30/07/18 - Taiwan été 2018 - Jour 3 - Prendre à nouveau ses marques
premier parcours,
premières courses
et carte virtuelle
5h20,
la nuit a été grise.
Et je me réveille avec la main aussi proche de la télécommande du climatiseur qu'elle ne l'a été pendant ce sommeil en pontillés.
Trop froid, trop chaud, je n’ai pas encore trouvé le bon réglage.
Je me réveille en sursaut d’un rêve bizarre où je faisais la bise à un homme qui était censé être mon père.
Le cerveau parfois ...
Comme la veille, je me rue sur le balcon pour admirer la vue.
Même ciel bleu mais avec une lune encore présente.
Histoire de me rappeler qu’ici, si on ne s’était pas plié à la règle occidentale, ça serait encore à partir de ses apparitions que l’on compterait le temps.
Préparation du Pu Er.
Je réduis en poudre la petite tablette de thé séché pendant que l’eau chauffe dans la bouilloire.
En attendant la température idéale, je mets la radio.
France Inter, il est minuit.
Le premier du séjour.
Pour ce voyage, et ce pour la première fois, j’ai emmené un gong fu cha.
Celui dont je me servirai pour le spectacle.
Il n’a pas pris tant de place que ça finalement.
Peut-être deviendra t-il un nouvel accessoire de voyage ?
Le thé est prêt.
J’y trempe des Oréo au chocolat.
Les premiers du séjour aussi.
Ces biscuits sont bien trop sucrés pour être honnêtes
.
C’est d’ailleurs pour ça, je n’en achète jamais en France.
Mais pour une raison qui m’échappe encore, ici, ça passe.
Je petit déjeune en écoutant la radio et en conversant avec les noctambules de l’autre côté du monde.
C’est toujours aussi fascinant de sentir encore en cours de réveil,
en avance sur des amis encore remplis de l’énergie de la journée que l'on a déjà finie.
Jeanne Moreau chante « India Song ».
J’arrête la radio sur les dernières notes de ce monument de la chanson française.
Le silence après Jeanne Moreau, c’est encore Jeanne Moreau.
Je sors mon carnet et écrit comment se sont passés ces derniers jours.
Il est un peu plus de 7h.
Mon dos et ses douleurs se rappellent à mon bon souvenir mais je ne m’inquiète pas :
comme la fièvre de la veille (dont je n'ai même pas jugé bon de vous parler), je sais que je somatise.
Je ne serai donc jamais vraiment serein dans mes premiers jours ici.
Même si cette fois-ci, c'est moins pire que d'habitude.
Cela dit aujourd’hui, j'ai une bonne excuse : je donne mon premier cours.
Le premier de ma courte saison taïwanaise.
D’ailleurs, il faudrait que je m’organise.
Le cours est à 13h, dans le petit studio au cinquième étage chez Hsu Lin.
(que je prononce comme Su Ling, et ça n’est pas du tout comme ça qu’il faut le faire, mais je n’ai toujours pas compris la différence)
Je ne sais plus à quelle heure passe le bus.
Je regarderai.
Pour le reste, il me faut juste un short, un tee-shirt et ma tablette.
Je peux me permettre de regarder le temps passer.
C’est quand même pratique ces instruments modernes.
Écriture.
Assis dans mon lit, je lutte un peu contre le sommeil mais je veux finir de consigner tout ce qui s’est passé depuis mon arrivée tant que la mémoire est encore fraîche et que je n’ai pas trop de retard.
Vers 11h, je capitule.
Je n’ai plus trop de temps mais ça sera toujours ça de pris :
je ferme les yeux après avoir demandé à la sonnerie radar de me prévenir quand il sera midi.
Midi,
première sonnerie au réveil de ce séjour.
Ça n’arrive pas si tôt d’habitude..
(Si tôt dans le séjour, je sais bien que midi ça n’est pas ...)
Je passe sous la douche, mets dans le sac un tee-shirt, un short, ma tablette,
et j’y ajoute la petite serviette au format « japonais » qui va me permettre de m’éponger quand ça va trop déborder.
Comment m’habiller ?
Quel (autre) short ? Quel (autre) tee-shirt ?
Où va se loger la carte de transports pour qu’elle soit accessible mais que je ne la perde pas ?
(j’en ai des questions existentielles n’est-ce pas ?)
Ce sera le grand short kaki au format touriste multipoches.
Je suis sûr que tout y trouvera une place.
Je regarde les horaires de bus, ligne 205, il y en a toutes les dix minutes.
Parfait.
12h20,
je ferme la première porte.
Ah ! J’ai besoin de musique.
Je ressors la tablette du sac, le temps de décider de ce que je vais écouter.
Je peux la garder à la main pendant que je vais sur le palier, ça n’est pas si lourd.
Quelques pas pour faire mon choix.
Ce sera Michael Nyman pour commencer.
Sa première boucle se lance quand je passe dans la deuxième porte.
Ce casque est vraiment pourri.
Vivement le prochain !
Demain pour sûr.
(je pourrais tricher en l’ouvrant dès ce soir, mais j’ai promis)
J’appelle l’ascenseur.
