30/04/18 - 1 - Pavillon Noir - Jour 22 - une dernière matinée dans la grande maison
ça n'est pas si simple.
Un rendez-vous manqué,
une première matinée bien prometteuse.
je ne sais pas à quelle heure,
je n’ai rien noté dans mon carnet.
Ce matin, je suis à la fois heureux et inquiet.
Heureux parce qu’aujourd’hui, ça y est, nous nous retrouvons tous.
Tous les interprètes de l’aventure.
Nous arrivons enfin à l’étape 3 de la constitution de l’équipe.
Anaïs et Mike sont avec nous.
Mais malgré ce contentement, l’inquiétude reste en embuscade.
Avec le retard pris dans ces premiers jours quelques peu laborieux,
je me demande si je vais arriver à faire tout ce que j’ai prévu.
Et aujourd’hui, et dans la pièce.
Mais bon, là maintenant (enfin dans peu de temps), nous sommes cinq.
Et ça, c’est bien.
Cela dit, du point de vue de la logistique, ça ne simplifie pas mes petites affaires.
Car s’il y a une petite chose de contraignant dans cette résidence à Martigues.
C’est le trajet.
Martigues Marseille, c’est seulement 40 kilomètres
mais on se rend vite compte qu’une autre paire de manches est nécessaire pour rallier les deux villes.
J’ai d’abord pensé aux cars.
Il y a des lignes régulières mais elles ne desservent pas le conservatoire qui est un peu excentré.
Marcher jusqu’à l’arrêt le plus proche prend une demi-heure.
Je vous entend me dire que cela pourrait nous servir de marche d’échauffement
mais honnêtement, tous les matins avant d’attaquer la journée,
la fatigue aidant (et elle se fait déjà un petit peu sentir),
je ne me sens pas d’ajouter cette activité physique à nos corps déjà bien chargés.
Et puis, il y a le retour le soir !
Vous nous imaginez en train de ramper plus ou moins virtuellement jusqu’à l’arrêt du car
après la journée de boulot ?
La solution sera donc une voiture.
Pas le choix.
Enfin quand je dis une voiture, ça sera plutôt deux, au moins.
Car cinq personnes nécessitent un véhicule de taille moyenne et ma 107 n’est pas de cette famille-là.
On pourrait s’y entasser.
Mais cela va vite devenir fastidieux et pas très confortable.
D’autant qu’Anaïs habite près d’Aix, qui n’est pas du tout sur notre route.
Cela nous ferait faire un crochet supplémentaire d’une vingtaine de kilomètres pour la récupérer.
En plus le soir, on peut avoir des plannings différents :
Mike, heureux papa de trois enfants, peut devoir partir au plus vite,
malgré les jours fériés et les vacances scolaires, j’ai encore des cours à assurer,
nous voyagerons donc dans plusieurs voitures …
Ça n’est pas très écoresponsable mais nous n’avons pas le choix.
Le voyage n’est pas difficile : autoroute sur tout le parcours.
En revanche point de vue fluidité du trafic, si le matin cela devrait se passer tranquillement,
le soir, vu que l’on finit entre 17 et 18h, on ne peut trouver mieux pour passer une heure dans les bouchons.
Ça va être moins pire que de ramper jusqu’à l’arrêt de bus mais on sera loin de la promenade de santé.
Il y a bien l’option de traîner un peu le soir dès que possible comme on l’a fait vendredi.
(m’est avis que cela ne dérangerait pas mes amis de savourer quotidiennement un apéro
sur cette petite place de l’île)
mais je ne vais pas pouvoir prendre ce temps tous les soirs notamment à cause des cours
mais aussi de tout le boulot qu’il me reste à faire.
Si j’avais été riche ou si la compagnie de Cheng Wei avait eu les moyens,
on se serait payé un petit hôtel à Martigues, ou dans le coin, ça aurait marrant
mais ça n’est pas pour cette fois.
