13/05/18 - la dernière ligne droite française - jour 19 - La version de Sète


Du stress
quelques bons fous rires
une bien jolie soirée,
un retour difficile








Dimanche 13 mai, 18h52


Une fois n’est pas coutume.

L’heure par laquelle je commence ce texte ne correspond pas à un événement
survenu pendant la création des chroniques en 2018.



C’est celle à laquelle j’ai écrit ce texte.

Le jeudi 13 mai 2020 à 18h52.



Deux ans plus tôt, nous étions en train nous échauffer.

Après une journée nuageuse et studieuse.

Revenons donc deux ans en arrière.



Après un petit déjeuner au calme avec mon ami Sylvain, j'organise la soirée.

Ça sera une version qui fera plus la part belle aux histoires.

Un peu moins de projections, un peu plus de textes.

Dans un espace aussi singulier aux dimensions certes honorables mais loin de celle du plateau martégal,
c’est intéressant de se lancer dans une formule nouvelle.


Donc ce soir,
je commencerai par faire l'historique de mes aventures formosanes depuis 2011.
Cela me fera aussi un bon entraînement pour mardi,
et cela permettra une jolie transition avec la boucle vidéo qui tournera en projection
pendant la demi-heure précédant le spectacle, comme nous avions convenu avec Sylvain.
Ensuite, nous entrerons dans le vif du sujet.
il y aura forcément le selfie, et le prologue qu’ils danseront à trois.

On fera le bureau de tabac et la transition du « kiss of an angel »
mais Wan Chu dansera son solo ... seule
(cette phrase ne semble avoir aucun sens mais vous devriez vous souvenir qu'en fait,
la danseuse n'était jamais seule sur le plateau)
Après, je raconterai une après-midi que j’ai passée chez le producteur de thé
(que vous pouvez lire ici si vous ne la connaissez pas encore)
.
Pas de « traversée »,
il n’y a vraiment pas la place
(et je crois que cela va soulager tout le monde ... c'est vraiment le moment que l'on va redouter à chaque fois).
On ira directement à l’autre duo, celui de la pluie, que j'introduirai en parlant des typhons
et de combien on peut être ridicule quand on s'habille à l'européenne sous une pluie tropicale.
De là, bien-sûr Cijin et les couchers de soleils.

Cheng Wei fera son solo,
et nous danserons l’épilogue que je remanierai pour que tout le monde ait sa place.

On ne sait pas combien de gens seront là.

Comme l’entrée est gratuite, on n’a pas pu faire de vraie billetterie
mais beaucoup d’habitants du quartier et d’amis d’artistes que connaît Sylvain ont promis de venir.

Cela inquiète un peu mon ami et je le comprends :
s’ils viennent tous, je ne sais pas trop où on les mettra si on veut garder notre espace de danse intact.

Mais connaissant les méditerranéens, il y a de grandes chances que certaines promesses
ne soient que des phrases en l’air.

10h20,
nous quittons l’appartement de Sylvain pour rejoindre l’espace Brassens Révolution tout proche.

Organisation de l’espace.

Tentatives techniques.

Il faudra que Cheng Wei traduise certaines indications de l’appareil chinois.

Sylvain n'a pas l'air inquiet, et ça m'inquiète un peu.
Je sens revenir le sentiment de la solitude dans lequel j’étais plongé la veille.

Je sais bien que c’est faux,
et je me dis que si j’étais entouré de gens qui me projetaient leurs angoisses,
ça ne serait pas plus agréable,
mais je n’y peux rien.

Je continue à courir tout seul, sentant de surcroît, le stress s’installer par dessus le reste.
J’essaie de prendre sur moi.

Il ne faut pas que je gâche la matinée touristique de nos amis.
« Tu as souvent été désagréable les semaines de première, mais on n’en t’a jamais tenu rigueur »
La phrase que Marie m’avait assénée un matin du mois d’août 2016,
assise sur mon lit dans l’appartement d’Hebei Road résonne, encore dans mon crâne.

Je pensais être passé à autre chose ...

Il y a visiblement encore quelques séquelles ...
Cela dit, autant se servir de cette mésaventure et essayer d’être le moins désagréable possible.

Peu après midi, les quatre amis débarquent.

Ils ont, comme prévu, acheté de quoi grignoter au marché des Halles.

Avec les restes de la veille, ça sera parfait.
Premier fou rire (derrière lequel je soupçonne une orchestration de Mike),
Wan Chu ouvre triomphalement la porte en criant :
« I love zézettes »
Nous voilà beaux.

Alors les zézettes, comme les coucougnettes, sont des spécialités culinaires locales.

Ils en avaient ramené du marché.

J’ai tout de suite alerté la taïwanaise du fait qu’elle ne pouvait, en aucun cas,
mais vraiment aucun, crier ce genre de choses.