Tiens ! j’ai un peu de temps « libre » pendant que la machine arrive, et aussi dans la descente des étages.
À partir de demain, je m’en servirai pour choisir la musique de mon parcours.
Ça sera toujours ça de gagné sur mes matinées ...
Au rez-de-chaussée je salue le gardien, descends les quelques marches et tourne à droite sur Zhongshan 1st Road.
Je longe la grande avenue en restant sous les alcôves, regardant les gens qui attendent le bus,
les jeunes, en vacances, qui traînent dans les magasins.
Premier passage sous le soleil au niveau du pont d’Hebei Road ...
Souvenirs.
Je vois au loin le petit bâtiment où j’étais il y a deux ans.
Mon cœur est encore serré en pensant à tout ce qui s’y est passé ...
Je replonge sous l’alcôve suivante croisant d’autres gens plus pressés.
C’est l’heure du déjeuner.
Il y a ceux qui vont au Seven Eleven s’acheter de quoi manger,
ceux qui préfèrent ce snack où ils peuvent se procurer une « lunch box » .
Il m’arrive de faire quand j’ai faim aux bonnes heures.
Me voilà au premier feu : Bade Road.
À gauche, il y a tous les vendeurs de matériel électronique.
En attendant de pouvoir traverser, je regarde les voitures, rythmées par les vitesses des boites automatiques,
les taxis, les scooters, avec les conducteurs - mais surtout les conductrices - qui, pour se protéger du soleil, sont couverts comme si on était en automne à Marseille.
Une autre alcôve,
un passage forcé sous le soleil à cause de l’échafaudage de ce bâtiment en rénovation,
Cisian Road,
je tourne à droite en jetant un coup d’œil par dessus mon épaule, au cas où le bus serait en train d’arriver.
Ça serait dommage de le rater.
La dernière alcôve
(c’est quand même bien pratique ces parcours abrités).
Je longe le supermarché
(où il faudra d’ailleurs que j’aille assez vite ...
et il faut que j’arrête avec ces digr ... enfin bref vous savez),
après la ruelle, il y a le restaurant à barbecues coréens,
l’arrêt est là.
Je profite du temps d’attente pour changer de musique.
Le Françoise Hardy du voyage.
12h30, le bus arrive.
C’est un nouveau véhicule.
Plus petit et électrique.
On dirait un jouet tout droit sorti d’un manga.
Il est plein de lycéens.
Parfait.
Comme la plupart d’entre eux descendront à la station de métro, ce sera pour moi le moment de me tenir prêt,
vu que je descends à l’arrêt suivant.
Alors peut-être que vous vous demandez pourquoi il y a tant de lycéens puisque je vous ai dit il y a une poignée de secondes que c’était les vacances ?
Et bien tous ces jeunes sortent ... de leurs cours d’été.
Oui, les vacances ici, ça n’est pas tout à fait la même chose …
La station de métro arrive,
le bus se vide,
et … raté.
Je manque presque l’arrêt.
J’ai bien vu tous les jeunes descendre mais avec Françoise Hardy et mon cerveau perché, j’étais bien ailleurs.
Heureusement, un petit vieux avait appuyé sur le bouton.
Il va surement à l’hôpital, juste en face du studio.
Il faudra vraiment que je sois encore plus vigilant les prochains jours si j’ai de la musique entre les oreilles.
Je traverse la contre-allée et me plonge sous ... l’alcôve.
Et ça tombe bien car je suis déjà en sueur.
Maintenant, retrouver la bonne entrée.
Mon repère, c’est le centre de cours de langues.
La première fois que je suis venu, le gardien de l’immeuble m’avait envoyé là-bas, pensant que j’étais un prof d’anglais.
Il avait fallu que j’esquisse quelques pas de danse pour qu’il comprenne ce que j’étais venu faire et qu’il me laisse prendre le chemin de l’ascenseur.
Voilà.
Les grandes baies vitrées avec les publicités en anglais,
juste à côté, je reconnais l’entrée en fausses briques grises.
Je monte les quelques marches et salue le gardien.
Ça n’est pas le même que les autres fois.
Mais c’est vrai que d’habitude, j’ai cours le soir.
Je montre de la main le chiffre six au cerbère souriant et enchaîne avec une couronne de danse classique.
La couronne c’est international.
Enfin je crois ...
En tous cas, il a compris et me laisse passer.
12h50,
je suis au cinquième étage.
Je range mes sandales dans le petit meuble de l’entrée et je fais coulisser la grande porte en bois.
Dans le sas, derrière l’autre porte vitrée, je vois les élèves.
Ils sont déjà presque tous là.
Je prends mon élan, fais coulisser l’autre porte et lance un :
« Hello everybody ! »
Pas de réponse ... mais des sourires ...
Je reconnais certains visages que j’avais croisés l’année dernière.
Il va falloir briser la glace.
D’abord, mettre un peu de musique.
Je branche ma tablette et met un peu de chanson ... française.
Zazie.
Totem.
Ça ira très bien.
La chanteuse y énonce des parties du corps en français.
Parfait pour commencer l’apprentissage.
Je pars me changer.
