23-24/04/18 - la dernière ligne droite française - Jour 0 - leur traversée
où l'on peut suivre la traversée de deux humains,
au dessus de deux continents
malgré tous les obstacles
Je suis débout,
J’ai déjà bu un thé,
je suis devant l’écran.
Aujourd’hui, c’est le grand départ.
Mes deux amis quittent leur pays pour venir passer un mois à mes côtés.
Alors bien sûr, ils auraient pu faire simple.
Voyager ensemble, côte à côte, dans le même avion,
comme les autres fois.
Et bien non, Cheng Wei arrivera le premier, demain matin à Marseille Provence,
quant à Wan Chu, elle arrivera le soir ... à Marseille Saint Charles !
Oui ! En train !
Et pourquoi donc ?
Et bien,
l’histoire du voyage de Wan Chu commence avec l’idée
de faire venir son Jim de mari voir la dernière représentation française.
De là, ils partiraient en vacances en Italie où la sœur de la taïwanaise poursuit ses études.
Arriver à Marseille, repartir d’Italie ou d’ailleurs,
cela impliquait que son billet aller retour n’irait pas jusqu’à Marseille.
Il y avait bien la possibilité du « vol multi destination » mais cela coûtait bien trop cher.
Je lui ai donc conseillé de prendre un billet Kaohsiung Paris aller retour,
et d’organiser le reste du voyage pour qu’il se finisse là où elle atterrira.
En plus, c'était une bonne occasion pour Jim de découvrir à son tour la capitale.
Kaohsiung - Paris billet aller
Paris - Marseille en avion avec un billet séparé
Marseille - Italie - Paris pour les vacances
Paris - Kaohsiung billet retour
Vous me suivez ?
Une fois cette option entérinée,
j’ai proposé à Wan Chu de lui offrir la première étape de son périple européen,
le billet Paris Marseille.
Cela lui permettait de faire des économies,
quant à moi, je gardais la main sur l’heure de son arrivée à bon port
que je pouvais calculer en fonction de mon planning
et de ceux de ses hôtes des premiers jours, Jennifer et Gaby.
Mais c’était sans compter sur le rapport à l’argent très strict qu’ont les taïwanais,
(non! je veux payer mon billet)
la soif de l’indépendance de la jeune femme
(je veux organiser mon voyage moi même)
et l’avis de la petite sœur …
Ah .. la cadette …
elle nous avait déjà créé des surprises pendant In Wei.
Cette fois-ci, elle avait persuadé sa sœur de prendre ... le train.
Wan Chu a donc décliné mon offre de billet d’avion et a acheté,
grâce à une application conseillée par la frangine, un billet TGV Paris-Marseille.
Comme en plus son vol était affrété par Air France et qu’elle arrivait à Roissy,
j’avais toutes les inquiétudes imaginables concernant ce voyage :
la perte des bagages dans une des correspondances du vol ou à l’aéroport,
la liaison Roissy-Paris,
la SNCF ...
D’autant que, comme je vous le disais dans l’article précédent,
une dernière couche de vermicelles s'est rajoutée au gâteau d’ennuis potentiels pourtant déjà bien chargé :
la SNCF avait décidé d’une grève perlée certains jours de ce mois d'avril et le 24 avril en faisait partie.
Et ça, la petite sœur, elle ne le savait pas !
Si je n’avais pas trop de craintes pour Cheng Wei et son vol British Airways via Hong Kong et Londres,
pour Wan Chu, j’avais le maxi combo.
Comme j’ai fait à chaque fois, je leur ai ordonné de me donner des nouvelles à chaque étape de leur voyage.
En route.
Lundi 23
5h55
Wan Chu reçoit un message de la SNCF, son train est annulé.
(bon, au moins, ils l’ont prévenue)
On regarde à quelle heure sont les trains suivants qui sont susceptibles de rouler :
17h 37 et 20h19.
Je lui dis de tout faire pour prendre le premier.
Je n'ai pas envie qu'elle reste seule trois heures à Paris avec sa grosse valise
et je ne veux pas qu'elle arrive trop tard dans la gare marseillaise.
8h26,
Cheng Wei est dans la galerie duty free de l'aéroport de Kaohsiung.
Il m’avoue ne pas avoir eu le temps de m’acheter du Oolong cru 919.
Je l’insulte.
Il rit.
Je lui souhaite bon voyage
8h50,
« Boarding »
il embarque direction Hong Kong.
9h26,
Wan Chu est en pleine confection des bagages.
Il semblerait qu’elle ait un passager clandestin.
