L'automne des chroniques
Quatre mois de préparation,
d'exploration tous azimuts,
le projet se concrétise
presque ...
Alors que nous venons de passer à l’année suivante
- que je vous souhaite bien bonne -
et que vous vous remettez probablement des agapes
que vous regrettez peut-être autant que vous les avez appréciées,
il me reste à vous raconter comment s’est passé l’automne.
Après cet été, ma foi encore différent de tous les précédents,
j’ai vécu une rentrée quelque peu lestée de tas de petits cailloux dans les chaussures,
ces séries de soucis qui rayent l’émail de la vie,
et grippent les rouages de ses jolies mécaniques.
Presque que du matériel, rien de bien méchant
mais, par exemple, se retrouver sans eau quand on rentre chez soi après un si beau voyage,
cela rend le retour encore moins agréable ...
La rentrée des Chroniques cela a d'abord été l'ouverture de saison au théâtre des Chartreux
(c'est là que j'arborais ce splendide haut gris de la photo de couverture
qui comme le tee-shirt noir dont je vous parlais la dernière fois, est très tendance à Taipei)
Côté cours, je rencontre du monde trois jours par semaine.
Je dois dire que je prends bien du plaisir à transmettre ce que je crois connaître un peu,
et à tester ces petits bouts de matériaux dansés avec tous ceux qui le veulent bien.
Mon planning a un peu changé.
Le passage à Backstage s’effectue le mercredi
(même si tous les mardis soirs, j’ai encore tendance à préparer mes affaires et à sauter dans la voiture
direction La Ciotat).
Le mardi, je reste donc à Marseille, à la limite de mes chers quartiers nord, chez Marion Pelletti,
un sacré petit bout de bonne femme qui comme Caroline à La Ciotat, mène son école de main de maîtresse.
Sinon, ailleurs,
il y a eu cette jolie parenthèse béarnaise où ma foi j’ai passé un bien beau week-end,
à la rencontre de danseurs de tous âges, de tous niveaux, arrivant de pédagogies diverses.
Ces expériences hors les murs,
le temps d’un week-end,
nourrissent savoureusement ma façon de transmettre les choses.
Je suis aussi retourné sur l’île de la Réunion, pour une aventure singulière avec mon amie (et néanmoins collègue) Soussou Nikita.
Pour cette nouvelle semaine en terre australe, le challenge a été de monter un duo avec ma partenaire,
de le transmettre aux stagiaires
et de montrer le tout à un public curieux de voir ce que cette rencontre improbable pouvait engendrer.
C’est que la danse du diablotin blond côtoie certains arts martiaux
et aussi le monde du hip-hop, avec la puissance et l’énergie nécessaires.
On est loin de ma quête quasi permanente de fluidité, de mon envie de douceur et de mes mélancolies.
Outre le plaisir de danser avec ma chère Soussou,
je garde de cette aventure, un souvenir lourd en plaisirs et en émotions,
avec un résultat dont je ne reviens toujours pas vraiment.
J’en ai parlé dans ce texte-ci.
Du côté des administrations, il a fallu sacrifier au rituel des dossiers de subvention.
Étape annuelle quasi incontournable pour être visible du paysage chorégraphique.
Rendre compte aux instances (même quand elles ne nous soutiennent pas),
est aussi l’occasion de faire un certain bilan de l’année écoulée et d’en articuler l’avenir.
Se retourner administrativement sur cette année a revêtu une couleur particulière
puisque « chroniques formosanes » initialement prévue en décembre 2017 a été décalée de six mois.
En apparence, c2a a donc traversé une année presque « blanche »
puisqu’aucune nouvelle création n’a été partagée avec le public.
Pas si facile à vivre et pourtant tellement nécessaire.
Cela révèle aussi certains aspects ingrats de ce métier.
Il n’y a rien eu de visible et pourtant,
je n’ai jamais arrêté de penser à ce projet.
La danse maturait, les textes transpiraient, la musique se faisait.
Parmi les demandes de subventions,
il a fallu à nouveau remplir le dossier de l’Institut Français pour espérer avoir de l’aide pour nos prochains voyages.
La boule au ventre était là,
le mauvais souvenir d’il y a deux ans et de tout ce qui en a découlé aussi ...
Une fois cette épreuve passée
(ça s’est quand même étalé sur un peu plus d’un mois),
j’ai acheté avec une certaine fébrilité ... le premier billet,
celui de mon premier voyage,
autre étape sur le chemin de la concrétisation de tout ça,
et j’ai enfin pu me replonger dans le plaisir et l’angoisse des actes créatifs.
Revoir et réentendre toutes les choses déjà produites
en mouvement, en sons, en écritures,
avancer la construction,
imaginer les transitions,
rêver du résultat final,
en flippant sur la faisabilité du tout.
L’idée qui a émergé quand je me suis remis à repenser à la pièce,
c’est que les chroniques semblent se présenter comme une étape.
À la fois, la fin d’un cycle, avec le renouvellement (un peu forcé) des interprètes,
le troisième volet d’un triptyque autour de ma vie à Taïwan (troisième et dernier ?),
et le début d’une autre façon d’envisager mes créations avec tous les objets que je crée quels qu’en soient les médias.
La dernière fois que j’ai senti aussi fort que je « passais à autre chose »
c’est quand je me suis relancé dans une aventure solo.
C’était « jamais seul » en 2009,
que j’ai enchaîné avec « Correspondance(S) » en 2010.
Là aussi, je passais une étape en utilisant ma musique (et même quelques images) pour les premières fois.
L’équipe des interprètes était aussi en mutation.
Nadia, la dernière de l’équipe originelle de la compagnie, avait décidé de lever le pied
et le duo des « françaises » devenait des mères.
Alors, je me suis replongé dans ces deux solos.
J’y ai eu de belles surprises
que j’ai eu envie de revivre et de partager avec ceux qui vivent avec moi l’aventure c2a.
De « Jamais Seul », je vais reprendre le final, « One », en le réécrivant pour quatre (et peut-être même cinq ...)
et on le dansera aussi en épilogue.
Dans « Correspondance(S) », j’avais déroulé à l’écran, tout l’itinéraire pour rejoindre la Finlande,
en envisageant toutes les possibilités pour relier les deux points : train, avion, bus, voiture …
Une façon d’évoquer le voyage que j’ai décidé de réutiliser dans les chroniques.