Il y a sept danseuses dans ce cours.
Une grande amplitude dans les âges, et aussi dans les niveaux.
Il va falloir faire un cours à plusieurs vitesses.
Pour aujourd’hui, je déroule le contenu d’un échauffement de niveau presque intermédiaire
pour voir où en sont celles que je connais dans tout ce que nous avons déjà traversé,
et comment je vais pouvoir raccrocher les nouvelles aux wagons du train lancé les années précédentes.
Pas trop de corrections, mon objectif premier est de « désintimider » tout le monde et d’emmener le groupe dans la même direction.
Je finis le cours avec une variation de la variation faite en juin sur la musique de Cijin.
(non, ça n’est pas une erreur de frappe, je me suis bien relu, c'est bien une variation de la variation.
Je vous explique : en fin de cours on fait une variation.
On dit aussi enchaînement voire même « choré » sauf que pour moi une chorégraphie ça n’est pas ça.
Et la variation que j’ai fait aujourd’hui est inspirée de celle que j’ai déjà transmis cette fin de cours en juin en France ... mais là vu, le niveau hétérogène et - il faut bien l’avouer - ma mémoire défaillante, j’ai dû transformer les choses.
J’ai donc bien fait une variation … de la variation.
Vous n’avez rien compris ? Disons que j’avais fait un truc en juin, et que là, j’ai fait un truc qui y ressemble)
15h10,
je les remercie et ils font de même.
Après m’être changé, je discute un peu avec Hsu Ling et la plus âgée des stagiaires.
Une jeune fille à la voix haut perchée qui n’a pas du tout l’âge de son physique.
Elle a vingt ans et poursuit des études dentaires à Shanghai.
C’est une ancienne élève du studio, en vacances quelques semaines dans sa famille.
Son nom anglais est Marie (écrit à la française !).
Elle est très curieuse (limite indiscrète) par rapport aux gens que j’ai croisés ici jusque là.
L’influence de sa vie chinoise peut-être.
Je subis donc un questionnaire complet où figurent les classiques « d’où vient votre famille ? » et « comment vous faites pour maintenir mes cheveux en l’air ? ».
(qui d’ailleurs, ne me sont en général demandées qu'en fin de stage ... et encore, pour les plus téméraires !)
Pendant que nous discutons, un groupe d’élèves dont certains stagiaires, répètent une chorégraphie où je crois reconnaître la pâte de Cheng Wei, d’autant que la musique est de Ludovico Enaudi, romantico-sirupeux à souhait, et qu’il adore ça.
Je lui demanderai.
15h30,
Je suis à l’arrêt de bus.
(Non, il n’y a pas d’alcôves, juste un tout petit arrêt où attendent déjà deux ou trois personnes âgées)
Le premier qui arrive est de la ligne 33.
‘connais pas ... il faudra que je regarde sur le site par où il passe.
Pour aujourd’hui, on va jouer la sécurité et attendre le 205.
Il arrive quelques minutes plus tard.
Cette fois-ci, c’est un ancien bus,
et il y fait presque froid tellement le chauffeur a poussé la climatisation.
Je m’installe sur un des sièges du fond
, un peu en hauteur.
Arrivé à Zhongshan Road, je prends juste le temps de vider mon sac et je repars au supermarché.
Il faut que je le fasse maintenant.
Si je me couche, je ne me relève plus avant ...
Bravant la fatigue, je parcours les alcôves comme quelques heures plus tôt.
J’achète des fruits, quelques légumes, d’autres biscuits, et quelques pots de glace dont je me fais un festin dès que je suis rentré.
Après une douche salutaire, je confectionne ma carte virtuelle d’anniversaire, à partir de la série de photos prises sur le balcon la veille.
Pendant que je bidouille une chose potable sur Photoshop, j’ai un message de Cheng Wei.
Je ne le verrai pas aujourd’hui mais demain il me récupère à 16h après mon cours.
Il n’en dit pas plus.
Je pense qu’il a déjà tout un programme.
J’aime ça.
Une fois finie la carte que je posterai tout à l’heure à minuit, je m’allonge sur le lit et ne tente aucune autre activité.
Je sais que je vais vite m’endormir …
et je ne me trompe pas.
J’ouvre à nouveau un œil quand le ciel commence à rosir, et je le referme aussitôt.
Il est trop tard pour aller voir quoi que ce soit de toute façon.
Je me réveille pour de bon quand il fait nuit noire.
Les premiers soirs se suivent et se ressemblent ...
Il ne me reste plus qu’à attendre minuit pour poster ma carte.
Voilà, ça n’est pas léger léger mais bon l’an dernier j’avais écrit un long texte (qui est ici) vu que je changeais de décade alors cette année je peux me permettre.
Et puis en bon marseillais, comment échapper au 51 ?
Minuit,
ce cher Sylvain est coiffé au poteau par Yi-Ching, danseuse de la compagnie Dancecology de Taipei
(vous ne vous souvenez plus ce que c’est ? Je vous en reparle bientôt).
Mais il est le premier français, et ça me fait plaisir.
Je publie ma carte
et retourne me coucher.
Demain, j'ai donc 51 ans.



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