je suis vidé.
Je ne suis pas content de moi.
Je me dis que j’aurais dû faire plus,
que j’aurais forcément pu faire plus.
Le chorégraphe en veut au danseur d’être ... comme il est.
Heureusement, l’assistant vient rassurer les deux
en leur disant que les choses avancent quand même,
même si c’est moins vite que le chorégraphe le voudrait.
Je quitte le Pavillon Noir avec dans la tête, la seule musique finie que je n’ai pas écouté de la journée :
chronique d’une déchirure.
Quand je me surprends à siffler la mélodie,
je souris en me disant que j’aurais même pu commencer cette session de travail en construisant ce solo
puisqu'il n'implique que moi et que rien n’est encore fait.
Je me dis aussi que c’est peut-être pour ça que j’ai fait l’impasse.
Acte manqué.
Les notes de piano coulent de mes oreilles jusqu’à mon cœur alors que je fais le chemin retour vers la voiture.
Elle est bien triste cette musique.
C’est une déchirure en même temps.
Le conservatoire,
l’hôtel Renaissance,
je me dis que si j’étais riche, je logerais les deux amis ici quand on répèterait dans la grande maison …
Ça me fait penser à la subvention de l’Institut Français …
J’évacue le plus vite possible cette raison de stress supplémentaire de mon esprit
et me réjouis que la voiture soit si proche de la grande maison.
18h10,
je suis dans ma voiture.
Il va falloir sortir d’Aix à l’heure des bouchons.
Direction Décathlon.
J’ai promis à mes élèves d’acheter un nouveau jogging.
Elles en ont marre de voir ma vieille chose ajourée partout, qui a fini par se trouer complètement.
Je ne mettrai donc plus ce jogging en cours …
mais pas sûr que je le jette pour autant …
Il ne date que de 2003 !
19h50,
finie journée.
La voiture est garée et je m’en extrais péniblement.
J’ai bien mérité une bière.
un bel accueil dans la grande maison,
du travail, beaucoup,
presque autant que de doutes ...
22h30,
Veillée d’armes.
De retour de mes premiers cours du jeudi de l’année,
je monte la dernière volée d’escaliers qui sépare les rumeurs de la ville de mon chez moi presque au calme.
Bonne ambiance à l’école ce soir.
Ces quinze jours de mise en jachère m’ont permis de redémarrer avec un corps et un esprit chargés de positivité.
La pêche dans les cours.
Un peu moins quand je monte ces dernières marches.
La machine vieillit.
Elle alimente l’appréhension de la blessure,
cette peur larvée que la mécanique ne tienne plus,
qui reste là, ronronnant dans le fond,
comme les actualisations en arrière plan de nos ordinateurs et nos smartphones.
En plus, depuis mardi après-midi, j’ai l’oreille droite qui siffle.
Probablement à cause de ce début de crève que j’ai enrayée n’importe comment pendant les vacances.
Les fréquences aiguës sont mes ennemies, pour une période que j’espère la plus courte possible.
Peut-être disparaîtront-elles dans la nuit ?
Ce soir, j’aimerais m’endormir tôt mais je sens que mon esprit en a décidé autrement.
J’avais quasiment sommeil en sortant du studio mais là, mon cerveau se réveille.
Alors je choisis un carnet et j’écris ce que vous lisez sur fond de télé.
Une série française avec des avocates.
Belle variation que celle créée samedi sur la musique de la traversée en scooter.
Je l’ai imaginée dans le tramway en allant aux studios Décanis,
et depuis, elle se nourrit de chaque transmission.
De la version originelle, j’ai déjà décliné une version simple le mardi,
une version « sans les bras » qui est apparue en cours d’apprentissage
(je passe souvent par une étape où je ne montre que les pas avant de rajouter ce que fait le haut du corps …
au désespoir de certains élèves qui préfèreraient avoir tout de suite la globalité).
Ce soir, un saut qui était près dans les corps est apparu presque naturellement.
J'ai déjà travaillé sur cette musique fin décembre,
un casse-tête directionnel dont mes élèves se souviennent.