Mais contrairement à « Correspondance(S) »,
je montrerai quel trajet je vais emprunter pour revenir chez moi.
Ce qui rappellera cette pièce sera donc à l’écran et pas sur le plateau
(quoiqu’en l’écrivant, je me dis que pourquoi pas replonger dans la danse ...)
Et en relisant ce paragraphe je me rends compte que vous pouvez déjà savoir comment la pièce va finir.
(spoiler de compétition)
J’espère que ça ne vous enlèvera pas l’envie de venir ...
Ces trois mois d’échanges pédagogiques et créatifs, ont fait émerger des choses.
La variation commencée à Hui Min sera pour Cijin.
Il faut que je la développe et que j’écrive le tout pour un trio
car la majeure partie de cette danse sera faite par mes trois autres camarades de jeu.
Je garde aussi une autre variation que j’ai créé sur la même musique pendant le trimestre.
Les cours de deux heures de mon passage en Béarn m’ont permis de la creuser un peu.
Je crois qu’elle vaut vraiment le coup.
Il y a aussi tous les matériaux accumulés la saison précédente,
dont je me servirai dans un prologue où les danseurs se présenteront
et aussi dans le voyage retour dont je vous parlais plus haut
(là où à l’écran il y aura une reprise de « Correspondance(S) » ...
vous suivez ? Non ? Et bien il va falloir venir voir tout ça en mai ...)
Tout cela s’échafaude lentement mais virtuellement.
Pour y voir plus clair, j’ai rédigé un document que j’appelle « création en cours »
où pour chaque partie, je liste les principaux éléments :
la distribution, la musique, la durée, s’il y a des projections
et les transitions entre chaque section.
Je le fais pour chaque pièce depuis que j’ai un ordinateur et ça marche plutôt bien.
Pour cette fois, ça ne va pas suffire.
Le document devient presque illisible compte tenu de tous les éléments à prendre en compte.
(déjà que les autres fois, il n'y avait que moi qui le comprenait ...)
Et puis cette année, plus que les autres fois (et pour une raison que je ne m'explique pas),
j'ai envie de partager dès maintenant ce que j'ai en tête avec le reste de l'équipe.
Mon « création en cours » est à la fois trop et pas assez détaillé.
Pour le moins détaillé, je rédige quelque chose de l’ordre d’un programme.
Ce qui pourrait quasiment être le contenu de la feuille de salle du spectacle.
Pour le plus fourni en infos, je me lance dans un autre bidule, pompeusement appelé « synopsis ».
Un « création en cours » mais en plus descriptif,
avec quand c’est possible les photos que l’on utilisera,
les liens vers les textes du blog,
et aussi les musiques quand elles sont déjà prêtes.
C’est ce que j’ai envoyé à ce cher Mike,
qui est en demande - et à juste titre - de matières concernant cette histoire encore bien floue pour lui.
Et ce faisant, je me suis rendu compte qu’il allait vite falloir que je lui envoie tous les textes,
qu’il sache à quelle sauce il allait être mangé.
Même si j’ai décidé de la placer en position de lecteur de ces chroniques,
ce qui, je l’espère, lui rendra la tâche moins fastidieuse puisqu’il y aura moins de choses à apprendre,
il faut quand même qu’il ait sous le coude, et au plus vite, tout ce qu’il aura à dire.
Envoyer les textes, et donc avoir écrit tout ce qui va être dit sur le plateau, a été ma première échéance.
Je me suis donné jusqu’au nouvel an pour le faire.
Première étape : le tri.
La pièce est principalement basée sur des textes du blog « en chemin »
(je dis ça pour ceux qui prennent l’histoire en route, les autres vous êtes forcément déjà au courant … ).
Il y en a 16 qui parlent de Taïwan.
Tous les textes me rappellent des choses que j’aimerais raconter.
Mais j'ai bien peur que cela ne fasse une pièce trop longue.
Et puis quels sont ceux qui m’inspirent vraiment des danses, des musiques, des situations scéniques ?
Et pourquoi ?
Quels textes se prêtent le mieux à la lecture ?
Lesquels sont les plus propices à être joués ?
Il a fallu là-aussi faire des choix douloureux.
Après avoir tenté de répondre à toutes ces questions,
il restait cinq textes que j’étais sûr d’utiliser :
le selfie du matin, le baiser d’un ange, chronique d’une déchirure, le soleil rouge, et le gamin en scooter.
Mais comment ne pas raconter le reste ?
Si ce n'est les autres chroniques,
comment ne pas parler de la pluie, du thé, des scooters, de la bouffe ?
ces éléments fondamentaux du pays.
Comment éluder les couchers de soleil ? Qui sont un élément fondamental de ... mon organisme.
Parce qu’ils sont intrinsèquement liés à l’île, j’en ai parlé dans tous mes écrits sur le pays,
dans « en chemin »
mais aussi ici, dans les articles que vous avez déjà lus (du mois je l'espère),
et aussi dans les journaux des créations précédentes, depuis mes premiers pas sur l’île.
Et puis, j’ai aussi envie de parler des taïwanaises.
Parce que …
Ben parce que.
Il a fallu que je trouve des moyens d’évoquer toutes ces choses dans la pièce,
que je décide si cela allait se faire par écrit,
et jusqu'où j'envisageais de partager ces nouveaux textes.
Pour les scooters, c’est moi qui parlerai,
ce sera court et de l’ordre de ce que j’ai pu faire dans les pièces précédentes
quand j’ai raconté des choses au public de manière plus ou moins improvisée.
(en fait, l’évocation de ses bolides devrait essentiellement passer par l’image …
mais je vous parlerai de l’idée, une fois que je serai sûr qu’elle sera « concrétisable »)
Pour la bouffe, je pense suivre un peu le même système.
(là aussi, j’ai une idée .. et je ne vous en parlera pas maintenant !
Je ne vais quand même pas non plus tout vous raconter !)
Pour le thé, où je garde que le duo avec Anaïs,
j’ai envie de ponctuer le tout par un poème.
Pour la pluie et les couchers de soleil, deux nouveaux textes s'imposent.
Ça en fait trois …
Ah !
Il y a aussi les filles …
ben quatre …
Deuxième étape : l’écriture.
Ou comment se faire vivre la véritable angoisse de la page blanche ?
