19-20/07/2017 - en route, ou presque
Les rituels de départ,
au milieu de belles nouvelles
et du stress désormais habituel ...
mais s'y habitue t-on jamais un jour ?
Jeudi 20 juillet,
18h30.
Me voilà à bord du Boeing 747-400 Combi mixed au siège numéro 1A.
Là-bas, tout devant, en business class ...
Grande découverte pour moi que ce milieu feutré auquel j'ai eu droit pour une raison qui m'est encore inconnue :
alors que je m'enregistrais mercredi matin, KLM m'a offert (enfin presque, disons qu'il fallait que je rajoute 200 euros) une place dans le carré des nantis.
Comme mon anniversaire approche, ma mère m'a fait ce bien joli cadeau.
Me voilà donc convié à passer la majeure partie de mon temps de vol dans un confort nouveau.
Car la business class, c'est vraiment autre chose.
D'abord, au sol, on n'attend pas.
À l'enregistrement, on va au guichet Sky priority, et ça va super vite.
Enfin ça, c'est si on le sait ...
Parce que moi à Marseille Provence, j'ai fait la queue comme d'habitude et c'est l'hôtesse au sol qui m'a dit
À Amsterdam, du coup, là, j'ai osé.
Timidement ...
J'ai tendu mon billet,
la dame m'a souri en me disant « welcome on board »
et je suis monté tout penaud dans l'avion où tout le monde de ce côté-ci de l'appareil était déjà installé.
J'y ai, comme vous pouvez peut-être l'imaginer, fait office de mutant.
Je m'étais déjà rendu compte de mon excentricité dans l'autre avantage, au sol :
le « Lounge » à Schiphol.
Le joli nom de l'aéroport d'Amsterdam,
qui se prononce srip-hol, et le rend encore moins sexy que dans sa version française.
J'y ai patienté dans des fauteuils bien confortables, le temps que l'avion soit prêt,
en buvant d'abord un café accompagné de biscuits KLM,
avant de passer au Mâcon villages quand on nous a annoncés une petite heure de retard.
Attendre dans ces conditions, c'est tout de suite moins désagréable ...
Dans ces salons feutrés, peu de gens en shorts et en tee-shirts,
un coin fumeur,
des tasses et des verres qui traînent partout,
orphelines de leurs propriétaires partis pour un ailleurs en laissant tout en place,
alors qu'ici aussi, il faut quand même ramener sa vaisselle à un endroit dédié,
(mais visiblement c'est encore trop demander à une population à qui on vient d'offrir à manger et à boire sur un plateau).
Je suis donc au siège 1A,
j'ai installé mon sac vert au pied des vestes de costumes de mes compagnons de vol dans la jolie armoire à l'avant de l'avion,
et faisant connaissance avec cet immense fauteuil qui va m'accueillir dans les prochaines heures,
j'entends la voix d'une hôtesse me demander si je veux boire quelque chose.
Je suis déjà sous le coup d'un Mâcon villages mais j'enchaîne avec la légendaire coupe de champagne.
À ma gauche, trois hublots,
à ma droite, à presque deux mètres de mon accoudoir, deux voyageurs, polis et plutôt souriants,
et juste au dessus ... la cabine de pilotage.
Je ne suis pas vraiment à l'aise dans cet environnement feutré.
Je touche (aussi discrètement que possible) à tous les boutons qui modifient l'inclinaison de toutes les parties du fauteuil.
Je m'attends à tout moment à basculer comme le héros d'un épisode de Mr. Bean ...
je bataille un peu pour sortir la tablette
qui d'habitude est là, sous mes yeux, et qu'on me demande de relever pour le décollage et l'atterrissage.
Je me résous même à demander à l'hôtesse où se trouve la prise pour le casque parce que là, je ne vois pas ...
Et pour cause, elle est ... derrière moi du côté de l'appuie-tête.
« vous voulez que je le branche ? »
Là, je sens que le « laissez, je vais le faire moi-même !", n'est pas de bon aloi.
Je réponds par l'affirmative, me sentant tout empoté.
Elle s'exécute avec le sourire.
Je n'en reviens pas.
Un petit,
je resterai tout petit toute ma vie décidément.
Bon,
il serait temps d'apprécier la situation.
D'habitude, je m'assomme avec le gin tonic de l'apéritif,
et après le repas arrosé avec le quart de vin de coopérative (et pas la meilleure),
je m'écroule devant un film que je choisis volontairement soporifique,
gardant un second choix plus intéressant pour l'insomnie de milieu de vol.
Là, je sens que ça va être autre chose.
J'ai envie d'apprécier la vue,
et d'écrire ... ce que vous lisez maintenant.
Je consigne donc mes impressions immédiates avant de remonter dans le temps.
À mercredi soir 21h.