En utilisant tout ça, je crois avoir assez de matériel pour toute cette scène.
J’ai hâte de voir le quatuor danser tout ça.(pour la petite histoire, dans mon carnet j’ai écrit « je me languis qu’ils la dansent tous » …
une fois de plus j’ai oublié que dans le « tous » il y a moi …)
Vendredi 12 janvier,
5h,
la nuit a été grise.
Moi qui voulait une bonne nuit de sommeil …
Je me rendors un peu et émerge aux alentours de 7h30.
Action.
Boulangerie,
thé,
je vois sur mon sofa un carnet qui me plait plus que celui que j’ai commencé hier.
En plus, son format (plus grand et plus plat) est beaucoup plus pratique pour y écrire comme dans un journal.
C’est peut-être avec celui-ci que j’aurais dû commencer l’année ... …
Après le petit déjeuner, je passe par la case ordinateur.
Il faut que je renvoie la lettre d’invitation officielle que j’avais fait pour la WeiDanceCompany.
Cheng Wei, en plein remplissage de son dossier de subvention pour notre venue sur l'île cet été,
a vu une erreur et me l’a signalée hier soir.
J’ai lu son message entre les deux cours
alors que je vérifiais si des élèves me prévenaient de leur retard ou de leur absence.
Je lui ai promis de faire la lettre aujourd’hui,
et après un rapide un calcul, je l’ai envoyé se coucher, il était 2h du matin là-bas :
« I’m between two classes
So you'll have it tomorrow morning …
And you should go to bed !
- OK XDXD
night night ~~ »
Les XD, c'est ça sa manière de me dire qu'il rit (un cousin asiatique du lol ).
Et les ~~ sont là pour signifier la fin de la conversation.
Là aussi, les codes sont différents.
J'envoie aussi au Pavillon Noir, la convention de prêt gratuit de studios.
Vu que j’y vais dans la foulée, il serait peut-être temps …
et je traîne encore un peu devant l’écran.
Jeux débiles,
réseaux sociaux,
quoi de mieux pour repousser l’échéance ? ...
Pourquoi le retour au studio me fait-il aussi peur ?
Je n’ai aucune obligation de résultat,
il n’y a personne pour me juger,
si la partie la plus raisonnable de mon cerveau gérait ce début de matinée,
je me me dirais qu’il n’y a rien grave pour l’instant
et que de toute façon, si je ne suis pas productif, je ne pourrai m’en prendre qu’à moi même.
Mais les émotions s’en mêlent.
Et quand je clique sur le bouton « envoyer » de la convention, je flippe.
9h.
Je change la photo de la page Facebook de la compagnie.
Retour de l’image, désormais classique, du Pavillon Noir.
J’en ai de la chance.
Je finis de discuter avec ma copine Dany avec qui je devais prendre un café dans la journée
mais qui est un peu malade.
Dommage.
Je publie aussi ce souvenir d’il y a huit ans.
Janvier 2010, je dansais « Jamais seul » à Franconville.
Le solo dont je vous parlais l’autre jour.
Il y avait eu les scolaires,
à 250 gamins dans la salle,
moi tout seul en face,
et puis la « tout public » en soirée, c'était un mardi.
Ma collègue et amie, Patricia Greenwood Karagozian avait traversé toute l’Île de France pour venir me voir.
Il y avait les Lefdup, Fabien, et la famille de Sylvain.
Un directeur de théâtre avait dit que le rapport musique danse était particulièrement pertinent.
Sacré compliment.
Assez drôle quand j’y repense
car le bras droit de la directrice du festival de Marseille m’avait justement dit l’inverse un an plus tôt.
Elle avait d’ailleurs ajouté qu’elle suivrait mon travail,
je ne l’ai jamais revue.
Depuis, il y avait eu la Finlande, suite et fin,
et toutes les années taïwanaises.
Si on m’avait dit à l’époque qu’il se passerait tout ça …
9h30,
je suis dans la voiture.
Je passe de France Infos à FIP.
Trop anxiogène.
je suis déjà assez inquiet comme ça.