Parce qu’écrire sur commande, pour moi, c’est encore plus difficile que de chorégraphier.
Même si la commande est faite .. par moi-même.
(Sara Frossard, une danseuse du Sud-Ouest, m’a dit en voulant me parler d’un de ses projets « toi qui a un côté schizophrénique ... », elle n’est peut-être pas si loin de la réalité …
l’avantage c’est que je connais (du moins je l’espère) les trois ou quatre personnages qui squattent mon corps
et mon esprit)
Cela me demande une certaine dose de concentration et d'isolement,
pas si facile à trouver
parce qu’il y a les autres éléments de la création sur lesquels il faut avancer,
la préparation des cours, les autres projets,
le blog que vous prenez plaisir à lire
(et vous êtes de plus en plus nombreux et je vous en remercie !),
les sollicitations diverses, notamment familiales (à l’approche des fêtes),
ma vie quoi ...
On a beau expliquer que l’on est occupé,
que même si on ne travaille pas à un bureau, on travaille quand même,
que l’on a besoin de temps, au calme,
difficile de faire comprendre …
C’est là que l’on se rend compte à quel point sont utiles les résidences « juste pour écrire »
Cela paraît peut-être futile, apparaître comme des caprices de diva,
mais avoir du temps (et de l’argent ...) juste pour travailler paisiblement sur ça,
pour moi, sur ce coup-là, ça m’aurait fait gagner un temps précieux.
Étape 3 : le choix de l’utilisation des textes
Lecture sur le plateau ?
Interprétation sous forme de dialogues ?
Utilisation du texte ou non, dans son entier ou non ?
Avec en tête d’éviter toute systématique.
Car si le principe de base est toujours le même : un texte, une image, une musique, une danse.
Ça n’est, bien sûr, que le point de départ du travail.
Si on présente toujours les quatre éléments de la même manière,
quel intérêt ?
Une fois que les textes ont été finis,
il a fallu revoir comment tout s’articulait dans la pièce,
l’ordre, les transitions,
sachant que j’avais déjà bâti quelque chose figurant dans le « synopsis » envoyé à Mike,
et que ça me paraissait plutôt pas mal.
Pour cela, j’ai réalisé deux autres documents.
D’abord, un tableau de distribution
qui me permet de voir si tout le monde a, à peu près, le même temps sur le plateau
et dans des situations d’importance similaire
(même si je n’imagine pas qu’il puisse y avoir de jalousies dans cette nouvelle équipe, maintenant je me méfie ...)
Je réalise aussi un autre tableau plus complexe où je concentre pour chaque partie toutes les données possibles :
qui fait l’action principale,
s’il y a de la musique, de la danse, des déplacements non dansés, du texte,
de l’image fixe ou de la vidéo,
la distribution, combien il y a de gens sur le plateau,
et la durée (plus ou moins précise) de chaque partie.
Cela me permet d’avoir à peu près tout sous les yeux et de vérifier si l’ensemble est le plus équilibré possible.
Beaucoup de temps au clavier ou avec un cahier et un stylo
(et d’ailleurs, pas mal de temps, à chercher le stylo …
un peu comme les deuxièmes chaussettes dans les machines à laver,
ces outils incontournables ont la sale manie de jouer à cache cache).
Je suis arrivé à seize évocations
dans un ordre qui me paraît appréciable.
Seize, le même nombre que celui des textes qui parlent de Taïwan dans « en chemin » ...
c'était bien la peine de chercher à faire moins.
En même temps la pièce sera plus longue que les précédentes,
et c'est aussi une critique que l'on me fait (« c'était trop court !... »)
Maintenant, il va falloir faire en sorte que ça vaille vraiment le coup.
Fin décembre, l’objectif n’est qu’à moitié réalisé.
Si j’ai fini les textes, je n’ai pas eu le temps de tout transmettre à Mike.
Je l'ai fait … hier.
Alors que sur les réseaux sociaux est apparue de manière officielle, notre programmation à Gardanne (page 6)
Dans la foulée, j'ai traduit le « synopsis » en anglais et je l’ai envoyé à mes amis et collègues de là-bas loin.
Hors des studios de danse,
et en parallèle des textes,
j’ai aussi fait le choix de ce qui allait être projeté à l’écran et quand.
Il y a là-aussi, fallu faire des choix.
Image fixe ou vidéo ?
Quelle photo utiliser et comment ?
Disons que de ce point de vue là, j’ai tout (sauf pour les scooters et la bouffe, où je n’ai que l’idée …).
Il restera à réaliser le film.
Quand ?
Aucune idée.
Mais j’ai les quatre mois qui viennent pour m’atteler à la chose.
Entre les répétitions et tout le reste …
J’ai aussi bien sûr travaillé les musiques.
Pour ça, j’ai d’abord repensé à une des critiques que m’avait fait mon amie Agnès à propos de « In Wei »
où elle avait trouvé la construction un peu trop découpée, notamment d’un point de vue musical.
Cela m'a poussé à faire certains choix pour aboutir à une certaine cohérence :
faire des reprises, garder parfois une même tonalité.
Le fait que, comme je vous le disais tout à l’heure,
ces chroniques apparaissent à une étape de l’évolution de mes créations
et à ce point, peut-être final, de mon évocation de Taiwan,
j’ai eu envie d’utiliser des choses créées là-bas pendant ces années
et dont je ne me suis pas servi en spectacle jusque là.
Il y a « la danseuse du Lotus Pond » née de mes balades autour de l’étang éponyme
que je vais réorchestrer pour l’offrir à Wan Chu.
Ce sera idéal pour parler des taïwanaises.
Et puis, la musique du « gamin en scooter »,
c’est Cheng Wei qui va la danser.
Expérience évidente (et ô combien intéressante) puisque c’est lui
(en tous cas, ce qu’il était quand je l’ai rencontré) qui m’a inspirée cette balade.
Là aussi, impossible d’utiliser la musique originale.
Elle est trop longue
et surtout, Cheng Wei s’en est déjà servi pour sa toute première création.
quand nous présentions la Septième Nuit à Taiwan en 2014
Wan Chu était la soliste.
Il va falloir garder l’idée principale et là aussi réorchestrer.
La réécriture de « one » et son utilisation comme épilogue
m’a donné l’idée d’utiliser la même musique pour la fin du spectacle et le début.