11h08, il est à Hong Kong,
grâce à sa carte de crédit, il peut attendre son prochain avion dans un salon.
Il m’envoie des photos.
Je suis content
mais je le déteste.
(non mais c’est quoi ce plan, il n’est même pas en business class et il va dans les les salons ?)
Comme il sait maintenant si bien le faire,
il m’annonce qu’il n’a pas trouvé le pantalon noir que je voulais qu'il porte pour le spectacle
(non mais franchement ... c'est vachement difficile à trouver un pantalon noir !)
mais qu’il a acheté la perche à selfie dont nous nous servirons avant le prologue.
La bonne nouvelle pour cacher la mauvaise ...
Sacré Cheng Wei.
Il sait comment me ménager.
Nous ferons donc les magasins ici.
(et je crois que c’est pour ça qu’il n’a pas très bien cherché un pantalon …)
J’aurais préféré qu’il l’ait acheté à Taiwan parce que c’était moins cher
mais lui, forcément, il a en tête de ramener un pantalon en français en souvenir.
16h23,
deux messages simultanés.
Cheng Wei embarque pour Londres,
Wan Chu pour Hong Kong.
18h26,
à son tour d’être à Hong Kong.
Elle est prête à embarquer pour Doha après avoir réussi à traverser l’immense aéroport en vingt minutes
et elle est contente car sa correspondance était courte.
Air France …
Heureusement qu’elle ne me l’avait pas dit !
Heureusement aussi qu’il est minuit
et qu’il y a plus de voyageurs qui dorment que des passagers en correspondance
dans cet immense centre commercial où l'on prend accessoirement aussi l'avion.
Mardi 24 avril, 5h22,
elle est à Doha
Je dors encore.
6h34,
Cheng Wei est à Londres.
Je vais à la boulangerie.
9h43,
il est à Marseille.
Étape 1 réussie.
Je suis au tiers rassuré.
14h,
Wan Chu est à Roissy.
Nous sommes à la fin du déjeuner.
(je vous raconterai les retrouvailles la prochaine fois)
Elle râle quand elle voit la photo.
Cheng Wei lui promet qu’on lui gardera du fromage.
(le sacrifice sera très léger : il y en a plein le frigo)
Je lui dis d’aller le plus rapidement possible à la Gare de Lyon
pour que l’on sache enfin à quelle heure elle arrive ici.
14h08,
le contrôle des passeports est un peu long.
Wan Chu me demande s’ils sont en grève car elle ne voit personne dans les guichets.
J’espère que non.
(non, Wan Chu n'est pas des plus douées pour ce qui est des photos volées)
14h40,
elle récupère sa valise.
Les longueurs aux passeports lui auront permis de ne pas trop attendre à cette étape.
Un mal pour un bien, ou peut-être l’inverse.
15h07,
elle est à l’arrêt de bus de la navette Air France qui l’emmène directement à la Gare de Lyon.
Ouf, elle l’a trouvé rapidement.
16h15,
elle est à la Gare de Lyon, qui est ... déserte
Et oui, avec la grève qui dure déjà depuis quelques semaines, les français voyagent autrement,
ce qui laisse les guichets de la gare bien plus accessibles que d’habitude aux touristes perdus.
Je n’y avais pas pensé.
Deuxième mal pour un bien.
16h34 :
« j’ai un ticket
- cool ! ... avec une place réservée et tout et tout ?
- oui
- alors ? quelle heure ? », demande Cheng Wei
« j’arrive à 21h. »
Son billet est échangé, elle prendra le train de 17h37.
Parfait.
Je lui conseille quand même d’être tôt au train au cas où il y aurait du monde
(ils regroupent plusieurs trains sur un seul quand même)
et je lui donne la consigne suivante :
« Prochaine étape, tu nous envoies un message quand tu es assise dans le train, à ta place
- ok
- c’est une place côté fenêtre ?
- oui
- parfait ! »
Elle nous dit qu’elle se sent en sécurité dans la gare, qu’il y a plein d’agents pour les aiguiller,
qu’elle se sent bien malgré tous les soucis.
En tous cas, le plan se déroule sans accrocs.
Les bonnes étoiles sont avec nous.
17h24,
elle est à sa place
le train est vide.
« le train démarre »
Et il est à l’heure.
Elle sera décidément passée entre toutes les gouttes.
Il ne me reste plus qu’à la suivre pendant le voyage.
Et pour ça, j’ai le site SNCF où on peut suivre, comme mon livreur vendredi dernier,
les trains pendant tout le trajet.
