09-13/08/18 - Taiwan été 2018 - Jour 14 - 18 - La deuxième semaine


Beaucoup de pluie,
peu de sorties,
un temps à la réflexion,
mais quand-même quelques surprises 









Jeudi 9 août


Il a plu toute la nuit et cela n’a servi à rien.
La chaleur orageuse est installée depuis maintenant une semaine avec son éventail de crachin, bruine, et autres petites averses, m’empêchant d’envisager d’aller voir la mer ou les parcs de près, sans pour autant déclencher l’émerveillement que procure le ciel quand les éléments se déchaînent.

On en vient presque à espérer une alerte météo nous annonçant des « heavy rains » dignes de ce nom.

En dehors de ma visite à Cijin, je n’ai donc hélas rien de bien exotique à vous raconter.

Mes principales sorties n’ont eu qu’un but principal, manger.
Et plutôt seul.

Pas d’invitations intempestives me forçant à me sortir de mon casaniérisme,
(encore un mot qui n’existe pas mais dont vous saisissez pleinement le sens j’en suis certain) en dehors d’une fondue taïwanaise avec ce cher Cheng Wei et sa compagne.


Cette deuxième semaine, j’ai un peu revu les vidéos du spectacle dans sa version locale, et retouché une ou deux musiques pour que tout soit prêt au moment voulu.

C’est que finalement ça va venir vite : la semaine prochaine je vais à Taipei rendre visite à mes amis de là-haut
et ensuite, on rentrera dans le vif du sujet avec une semaine chargée à base de cours et des premières répétitions.
Mais tout sera au même endroit si je me souviens bien.
L’impatience commence à se faire sentir, et l’appréhension qui l’accompagne aussi …

D’ici là, je n’ai qu’à me poser, regarder, respirer, écouter et ... penser.
Donc pour ceux qui ne sont pas particulièrement intéressés par mes pérégrinations mentales, il restera une ou deux petites choses tout en bas de cet article, sinon, rendez-vous la semaine prochaine quand je vous raconterai Taipei.
(enfin quand je dis la semaine prochaine, je parle du fait que ce sera la semaine du 15 août 2018 … quand pourrez-vous lire la chose ? Aucune idée pour le moment)

Pendant cette semaine, j’ai donc beaucoup regardé le ciel.

Espérant voir Gushan s’ensoleiller plus longtemps que les sporadiques fausses alertes.

J’ai écouté la pluie tomber sur les tuiles du temple, sur les toits métalliques, sur les bidons d’eau.

J’ai aussi rattrapé mon retard dans les podcasts d’émissions que j’avais mis de côté pour quand j’aurais le temps ...


Et bien là, j’avais le temps.

Il y a d’abord eu toute une série de rediffusions de « a very good trip » de Mishka Assayas dont je vous ai déjà parlé une fois ou deux, c'est très agréable à entendre quand j’écris.
En écoutant cette bonne musique, j’ai mis en forme et publié quelques articles du printemps.

Une chose m’a étonnée en relisant mes notes racontant mon séjour précédent sur l’île : mon genou.

Je n’ai quasiment rien noté à ce sujet.
Pourtant, je me souviens avoir eu du mal à accélérer le pas pour aller au métro, ou pour monter les quelques marches séparant le sol de la plate-forme des bus.
Je me souviens aussi avoir mis des pots de glace sur mes articulations endolories avant de les savourer à bonne texture.

Et pourtant, rien dans les notes.
C’est que cela ne m’avait pas paru si important à ce moment-là.

Comme quoi, quand on ne se focalise pas sur les événements, ils peuvent passer inaperçus ...
jusqu’à ce que quelqu’un ou quelque chose vous mette le regard ou la sensation dans la bonne direction.
Mon cerveau n’avait pas jugé bon de pointer ce dysfonctionnement.
L’avenir nous dira s’il avait raison.