J'attaquais les préparatifs entre deux bien jolis rendez-vous de travail qui ont tous les débouché sur des choses aussi belles que les kimonos du mois dernier, mais dans des directions bien différentes.
D'abord, en parallèle des Chroniques Formosanes, je vais travailler en tant que chorégraphe sur un projet théâtral autour d'Arthur Rimbaud.
Un projet imaginé par Marie-Christine Alleman, amie de longue date, qui nous avait accueillis pour "ce qui nous sommes" à l'Atelier des Arts de Sainte-Marguerite à Marseille.
Cela fait longtemps que nous voulions travailler ensemble, elle a trouvé la bonne raison.
C'est lors du déjeuner d'hier midi que nous avions posé les bases de cette aventure qui nous mènerait à un spectacle en juin prochain, juste après les Chroniques ...
La suite de ce mardi, j'avais commencé à préparer mollement mes affaires, la boule au ventre.
Celle qui précède tous ces départs,
mais aussi parce que le lendemain (donc le mercredi, vous suivez ?)
j'avais un autre rendez-vous qui a débouché sur une semaine de résidence pour « Chroniques formosanes »
au Site Picasso, conservatoire de Martigues, dans lequel il y a un magnifique auditorium.
C'est tout auréolé de ces petits bonheurs, que mercredi soir,
je me suis finalement décidé à remplir mon grand sac noir de ce qui m'accompagnerait
pour ce septième été taïwanais.
Ayant poussé la procrastination au delà de (quasiment) toute limite,
j'avais tout tenté en terme d'explication du non attaquage de la chose avant de me résoudre au remplissage.
Après une bonne heure à buller sur le sofa, les pieds appuyés sur le chambranle de la fenêtre,
pensant aux amis, aux anciens, aux nouveaux, à ceux qui ne me parlent plus,
je me suis dit que, là, je n'avais plus le choix.
Alors pour être sûr de ne plus être tenté, j'ai mis mon gros sac noir .... sur le sofa.
C'est que faire mes affaires me mettait concrètement dans l'action de partir.
et me replongeait forcément dans mes doutes,
ceux que je retrouve à chaque départ là-bas
s'amalgamant consciencieusement à mes atermoiements des semaines précédentes.
En résumé, remplir mon sac s'est assorti de pensées du style :
« bon, il va falloir se replonger dans ces signes cabalistiques qu'on appelle le mandarin,
switcher le plus vite possible dans l'utilisation de l'anglais,
et un anglais à la chinoise ! »
« mais pourquoi je m'inflige tout ce stress ?
si ça se trouve, ils vont tous être occupés et je vais me faire chier pendant deux mois »
« et si c'était la dernière fois ? »
Alors que le message laconique mais ô combien efficace de Cheng Wei :
« I have found you 14 classes »
était plutôt réconfortant mais quand même ...
Il y a eu aussi la classique :
« je n'ai rien oublié ? »
Parce que forcément j'étais en train de ne pas mettre quelque chose dont j'avais besoin dans le sac.
Et je voulais forcément que ça n'arrive pas
alors que forcément - et comme à chaque fois - ça allait arriver
malgré la magnifique liste que je m'étais concocté dans l'après-midi
(sur le même sofa, quelques heures plus tôt les pieds au même endroit).
Avec le temps, j'ai quand même pris l'habitude de ne plus emporter trop de fringues, notamment grâce au leitmotiv« il y a des machines à laver partout » et au souvenir de mes collègues taïwanais réorganisant leurs valises devant le guichet d'enregistrement pour cause de dépassement de poids.
Il y a quand même une ou deux choses que je vois passer dont je me dis qu'elles resteront dans le sac pendant tout le séjour (ce tee-shirt bien trop moulant par exemple) mais je n'y peux rien, c'est plus fort que moi.
Tout en regardant, la rediffusion d'un épisode du feuilleton « Boulevard du Palais » sur France 2, je finis donc de concocter les vingt kilos de ma vie que j'emporterais avec moi.
Il reste ensuite à organiser l'autre sac,
le vert,
celui de l'armée,
qui n'a plus d'âge, mais dont je ne me peux pas me séparer.
Dans celui-là, qui part en cabine avec moi, il y a les fondamentaux:
le livre sur le voyage que m'a offert Sylvain,
celui d'Agnès,
le pull bleu qui me sert, entre autre, de coussin dans l'avion,
l'écharpe corse de Dominique,
les carnets,
les stylos,
les disques durs,
et une foultitude de petites choses qui me rappellent les gens que j'aime.
Tout ça m'a emmené à la fin du feuilleton où après un passage éclair sur le net
et une extinction de l'ordinateur de la maison pour les deux mois à venir,
j'ai attaquer ma courte nuit.
