21/07/2017 - Taiwan - Jour 1 - Kaohsiung - les retrouvailles
Retrouver la ville,
retrouver ses amis
les uns après les autres,
et redevenir serein ...
Vendredi 21 juillet 18h30,
Ha Bao longe la rambarde qui sépare les attendants des arrivants.
Je fais la même chose.
Il ne trouve pas ses mots,
je crie juste : « Ha Baaaaaao ! »
Il est content de me revoir et ça fait chaud au cœur.
Son anglais - à jeun - est toujours aussi difficile
(pour ceux qui n'ont pas suivi l'aventure précédente, Ha Bao parle mieux anglais qu'il ne le croit,
mais il lui faut un ou deux cocktails pour oser ...)
Une fois les effusions passées (et de ce côté-là, ce cher Ha Bao n'est pas très expansif ...),
on passe au bureau de change,
puis on s'occupe du téléphone.
Première étape, trouver de quoi ouvrir l'IPhone,
trombone, épingle, aiguille,
j'en avais une dans mon petit sac
mais apparemment j'ai dû la laisser tomber chez moi hier matin quand j'ai réorganisé le tout.
Le mieux c'est d'encore aller ... dans l'une des boutiques de téléphonie mobile,
judicieusement installées dans le hall d'arrivée.
J'indique à Ha Bao celle dont dépend ma puce taïwanaise.
Chung Hwa telecom.
Nous demandons au vendeur
qui prend mon téléphone et l'ouvre en moins de temps qu'il faut pour l'écrire.
On s'occupe ensuite de mon forfait.
Apparemment, ma ligne n'est plus opérationnelle.
Avec l'anglais défaillant de tous, on a un peu de mal à se comprendre.
Je voudrais juste garder ma ligne et relancer un forfait.
Ça a l'air compliqué, je laisse faire le jeune homme.
Finalement, ce sera un forfait Internet et SMS illimité à 1000 NT dollars (28 euros) pour un mois
mais il faut que je change de numéro, ce qui m'enchante guère mais bon ...
Au pire, je rectifierai le tir le mois prochain.
Nous nous dirigeons vers la station de métro.
Premier passage à l'extérieur.
Toujours cette même chaleur humide
et cette odeur de terre sur laquelle la pluie serait tombée il y a moins d'une heure.
Cette fameuse odeur de chaud d'après la pluie qui avait été le titre de ma première pièce ici.
On parcourt à peine une centaine de mètres
et mon tee-shirt, déjà bien sale du voyage, est maculé de petites taches de sueur.
J'ai un peu honte mais je n'ai pas le choix.
Descente par l'ascenseur au niveau de la station de métro.
Nous irons jusqu'à la gare ferroviaire.
Ha Bao se prend un ticket pour un voyage unique
(qui sont ici des jetons, que l'on jette dans le composteur à la station d'arrivée)
Quant à moi, je vérifie qu'une de mes cartes des années précédentes (j'en ai trois ...)
a encore de quoi me transporter.
Je pose la carte sans contact sur le lecteur,
elle semble illisible.
Je vais au guichet,
le jeune homme me dit que j'ai assez d'argent pour aller jusqu'à la gare.
Je lui demande s'il peut recharger la carte, il n'a pas l'air de vouloir.
La fatigue est plus grande que la quantité d'énergie qu'il faudrait pour insister
et me faire comprendre,
surtout avec le pauvre Ha Bao qui attend impuissant,
je prends ma carte et nous partons.
Peut-être à la gare tout à l'heure.
Dans le métro, je me sers du wifi, qu'il y a à chaque station,
pour prévenir l'Europe de mon arrivée sain et sauf dans le pays lointain.
Ha Bao lit un texte sur son smartphone, on dirait un bouquin.
Tous les deux rivés sur nos portables,
nous sommes totalement intégrés dans l'ensemble des passagers qui ici, hélas, fait souvent de même ...
La litanie de toutes ces stations que je connais bien.
R7, où Cheng Wei a fait sa première pièce il y a maintenant plus d'un an,
(petit rappel : Le R est pour « red » , la ligne rouge, l'autre ligne est la O pour « orange »)
R8, Sanduo, la station près de laquelle habite Wan Chu,
R9, Central Park, près de laquelle j'ai habité
R10, la gare.
Kaohsiung Main Station.
L'endroit par lequel j'ai si souvent transité.
Les souvenirs reviennent doucement.
Pas que les bons ...
Je vais au distributeur.
On tente de recharger ma carte ...
Sans succès.
Ha Bao regarde,
En fait j'étais en train d'utiliser … ma carte de transport de Taipei !
Je peux aussi l'utiliser ici mais pas la recharger.
Voilà pourquoi l'agent de l'aéroport n'a pas accédé à ma requête ...