D’ailleurs ce jeudi 9 août, mon corps s’est accordé avec mon esprit pour me rappeler que oui, la cinquantaine était bien là.
Les genoux ont persévéré dans la douleur un peu plus longtemps que la dizaine de minutes des douleurs matinales, et le psoas droit m’a rappelé qu’en juillet 2014, après avoir mis mes touristes de taïwanais au RER qui les menait directement à l’aéroport, j’avais fait une fente un peu trop grande dans un des halls de la gare de Lyon parisienne pour attraper au vol le TGV pour Marseille .
Je me demande bien où ses douleurs vont me mener.
À m’asseoir et regarder les autres probablement.

Cela me fait penser à cet article sur l’opéra de Paris, où une danseuse expliquait que les casiers des artistes de la grande maison se transformaient parfois en véritables pharmacies.

Chacun y avait son cocktail d’antalgiques et d’anti-inflammatoires.

Je ne pense pas que je pourrais vivre comme ça au quotidien.
Enfin bon … voilà un moment adéquat pour écrire une de mes phrases fétiches :
on verra bien ...

Pour en revenir aux podcasts, il y a aussi eu des épisodes d’une émission que j’aime bien : « le grand atelier » de Vincent Josse, où l’on passe une ou deux heures avec un artiste.

Souvent chez lui.
Ce jeudi 9 août, j’ai décidé d’écouter le grand atelier de l’actrice Dominique Blanc.
Je ne vais que très rarement au théâtre, pas bien souvent au cinéma (c’est mon ami Sylvain qui parfait ma culture cinématographique à grands coups de séances de rattrapage dans sa salle de projection personnelle, à savoir le grand espace dans lequel nous avons dansé à Sète ... et avant qu’il ne soit Sète, dans son salon à Paris)
mais chaque fois que j’ai eu l’occasion de voir Dominique Blanc, j’ai été touché.

Dans son émission, elle parle de sa façon de travailler (si cela s’appelle le grand atelier ça n’est pas pour rien).
Une phrase m’a particulièrement marqué.

Elle a dit : « je suis une femme de plateau » en faisant référence entre autre à l’après.
Une fois qu’une œuvre est prête.
La scène l’intéressait moins que tout ce que se passait avant.

Le travail du texte en soi, l’interprétation, l’incarnation des rôles.

Je crois pouvoir dire que je suis un homme de studio.

J’ai toujours préféré le travail de préparation à l’aboutissement dans la boite noire.
Il génère en moi bien plus d'émotions que l’entrée au théâtre.
Ou peut-être de celles qui sont nettement moins agréables.

Probablement parce que je suis un grand « traqueur » devant l’éternel et que l’entrée sur scène qui procure tant de plaisirs à d’autres est pour moi une épreuve, certes indispensable, mais tellement violente, vue de mon intérieur.
Sûrement aussi parce que je maîtrise beaucoup moins tous les aspects inhérents à cette dernière partie de l’aventure d’un spectacle.

C’est pour ça que j’ai tellement besoin d’une équipe sur laquelle je m’appuie aveuglément.
Pour que du moment où j’ai écrit, construit et transmis, je confie à d’autres artistes le soin de finaliser les choses.

La mise en lumière, les costumes, l’organisation du plateau, des pendrillons.

Pour ce que globalement, on appelle la scénographie,
 j’ai besoin d’aide.

Et je ne me suis pas toujours assez penché sur la question pour me rendre autonome dans ce domaine.

Cela m’intéresse mais pas assez pour que je m'en passionne.
En plus quand on a à ses côtés, un petit génie comme ce cher Fred ...

Pourquoi s’alourdir la tâche (qui est déjà bien chargée) ?
Il vient, il voit, il crée dans la création et je sais que c’est bien.

Dominique Blanc a aussi raconté comment certains metteurs en scène posaient aux acteurs, des questions sur leur vie intime.

Je crois que je ne pourrais pas faire ça.
Forcer les interprètes à se livrer, en paroles, sur ce qu’ils sont.
Je préfère que cela vienne naturellement.
Que ceux qui ont envie de travailler avec moi, prennent le temps qu’ils ont décidé pour me dire les choses.

Je crois que c’est à nous, créateurs, de faire avec ce que les autres veulent bien nous confier, et à découvrir ce qu’ils sont à travers ce qu’ils nous disent d'eux, et ce qu’ils ne nous montrent pas.

