22/07/2017 - Taiwan - Jour 2 - Jetlag et Glory Pier

Réveil en plusieurs étapes,
Un nouveau spot pour les photos,
une autre soirée tranquille
entre amis




Samedi 22 juillet,
7h.

J'ai raté France Inter, il est minuit.
J'ouvre la fenêtre,
le ciel est gris clair.
Je me rendors.

9h30.
Je n'ai pas de bouilloire pour le thé mais j'ai du gâteau d'hier,
j'en mange un ou deux morceaux (peut-être trois ... mais petits ...).
Je me dis que je devrais quand même ranger,
au moins le bureau,
et je me rendors.

11h.
Troisième essai.
Un peu plus concluant.
D'ailleurs, le temps s'est levé.


Je reprends ma réflexion, là où je l'avais laissée
et concrétise un peu le tout.
Vidage des petits sacs : câbles, cahiers, stylos, tabac, pipes, briquets, ordinateurs,
et répartition de tout ça sur le bureau, dans ses tiroirs, ou sur la table de chevet.
Je vais sur le net.
Il y a Ally, la prof de classique de Tsoying.
(si vous ne la connaissez pas, allez donc voir ici)
Elle m'a laissé un message :
« See you tonight ? 7:30 ? »
Elle va voir la deuxième représentation du International Young Choreographer Project.
Le IYCP comme on dit ici.
J'ai prévu d'aller voir la dernière, demain.
Quand je lui dis, elle est déçue.
Je lui réponds que j'espère la croiser au lycée ces jours-ci,
elle me propose d'aller voir un spectacle, dans lequel elle danse.
Une occasion de sortie ...
Tae Chi, un des cinq garçons qui avait dansé ma première création pour Tsoying, est en ligne.
Il vient au spectacle demain.
Quand je lui dis que j'y serai, il est tout content.
« long time no see ! »
Et oui, cinq ans que l'on ne s'est plus croisé en vrai ...
Je repense à tout ça en m'allongeant sur le lit et je me ...

14h30.
Quatrième essai.
Il faut que ça soit le bon.
Quand même ...
Surtout que j'aimerais bien transférer au moins les photos du voyage
et qu'à 17h, il faut que je me tienne prêt pour l'appel de Wan Chu.
Je passe sous la douche et me mets à l'ordinateur.
Pendant que les clichés passent d'un appareil à un autre,
je me remets sur le lit ...
mais je commence à écrire sur la tablette le premier article de ce voyage (que vous l'avez donc forcément déjà lu ..)
Le ciel est redevenu gris clair.
J'envoie un message à Wan Chu.
« No sunset tonight »
Elle me répond un peu plus tard :
« Ha ! Non … Pas de coucher de soleil … et il pleut un tout petit peu ...
Et si on t'emmenait dans un nouvel endroit ?
C'est très joli aussi et il y a une assez belle vue ...
Mais je vais me doucher d'abord »
Je lui réponds, forcément, par l'affirmative,
en lui demandant quand même qu'est-ce qui avait pu lui faire penser que je pourrais refuser ...
Une fois le message parti, je réalise que je n'ai pas mis le transcodeur en route.
En fait, ça n'était pas vraiment une proposition.
La traduction de ce texte dans mon langage à moi aurait été :
« Oui ... Et en plus il pleut trois gouttes … de toute façon, on a changé d'avis, on a une autre idée,
un lieu sympa où tu pourras surement faire de belles photos »
Wan Chu me connaît bien maintenant.
Elle comprend ma question, y répond à par un éclat de rires.
et me donne rendez-vous chez elle.
Il faut juste que je les prévienne quand je suis à la station de métro Sanduo.

Je finis d'entrer dans la tablette le premier article de ce voyage,
puis je me préparer à traverser la ville pour la première fois de ce séjour.

À Sanduo, je me perds un peu.
J'ai le souvenir de ce chemin un peu tortueux que j'avais pris l'an dernier.
Un chemin piétonnier au milieu d'une allée.
Mais j'étais tombé dessus par hasard.
Je pourrais regarder sur un plan dans mon téléphone mais je préfère y aller à l'instinct.
De toute façon c'est un plan en damiers, je ne peux pas me perdre tant que ça,
il faut juste que je rejoigne la mer.

Je tourne à gauche,
puis à droite,
puis à gauche
(ou alors l'inverse),
je croise un night market que je ne connais pas.
Je cherche la mer …
Et là enfin, je reconnais au loin, le parc des expositions,
une sorte de grosse cacahuète lumineuse.
Je me dirige vers le bâtiment.