Jamais.

À personne.
Et je lui ai expliqué pourquoi.
Ce qui l’a bien fait rire.

Le déjeuner est aussi convivial que dîner de la veille mais beaucoup moins alcoolisé ...
Les discussions vont tous azimuts.
Tout le monde (ou presque ...) est détendu.
Pendant que le café se prépare, Wan Chu demande à Sylvain de lui montrer sur une carte,
les endroits par lesquels elle est passée.
La jeune femme aime bien savoir où elle est.


Après le café, alors que la pluie s’invite dans ce port tellement beau quand il y a du soleil,
nous nous mettons au boulot.

C’est peut-être mieux comme ça.

On a moins de regret de travailler avec un temps pareil.

Mais ça sera bien que ça s’arrête avant ce soir ...

Pendant que Sylvain et moi vérifions à nouveau les vidéos, et le matériel qui va servir à les projeter,
l’équipe teste les solos et duos dans l’espace.
Je fais de même pour le thé avec Anaïs,
et nous transformons les danses d’ensemble de début et de fin,
laissant Mike grommeler son texte en faisant les cent pas.
J’organise les entrées et les sorties
(on n’a qu’une seule entrée et aucune coulisse,
il faut donc trouver des endroits où on se posera pour regarder les autres danser).

Ma foi, tout me parait jouable.

Je suis stressé comme jamais
(en fait non, comme souvent)
Pour la danse, j’arrive à me rassurer en me disant que l’on aura un public néophyte.

Il sera sûrement moins exigeant que moi
(du moins je l’espère)
Pour la vidéo, je ne trouve rien.

Rien qui puisse me dire que tout va bien se passer,
que la technologie moderne qui nous permet de ne pas avoir un vidéo projecteur dans les pattes à l’avant-scène
sans qu’il y ait d’ombres sur le grand mur de projection,
ne nous lâchera pas.
Même le classique « on verra bien » ne marche pas.

Je flippe.

Peut-être plus que jamais finalement.

Pendant que nous nous affairons, les premiers visiteurs arrivent.
En fait, l’inauguration du lieu a officiellement commencé hier et se déroule tout le week-end.

Outre notre soirée, il y a une exposition collective de plasticiens dont des œuvres de Sylvain.
(vous pouvez d’ailleurs aller jeter un oeil à son site ici)
Nous faisons un premier filage « marqué »
c’est à dire avec un minimum d’énergie et à une amplitude qui n’engage pas trop les corps,
sous le regard étonné de ceux qui étaient venus initialement voir des oeuvres d’art plastique.


18h,
on range tout ce qui doit être rangé.

La grande table où l’on a passé nos joyeux repas, les chaises
(en essayant de ne pas trop en mettre pour qu’on ait de la place ... tout en prévoyant d’en rajouter au cas où).
Sylvain lance la compilation des vidéos de mes différents travaux
pendant que nous faisons, enfin, une vraie barre.

Nous sommes dans les derniers étirements quand la première personne qui constituera notre public, arrive.

On continue à travailler.

C’est ce qui était prévu.
Si ça se trouve, il était 18h52 ...

19h15,
costumes,
raccord maquillage,
et le « merde » à tous en coulisses
pendant que la compilation vidéo continue de tourner en boucle une dernière fois.

19h30,
Sylvain inaugure son lieu et la soirée.
Je crois percevoir un peu de trac dans sa voix.

Je cours moins seul tout à coup.

Je quitte mes collègues que le trac a aussi envahi, pour aller, à mon tour, me présenter au public.

Je raconte comment j’ai atterri à Taïwan,
mon envie d’y revenir,
les premières propositions artistiques (dont certaines ont été projetées dans la demi-heure précédente),
et les trois créations avec la Wei Dance Company,
« La Septième Nuit de la Septième Lune »,
« In Wei »
et donc les « Chroniques formosanes ».
Quand je dis le titre de la pièce, je prends pleinement conscience que là,
l’aventure entre dans un autre chapitre, celui de la rencontre avec le public.
Ce qui, depuis dix-huit mois, avait occupé une partie conséquente de ma vie était réel, concret.
(oui, entre temps, j'ai fait le compte)

Il fallait maintenant passer au partage.

Et accepter tout ce que ce partage implique ...

Mike prend le relais.

Il commence la première histoire.
Je suis resté dans la salle,
et heureusement, car à la phrase à laquelle la vidéo doit se déclencher,
il ne se passe rien.

Angoisse.
On retient son souffle.
On espère que ça va démarrer sans que nous intervenions.

Et puis on lâche prise.

Sylvain explique qu’on essuie les plâtres et que la technique pêche encore un peu.
Le vidéo projecteur s’était mis en veille,
Il le relance.