La route est ensoleillée.
Il y a peu de trafic.
Ça pourrait presque être un départ en vacances,
où j’irais à Barcelone,
ou en Italie …
Juliette Greco chante :
« On n'oublie rien de rien
On n'oublie rien du tout
On n'oublie rien de rien
On s'habitue c'est tout »
J’aimerais bien m’habituer ...
10h10,
je suis à l’entrée d’Aix-en-Provence.
Il y a encore des travaux au niveau de la gare routière.
Je me demande si je verrai ce quartier sans travaux un jour …
10h15,
j’ai déjà coupé le moteur.
J’ai trouvé une place tout de suite,
et tout prêt de la grande maison,
serait-ce de bon augure ?
Fermer la voiture,
remonter la rue sur quelques mètres jusqu’à l’esplanade,
tourner à droite dans l’avenue Mozart,
passer devant l’hôtel Renaissance,
le Conservatoire,
fumer sur le parvis du Grand Théâtre de Provence,
le GTP comme on dit maintenant,
(tiens, ça s’appelle l’esplanade Maria Calas, je n’avais jamais remarqué),
regarder juste en face et se préparer à affronter la montagne.
J’ai la sensation d’être comme un sculpteur devant un bloc de marbre
dont il sait qu’il va tirer une chose qu’il espère jolie.
Mais pour l’instant, il n’y a que ce bloc brut,
qui parait aussi grand que la Saint Victoire toute proche.
Dieu que c’est flippant.
Je regarde les passants,
le ciel sans nuages,
les marches couleur pierre de Rognes,
je repense à Cheng Wei, couché là,
en plein soleil,
il y a un peu plus d’un an,
il était crevé.
D'habitude, à cette heure-là, au dernier étage du bâtiment, il y a la classe.
Mais aujourd'hui, les studios sont vides.
On m’a dit que certains danseurs partaient en tournée
et les autres étaient de repos.
Ça va être calme …
Je prends mon souffle et je rentre.
À l’accueil, Estelle, toujours aussi souriante.
Je lui présente mes vœux,
elle se lève, contourne son bureau,
je ne comprends pas tout de suite.
Elle vient me faire la bise pour me souhaiter la bonne année comme il se doit.
Je suis étonné.
Elle me demande si je veux voir Nathalie, qui est chargée de l'accueil des compagnies,
je lui dis que ça n’est pas la peine de la déranger,
on attend une voix dans l’open Space :
« Ah ! »
Quelqu’un approche.
Nathalie a, elle, des choses à me dire.
On discute un peu.
La nouvelle année,
l’explication de mon absence de l’an dernier,
« Ça fait longtemps qu’on ne t’avait pas vu » ,
et puis on va à son bureau car il y a des changements de planning.
Elle m’explique que les danseurs du Ballet auront besoin de plus de studios.
Elle me montre où elle a pu caser tout le monde
et où ça coince.
Je suis sur le point de la prier de m’excuser
quand elle me propose d’autres créneaux .. en s’excusant de la gêne.
Quand je repense à l’accueil plus que glacial que j’ai pu avoir ailleurs dans la région,
je me répète que j’ai bien déjà de la chance d’être là.
Je profite pour regarder quels studios je vais occuper les prochains jours,
je suis généralement au studio Bossatti, le moins grand, qui me suffit amplement quand je travaille seul
(en plus, il m’évite de prendre mes aises et d’être coincé quand je me retrouve aux Chartreux),
comme j’explique que j’aimerais pouvoir filmer de temps en temps,
Nathalie m’accorde dès que c’est possible, le studio Bagouet, plus grand et plus lumineux.
Au risque de me répéter, j’ai vraiment de la chance.
Je la laisse à ses organisations,
repasse devant l’accueil et monte l’escalier vers le foyer et les studios.
Le studio Bossatti.
Aussi vide qu’une page blanche.
Je pose mes affaires,
tourne un peu dans le studio,
regarde dehors le GTP sous ciel bleu,
puis je me change
et
trouve une autre raison de repousser l’échéance de rentrer dans l’arène
en allant m’assoir dans le canapé du foyer.