Réveil prévu à 5h20.
au milieu de belles nouvelles
et du stress désormais habituel ...
mais s'y habitue t-on jamais un jour ?
18h30.
Me voilà à bord du Boeing 747-400 Combi mixed au siège numéro 1A.
Là-bas, tout devant, en business class ...
Grande découverte pour moi que ce milieu feutré auquel j'ai eu droit pour une raison qui m'est encore inconnue :
alors que je m'enregistrais mercredi matin, KLM m'a offert (enfin presque, disons qu'il fallait que je rajoute 200 euros) une place dans le carré des nantis.
Comme mon anniversaire approche, ma mère m'a fait ce bien joli cadeau.
Me voilà donc convié à passer la majeure partie de mon temps de vol dans un confort nouveau.
Car la business class, c'est vraiment autre chose.
D'abord, au sol, on n'attend pas.
À l'enregistrement, on va au guichet Sky priority, et ça va super vite.
Enfin ça, c'est si on le sait ...
Parce que moi à Marseille Provence, j'ai fait la queue comme d'habitude et c'est l'hôtesse au sol qui m'a dit
« mais qu'est-ce que vous faites là ? »
Mais ça j'y reviendrai plus tard.À Amsterdam, du coup, là, j'ai osé.
Timidement ...
J'ai tendu mon billet,
la dame m'a souri en me disant « welcome on board »
et je suis monté tout penaud dans l'avion où tout le monde de ce côté-ci de l'appareil était déjà installé.
J'y ai, comme vous pouvez peut-être l'imaginer, fait office de mutant.
Je m'étais déjà rendu compte de mon excentricité dans l'autre avantage, au sol :
le « Lounge » à Schiphol.
Le joli nom de l'aéroport d'Amsterdam,
qui se prononce srip-hol, et le rend encore moins sexy que dans sa version française.
J'y ai patienté dans des fauteuils bien confortables, le temps que l'avion soit prêt,
en buvant d'abord un café accompagné de biscuits KLM,
avant de passer au Mâcon villages quand on nous a annoncés une petite heure de retard.
Attendre dans ces conditions, c'est tout de suite moins désagréable ...
Dans ces salons feutrés, peu de gens en shorts et en tee-shirts,
un coin fumeur,
des tasses et des verres qui traînent partout,
orphelines de leurs propriétaires partis pour un ailleurs en laissant tout en place,
alors qu'ici aussi, il faut quand même ramener sa vaisselle à un endroit dédié,
(mais visiblement c'est encore trop demander à une population à qui on vient d'offrir à manger et à boire sur un plateau).
Je suis donc au siège 1A,
j'ai installé mon sac vert au pied des vestes de costumes de mes compagnons de vol dans la jolie armoire à l'avant de l'avion,
et faisant connaissance avec cet immense fauteuil qui va m'accueillir dans les prochaines heures,
j'entends la voix d'une hôtesse me demander si je veux boire quelque chose.
Je suis déjà sous le coup d'un Mâcon villages mais j'enchaîne avec la légendaire coupe de champagne.
À ma gauche, trois hublots,
à ma droite, à presque deux mètres de mon accoudoir, deux voyageurs, polis et plutôt souriants,
et juste au dessus ... la cabine de pilotage.
Je ne suis pas vraiment à l'aise dans cet environnement feutré.
Je touche (aussi discrètement que possible) à tous les boutons qui modifient l'inclinaison de toutes les parties du fauteuil.
Je m'attends à tout moment à basculer comme le héros d'un épisode de Mr. Bean ...
je bataille un peu pour sortir la tablette
qui d'habitude est là, sous mes yeux, et qu'on me demande de relever pour le décollage et l'atterrissage.
Je me résous même à demander à l'hôtesse où se trouve la prise pour le casque parce que là, je ne vois pas ...
Et pour cause, elle est ... derrière moi du côté de l'appuie-tête.
« vous voulez que je le branche ? »
Là, je sens que le « laissez, je vais le faire moi-même !", n'est pas de bon aloi.
Je réponds par l'affirmative, me sentant tout empoté.
Elle s'exécute avec le sourire.
Je n'en reviens pas.
Un petit,
je resterai tout petit toute ma vie décidément.
Bon,
il serait temps d'apprécier la situation.
D'habitude, je m'assomme avec le gin tonic de l'apéritif,
et après le repas arrosé avec le quart de vin de coopérative (et pas la meilleure),
je m'écroule devant un film que je choisis volontairement soporifique,
gardant un second choix plus intéressant pour l'insomnie de milieu de vol.
Là, je sens que ça va être autre chose.
J'ai envie d'apprécier la vue,
et d'écrire ... ce que vous lisez maintenant.
Je consigne donc mes impressions immédiates avant de remonter dans le temps.
À mercredi soir 21h.