Trois heures.
Et découverte de la France par le train pour notre amie toute excitée de son voyage.
(la dernière fois, elle dormait …)
Je lui dis d'être vigilante car au début du voyage au moment où le train croisera d’autres voies ferrées,
il y aura deux citernes avec des grands yeux.
C’est un moment que j’aime bien quand je fais ce trajet.
Elle s’en moque.
Ce qu’elle attend, ce sont les vaches.
Je tente quand même de lui parler de la Seine, qu’elle a vue à Paris deux ans plus tôt,
et qu’elle vient de croiser.
Rien n’y fait.
Les vaches ...
Changement de conversation :
« quand je faisais la queue à la billetterie, le type devant moi m’a demandé d’où je venais
et après il a dit ... charmante taïwanaise »
Je lui dis que je vais appeler son mari.
On rit.
Elle enchaîne.
« L’homme assis en face de moi avait un problème avec le chargeur de son téléphone.
Son câble ne fonctionnait pas bien.
Il a emprunté le mien.
On a eu une charmante discussion mi-français mi-anglais
et on s’est très bien compris.
- Cheng Wei, je crois qu’il va falloir trouver une autre danseuse ..
(rires)
- avec la correspondance et le long voyage, je suis super moche
- apparemment ça n’a pas l’air de déranger tout le monde
(rires)
- je reviendrai pour la dernière ... quand Jim sera là
- merci beaucoup miss Su, vraiment … »
(rires encore)
Vous remarquerez que, bien que la conversation se tienne entre Wan Chu, Cheng Wei et moi,
le jeune homme est peu loquace.
En fait, il ne « parle » que par émoticônes.
Et essentiellement, celui qui rit aux éclats …
« des vaches !
- c’est peut-être des moutons ?
- c’est peut-être moi », répond Cheng Wei, qui donc, pour une fois, réagi avec quelques mots,
que d’ailleurs nous ne comprenons pas vraiment
mais bon, on rit quand même.
J’examine le cliché bucolique :
« mais on ne voit rien sur la photo
- en zoomant tu dois pouvoir les vaches
- peut-être mais j’ai âtre chose à faire miss Su …
comme imaginer la pièce du mois prochain avec une autre danseuse
parce que celle qui était prévue a décidé de suivre n’importe qui dans un train »
(rires)
Ma traversée GPS me permet de lui détailler un peu le pays :
« maintenant tu es dans la région de Jennifer, la Bourgogne »
Elle ne répond plus.
Elle a dû s’endormir.
Si vous ne vous souvenez plus qui est Jennifer, je vous rafraîchirai la mémoire dans le prochain article.
Sinon, c’est par là.
19h24,
la revoilà en ligne :
« tu as passé Lyon, maintenant tu es dans le Sud, tu te rapproches »
Pas de réponse.
Puis :
« oh ! du vin »
Elle est dans les vignobles de Côtes-du-Rhône.
Je quitte la maison. :
« je pars à mon cours, si tu n’es pas trop fatiguée tu peux passer me faire coucou,
c’est sur votre route, demande à Jennifer »
20h56,
je jette un oeil sur mon portable que j’ai exceptionnellement laissé à côté de ma tablette.
Message de Cheng Wei à Wan Chu :
« on t’attend dans le hall de la gare »
Tout est sous contrôle.
J’attaque mon troisième exercice.
Avions à l’heure,
correspondance réussie,
bagages au bon endroit,
traversée de la banlieue parisienne,
pérégrinations SNCF,
elle aura esquivé tous les risques.
Merci à ce cher Murphy d’être allé appliquer sa loi ailleurs.
21h44 :
Je finis mon cours.
« je suis dans la voiture de Jennifer
et parce que l’on avait faim,
(le « parce que » que je connais bien, le fameux « in wei » mandarin qui annonce une phrase négative)
entre toi et manger, on a choisi la bouffe »
Question de priorité.
Mais je la comprends.
Tant pis, j’attendrais demain pour me réjouir de l’étape 2 de la reconstitution de l’équipe.
Je suis bien content qu’elle soit arrivée mais j’ai quand même un petit pincement au cœur ...
« I’ll hug you really tight tomorrow »
écrit-elle pour me consoler.
23h44
Je souhaite une dernière fois un joyeux anniversaire à Sylvain,
et une bonne nuit aux deux amis.
Cheng Wei me remercie, Wan Chu ne répond pas.
Elle dort déjà.
Vivement demain ...












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