Il faut que j’écrive tout ce que je suis en train de vous raconter,
(je vais oublier si je le fais plus tard vous comprenez ?).
Donc à gauche, le nouveau cahier, que j'aime décidément beaucoup
( même si le « Sun Ya Tsen » et « le King of Life » écrits sur la couverture n'ont absolument aucun sens)
à droite, c'est le cahier d'hier soir, qui va me servir pour les notes de répétition.
Quant à ce splendide stylo,
il m’a été offert par mon amie de toujours,
cette chère Nadia
(dont je vous ai aussi parlé la dernière fois).
Un sacré cadeau qui génère deux objectifs périlleux pour moi :
ni perdre, ni casser l’objet,
et .. offrir en retour quelque chose à la hauteur de ce bijou l’an prochain,
quand la jeune fille changera de dizaine
(je vous dis pas laquelle, c’est indécent et énervant à la fois).
Je n’ai plus de monnaie pour un café.
J’ai tout donné à la boulangerie ce matin.
Je n’ai plus le choix :
retour au studio.
ça m’a pris encore un peu de ce temps qui me sépare de la vraie entrée en action …)
Avant de m’agiter, je commence par écouter la bande son
pour vérifier si ce que j’ai déjà décelé en écoutant les musiques au casque ou dans la voiture depuis ma tablette,
se confirme à travers une sono digne de ce nom.
C’est un peu moins grave que je ne le pensais mais quand même.
Tout ce que je vous disais dans l’article précédent reste hélas d’actualité.
J’ai du boulot.
En laissant résonner les ambiances dans le studio, quelques idées me viennent.
Pour le prologue,
pour Cijin ...
Je note vite tout ça dans le carnet (le petit blanc à fleurs, vous me suivez ?)
Et puis,
enfin,
je me lève,
pour bouger un peu au hasard.
Une petite chose apparait, je la filme vite avant d’oublier.
Après quelques gesticulations supplémentaires, je me chauffe sérieusement.
Barre complète (abdos compris, et j’en ai bien besoin).
Quand j’ai fini, il est déjà presque 13h.
Pause déjeuner.
C’est décidément très calme.
La grande table qui est en général occupée d’abord par les administratifs, puis la technique et enfin les danseurs, reste quasiment vide.
Une bonne raison pour ne pas trop s’éterniser.
Retour au studio.
L’après-midi est difficile.
Mon corps n’a pas envie,
et le cercle un poil vicieux se met en place.
Le fait de ne pas danser comme je veux engendre du stress,
qui génère des tensions,
qui m’empêchent de danser comme je veux,
ce qui génère du stress,
qui …
Après une ou deux tentatives que j'estime infructueuses,
j’essaie d’avancer quand même en m’attaquant à l’analyse des musiques.
Pour chaque partie, j’étudie le découpage de chaque « composition »
(j’ai du mal à définir de ce joli mot mes petites choses faites maison).
Je compte le nombre de mesures en repérant les différentes ambiances,
et quand elles apparaissent (cela pourra servir de points de repère).
Tout ça sera consigné dans des tableaux.
Je crois vous en avoir parlé plusieurs fois,
notamment au moment de la création du duo « à l’heure du thé » .
Ensuite, je danse les choses déjà faites au trimestre dernier,
en quantifiant aussi le nombre de mesures qu’elles occupent sur la durée totale des musiques..
Cela me donne une vague idée de ce qui me reste à faire.
Et la taille de cette idée …
Arrêter de flipper et se lancer pour de bon dans le boulot.
Pour le prologue, il va falloir se replonger dans les danses créées il y a maintenant un an,
notamment dans mon passage au studio C à Manosque.
Il y a déjà pas mal de choses à utiliser,
organiser,
mais d’abord à retrouver dans le corps.
Tout réapprendre,
(ou peut-être voir ce qu’il en reste dans la carcasse vieillissante ?)
je laisse ça à la semaine prochaine.
