26/04/18 - la dernière ligne droite française - Jour 3 - Martigues - l'installation
un accueil de haute teneur,
une répétition laborieuse
et un peu de retard ...
9h29.
Je suis dans la voiture.
Cheng Wei vient de m’envoyer un message.
Ils vont être en retard.
Le réveil a été difficile.
J’aurais bien dormi plus longtemps.
Après les rituels matinaux, j’ai envoyé un mail au traiteur dont je vous parlerai dans quelques lignes
et j’ai fait un peu de com’.
Ils sont là, tout le monde doit le savoir.
Je suis donc dans la voiture et je fais un tour du quartier, le temps que mes amis arrivent.
Circulation aussi difficile que mon réveil, je me retrouve bloqué dans des embouteillages.
Finalement, j’arrive le dernier à l’église des Augustins, notre nouveau lieu de rendez-vous.
Un rapide passage à la station essence et nous voilà partis.
À Martigues.
C'est qu'aujourd’hui, nous commençons un nouveau chapitre dans l’histoire,
enfin plutôt un sous-chapitre dans le chapitre.
Le début d’une histoire à durée déterminée et plus courte que les autres,
mais pleine de promesse :
le premier jour de résidence au Site Picasso qui est donc à Martigues,
une petite ville à 40 kilomètres à l’ouest de Marseille.
Nous allons nous installer dans l’auditorium du conservatoire.
Un conservatoire de rêve dirigé par Magali Cozzolino, une danseuse, jazz !
C’est assez peu courant pour être signalé …
Magali ...
Et dire que j’avais hésité à la contacter ...
Parce que déjà dans l’absolu, je préfère me débrouiller tout seul plutôt que de téléphoner à qui que ce soit.
Mais surtout parce que je la connaissais depuis longtemps
et que je ne voulais pas que nos relations changent si elle avait eu à nous dire non.
C’est mon amie Agnès, dont je vous ai parlé plus d’une fois, qui m’a poussé à le faire.
Les premiers contacts aussi bien écrits que téléphoniques ont été plus que chaleureux.
Toute l’équipe, notamment Muriel Zanaroli qui gère les salles
et Serge Gimenez le régisseur général, a vraiment tout fait pour que nous arrivions confortablement :
propositions de jours supplémentaires,
modifications des heures en fonction de nos désirs,
recherche de la date optimale pour la restitution publique,
proposition de traiteur (celui du mail de ce matin) pour que nous n’ayons plus à nous préoccuper du déjeuner.
Je l’ai déjà écrit dans un article précédent,
mais je tiens à l’écrire à nouveau,
c’est la première fois que je sens autant chez nos interlocuteurs, un souci patent
que nous soyons vraiment bien.
Et les réunions de préparation de notre venue ont confirmé mon sentiment.
Alors certes, comme je vous l’ai expliqué, je connaissais Magali depuis longtemps,
certes, je connaissais aussi Muriel pour l’avoir croisée il y a, là-aussi, quelques années
dans les rencontres chorégraphiques de la Fédération Française de Danse,
certes, il y avait aussi l’ombre de Soussou, (mais si, je vous en ai parlé, c’est là dans cet article)
qui comme d’habitude avait chamboulé le cœur de tous lors du passage dans ces lieux,
mais quand même, je garde notamment un souvenir rare de la fin du rendez-vous planning où avec Serge,
nous avons conclu d’un accord, forcément commun, que toute modification de jour ou d’horaire
serait monnayée à coup de rhum arrangé.
Avouez que ça n’est pas courant ...
10h45,
nous mettons les pieds dans le hall pour la première fois.
Un accueil à la hauteur de tous les échanges que j’ai eus avec l’équipe jusque là.
Notamment par Papi, qui m’avait déjà dépanné lors d’une de mes précédentes visites
en m’aidant à démarrer ma voiture, en panne de batterie.
Avant de nous installer dans l’auditorium, je fais rapidement avec mes amis
un tour du propriétaire que je ne suis pas.
Ils sont autant impressionnés que le premier jour au Pavillon Noir
(et je dois avouer que j’en suis presque fier).
Papi nous installe où nous allons donc finir de créer la version française des Chroniques.
Pas d’équipe technique, ça n’est pas nécessaire pour le moment.
Installation dans les loges, découverte de la scène,
ça va être bien, je le sens.
Ça serait magique de faire une création ici un jour.
Devant l’amphithéâtre vide, nous faisons une barre, complète.
J’explique tous les exercices.
Mes collègues ne la connaissent pas encore par cœur.