Donc plusieurs voitures et une logistique un peu plus complexe.
Heureusement que mes deux amis habitent maintenant à cinq minutes de chez moi.
On gagne une heure le matin.
À propos de matin,
revenons à celui de lundi 30 avril.
Alors aujourd’hui, c’est encore moins simple car la journée de travail se déroule dans deux endroits.
Le matin au Pavillon Noir pour une dernière matinée où j’ai prévu de filmer tout ce que nous savons,
et l’après-midi à Martigues pour continuer à avancer.
C’est encore moins simple mais ... c’est magique.
Deux demi-journées dans des studios de rêve.
De ça aussi je suis heureux.
9h05
Message de Cheng Wei,
ils quittent l’appart’.
Je fais pareil.
Je gagne ma voiture sagement garée sur une place livraisons qui semble devenir habituelle
- pourvu que ça dure -
Le ciel est bleu.
Les prises de vue devraient être jolies.
Je descends la rue Paradis, mais cette fois-ci jusqu’au bout,
et tourne à droite sur la Canebière, toujours embouteillée, comme d’habitude.
Je tourne à gauche sur le cours Belsunce, juste avant les rails du tramway.
À cent mètres, ils devraient être là, sur ma droite,
en face de la rue Thubaneau.
Je ralentis.
Personne.
Dans ma tête, le système avait pourtant l’air de fonctionner :
Le temps qu’ils quittent la maison et qu’ils marchent tranquillement vers le lieu de rendez-vous,
j’aurais le temps de faire de même avec ma voiture.
En plus, cela a pris plus de temps avec l’embouteillage de la Canebière.
Je ne comprends pas.
J’ai dû mal expliquer les choses hier.
Le problème c’est que je ne peux pas trop ralentir, et encore moins m’arrêter parce qu’il y a du monde derrière moi.
J’avance un peu plus tout en regardant dans le rétroviseur.
Bon, tant pis, je fais un tour gratuit ou j’essaie de trouver une place le moins loin possible.
Pas facile ce matin.
Me voilà rue Colbert dans la file de voitures.
Le tramway va plus vite que nous.
Je redescends par la rue Barbusse, longe le centre commercial.
Et là, je les vois.
Ils n’étaient pas loin du lieu de rendez-vous mais assis au café sur ma gauche,
alors que je les attendais de l’autre côté.
Pas sûr que vous ayez compris, mais ça n’est pas grave (cette fois non plus).
En résumé, on s’est loupé.
Je klaxonne.
Ils me voient, courent jusqu’à la voiture et s’installent en vitesse.
Wan Chu à l’arrière.
Comme d’habitude.
Nous avons de la chance, le monsieur derrière moi est patient.
Il est déjà 9h40 et on n’a pas quitté Marseille.
On est en retard.
J’envoie un message à Anaïs que l’on doit récupérer en route.
On ne sera jamais à 10h à Aix.
J’essaie de garder mon calme.
J’ai en tête le retour de La Ciotat hier.
Je sais bien que ça n’est pas agréable.
Mais justement à cause de ce qui s’est passé hier, je suis inquiet.
Peu de discussions pendant le voyage.
J’essaie juste de savoir s’ils ont bien compris où était le lieu de rendez-vous et comment on fonctionnerait le matin.
Il semble que oui.
Et puis je comprends :
En fait, je leur ai dit d’attendre.
Mais je n’ai pas précisé que j’allais les attraper au vol.
Ils sont donc allés attendre … au café, mais ne m’ont pas vu la première fois où je suis passé.
Se faire comprendre dans une langue qui nous est commune mais qui n’est pas notre langue maternelle,
ça n’est pas toujours facile.
On décide que le fameux café sera le lieu de rendez-vous
mais qu’ils regarderont mieux les voitures.
Cafouillages d’un premier jour.
Rien de bien sérieux, sauf que ça n’est pas le jour pour ça.