Pour la pluie,
là aussi, il faut que je demande aux réunionnais, la trace vidéo du duo.
Avec toutes les nouvelles choses créées et transmises depuis,
je ne me souviens plus de certains moments, que je sais jolis pourtant.
Pour la partie que j’appelle « Rentrer », (presque à la fin, avant « One »),
c’est comme pour le prologue.
J’ai tout ce que j’ai fait à Taiwan cet été à utiliser et à revoir.
Il me semble que mon corps devrait plus facilement se souvenir,
mais avoir les vidéos sous le coude va quand même aussi s'avérer utile.
Là aussi, il va falloir construire avec tout ça, probablement créer d’autres choses.
La montagne est décidément bien haute ...
Avancer lentement, avec concentration et détermination,
et sans trop flipper ...
La musique de « Rentrer » me semble un peu longue.
Mais en l’analysant, j’entends déjà des parties que je vais pouvoir raccourcir
si vraiment je ne m’en sors pas et que je ne veux pas faire de remplissage chorégraphique inutile.
En même temps, je me souviens m’être dit pareil pour « l’oiseau » dans In Wei,
et m’être retrouvé à devoir rallonger la musique, une fois la danse construite.
On verra bien.
Ne pas prendre de décision hâtive.
(mais se souvenir qu’une option plus courte est possible)
Je me sens plus inspiré par Cijin.
Alors je me lance dans la construction du début.
Comme je vous l’ai expliqué l’autre jour, je sais que je veux utiliser ce que j’ai fait à Gangshan
et aussi dans le sud-ouest.
Je sais aussi que Gangshan c’est pour ce que je fais seul avant le trio,
pour mes trois amis, je vais développer ce que j’ai fait dans le Béarn
(c’était à Nay, joli nom je trouve).
Je mets la musique en boucle et je me lance.
D’abord ma partie solo.
La danse me mène à ce moment de la musique où le premier temps des mesures est très marqué.
Le trio rentrera à ce moment là.
Je fais une phrase de fin en évoquant les mouvements de bras de la variation de Nay,
transition (que j’espère) habile avec la danse suivante.
Pour le trio, les premières notes scandées résonnent dans mon corps en une marche.
Je la vois en fond de scène,
d’où les danseurs se sépareront pour aller rejoindre le point d’où la variation pourra être déclinée.
Je décide qu’ils seront dans trois directions différentes.
Je filme le tout.
Non sans mal.
D'abord le solo,
Les trois versions d’entrée pour le trio sont un peu moins difficiles à danser.
Mais je ne suis pas sûr d’avoir été précis rythmiquement.
Je verrai bien quand je regarderai …
(non vous ne les verrez pas tout de suite, dans le prochain article peut-être)
Je décide quelle partie de la variation de Nay, je garde pour la danse d’ensemble finale.
L’arrivée au sol est idéale pour la suite
(je veux que nous attaquions assis ou couchés « les couchers de soleil » qui seront le thème de la partie suivante).
Je remonte du nombre de mesures nécessaires pour voir où on doit reprendre.
Je le teste sur la musique.
Cela me semble jouable,
et agréable à danser.
J’ai donc le début,
et la fin.
Pour le reste, il va peut-être falloir que j’invente d’autres choses.
Je me souviens que sur cette même musique, j’avais fait une variante aux studios Décanis,
un jour où je n’avais pas envie d’aller au sol.
Je tente de redanser la chose en faisant confiance à mon corps.
Je filme ... non sans quelques difficultés.
Pas sûr de qui le dansera et quand …
Mais ça me plait bien aussi.
17h,
Pour Cijin, l'inspiration semble se tarir,
alors je reviens au prologue.
Je mets la musique en boucle,
laisse faire mon corps, laisse aller mon esprit.
Une idée me vient pour l’entrée,
mais c’est encore avec des marches.
Gaffe à la systématique …
Je la note quand même en réfléchissant à une manière de ne pas tomber dans la même mécanique de construction.
Peut-être une fausse entrée ?
Une première apparition puis une entrée dansante ?
Je cherche.