J'attaquais les préparatifs entre deux bien jolis rendez-vous de travail qui ont tous les débouché sur des choses aussi belles que les kimonos du mois dernier, mais dans des directions bien différentes.
D'abord, en parallèle des Chroniques Formosanes, je vais travailler en tant que chorégraphe sur un projet théâtral autour d'Arthur Rimbaud.
Un projet imaginé par Marie-Christine Alleman, amie de longue date, qui nous avait accueillis pour "ce qui nous sommes" à l'Atelier des Arts de Sainte-Marguerite à Marseille.
Cela fait longtemps que nous voulions travailler ensemble, elle a trouvé la bonne raison.
C'est lors du déjeuner d'hier midi que nous avions posé les bases de cette aventure qui nous mènerait à un spectacle en juin prochain, juste après les Chroniques ...
La suite de ce mardi, j'avais commencé à préparer mollement mes affaires, la boule au ventre.
Celle qui précède tous ces départs,
mais aussi parce que le lendemain (donc le mercredi, vous suivez ?)
j'avais un autre rendez-vous qui a débouché sur une semaine de résidence pour « Chroniques formosanes »
au Site Picasso, conservatoire de Martigues, dans lequel il y a un magnifique auditorium.
C'est tout auréolé de ces petits bonheurs, que mercredi soir,
je me suis finalement décidé à remplir mon grand sac noir de ce qui m'accompagnerait
pour ce septième été taïwanais.
Ayant poussé la procrastination au delà de (quasiment) toute limite,
j'avais tout tenté en terme d'explication du non attaquage de la chose avant de me résoudre au remplissage.
Après une bonne heure à buller sur le sofa, les pieds appuyés sur le chambranle de la fenêtre,
pensant aux amis, aux anciens, aux nouveaux, à ceux qui ne me parlent plus,
je me suis dit que, là, je n'avais plus le choix.
Alors pour être sûr de ne plus être tenté, j'ai mis mon gros sac noir .... sur le sofa.
C'est que faire mes affaires me mettait concrètement dans l'action de partir.
et me replongeait forcément dans mes doutes,
ceux que je retrouve à chaque départ là-bas
s'amalgamant consciencieusement à mes atermoiements des semaines précédentes.
En résumé, remplir mon sac s'est assorti de pensées du style :
« bon, il va falloir se replonger dans ces signes cabalistiques qu'on appelle le mandarin,
switcher le plus vite possible dans l'utilisation de l'anglais,
et un anglais à la chinoise ! »
« mais pourquoi je m'inflige tout ce stress ?
si ça se trouve, ils vont tous être occupés et je vais me faire chier pendant deux mois »
« et si c'était la dernière fois ? »
Alors que le message laconique mais ô combien efficace de Cheng Wei :
« I have found you 14 classes »
était plutôt réconfortant mais quand même ...
Il y a eu aussi la classique :
« je n'ai rien oublié ? »
Parce que forcément j'étais en train de ne pas mettre quelque chose dont j'avais besoin dans le sac.
Et je voulais forcément que ça n'arrive pas
alors que forcément - et comme à chaque fois - ça allait arriver
malgré la magnifique liste que je m'étais concocté dans l'après-midi
(sur le même sofa, quelques heures plus tôt les pieds au même endroit).
Avec le temps, j'ai quand même pris l'habitude de ne plus emporter trop de fringues, notamment grâce au leitmotiv« il y a des machines à laver partout » et au souvenir de mes collègues taïwanais réorganisant leurs valises devant le guichet d'enregistrement pour cause de dépassement de poids.
Il y a quand même une ou deux choses que je vois passer dont je me dis qu'elles resteront dans le sac pendant tout le séjour (ce tee-shirt bien trop moulant par exemple) mais je n'y peux rien, c'est plus fort que moi.
Tout en regardant, la rediffusion d'un épisode du feuilleton « Boulevard du Palais » sur France 2, je finis donc de concocter les vingt kilos de ma vie que j'emporterais avec moi.
Il reste ensuite à organiser l'autre sac,
le vert,
celui de l'armée,
qui n'a plus d'âge, mais dont je ne me peux pas me séparer.
Dans celui-là, qui part en cabine avec moi, il y a les fondamentaux:
le livre sur le voyage que m'a offert Sylvain,
celui d'Agnès,
le pull bleu qui me sert, entre autre, de coussin dans l'avion,
l'écharpe corse de Dominique,
les carnets,
les stylos,
les disques durs,
et une foultitude de petites choses qui me rappellent les gens que j'aime.
Tout ça m'a emmené à la fin du feuilleton où après un passage éclair sur le net
et une extinction de l'ordinateur de la maison pour les deux mois à venir,
j'ai attaquer ma courte nuit.
Réveil prévu à 5h20.



Commentaires
Enregistrer un commentaire