29/04/18 - la dernière ligne droite française - Jour 5 - La Ciotat - le dimanche supplémentaire


Journée difficile.
Rattraper le retard
coûte que coûte, 
encourager sans s'affoler







Dimanche 29 avril, 6h.

Je me réveille une première fois et me rendors aussi sec.
La soirée d’hier a laissé des traces :
après les quelques heures passées avec les danseurs manosquins,
nous avons dîné chez mon amie Carole Soler et son compagnon Yann.
Un peu trop tôt hélas pour la saison de la lavande, nos amis n’auront vu que les champs en cours de floraison.
Mais ils ont pu discuter avec Yann et Carole, découvrir de nouveaux vins,
manger des bonnes pizzas, des tonnes de charcuterie
et rencontrer un vrai fan de l’OM !

Comme vous le savez, aujourd’hui était sensé être un jour off,
parce que je me doutais qu’en attaquant directement après leur arrivée, ils seraient crevés ce week-end
mais aussi parce que ce dimanche, ils changent de maison :
une autre de mes élèves, Soline, m’a proposé de les héberger quelques jours si besoin est.
J’ai sauté sur l’occasion car si le passage chez Jennifer est dorénavant obligatoire
(pour éviter un crime de lèse amitié)
et se révèle bien pratique quand nous travaillons aux Chartreux,
en terme de logistique, pour moi comme pour eux,
cela nécessite une heure de plus au moins pour que nous nous rencontrions :
le trajet en bus et métro jusqu’au centre de Marseille est d’environ une heure s’il n’y a pas trop de circulation,
et si je vais les chercher c’est 40mn minimum pour l’aller et une grosse demi-heure pour rejoindre l’autoroute
vers Aix ou Martigues.
Soline habite en centre ville, à 5 minutes de chez moi.
On va pouvoir prendre un peu plus de temps le matin.

Jour off et semi déménagement étaient donc initialement prévus dans l’emploi du temps mais ...
Le démarrage diésel de mes amis m’a fait quelque peu chambouler le planning.
Si je veux rester dans les temps vu ce qu’il nous reste à créer,
il faut vraiment que l’on ait revu tout ce qu’ils sont supposés avoir assimilé
pendant mon séjour taïwanais du printemps dernier.

Je leur laisse la journée de repos et nous travaillerons en fin d’après-midi.
Pas de Pavillon Noir ni de Site Picasso mais le studio de Caroline Astier Carta à La Ciotat.
Heureusement que je peux y aller dès qu’il est disponible.
Merci encore Caro !

9h,
j’émerge pour de bon.
Carole a mis en ligne des bouts de ce que nous avons traversé hier.
Il y a quelques exercices d’échauffement, les phrases de « rentrer ».
Avec ce que l’on a travaillé jeudi soir, Wan Chu et Cheng Wei connaissent le matériau de base de cette partie.
Il restera à agencer le tout.
Mais d’ici là, il y a tout le reste.
Et aujourd’hui, j’espère pouvoir repartir ce soir en leur disant
« demain portez les costumes, on va filmer tout ce que l’on sait »

Ce matin, je ne fais rien.
Jeux stupides, feuilletons en replay,
j’écris quand même comment nous avons fini les premiers jours martégaux.
(parce que si les habitants de Manosque sont des manosquins, ceux de Martigues sont des martégaux !)

Nos amis m’envoient quelques photos souvenirs de notre balade de vendredi,
et puis aussi deux ou trois choses volées dans ces derniers jours de travail,
comme par exemple ceci :



Je discute avec Cheng Wei de l’organisation de la suite :
« Je serai là vers 15h et nous irons au « clever barre » studio
- ok
- il faut amener les affaires ?
- oui, ça semble être la meilleure solution
comme ça on peut aller voir le soleil se coucher et aller directement chez Soline
- au fait, où on était hier ?
- le stage était à Manosque et nous avons dîné à Gréoux-les-Bains »

Alors « clever barre » c’est parce que dans l’ancien studio de La Ciotat,
il y avait un système ingénieux de barres pivotantes,
qui permettait aux plus petites des danseuses d’avoir leur barre au centre du studio
et du fait de leur faible hauteur, elles pouvaient se ranger contre le mur sous les barres plus hautes.
Vous ne comprenez pas ?
Ça n'est pas bien grave …

15h20,
j’arrive en retard chez Jennifer.
Je ne m’affole pas.
Ils m’attendent tranquillement dans le grand jardin de Jennifer et Gaby
et j’ai les clés du studio.
Personne ne va gaspiller son temps pour venir l’ouvrir pour nous.

Nous partons assez vite et en passant par le village d’Allauch et la Valentine,
nous sommes à La Ciotat en une grosse demi-heure.

16h,
on commence la barre.
J’annonce dans la foulée que nous allons faire toutes les danses possibles dans l’ordre.
Les exercices défilent, l’ambiance est détendue.
On passe au prologue que l'on danse plutôt bien.
Il y a encore quelques moments qui accrochent mais on aura le temps de revoir tout ça avec Anaïs demain.

À 17h, on attaque le solo.
Et là, malheureusement, c’est encore laborieux.
Il manque encore pas mal de choses à Wan Chu.
Les va-et-vient entre la vidéo et le milieu du studio sont bien trop fréquents pour que je ne m’en inquiète pas.
Je comptais pouvoir prendre le temps de travailler proprement sur ce que nous faisons au sol avec Cheng Wei,
ce qui m’aurait permis d’être vraiment clair avec ce pauvre Mike,
mais je suis obligé de me focaliser sur la soliste.
La mémoire, le corps, elle n’y est pas encore.
Entre les oublis, les décalages rythmiques, les soucis techniques, elle ne s’en sort pas.
Tant pis.
Je laisse son collègue se débrouiller et je reste répétiteur.