Une dame glisse sur son scooter.
Heureusement, c'est juste au démarrage.
Je l'aide à ramasser ses affaires, lui demande si tout va bien.
Elle gémit un peu quand même,
mais une fois repris ses esprits, elle redémarre son scooter et disparait après m'avoir remercié.
Je ne suis qu'à moitié rassuré.
De toute façon, j'ai vu un hôpital il y a deux minutes.
Je me dis que si jamais, elle a un souci, elle pourra s'y arrêter.
D'ailleurs, je me demande bien comment fonctionnent les urgences ici.
J'espère ne jamais avoir la réponse personnellement.

Pendant ce temps, j'ai un appel en absence.
(qui se traduit par un sms en mandarin où au milieu de tous ces signes malheureusement illisibles pour moi,
il y a un numéro de téléphone).
C'est Wan Chu.
Elle s'inquiète.
Je la rappelle pour lui expliquer un peu tout ça et lui raconter où je suis :
j'ai devant moi, une sorte de sculpture que j'ai déjà vu l'an dernier quand j'étais parti de chez eux.


(ça c'est la photo de l'an dernier … )

Wan Chu ne voit pas de quoi je parle.
Pas facile à décrire.
D'autant que ce que vous voyez en vert change constamment de couleur,
mais à partir d'une certaine heure.
Au moment où je suis au téléphone la mise en lumière n'a pas commencé.
« c'est une sculpture blanche ! .. En tous cas, je suis près du port »
Et ça tombe bien car elle me dit qu'on va prendre le tramway.
Et le temps qu'elle me le dise, j'arrive à l'arrêt du tramway !
« voilà, j'y suis ! Je vous attends ! »
Elle arrive quelques minutes plus tard :
« maintenant, il faut qu'on attende Jim »
Comme ils me pensaient perdu, Jim est allé faire le tour du quartier pour me retrouver.
Je leur avais dit de ne pas s'inquiéter, que je ne pouvais pas me perdre …
Mais bon.

Nous attendons le tramway à l'arrêt « Parc des expositions » et nous allons le prendre en direction de Sizhiwan.
À terme, la ligne de tramway sera circulaire.
Un peu comme les lignes autour de Paris.
Elle croisera la ligne rouge au sud à la station R6 et au nord à Aozhidi la R13.
À l'ouest, elle longera la mer en passant par tous les quais et ira rejoindre la ligne orange à Sizhiwan la station O1.
Elle desservira notamment le Pier 2,
des anciennes usines transformées en tout un tas de choses dont un village d'artistes.
À l'est, la ligne se servira d'anciennes voies de chemins de fer,
passera près de chez Arthur, mon marchand de tabac,
et croisera la ligne orange à Fongshan, là où habite Cheng Wei.
Elle sera bien pratique quand elle sera finie.
Mais pour l'instant, il n'y a qu'une seule portion de la ligne qui est ouverte, celle des quais,
de la station R6 au Pier 2.
Vous me suivez ? … Pas grave …

Quelques particularités de la ligne :
d'abord, pour l'instant, elle est gratuite.
Et oui, comme la ligne n'est pas tout à fait finie et que la correspondance avec le métro à Sizhiwan n'est pas assurée,
ici on considère que le service public n'est pas totalement rendu donc il n'y a pas de raisons que l'on fasse payer les usagers ...

Ensuite, pour ce tramway taïwanais, il n'y a pas de ligne électrique aérienne.
En fait, à chaque station, la rame se recharge par caténaire.
Elle utilise des batteries pour aller de l'une à l'autre.
L'avantage : pas de poteaux, pas de fils
L'inconvénient : le temps d'attente en station est un tout petit peu plus long.


Notre rame arrive.
Wan Chu est comme une petite fille avec un nouveau jouet.
Pourtant elle a déjà pris le tram à Marseille ...
Mais elle est heureuse, comme si elle allait à une fête.
L'occasion pour Jim et moi de nous moquer un peu.
Je lui fais remarquer que les rames sont plus larges qu'à Marseille.
« Ah bon ? je croyais que c'était l'inverse !
- non regarde, il y a deux places de chaque côté
- à Marseille c'est deux places d'un côté et une de l'autre
- ooooh ... mais c'est que j'étais assis du côté des deux places quand j'étais là bas ...
et je regardais ... euh ...
- dehors tout le temps
- c'est ça ! »
on éclate de rire.

On s'arrête au « Glory Pier », le quai de la gloire.
Drôle de nom ...
C'est là que les bâteaux de croisière accosteront dans un futur proche.
La gare maritime est en construction,
et il y a déjà d'immenses blocs de béton, occupés à l'intérieur par des bureaux
dont les vitres font des reflets qui peuvent être très intéressants pour des photos.
Les terrasses permettront de voir les paquebots et aussi ...
les couchers de soleil !
depuis la Love River côté Kaohsiung jusqu'à Cijin.


Cette photo, c'est Kaohsiung, avec la Love River, à l'heure où nous étions sur le point de partir.
La photo tout en haut, c'est Cijin à l'heure de notre arrivée.
Il faudra que je revienne voir tout ça un peu plus tôt en journée.