Une sorte d’ellipse musicale.
Mais pour que ça ne soit pas vécu comme une redite
(avec tout le sens que cela pourrait donner à ces parties de la pièce),
je n’ai gardé pour le début que la mélodie et la ligne de basse,
la version originale restant au bon endroit,
à l’épilogue.
Pour les nouveaux thèmes,
de nouvelles choses.
Il n'y aura que du « bruitage » (ambiance de mers, de parcs) pour les couchers de soleil.
Nous parlerons de la pluie juste avant d’évoquer Cijin.
C’est Anaïs et Cheng Wei qui danseront un duo cousin de celui que j’ai créé avec Soussou à la Réunion.
À l’écran, la vidéo de Nesmat qui s’abat sur la ville.
Mais la musique originale (que j’aime pourtant tellement) va disparaître de la playlist.
Comme j’ai décidé de me servir d'un cinq temps qui m’était apparu aux oreilles en sortant d'une sieste cet été,
pour parler de la traverser en ferry vers Cijin,
il m’a semblé plus judicieux de créer quelque chose qui amenait à ce cinq temps.
Après un nombre certain de tentatives, je suis arrivé à la naissance d’un nouveau ternaire
dans la même tonalité, un peu comme une variation sur le même thème dans une musique de film.
Mais comment enchainer les deux morceaux ?
Parce que certes la tonalité était la même mais passer d’un ternaire à un cinq temps …
Imaginez une valse juxtaposée au générique de Mission Impossible (l’original, celui de la série) ..
J'ai passé, disons, un temps certain, à trouver la solution.
En testant à peu près tout,
du break le plus violent, au mixage le plus onctueux.
Rien n’y faisait.
Ça piquait encore un peu aux oreilles.
Et puis, j’ai trouvé.
Il fallait que les mesures aient la même durée,
et qu’à l’intérieur je décompose le rythme différemment (6 noires d’un côté, 5 noires de l’autre).
Vous n’avez rien compris ?
Pas grave,
je vous laisse regarder et écouter ce que ça donne pour le moment.
Beaucoup de temps le casque sur les oreilles
pour aboutir à quelque chose que j’estimais dépasser l’esquisse.
Ce qui a fait enrager une série de gens qui tentaient de me joindre par téléphone,
(ceux qui m’écrivaient par mail ou par le biais des réseaux sociaux ayant plus de chance).
J’ai ensuite transféré le tout dans ma tablette et je l’ai écouté partout où c’était possible :
dans la rue, dans la voiture, dans les trains ...
pour entendre comment ça sonnait.
Certaines choses marchent bien.
D’autres pas du tout.
Les guitares de la nouvelle version du « garçon en scooter » ne sont vraiment pas les bonnes.
L’idée de reprise du début ne marche pas si je ne garde que la mélodie.
La boucle devient très vite rébarbative sans tous les autres éléments.
Pour les autres nouveautés, comme le ternaire de Nesmat par exemple, il y a des gros soucis de mixage,
(et oui, c’est un métier et ça n’est pas le mien ...),
Cela augure d’encore beaucoup d’heures au casque devant l’écran.
Voilà comment s’est passé l’automne des « chroniques »
J’ai rempli des carnets de note,
je suis parfois resté le regard dans le vide à des dîners,
je me suis levé en pleine nuit pour écrire des choses, chanter des mélodies dans mon dictaphone
pour trouver tout ça ridicule au réveil,
j’ai fait, j’ai défait, j’ai refait.
J’ai dansé des choses que je ne pensais pas danser,
gardé des propositions de stagiaires,
bataillé contre mes propres idées,
pour échafauder une chose, que j’ai nourri de tous ces matériaux,
En doutant de tout, changeant souvent, gardant les critiques de mes amis en tête.
La pièce me semble prête.
Il faut maintenant la fabriquer pour de bon.
Le retour au studio est pour … vendredi.
Alors de ce point de vue, ça se goupille plutôt bien :
Le Pavillon Noir a de nouveau répondu favorablement à ma demande.
Nous pourrons donc travailler sereinement dans la grande maison pendant l’hiver et le printemps
dans les studios que la compagnie n’occupera pas.
Le reste du temps, je squatterai le studio des amis, à La Ciotat par exemple.
Pour le mois où Cheng Wei et Wan Chu seront là, juste avant la première
(mon estomac se noue, rien qu’à écrire la phrase),
la résidence à Martigues, s’étale un peu plus que prévue,
du fait des jours fériés du mois de mai (où nous irons squatter ailleurs)
et j’ai déjà posé des options au Pavillon Noir qui me seront confirmées en mars.
Une grosse épine en moins dans le pied …
Et en parlant d’épine, j’en ai enlevée une autre, et une belle :
Fred,
mon Fred,
celui qui a mis en valeur avec ses lumières magiques presque toutes les dernières pièces
sera avec nous pour la création.
Je ne le remercierai jamais assez pour ça.
À Taiwan, c’est un peu moins simple :
si la programmation à Weiwuyin est confirmée (bonne nouvelle),
elle est décalée début septembre (moins bonne nouvelle).
Ce qui nous obligera, Anaïs et moi, à partir de l’île tout de suite après le spectacle
pour enchaîner sans transition aucune notre rentrée en France
(il va donc falloir la préparer pendant l’été …).
Sinon,
ce cher Cheng Wei,
alias monsieur « je fais plein de choses à la fois, c’est tellement clair dans ma tête que j’oublie de verbaliser »,
a fait une jolie bourde ...
il a « oublié » de dire à Wan Chu les dates de mon prochain séjour à Taïwan.
J’ai donc appris récemment qu’elle serait ... en Europe ... pour le nouvel an chinois.
Nous ne serons que deux quand j’arriverai sur l’île en février.
Mais bon, on aura déjà pas mal de choses à faire
(le duo avec Anaïs, son solo, et d’autres danses qu’il faut que je lui transmette).
Des contretemps ... mais rien d’insurmontable.
(De toute manière, on en a vu d’autres ...)
Lundi 8 janvier,
j’ai enfin réussi à finir ce texte.
J’ai commencé à l’écrire le 29 décembre …
(oui, ça aussi, ça prend du temps).
Les chroniques formosanes sont de moins en moins abstraites.
Maintenant y a plus qu’à ...