Puis, ils revoient leur solo,
le dansant en alternance, peaufinant la qualité, la musicalité,
S’adaptant à ce beau plateau.
13h30,
Pause déjeuner.
Je leur propose d’aller faire quelques courses au supermarché tout proche pendant qu'ils se reposent.
Ils veulent venir avec moi.
Carrefour market, une jolie visite ?
Pourquoi pas ?
Cinq minutes en 107 et nous voilà déambulant dans la grande supérette de la zone industrielle.
Wan Chu saute de joie : elle a trouvé de l’Orangina !
Ils n’en trouvent que très rarement là-bas.
Cheng Wei quant à lui, trouve un Seven Up saveur Mojito.
Des plats à réchauffer, du fromage, de la charcuterie, des tomates,
on est fin prêts pour le déjeuner (en fait, j'en pense que l'on en a pour trois jours).
La caissière est peu affable.
Si moi je le remarque, vous imaginez la réaction de mes amis.
Inimaginable pour eux.
Même à Taipei.
« what’s wrong with her ? »
Rien.
Elle ne semble avoir aucun problème.
J’ai l’impression qu’elle travaille toujours comme ça …
On retourne au Conservatoire et on s’installe sur les cailloux factices installés dans le patio.
15h,
Reprise du travail au théâtre.Cheng Wei peut répéter la danse au sol et ils finissent d’intégrer la « danse chinoise » de Wan Chu.
Chose étonnante, ils rament autant qu’Anaïs (alors que Wan Chu a elle-même créée ces phrases).
Je leur fais remarquer.
On rit.
Je leur apprends aussi la phrase finale du solo de Wan Chu et la marche de sortie
ce qui nous permet de faire tourner toute la chorégraphie.
Dès que c’est à peu près assimilé, on passe au prologue.
On n’a pas eu le temps de le travailler hier.
Si je veux respecter le planning et filmer un maximum de danses au Pavillon Noir lundi,
il faut qu’on avance vite.
Comme la veille, je les laisse un moment devant les vidéos
Quand j’estime qu’ils ont assez révisé, on tente en musique.
C’est laborieux.
Wan Chu a encore plus oublié le prologue que son solo.
Elle est perdue pour à peu près tout.
Cheng Wei est sauvé par sa mémoire et le fait que nous ayons presque la même partition.
Il lui reste à monter la partie où il est seul et qui est faite de tout ce qu’il a traversé jusque là.
Je lui avais demandé de le créer.
Il ne l’a pas fait.
Ils n’ont vraiment pas travaillé entre la création de Cheng Wei et le départ.
Ils m’avaient promis.
Je suis déçu.
J’imagine facilement ce qui a pu se passer :
après les premières, on décompresse.
On est excité de ce qui s’est passé, on est heureux d’être arrivé au bout d’une histoire.
Et nos amis ont dansé la première de la nouvelle création de la Weidancecompany il y a dix jours.
En plus, à une semaine d’un grand voyage, on pense surtout ... au voyage.
Pas forcément au fait que l’on fait dix mille kilomètres pour le travail.
Je les ai pensés moins humains qu’ils ne le sont.
Je peux comprendre qu’ils aient envie de vacances,
d’en sentir au moins l’énergie,
de faire comme si,
mais on n’a malheureusement pas le temps pour ça.
Enfin pas maintenant.
Et j’en suis bien navré.
En tous cas, ils ne se plaignent pas.
Ils travaillent.
Autant qu’ils peuvent.
Alors que l’on est dans une nième répétition,
un couple entre dans l’auditorium.
Je me demande qui ils sont
et qui leur a permis de venir visiter l’endroit.
Je ne vais commencer à créer des problèmes avec les autochtones : je laisse faire.
Et je fais bien,
en fait c’était Serge dont je vous parlais tout à l’heure,
celui du rhum arrangé.
Je ne l’avais pas reconnu !
Je ferai mieux la prochaine fois.
16h30,
la structure, bourrée de pièges du prologue (satané chorégraphe !) est à peu près claire.
Les danses ? C’est loin d’être ça.
On tente de filer, mais on est vraiment loin du résultat.
Je fais une croix sur le dimanche de repos
et même sur le lundi matin au Pavillon Noir qui ne devait être que du tournage.
On travaillera.
Tant pis.
Bon,
j’ai la chance d’avoir ces lieux magnifiques à ma disposition.
Si ça se trouve, les vidéos que je voulais faire à des fins promotionnelles ne seront pas si nécessaires que ça.
De toute façon, je n’ai pas d’autre choix que d’accepter les choses telles qu’elles se présentent.
Et quand même, elles ne se présentent pas si mal.