Le grand atelier de Bertrand Tavernier a aussi fait écho avec ma façon de travailler.
Alors que Vincent Josse et le réalisateur parlaient des polars dans la littérature, ils évoquaient les particularités de ce style, ses codes, ses univers et les auteurs qui s’en étaient affranchis.

La conversation s’est élargie au respect des codes dans tous les styles de littérature.
De l’importance ou non d’un thème dans un roman, de la façon dont on construit des personnages,
de la place laissée à l’histoire :
« elle est peut-être moins importante qu’on le croit, la façon d’écrire l’est tout autant »
Ces mots du réalisateur me font du bien.

Moi qui ai tant de mal avec la narration et qui prend un plaisir certain aux travaux d’écritures chorégraphiques.

J’ai aussi aimé écouter l’atelier de Jeanne Moreau.

C’était un atelier posthume.
Je n’ai pas toujours apprécié ce que les vivants disaient de cette grande dame.
Mais quand elle reprenait la parole ...

Un délice.
Ce talent inouï pour mettre en valeur les textes.

Peter Brooke au festival d’Avignon ...
Et le florilège de petites phrases dont sont parsemées ces interviews.
La plus grande des intelligences, c’est la simplicité.
Je n’ai pas mis de guillemets car ça n’est pas la citation exacte mais c’est ce qu'elle a dit en substance.
C'est aussi une phrase qui me fait du bien.
Et dire qu’elle nous a quittés le jour où je vous parlais de mon arrivée au monde.
Tout à mon autocélébration, j’ai oublié d’y repenser.
Bien-sûr, dans ce podcast, nous avons eu le bonheur d’écouter à nouveau « India song » dont je vous parlais l’autre jour.
« toi qui me parle d’elle » ce que cette chanson fait maintenant, nous parler d’elle.
« India song » un monument auquel je pense, je n’aurais jamais le courage de m’attaquer en tant que chorégraphe tant c’est un chef d’œuvre en soi.

Je ne suis pas assez téméraire pour en donner une version chorégraphique.
J’ai le souvenir d’un très beau duo sur un texte de Rilke dit par Catherine Deneuve sur un nocturne de Fauré.

C’était d’autant plus culotté que c’était un striptease.
Ce texte magistralement mis en musique et en voix se suffisait largement à lui-même.
Mais ce chorégraphe avait décidé d'en donner sa version.

J’aimerais parfois avoir cette inconscience.

Cheng Wei l’a parfois, cette inconscience.

Quand il me parle de ses projets pharaoniques.
Il est peut-être dans le vrai finalement.
C’est pour ça que je le laisse dire.
Notamment quand il parle de l’avenir, de notre avenir.

Là, où moi je vois un départ simple et discret, il envisage des projets encore et encore.

L’avenir nous dira lequel des deux avait raison.


Bon, j’ai sûrement pensé à des tas d’autres choses mais celles qui sont arrivées jusqu’à mon carnet sont en gros celles que je viens de partager avec vous.
Les photos me disent que je suis allé dans ce restaurant japonais que j’aime bien (devant lequel j’ai fait la photo qui est tout là-haut en couverture)
et qu’il y a eu entre les nombreuses propositions de pluie, des jolis coins de ciel.


Mais il faut quand même que je vous montre sur quoi je suis tombé dans une des boulangeries où je vais souvent.
Au rayon traiteur , il y avait ça :




Et aussi, du côté boulangerie, il y avait ceci.



Cela me fait penser à Marie qui deux ans plus tôt m’avait demandé où elle pouvait trouver du pain et m’avait fait remarquer, lorsque je l’avais emmené dans une boulangerie, que ce qu’on lui proposait c’était … de la brioche ...


En tous cas, si jamais un jour j’avais le mal du pays, je sais qu’ici je pourrais trouver de quoi me soigner.
Enfin ... il faudrait que toutes ces choses soient réussies …
car non, je n’ai pas poussé l’aventure culinaire jusqu’à en acheter pour goûter.
Il faudrait peut-être que je le fasse une fois.














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