Je tremble encore un peu quand je le vois naviguer dans les menus en mandarin de la machine.

J’espère qu’il se souvient de tout ce qu’à traduit Cheng Wei.
La machine est décidée à nous accompagner dans l'aventure.
Ouf !
Mike reprend son histoire.

Cela ne gêne pas trop le déroulement de cette première séquence.

J’avais choisi un moment clé de la chronique pour que la première image apparaisse.

Une sorte de début de chapitre.
On reprend donc après une courte pause technique.
Tout est sous contrôle.

« À la fin du selfie du matin », Cheng Wei fait un vrai selfie.
Je sens que nous allons avoir une jolie collection.


Cette version fonctionne plutôt bien finalement.
Une solution intéressante dans des espaces atypiques.
À garder dans un coin de la tête pour plus tard ...
Peut-être.

Il y a eu un autre cafouillage technique juste avant que je ne parle de la pluie.
Mauvaise vidéo, et lancement quelque peu précipité.
(à propos de pluie, hélas, elle n'a pas arrêté de la journée ce qui a dû dissuader certains sétois de nous rejoindre)
En dehors de cet autre petit accrochage, j’ai pu respirer correctement le reste de la soirée.

Quant à mes amis au plateau, ils ont été ... comme je l’espérais.

Nous avions pu installer de quoi filmer dans certains points de la salle.
Sylvain depuis le comptoir, moi côté jardin.
Je vous ai fait un condensé de la bonne heure de chroniques que l'on a partagé ce soir là
devant un public un peu clairsemé mais attentif.


Vous avez pu remarqué que nous avons sacrifié sur l'autel de l'esthétisme la survie de nos voutes plantaires.
Le béton lissé du lieu était vraiment trop astringent pour que nos pieds en sortent indemnes.


Nous finissons ce premier partage sous des applaudissements fournis
et nous continuons cette découverte partagée de l'Ilha Formosa par une rencontre informelle
autour d’un verre ou deux.
Je parle de Taïwan, de photo, d’écriture ... mais peu de danse.
Tout le monde a l'air détendu et souriant.

Je crois reconnaître dans les yeux de certaines personnes restées au fond de la salle,
les étincelles que j’avais aperçues dans le visiteur de l’exposition de « ma collection particulière »
et mes compagnons d’aventure ont eu l’air heureux.

Que demander de plus ?

Je suis content d’inaugurer ce lieu.

Il a l’air de compter beaucoup pour Sylvain.

Et Sylvain compte beaucoup pour moi.


Une fois que tout le monde est parti.

Nous avons forcément fait un selfie.

(maintenant que Cheng Wei est équipé, autant en profiter !)
Et sans trop tarder (mais un peu quand même), nous sommes rentrés vers l’est,
en quittant Sylvain à regrets.

Mais on se voyait dans dix jours.

Il ne sera pas là pour Martigues et Gardanne,
mais pour la semaine aux Chartreux,
où on sera à nouveau tous ensemble.


Il y a eu un faux départ.

J’ai oublié ma tablette.

J’oublie souvent des affaires dans les endroits où je me sens chez moi.
Malheureusement, nous étions déjà en route.
Une heure de voiture en plus, une heure de sommeil en moins.

La route a été rude.

Surtout à partir de Montpellier.

La pluie ne me laissait aucun répit,
et mes amis dormaient.

Enfin, certains tentaient de le faire
(à moins qu’ils n’aient été en train de lutter contre le sommeil pour me tenir compagnie)
d’autres s’étaient plongés dans les bras de Morphée avec grand succès.

Je me suis toujours demandé comment Cheng Wei faisait pour s’endormir aussi vite,
et roupiller aussi profondément, quel que soit l’endroit !
De ce point de vue-là, ça n’est pas mon petit frère ..
.
Heureusement pour lui !

J’ai déposé Anaïs à Aix,
Mike a gentiment proposé de rester avec moi jusqu’au bout,
alors nous avons ramené les taïwanais ensemble jusqu’à Allauch 
avant que je ne le dépose chez lui
dans une Marseille délavée par la pluie.

Il est plus de 2h du matin quand j’arrive chez moi.
J’ai un peu de mal à m’endormir.

Trop de fatigue, trop de stress sur la route.

Je me dis que peut-être nous aurions dû dormir là-bas et rentrer le lendemain matin.

On serait allé directement à Martigues.

Une vraie tournée quoi !
On ne le saura jamais.

De toute manière, demain matin, tout le monde se repose.

Sauf Fred, Anne et Joseph, qui vont pouvoir finir de tout régler sans avoir des artistes dans leurs pattes.

Sacrée journée encore !
Sacrés souvenirs pour tous je crois.

J’espère.

De tout cœur.

Sète, c’était vraiment bien.

Voyons voir Martigues maintenant.





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