Je note deux ou trois options et j’envisage une entrée en mouvement.
On verra ce qu’il adviendra de l’avant.
À cour, je dois pouvoir utiliser la phrase de Gameland que j’ai fait travailler cet été en stage
(et que nous dansons dans le duo au thé) mais le tempo est moins rapide,
pas sûr que ça marche, mais ça vaut quand même le coup de l’essayer.
Je filme quand même.
On verra bien.
Dans la foulée, une phrase me vient pour les entrées à jardin.
Je décide de filmer aussi
mais comme souvent quand on veut reproduire une impro, on ne souvient pas de tout.
Dans cette phrase et le rythme sont primordiaux,
et ça ne revient pas facilement.
Je rame.
Mais finalement, avec un peu de courage et de concentration ...
Du coup, la version à cour me parait bien fade.
alors je fais (sans trop de conviction, il faut bien l'avouer) une variante avec un saut supplémentaire.
La nuit est tombée, il se fait tard dans mon corps.
Je me force à filmer, même si je sens que ça n'est pas génial.
17h40.
Je regarde mes gesticulations sur l’écran de l’appareil photo ...
Rien garder ?
Ça va peut-être finir comme ça
mais je regarderai mieux à la maison ... sait-on jamais ?
D'ailleurs, il est temps de ranger les affaires.
Je défais d’abord l’empilement des ustensiles que j’ai posés sur le tabouret
pour mettre l’appareil photo à une hauteur convenable
(c’est là que le trépied perdu cet été, aurait été utile),
puis je rassemble toutes mes affaires là où je me suis assis ce matin.
On tape à une des portes du studio :
« excusez-moi, c’est juste pour vous dire que l’on ferme à 18h
- justement ! Je range mes affaires »
La jeune fille sourit :
« vous avez encore le temps »
La porte se referme discrètement.
Décidément, j’aurais eu un bien bel accueil.
Entassement des fringues dans mon bon vieux sac,
vérification que j’ai les deux carnets, « le » stylo, la tablette, l’appareil photo et tous les câbles.
Voilà une première journée pas si mal remplie,
autant je l’espère que je suis vidé.
Je ne suis pas content de moi.
Je me dis que j’aurais dû faire plus,
que j’aurais forcément pu faire plus.
Le chorégraphe en veut au danseur d’être ... comme il est.
Heureusement, l’assistant vient rassurer les deux
en leur disant que les choses avancent quand même,
même si c’est moins vite que le chorégraphe le voudrait.
Je quitte le Pavillon Noir avec dans la tête, la seule musique finie que je n’ai pas écouté de la journée :
chronique d’une déchirure.
Quand je me surprends à siffler la mélodie,
je souris en me disant que j’aurais même pu commencer cette session de travail en construisant ce solo
puisqu'il n'implique que moi et que rien n’est encore fait.
Je me dis aussi que c’est peut-être pour ça que j’ai fait l’impasse.
Acte manqué.
Les notes de piano coulent de mes oreilles jusqu’à mon cœur alors que je fais le chemin retour vers la voiture.
Elle est bien triste cette musique.
C’est une déchirure en même temps.
Le conservatoire,
l’hôtel Renaissance,
je me dis que si j’étais riche, je logerais les deux amis ici quand on répèterait dans la grande maison …
Ça me fait penser à la subvention de l’Institut Français …
J’évacue le plus vite possible cette raison de stress supplémentaire de mon esprit
et me réjouis que la voiture soit si proche de la grande maison.
18h10,
je suis dans ma voiture.
Il va falloir sortir d’Aix à l’heure des bouchons.
Direction Décathlon.
J’ai promis à mes élèves d’acheter un nouveau jogging.
Elles en ont marre de voir ma vieille chose ajourée partout, qui a fini par se trouer complètement.
Je ne mettrai donc plus ce jogging en cours …
mais pas sûr que je le jette pour autant …
Il ne date que de 2003 !
19h50,
finie journée.
La voiture est garée et je m’en extrais péniblement.
J’ai bien mérité une bière.











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