En bas des cubes, au niveau des quais, on peut s'asseoir et apprécier la brise marine dans le calme.
C'est ce que nous faisons.

« est-ce que tu as pensé à quelque chose pour le diner ? » me demande Jim.
Quelle drôle de façon de demander les choses ...
Nous allons donc dîner ensemble.
« Pizza ! » dit Wan Chu
« Ok ! On reprend le tramway et il y a cinq minutes de vélo.
- je ne suis pas très vélo ...
- c'est pas grave, on prend le tramway et on marchera,
ça nous permettra de trouver un autre endroit, ou une autre idée »

Nous continuons notre promenade.
Le tramway passe au dessus de la Love river, puis on longe la future salle de concerts
et nous voilà à Pier 2.

J'explique à mes amis que, sur les conseils de Su Ling, j'ai postulé pour une résidence ici mais qu'ils n'ont pas voulu.
Jim m'explique que c'est peut-être parce que l'été ce ne sont pas des chorégraphes qu'ils accueillent,
les chorégraphes c'est plutôt au printemps.
Voilà un début d'explication ...

Nous passons près de la station de métro Yanchengpu (O2 pour les intimes),
et nous remontons Wu Fu 4th road
Peut-être certains d'entre vous se souviennent de ce nom, c'est par là que passent les bus qui emmènent au ferry pour l'île de Cijin, ça a aussi été mon adresse, plus à l'ouest, Wu Fu 2nd road.
Nous étions aussi venus avec Wan Chu et Jim, il y a deux ans.
J'avais refusé qu'ils m'offrent du thé, préférant l'acheter moi même
(j'étais sûr qu'ils ne me faisaient pas payer le vrai prix …) alors ils m'avaient emmené ici.

À partir de là, il y a une série de restaurants ... qui ne plaisent pas à Wan Chu.
Il y a aussi des bars,
vestiges de la période où ce quartier était le plus dynamique de la ville
car le plus proche du port.
Ce sont des bars ... particuliers,
où les marins, notamment japonais et américains, aimaient bien dépenser des sous en bonne compagnie.
Maintenant, le port a été excentré pour que les gros cargos puissent décharger leur cargaison.
Les américains et les japonais viennent en avion, ils ont été remplacés sur les bateaux par des philippins,
et il y a d'autres moyens que les bars pour trouver de la compagnie ....

Nous nous arrêtons un peu plus loin au restaurant coréen.
Il plait à madame…
« Finally miss Su ! »

Des tables basses, on mange en tailleur ou à genoux.
Wan Chu et moi étendons nos jambes de temps à autre,
ma hanche se rappelle à mon bon souvenir,
et ma collègue a les genoux fragiles.
Comme d'habitude ici, chacun choisit quelque chose,
tout arrive sur la table,
et tout le monde pioche.

On parle de tout, de rien,
de la France.
Les sœurs Su sont vraiment tombées sous le charme parisien l'an dernier.
Wan Chu me raconte qu'elles y ont même imaginé ouvrir une boutique de thé.
Bon, pour l'instant, la cadette doit finir ses études.
Elle a postulé pour une école à Paris mais elle n'a pas été prise.
Alors elle va aller en Italie ... À Florence ...
(ça n'est pas si mal finalement !)
Je demande à Wan Chu si sa sœur parle italien.
Elle me dit que non et qu'elle n'est pas très inquiète parce que les cours sont en anglais
mais elle comptait quand même pendant l'été acquérir des rudiments de la langue.

On parle aussi du travail, et des vacances.
Sujet récurrent et inépuisable, tant les différences entre les deux pays sont grandes.
Jim hallucine toujours sur la durée de nos congés.
Surtout à l'Éducation Nationale.
Ils m'expliquent qu'ici, même pendant les vacances scolaires,
les profs ont un quota d'heures à faire dans l'établissement auquel ils sont rattachés,
pour enseigner ou aider aux tâches administratives.
Quant aux gamins,
s'ils n'ont pas la chance de partir en vacances, un peu loin, avec leurs parents,
ils sont en .. stage d'été ...

Nous parlons des grèves françaises, connues dans le monde entier,
des manifestations,
du nouveau président français
et forcément de la réforme du code du travail.
Jim me raconte que l'an dernier, ici aussi, ils ont voulu faire des réformes ...
mais pour que les gens travaillent moins,
alors il y a eu des manifestations dont le slogan disait en substance "moins de travail, moins d'argent".
Ils voulaient continuer à plus bosser ...