Excitation, angoisse et vertige.
d'exploration tous azimuts,
le projet se concrétise
presque ...
- que je vous souhaite bien bonne -
et que vous vous remettez probablement des agapes
que vous regrettez peut-être autant que vous les avez appréciées,
il me reste à vous raconter comment s’est passé l’automne.
Après cet été, ma foi encore différent de tous les précédents,
j’ai vécu une rentrée quelque peu lestée de tas de petits cailloux dans les chaussures,
ces séries de soucis qui rayent l’émail de la vie,
et grippent les rouages de ses jolies mécaniques.
Presque que du matériel, rien de bien méchant
mais, par exemple, se retrouver sans eau quand on rentre chez soi après un si beau voyage,
cela rend le retour encore moins agréable ...
La rentrée des Chroniques cela a d'abord été l'ouverture de saison au théâtre des Chartreux
(c'est là que j'arborais ce splendide haut gris de la photo de couverture
qui comme le tee-shirt noir dont je vous parlais la dernière fois, est très tendance à Taipei)
Côté cours, je rencontre du monde trois jours par semaine.
Je dois dire que je prends bien du plaisir à transmettre ce que je crois connaître un peu,
et à tester ces petits bouts de matériaux dansés avec tous ceux qui le veulent bien.
Mon planning a un peu changé.
Le passage à Backstage s’effectue le mercredi
(même si tous les mardis soirs, j’ai encore tendance à préparer mes affaires et à sauter dans la voiture
direction La Ciotat).
Le mardi, je reste donc à Marseille, à la limite de mes chers quartiers nord, chez Marion Pelletti,
un sacré petit bout de bonne femme qui comme Caroline à La Ciotat, mène son école de main de maîtresse.
Sinon, ailleurs,
il y a eu cette jolie parenthèse béarnaise où ma foi j’ai passé un bien beau week-end,
à la rencontre de danseurs de tous âges, de tous niveaux, arrivant de pédagogies diverses.
Ces expériences hors les murs,
le temps d’un week-end,
nourrissent savoureusement ma façon de transmettre les choses.
Je suis aussi retourné sur l’île de la Réunion, pour une aventure singulière avec mon amie (et néanmoins collègue) Soussou Nikita.
Pour cette nouvelle semaine en terre australe, le challenge a été de monter un duo avec ma partenaire,
de le transmettre aux stagiaires
et de montrer le tout à un public curieux de voir ce que cette rencontre improbable pouvait engendrer.
C’est que la danse du diablotin blond côtoie certains arts martiaux
et aussi le monde du hip-hop, avec la puissance et l’énergie nécessaires.
On est loin de ma quête quasi permanente de fluidité, de mon envie de douceur et de mes mélancolies.
Outre le plaisir de danser avec ma chère Soussou,
je garde de cette aventure, un souvenir lourd en plaisirs et en émotions,
avec un résultat dont je ne reviens toujours pas vraiment.
J’en ai parlé dans ce texte-ci.
Du côté des administrations, il a fallu sacrifier au rituel des dossiers de subvention.
Étape annuelle quasi incontournable pour être visible du paysage chorégraphique.
Rendre compte aux instances (même quand elles ne nous soutiennent pas),
est aussi l’occasion de faire un certain bilan de l’année écoulée et d’en articuler l’avenir.
Se retourner administrativement sur cette année a revêtu une couleur particulière
puisque « chroniques formosanes » initialement prévue en décembre 2017 a été décalée de six mois.
En apparence, c2a a donc traversé une année presque « blanche »
puisqu’aucune nouvelle création n’a été partagée avec le public.
Pas si facile à vivre et pourtant tellement nécessaire.
Cela révèle aussi certains aspects ingrats de ce métier.
Il n’y a rien eu de visible et pourtant,
je n’ai jamais arrêté de penser à ce projet.
La danse maturait, les textes transpiraient, la musique se faisait.
Parmi les demandes de subventions,
il a fallu à nouveau remplir le dossier de l’Institut Français pour espérer avoir de l’aide pour nos prochains voyages.
La boule au ventre était là,
le mauvais souvenir d’il y a deux ans et de tout ce qui en a découlé aussi ...
Une fois cette épreuve passée
(ça s’est quand même étalé sur un peu plus d’un mois),
j’ai acheté avec une certaine fébrilité ... le premier billet,
celui de mon premier voyage,
autre étape sur le chemin de la concrétisation de tout ça,
et j’ai enfin pu me replonger dans le plaisir et l’angoisse des actes créatifs.
Revoir et réentendre toutes les choses déjà produites
en mouvement, en sons, en écritures,
avancer la construction,
imaginer les transitions,
rêver du résultat final,
en flippant sur la faisabilité du tout.
L’idée qui a émergé quand je me suis remis à repenser à la pièce,
c’est que les chroniques semblent se présenter comme une étape.
À la fois, la fin d’un cycle, avec le renouvellement (un peu forcé) des interprètes,
le troisième volet d’un triptyque autour de ma vie à Taïwan (troisième et dernier ?),
et le début d’une autre façon d’envisager mes créations avec tous les objets que je crée quels qu’en soient les médias.
La dernière fois que j’ai senti aussi fort que je « passais à autre chose »
c’est quand je me suis relancé dans une aventure solo.
C’était « jamais seul » en 2009,
que j’ai enchaîné avec « Correspondance(S) » en 2010.
Là aussi, je passais une étape en utilisant ma musique (et même quelques images) pour les premières fois.
L’équipe des interprètes était aussi en mutation.
Nadia, la dernière de l’équipe originelle de la compagnie, avait décidé de lever le pied
et le duo des « françaises » devenait des mères.
Alors, je me suis replongé dans ces deux solos.
J’y ai eu de belles surprises
que j’ai eu envie de revivre et de partager avec ceux qui vivent avec moi l’aventure c2a.
De « Jamais Seul », je vais reprendre le final, « One », en le réécrivant pour quatre (et peut-être même cinq ...)
et on le dansera aussi en épilogue.
Dans « Correspondance(S) », j’avais déroulé à l’écran, tout l’itinéraire pour rejoindre la Finlande,
en envisageant toutes les possibilités pour relier les deux points : train, avion, bus, voiture …
Une façon d’évoquer le voyage que j’ai décidé de réutiliser dans les chroniques.