J’aurais peut-être dû mieux m’expliquer hier.
Je leur demande comment s'est finie la soirée.
Cheng Wei me raconte qu'il a continué à discuter avec les convives,
notamment avec David Llari qui lui a proposé de rencontrer les patrons du Ballet National de Marseille.
(il est très doué pour ça décidément ...)
À suivre ...
Wan Chu, quant à elle, a disparu assez vite dans la chambre pour discuter avec Jim, son mari,
s'offrant pour l'occasion une soirée d'Internet à l’étranger sur son smartphone.
Tout voyageur sait ce que peut coûter ce genre de connexion hors de chez soi.
Pourquoi n'a t-elle pas utilisé le wifi de la maison ?
Je leur demande s’il n’y a pas de réseau chez leur hôte.
En fait si, mais la connexion n’a pas marché … et ils n’ont pas osé lui dire.
Voilà pourquoi aussi ils étaient au café tout à l’heure : il y a du wifi.
10h,
nous sommes devant la boulangerie devant laquelle je récupère Anaïs.
Je lui envoie un message.
Elle apparaît.
Ils sont contents de se voir.
Le bon départ que voilà.
10h20,
nous sortons du parking du centre-ville d’Aix-en-Provence
et nous montons la pente toujours un peu trop raide à mon goût qui nous mène à la grande maison.
Mike nous attend dehors.
Il est parti en retard lui-aussi, mais pas à ce point ...
Bonne nouvelle,
nous sommes au studio Waehner,
au dernier étage.
C'est le studio habituellement occupé par la compagnie.
Enfin non, juste la moitié : quand tous les danseurs sont là, ils occupent les deux grands studios du haut,
Waehner et Farber, dont la cloison de séparation est amovible.
Nous n’avons donc « que » la moitié de ce grand espace.
Et ça nous suffira largement.
D’autant que l'on est dans la bonne moitié : c’est le meilleur endroit de la maison pour filmer.
On a bien de la chance.
Alors c’est vrai que quand j’ai fait ma demande à Nathalie Zoccola,
j’avais dit que nous filmerions ce jour-là ... mais je ne pensais pas obtenir tout ça.
11h, la barre.
Mike nous regarde d’abord, puis nous rejoint pour l’exercice d’étirements au sol
(et c’est là que l’on se rend compte que les plus raides des danseurs,
sont quand même très souples par rapport au commun des mortels ...)
11h40,
on commence les révisions.
Ça va mieux qu’hier.
Le calme légendaire d’Anaïs et sa mémoire plutôt redoutable, arrangent bien des choses.
Anaïs ... le retour !
Aux alentours de 13h, on a intégré tout le monde (y compris Mike dans le prologue).
J’aurais peut-être dû annuler la répétition à Martigues cet après-midi et finir cette journée ici,
mais il faut quand même travailler là-bas le plus possible
pour que l’on s’habitue vraiment au plateau, au rapport au public.
Même si la fin de résidence, qui est maintenant dans quinze jours, n’est pas vraiment un spectacle,
il y a aura du monde dans les sièges, du moins je l’espère,
il faut que l’on soit prêt pour ça.
Et je flippe déjà ...
Et ça ne me détend pas ...
13h 30,
on filme le prologue.
Je fais trois prises de vues.
Une de face, une dans chaque angle.
Avec ça, je vais pouvoir faire une vidéo correcte.
On finit bien-sûr par la célèbre marche de Mike,
que l’on peut enfin faire tous les cinq.
hélas, il faut quitter le camp.
Si on veut travailler trois heures à Martigues, on ne peut pas trainer.
Passage express à la boulangerie,
et on change de crèmerie.
Les filles partent avec Mike.
L’occasion de faire connaissance.
Et j’embarque Cheng Wei
L’occasion de faire le point.
Le retard n’est pas rattrapé mais l’ambiance est bonne.
Et c’est mieux que tout.
En route pour Martigues

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