Le repas touche a sa fin.
Comme nous n'avons commandé que deux menus, nous n'avons que deux desserts.
C'était nettement suffisant, d'autant que Wan Chu a toujours son appétit d'oiseau ..
Arrivent donc sur la table deux pavés de gelée, aromatisés à quelque chose que je n'ai toujours pas reconnu
Wan Chu en engloutit un entier.
Je regarde Jim.
On éclate de rire.
Je dis à Jim :
« Tu partageras celui-là avec moi ?
- avec plaisir ! ...
- oh, je n'avais pas vu ... Je croyais qu'il y en avait trois
- mouais, tu es surtout très égoïste …
- on te connaît ! »
On rit encore.
En fait, ça fait plaisir à tout le monde.
À Wan Chu parce que, visiblement, elle adore ça,
à Jim parce qu'il est content de voir sa petite femme manger autant,
et à moi parce que cette gelée ne me dit rien de bon ...

La note arrive,
je me jette dessus en criant :
« I pay ! »
Wan Chu est prise de cours.
« Noooon, on partage ! »
Elle insiste mais je suis intraitable.
Je deviens très fort dans ce sport national.
« Ok, alors on t'offre un jus de fruits »
Finalement, je ne gagne que partiellement ...

On va au Rainbow Juice,
un bar à jus de fruits qui est juste à quelques pâtés de maison.
un peu plus loin sur Wu Fu 4th road.
On passe devant cette chaîne de boutiques de thé dont je ramène du Oolong chaque année,
et aussi de l'Alishan Gao San Cha, un excellent thé vert qui est quatre fois moins cher ici ...
En remontant l'avenue, on passe devant un magasin d'électroménager,
il n'est pas 22h,
il est encore ouvert.

La bouilloire !
Jim demande au vendeur où elles sont mais je les vois déjà.
J'en choisis une à 1200 dollars (34 euros donc)
Je m'apprête à la prendre mais Jim en voit une 350 dollars moins cher.
Il a raison : un dollar est un dollar …
Nous la montrons au vendeur, qui part en réserve.
C'est la dernière.
Je dis à Wan Chu que je connais des amis qui auraient négocié une ristourne.
« ma sœur l'aurait sûrement fait mais j'en suis incapable
- moi non plus !
- laissez faire, le vendeur l'a fait de lui-même » nous dit Jim.
Et effectivement, il annonce 900 dollars.
(bon, cinquante dollars, ca n'est pas grand chose … mais c'est le geste qui compte! )

En route pour le Rainbow Juice.
Au coin de la rue suivante,
une vendeuse, et une préparatrice,
tout sourires,
des mix de fruits : guava, pitaya, mangue, orange, citron ...
Je prends un mélange guava citron,
et la spécialité maison : le "Rainbow Juice" orange, pitaya, guava.
Le tout est servi dans des petites bouteilles plastiques (pas très écologiques)
ce qui donne à la boisson de la maison, un aspect tricolore :
une couche orange, une couche entre le rouge et le violet, et une couche verte
d'où l'évocation d'un arc-en-ciel (certes stylisé mais quand même).
Mes amis en prennent un pour eux et payent le tout.
Je les remercie en les engueulant :
« si vous me payez quelque chose chaque fois que je paye quelque chose, on ne s'en sortira jamais ...
- ah mais c'est comme ça ici » me répond Wan Chu, le regard amusé.

Nous nous séparons au coin de la rue suivante.
Ils retournent prendre le tramway et moi je prends le métro à Yanchengpu.
J'en profite pour passer à un Seven Eleven pour acheter des biscuits
(et oui, c'est le retour des fameux Oreo du matin ...), des mouchoirs et ... du thé !
Maintenant que j'ai une bouilloire ...
Hélas je ne trouve pas le parfum que je veux pour mes biscuits préférés.
Alors à la place, je prends deux bières,
histoire de ne pas m'être arrêté pour rien ...

Je vais au Seven Eleven de la gare.
Il est bien plus grand.
Et je trouve les bons Oreo.
Pour fêter l'événement, je m'achète du déodorant
(je n'allais pas partir les mains vides).
Je repars vers la maison avec ma bouilloire et mes achats ...
"Sir ! Sir !"
Le caissier me courait après avec le déodorant que j'avais oublié à la caisse ...

Zhongshan road.
L'ascenseur,
10e étage,
La clé bleue pour le premier portail,
La clé noire pour la porte du studio.

Avec tous mes achats
(et les bières qu'il reste de la veille),
je peux tenir un siège
(enfin .... quelques jours)

J'écoute la radio pour avoir des nouvelles d'Europe tout en discutant avec mes amis.
Là-bas, c'est le milieu de l'après-midi, ici on s'achemine lentement vers minuit.
Voilà, une bien belle première journée pleine de surprises.
Avec la soirée précédente, ma foi, je peux dire que ce séjour commence bien.

Demain, retour au lycée,
Su Ling, Tsoying,
et le fameux International Young Choreographer Project,
cru 2017,
six ans après celui qui m'avait amené ici ...
Appréhensions ...




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