Mais contrairement à « Correspondance(S) »,
je montrerai quel trajet je vais emprunter pour revenir chez moi.
Ce qui rappellera cette pièce sera donc à l’écran et pas sur le plateau
(quoiqu’en l’écrivant, je me dis que pourquoi pas replonger dans la danse ...)
Et en relisant ce paragraphe je me rends compte que vous pouvez déjà savoir comment la pièce va finir.
(spoiler de compétition)
J’espère que ça ne vous enlèvera pas l’envie de venir ...
Ces trois mois d’échanges pédagogiques et créatifs, ont fait émerger des choses.
La variation commencée à Hui Min sera pour Cijin.
Il faut que je la développe et que j’écrive le tout pour un trio
car la majeure partie de cette danse sera faite par mes trois autres camarades de jeu.
Je garde aussi une autre variation que j’ai créé sur la même musique pendant le trimestre.
Les cours de deux heures de mon passage en Béarn m’ont permis de la creuser un peu.
Je crois qu’elle vaut vraiment le coup.
Il y a aussi tous les matériaux accumulés la saison précédente,
dont je me servirai dans un prologue où les danseurs se présenteront
et aussi dans le voyage retour dont je vous parlais plus haut
(là où à l’écran il y aura une reprise de « Correspondance(S) » ...
vous suivez ? Non ? Et bien il va falloir venir voir tout ça en mai ...)
Tout cela s’échafaude lentement mais virtuellement.
Pour y voir plus clair, j’ai rédigé un document que j’appelle « création en cours »
où pour chaque partie, je liste les principaux éléments :
la distribution, la musique, la durée, s’il y a des projections
et les transitions entre chaque section.
Je le fais pour chaque pièce depuis que j’ai un ordinateur et ça marche plutôt bien.
Pour cette fois, ça ne va pas suffire.
Le document devient presque illisible compte tenu de tous les éléments à prendre en compte.
(déjà que les autres fois, il n'y avait que moi qui le comprenait ...)
Et puis cette année, plus que les autres fois (et pour une raison que je ne m'explique pas),
j'ai envie de partager dès maintenant ce que j'ai en tête avec le reste de l'équipe.
Mon « création en cours » est à la fois trop et pas assez détaillé.
Pour le moins détaillé, je rédige quelque chose de l’ordre d’un programme.
Ce qui pourrait quasiment être le contenu de la feuille de salle du spectacle.
Pour le plus fourni en infos, je me lance dans un autre bidule, pompeusement appelé « synopsis ».
Un « création en cours » mais en plus descriptif,
avec quand c’est possible les photos que l’on utilisera,
les liens vers les textes du blog,
et aussi les musiques quand elles sont déjà prêtes.
C’est ce que j’ai envoyé à ce cher Mike,
qui est en demande - et à juste titre - de matières concernant cette histoire encore bien floue pour lui.
Et ce faisant, je me suis rendu compte qu’il allait vite falloir que je lui envoie tous les textes,
qu’il sache à quelle sauce il allait être mangé.
Même si j’ai décidé de la placer en position de lecteur de ces chroniques,
ce qui, je l’espère, lui rendra la tâche moins fastidieuse puisqu’il y aura moins de choses à apprendre,
il faut quand même qu’il ait sous le coude, et au plus vite, tout ce qu’il aura à dire.
Envoyer les textes, et donc avoir écrit tout ce qui va être dit sur le plateau, a été ma première échéance.
Je me suis donné jusqu’au nouvel an pour le faire.
Première étape : le tri.
La pièce est principalement basée sur des textes du blog « en chemin »
(je dis ça pour ceux qui prennent l’histoire en route, les autres vous êtes forcément déjà au courant … ).
Il y en a 16 qui parlent de Taïwan.
Tous les textes me rappellent des choses que j’aimerais raconter.
Mais j'ai bien peur que cela ne fasse une pièce trop longue.
Et puis quels sont ceux qui m’inspirent vraiment des danses, des musiques, des situations scéniques ?
Et pourquoi ?
Quels textes se prêtent le mieux à la lecture ?
Lesquels sont les plus propices à être joués ?
Il a fallu là-aussi faire des choix douloureux.
Après avoir tenté de répondre à toutes ces questions,
il restait cinq textes que j’étais sûr d’utiliser :
le selfie du matin, le baiser d’un ange, chronique d’une déchirure, le soleil rouge, et le gamin en scooter.
Mais comment ne pas raconter le reste ?
Si ce n'est les autres chroniques,
comment ne pas parler de la pluie, du thé, des scooters, de la bouffe ?
ces éléments fondamentaux du pays.
Comment éluder les couchers de soleil ? Qui sont un élément fondamental de ... mon organisme.
Parce qu’ils sont intrinsèquement liés à l’île, j’en ai parlé dans tous mes écrits sur le pays,
dans « en chemin »
mais aussi ici, dans les articles que vous avez déjà lus (du mois je l'espère),
et aussi dans les journaux des créations précédentes, depuis mes premiers pas sur l’île.
Et puis, j’ai aussi envie de parler des taïwanaises.
Parce que …
Ben parce que.
Il a fallu que je trouve des moyens d’évoquer toutes ces choses dans la pièce,
que je décide si cela allait se faire par écrit,
et jusqu'où j'envisageais de partager ces nouveaux textes.
Pour les scooters, c’est moi qui parlerai,
ce sera court et de l’ordre de ce que j’ai pu faire dans les pièces précédentes
quand j’ai raconté des choses au public de manière plus ou moins improvisée.
(en fait, l’évocation de ses bolides devrait essentiellement passer par l’image …
mais je vous parlerai de l’idée, une fois que je serai sûr qu’elle sera « concrétisable »)
Pour la bouffe, je pense suivre un peu le même système.
(là aussi, j’ai une idée .. et je ne vous en parlera pas maintenant !
Je ne vais quand même pas non plus tout vous raconter !)
Pour le thé, où je garde que le duo avec Anaïs,
j’ai envie de ponctuer le tout par un poème.
Pour la pluie et les couchers de soleil, deux nouveaux textes s'imposent.
Ça en fait trois …
Ah !
Il y a aussi les filles …
ben quatre …
Deuxième étape : l’écriture.
Ou comment se faire vivre la véritable angoisse de la page blanche ?