16h45,
j’annonce la fin des hostilités.
Wan Chu est étonnée.
Elle ne s’était pas rendue compte que ce lieu fonctionnait vraiment comme un théâtre.
Quand on nous dit 10h-17h.
Il faut être dehors à 17h.
Et de toute façon, même si c’est les vacances, j’ai un cours ce soir à 20h.
Comme il va y avoir des bouchons, je ne veux pas trop tarder.
On se change,
range les affaires,
éteint l’ampli,
et on se dirige mollement vers le hall.
La fatigue se fait sentir.
Elle est tellement présente que je croise Serge à nouveau et que je ne le reconnais toujours pas.
C’est vexant quand même.
Je présente mes excuses en plaisantant, il faudra vraiment que je fasse attention.
17h10,
nous sommes dans la voiture.
Comme prévu, le trajet est long.
Encore plus de monde sur l’autoroute que d'habitude, car il y a un match ce soir.
Cheng Wei dort à la place du copilote, Wan Chu est dans ses pensées,
je trouve le temps un peu long.
Revenue de ses rêveries, la taïwanaise me demande pourquoi les gens sont habillés en bleu et blanc,
s’ils sont obligés de klaxonner et de crier.
Je lui raconte.
L’OM.
L’importance de l’équipe dans la région.
La rivalité avec Paris qui se loge aussi dans le foot.
Elle me demande si elle pourrait aller voir un match.
Je botte en touche.
Peut-être que Jennifer et Gaby (enfin surtout Gaby) auront la solution.
18h30,
on est enfin garé.
Je dois passer chez moi car j’ai oublié les clés du studio pour le cours du soir.
Je les envoie au Bistrot l’Horloge.
Ils connaissent maintenant.
Je fais un aller retour à la maison et je les rejoins.
Quand j’arrive, ils sont confortablement installés à l’intérieur de la brasserie.
Détendus et souriants, comme (presque) toujours.
Alors que j’entame un coca (en espérant que cela me donne une petite dose d'énergie supplémentaire
pour le cours de ce soir), ils me demandent s’ils peuvent répéter à la place de prendre le cours :
« même dans le couloir ... dans les vestiaires … »
Ces deux-là …
Ils ont parlé en mon absence et se rendent compte que l’on prend du retard.
Je souris.
Je veux qu’ils prennent le cours pour qu’ils connaissent la barre par cœur.
Ce qui nous permettra de gagner du temps si je n’ai plus à démontrer les exercices chaque matin.
Je me dis aussi que l’on travaillera en fin de cours, les différentes danses de « rentrer ».
Ça sera toujours ça de rattrapé sur le planning.
Je leur propose plutôt d’aller au studio maintenant,
ça nous laisse une heure avant que les élèves n’arrivent.
En allant payer, je préviens mes amis du Bistrot l’Horloge que nous viendrions dîner
et que nous arriverions probablement tard.
« pas de problème tant que ça n’est pas après 22h30 »
On ne répètera pas après le cours.
De toute façon, je ne pense pas que l’on en aura l’énergie.
19h,
nous sommes au studio.
Musique du prologue en boucle, on fait et refait.
Et progressivement, les choses se mettent en place.
20h,
les élèves arrivent.
Ils sont impressionnés par la qualité des filages,
qui commencent à être, comme j’aurais aimé qu’ils soient il y a quatre heures.
20h15,
on attaque le cours
et on travaille comme je l’avais imaginé, les danses de « rentrer ».
21h45,
je lâche tout le monde.
Une de ces rares fois où je n’aurais pas dépassé la durée officielle.
Comme prévu, on est tous exténués.
Tout le monde repart au vestiaire sans parler de filage supplémentaire.
On va dîner au Bistrot.
Ambiance chaleureuse,
service exemplaire,
comme (presque) toujours,
c’est bon, très bon, et un peu trop copieux pour mes amis taïwanais.
23h30,
nous sommes dans la voiture.
Minuit,
je les laisse devant le portail de leurs hôtes dans la campagne d’Allauch.
0h30,
j’ai garé la voiture sur une magnifique place réservée aux livraisons.
Il faudrait que je parte à 9h.
Parfait pour la répétition de demain.
De retour à la maison, je travaille sur la version taïwanaise de l’affiche.
J’envoie une esquisse à Cheng Wei sans tout traduire en anglais,
juste pour qu’il ait une idée de la mise en page.
Pas de réponse.
Il dort.
Parfait.
On parlera de tout ça une autre fois.
On est tous crevés, on est un peu en retard mais bon sang, qu'est-ce qu'on est bien!





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