J’essaie de rester serein mais j’ai du mal à cacher ma déception.
Tout en continuant à travailler avec Wan Chu, je commence à envisager à la baisse le contenu de la pièce.
« Rentrer », « La déchirure » ...
Peut-être que je vais devoir faire l’impasse sur une de ces deux danses, ou peut-être les deux ...
Peut-être aussi que je m’affole trop.
De toute manière, comme je le disais l’autre jour, je ne peux qu’accepter les choses comme elles se présentent.

À 18h,
la danse est assez claire pour pouvoir passer à la suite,
je fais seul et inquiet le duo au thé.
Mon esprit est encore dans le solo passé.
Il faut que je me rassure.
Comme pour le prologue, il faudra revoir tout ça avec Anaïs de toute façon.
Peut-être que tout se remettra en place ?

Cijin,
même combat.
Wan Chu avance péniblement à grands coups de vidéos.
Sa partition est différente de celle de Cheng Wei.
Elle ne peut pas s’appuyer sur lui qui pour le coup, sait ce qu’il fait.
L’heure avance, ma déception grandit et mon ami s’impatiente.
Je le sais parce que même si son visage reste impassible, il ne lui parle plus qu'en chinois,
et d'un ton glacial.
Et ça, ça n’est jamais bon signe.
Forcément cela tend encore plus la pauvre Wan Chu, mais là je n’y peux rien.
Demander à Cheng Wei de rester calme ?
Je sais que dans cette situation, il en est incapable.
Et je sais aussi à quel point c’est complexe de n’avoir des explications que dans une langue qui n’est pas la sienne.
Peut-être que ça va aider la danseuse ?
Je laisse un peu faire les choses, dépossédé de ce temps de répétition,
et je tente de reprendre la main dès que possible.
Dommage, c'était bien parti vendredi pourtant !

19h,
on laisse les choses en l’état,
on verra avec Anaïs ...
On verra bien ... pour tout.
Et demain ma foi, on filmera ce qu’on peut ...

Il nous reste la traversée qui, paradoxalement, se passe bien mieux que le reste.
Pour moi, c’est pourtant la partition la plus complexe.
Je décide d’arrêter sur cette note plutôt positive.

19h15 :
« ok enough for today »
Wan Chu voudrait continuer.
Je lui explique que Soline nous attend et que je crois que l’on est tous fatigués.

Rencontrer de nouvelles personnes,
cela va nous aérer l’esprit.
Trop tard pour le coucher de soleil.
Une autre fois peut-être.
On y était déjà allés il y a deux ans, mais il faisait bien froid.
C’est bien plus agréable à cette période.
En même temps, il fait plutôt gris alors ...


Rangement d’affaires,
SMS à Soline.
Nous rentrons.

Il n’y a pas un bruit dans la voiture.
Cheng Wei en copilote et Wan Chu à l’arrière comme d’habitude.
J’ai ma tête des mauvais jours, je le sens.
Quand on passe le Pas d’Ouiller, le ciel s’éclaircit.
Wan Chu sort ses lunettes de soleil.
Ça n’est pas bon signe.

Nous arrivons à Marseille par l’est.
Cela n’était plus arrivé depuis leur tout premier jour en France.
Ce jour-là, on s’était arrêté au cours Julien pour dîner.
Cette fois, nous traversons le quartier arabe dans lequel Soline habite.
C’est l’occasion de leur montrer le monument de La Marseillaise
et de leur expliquer ce que je me souviens de cette histoire :
Rouget de l’Isle,
l’Armée du Rhin.
Peut-être qu’ils auront le temps de jeter un oeil à ce mémorial dans les jours qui viennent vu qu’ils sont juste à côté.
Je leur montre où sera le rendez-vous de demain (juste au bout de la rue où ils vont dormir),
les dépose devant chez Soline pour qu’ils débarquent leurs affaires et je vais me garer un peu plus loin.
Rue Colbert.

Ambiance cosmopolite chez Soline Henkel,
quatre ou cinq nationalités, toutes couleurs de peau,
je fais la connaissance de David Llari, professeur et chorégraphe, qui travaille beaucoup avec le Ballet de Marseille.
Nous parlons un peu de la politique culturelle de la ville, de la région.
Cheng Wei sympathise avec une coréenne, qui est venue travailler avec la compagnie Ex Nihilo que je connais bien.

Je reste dîner avec eux mais je pars tôt.
La journée de demain sera longue et chargée.

Quand je dis au revoir à Wan Chu,
elle fond en larmes.
Je tente de la consoler :
« it was a bad day ... it will be better tomorrow »
Elle hoche la tête.
Forcément, j’ai de la peine
mais je suis un peu inquiet pour la suite.
L’ombre du semi échec de « In Wei » est toujours là.
Et je sens qu’il ne faut pas trop qu’on se loupe à la sortie de résidence de Martigues.

23h,
retour morose à la maison.
J’envoie un petit message de réconfort à Wan Chu.

La nuit va passer sur tout ça et tout ira mieux demain.
Forcément.
Et puis il y aura Anaïs,
et aussi ce cher Mike.

L’équipe du plateau va être enfin réunie.
En route pour l’étape 3.


Et avec tout ça,
je n’ai aucune image à partager avec vous aujourd’hui.
Pas même un bout de vidéo.

Je vous laisse avec ce moment de répétition de vendredi, à Martigues,
où j’avais posé ma caméra sur une table pendant que je remplissais mon carnet à fleurs.






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