Parce qu’écrire sur commande, pour moi, c’est encore plus difficile que de chorégraphier.
Même si la commande est faite .. par moi-même.
(Sara Frossard, une danseuse du Sud-Ouest, m’a dit en voulant me parler d’un de ses projets « toi qui a un côté schizophrénique ... », elle n’est peut-être pas si loin de la réalité …
l’avantage c’est que je connais (du moins je l’espère) les trois ou quatre personnages qui squattent mon corps
et mon esprit)
Cela me demande une certaine dose de concentration et d'isolement,
pas si facile à trouver
parce qu’il y a les autres éléments de la création sur lesquels il faut avancer,
la préparation des cours, les autres projets,
le blog que vous prenez plaisir à lire
(et vous êtes de plus en plus nombreux et je vous en remercie !),
les sollicitations diverses, notamment familiales (à l’approche des fêtes),
ma vie quoi ...
On a beau expliquer que l’on est occupé,
que même si on ne travaille pas à un bureau, on travaille quand même,
que l’on a besoin de temps, au calme,
difficile de faire comprendre …
C’est là que l’on se rend compte à quel point sont utiles les résidences « juste pour écrire »
Cela paraît peut-être futile, apparaître comme des caprices de diva,
mais avoir du temps (et de l’argent ...) juste pour travailler paisiblement sur ça,
pour moi, sur ce coup-là, ça m’aurait fait gagner un temps précieux.
Étape 3 : le choix de l’utilisation des textes
Lecture sur le plateau ?
Interprétation sous forme de dialogues ?
Utilisation du texte ou non, dans son entier ou non ?
Avec en tête d’éviter toute systématique.
Car si le principe de base est toujours le même : un texte, une image, une musique, une danse.
Ça n’est, bien sûr, que le point de départ du travail.
Si on présente toujours les quatre éléments de la même manière,
quel intérêt ?
Une fois que les textes ont été finis,
il a fallu revoir comment tout s’articulait dans la pièce,
l’ordre, les transitions,
sachant que j’avais déjà bâti quelque chose figurant dans le « synopsis » envoyé à Mike,
et que ça me paraissait plutôt pas mal.
Pour cela, j’ai réalisé deux autres documents.
D’abord, un tableau de distribution
qui me permet de voir si tout le monde a, à peu près, le même temps sur le plateau
et dans des situations d’importance similaire
(même si je n’imagine pas qu’il puisse y avoir de jalousies dans cette nouvelle équipe, maintenant je me méfie ...)
Je réalise aussi un autre tableau plus complexe où je concentre pour chaque partie toutes les données possibles :
qui fait l’action principale,
s’il y a de la musique, de la danse, des déplacements non dansés, du texte,
de l’image fixe ou de la vidéo,
la distribution, combien il y a de gens sur le plateau,
et la durée (plus ou moins précise) de chaque partie.
Cela me permet d’avoir à peu près tout sous les yeux et de vérifier si l’ensemble est le plus équilibré possible.
Beaucoup de temps au clavier ou avec un cahier et un stylo
(et d’ailleurs, pas mal de temps, à chercher le stylo …
un peu comme les deuxièmes chaussettes dans les machines à laver,
ces outils incontournables ont la sale manie de jouer à cache cache).
Je suis arrivé à seize évocations
dans un ordre qui me paraît appréciable.
Seize, le même nombre que celui des textes qui parlent de Taïwan dans « en chemin » ...
c'était bien la peine de chercher à faire moins.
En même temps la pièce sera plus longue que les précédentes,
et c'est aussi une critique que l'on me fait (« c'était trop court !... »)
Maintenant, il va falloir faire en sorte que ça vaille vraiment le coup.
Fin décembre, l’objectif n’est qu’à moitié réalisé.
Si j’ai fini les textes, je n’ai pas eu le temps de tout transmettre à Mike.
Je l'ai fait … hier.
Alors que sur les réseaux sociaux est apparue de manière officielle, notre programmation à Gardanne (page 6)
Dans la foulée, j'ai traduit le « synopsis » en anglais et je l’ai envoyé à mes amis et collègues de là-bas loin.
Hors des studios de danse,
et en parallèle des textes,
j’ai aussi fait le choix de ce qui allait être projeté à l’écran et quand.
Il y a là-aussi, fallu faire des choix.
Image fixe ou vidéo ?
Quelle photo utiliser et comment ?
Disons que de ce point de vue là, j’ai tout (sauf pour les scooters et la bouffe, où je n’ai que l’idée …).
Il restera à réaliser le film.
Quand ?
Aucune idée.
Mais j’ai les quatre mois qui viennent pour m’atteler à la chose.
Entre les répétitions et tout le reste …
J’ai aussi bien sûr travaillé les musiques.
Pour ça, j’ai d’abord repensé à une des critiques que m’avait fait mon amie Agnès à propos de « In Wei »
où elle avait trouvé la construction un peu trop découpée, notamment d’un point de vue musical.
Cela m'a poussé à faire certains choix pour aboutir à une certaine cohérence :
faire des reprises, garder parfois une même tonalité.
Le fait que, comme je vous le disais tout à l’heure,
ces chroniques apparaissent à une étape de l’évolution de mes créations
et à ce point, peut-être final, de mon évocation de Taiwan,
j’ai eu envie d’utiliser des choses créées là-bas pendant ces années
et dont je ne me suis pas servi en spectacle jusque là.
Il y a « la danseuse du Lotus Pond » née de mes balades autour de l’étang éponyme
que je vais réorchestrer pour l’offrir à Wan Chu.
Ce sera idéal pour parler des taïwanaises.
Et puis, la musique du « gamin en scooter »,
c’est Cheng Wei qui va la danser.
Expérience évidente (et ô combien intéressante) puisque c’est lui
(en tous cas, ce qu’il était quand je l’ai rencontré) qui m’a inspirée cette balade.
Là aussi, impossible d’utiliser la musique originale.
Elle est trop longue
et surtout, Cheng Wei s’en est déjà servi pour sa toute première création.
quand nous présentions la Septième Nuit à Taiwan en 2014
Wan Chu était la soliste.
Il va falloir garder l’idée principale et là aussi réorchestrer.
La réécriture de « one » et son utilisation comme épilogue
m’a donné l’idée d’utiliser la même musique pour la fin du spectacle et le début.
Une sorte d’ellipse musicale.
Mais pour que ça ne soit pas vécu comme une redite
(avec tout le sens que cela pourrait donner à ces parties de la pièce),
je n’ai gardé pour le début que la mélodie et la ligne de basse,
la version originale restant au bon endroit,
à l’épilogue.
Pour les nouveaux thèmes,
de nouvelles choses.
Il n'y aura que du « bruitage » (ambiance de mers, de parcs) pour les couchers de soleil.
Nous parlerons de la pluie juste avant d’évoquer Cijin.
C’est Anaïs et Cheng Wei qui danseront un duo cousin de celui que j’ai créé avec Soussou à la Réunion.
À l’écran, la vidéo de Nesmat qui s’abat sur la ville.
Mais la musique originale (que j’aime pourtant tellement) va disparaître de la playlist.
Comme j’ai décidé de me servir d'un cinq temps qui m’était apparu aux oreilles en sortant d'une sieste cet été,
pour parler de la traverser en ferry vers Cijin,
il m’a semblé plus judicieux de créer quelque chose qui amenait à ce cinq temps.
Après un nombre certain de tentatives, je suis arrivé à la naissance d’un nouveau ternaire
dans la même tonalité, un peu comme une variation sur le même thème dans une musique de film.
Mais comment enchainer les deux morceaux ?
Parce que certes la tonalité était la même mais passer d’un ternaire à un cinq temps …
Imaginez une valse juxtaposée au générique de Mission Impossible (l’original, celui de la série) ..
J'ai passé, disons, un temps certain, à trouver la solution.
En testant à peu près tout,
du break le plus violent, au mixage le plus onctueux.
Rien n’y faisait.
Ça piquait encore un peu aux oreilles.
Et puis, j’ai trouvé.
Il fallait que les mesures aient la même durée,
et qu’à l’intérieur je décompose le rythme différemment (6 noires d’un côté, 5 noires de l’autre).
Vous n’avez rien compris ?
Pas grave,
je vous laisse regarder et écouter ce que ça donne pour le moment.
Beaucoup de temps le casque sur les oreilles
pour aboutir à quelque chose que j’estimais dépasser l’esquisse.
Ce qui a fait enrager une série de gens qui tentaient de me joindre par téléphone,
(ceux qui m’écrivaient par mail ou par le biais des réseaux sociaux ayant plus de chance).
J’ai ensuite transféré le tout dans ma tablette et je l’ai écouté partout où c’était possible :
dans la rue, dans la voiture, dans les trains ...
pour entendre comment ça sonnait.
Certaines choses marchent bien.
D’autres pas du tout.
Les guitares de la nouvelle version du « garçon en scooter » ne sont vraiment pas les bonnes.
L’idée de reprise du début ne marche pas si je ne garde que la mélodie.
La boucle devient très vite rébarbative sans tous les autres éléments.
Pour les autres nouveautés, comme le ternaire de Nesmat par exemple, il y a des gros soucis de mixage,
(et oui, c’est un métier et ça n’est pas le mien ...),
Cela augure d’encore beaucoup d’heures au casque devant l’écran.
Voilà comment s’est passé l’automne des « chroniques »
J’ai rempli des carnets de note,
je suis parfois resté le regard dans le vide à des dîners,
je me suis levé en pleine nuit pour écrire des choses, chanter des mélodies dans mon dictaphone
pour trouver tout ça ridicule au réveil,
j’ai fait, j’ai défait, j’ai refait.
J’ai dansé des choses que je ne pensais pas danser,
gardé des propositions de stagiaires,
bataillé contre mes propres idées,
pour échafauder une chose, que j’ai nourri de tous ces matériaux,
En doutant de tout, changeant souvent, gardant les critiques de mes amis en tête.
La pièce me semble prête.
Il faut maintenant la fabriquer pour de bon.
Le retour au studio est pour … vendredi.
Alors de ce point de vue, ça se goupille plutôt bien :
Le Pavillon Noir a de nouveau répondu favorablement à ma demande.
Nous pourrons donc travailler sereinement dans la grande maison pendant l’hiver et le printemps
dans les studios que la compagnie n’occupera pas.
Le reste du temps, je squatterai le studio des amis, à La Ciotat par exemple.
Pour le mois où Cheng Wei et Wan Chu seront là, juste avant la première
(mon estomac se noue, rien qu’à écrire la phrase),
la résidence à Martigues, s’étale un peu plus que prévue,
du fait des jours fériés du mois de mai (où nous irons squatter ailleurs)
et j’ai déjà posé des options au Pavillon Noir qui me seront confirmées en mars.
Une grosse épine en moins dans le pied …
Et en parlant d’épine, j’en ai enlevée une autre, et une belle :
Fred,
mon Fred,
celui qui a mis en valeur avec ses lumières magiques presque toutes les dernières pièces
sera avec nous pour la création.
Je ne le remercierai jamais assez pour ça.
À Taiwan, c’est un peu moins simple :
si la programmation à Weiwuyin est confirmée (bonne nouvelle),
elle est décalée début septembre (moins bonne nouvelle).
Ce qui nous obligera, Anaïs et moi, à partir de l’île tout de suite après le spectacle
pour enchaîner sans transition aucune notre rentrée en France
(il va donc falloir la préparer pendant l’été …).
Sinon,
ce cher Cheng Wei,
alias monsieur « je fais plein de choses à la fois, c’est tellement clair dans ma tête que j’oublie de verbaliser »,
a fait une jolie bourde ...
il a « oublié » de dire à Wan Chu les dates de mon prochain séjour à Taïwan.
J’ai donc appris récemment qu’elle serait ... en Europe ... pour le nouvel an chinois.
Nous ne serons que deux quand j’arriverai sur l’île en février.
Mais bon, on aura déjà pas mal de choses à faire
(le duo avec Anaïs, son solo, et d’autres danses qu’il faut que je lui transmette).
Des contretemps ... mais rien d’insurmontable.
(De toute manière, on en a vu d’autres ...)
Lundi 8 janvier,
j’ai enfin réussi à finir ce texte.
J’ai commencé à l’écrire le 29 décembre …
(oui, ça aussi, ça prend du temps).
Les chroniques formosanes sont de moins en moins abstraites.
Maintenant y a plus qu’à ...
Excitation, angoisse et vertige.



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