(cela dit, imaginez que vous puissiez utiliser un pass Navigo dans n'importe quelle ville de France …)
Bref, je change de carte.
Et là, tout va bien.
En plus, le brillant Ha Bao trouve sur la toute petite ligne en bas de l'écran,
celle qui commence par « english », un autre joli mot : « français » !
On tente.
Ça marche super bien !
On rit juste bêtement en écoutant la dame nous dire dans une voix bien plus suave qu'en France :
« rechargez votre carte »
C'est marrant comme ici les voix étrangères sont bien plus douces que les locales.
J'avais remarqué ça dans le métro quand les stations sont annoncées en anglais.
Nous remontons à la surface.
Devant moi, la Zhongshan road et son cortège de petites phrases égrenées par les filles.
Je repense à tout ça en suivant Ha Bao qui se dirige vers le carrefour à l'entrée de la gare routière.
Le premier jour, elles avaient dit : « et maintenant, on prend quoi ? »
parce qu'on arrivait de l'aéroport de Taipei, que l'on avait pris la navette jusqu'à la gare,
puis le TGV local, et le métro.
Quatre jours plus tard, ça avait été : « est-ce qu'il y aura assez d'argent pour prendre le bus ? »
alors qu'on ne prenait plus de bus, vu qu'on habitait à cinq minutes à pied.
C'est aussi là qu'elles avaient refusé l'invitation du mari de Wan Chu à finir la soirée de mon anniversaire chez eux parce qu'elles étaient fatiguées.
Nous traversons le grand carrefour en diagonale, comme ça se fait ici,
et nous prenons Zhongshan road.
Je reconnais ce bar à thé, où nous avions pris de quoi tenir le voyage jusqu'à LiuQiu.
Un bon souvenir qui efface un peu les autres ...
J'aperçois au loin le canal d'Hebei road, notre adresse de l'an dernier ...
Je me souviens avoir fait ce trajet si court, la fatigue chevillée au corps et l'avoir trouvé interminable.
À quelques entrées du canal, Ha Bao me dit : « it's here ».
On s'engouffre dans un de ces immeubles devant lequel je suis souvent passé l'été dernier.
311, Zhongshan road,
Voilà donc ma nouvelle adresse pour les deux mois à venir.
On passe devant le gardien qui ne lève pas les yeux de son écran.
Ça m'étonne un peu mais bon ...
10e niveau (donc 9e étage puisqu'ici, le rez-de-chaussée n'existe pas).
Trouver la clé du premier corridor,
Ça sera la bleue,
puis celle de l'appart', ce sera la noire.
Voilà.
On y est.
Un studio d'un peu moins de trente mètres carrés avec frigo et télé.
Il y a un bureau, une armoire,
une table de chevet près du lit
et une jolie salle de bains.
Il y a aussi un balcon sur lequel je vais pouvoir prendre le frais et admirer la vue.
Je verrai ça demain matin.
Et près du frigo, il y a une valise.
Je me demande bien ce que c'est.
On verra bien.
Ha Bao m'avait dit qu'il y avait une drôle d'odeur dans l'appart'.
Je m'attendais à devoir le ventiler, comme nous avions fait à Hebei road, l'an dernier.
Ça ne sera pas la peine.
En fait, l'appart' est neuf.
Ce que l'on sent, c'est l'odeur du plastique fraîchement enlevé du lit, mélangé à celle des peintures fraîches.
Mon guide vérifie que tout est en ordre, que le frigo fonctionne et prend congé.
Je le remercie,
ferme la porte,
enlève mon tee-shirt dégueulasse et me jette sur le lit.
Je suis lessivé.
Qu'est-ce que ça aurait été si j'avais fait le voyage long courrier dans les conditions habituelles ...
Je reste là sans bouger en tentant de réaliser que mon septième été ici commençait là, maintenant.
Il fait quand même très chaud dans cette pièce.
Je lance la clim'.
Je devrais défaire mes affaires,
vider les sacs, organiser le bureau, l'armoire, la table de chevet
mais là, je n'ai qu'une seule envie ... Rester couché.
Ce qui est dangereux car le sommeil me guette en embuscade
et je dois me tenir prêt pour Cheng Wei qui va sûrement débouler façon pile électrique ...
Il faudrait au moins que je sorte acheter des adaptateurs,
Il y a un magasin vraiment pas loin où j'en ai acheté dès la première année
(il y a six ans .. déjà !)
mais j'ai vraiment la flemme.
Je passe sous la douche, histoire de me réveiller,
rien n'y fait.
Je me redresse sur le lit pour ne pas sombrer.
Il n'y a pas de bouilloire !
Dommage.
J'envoie un message à Cheng Wei.
Je ne sais pas où il donne son cours mais je sais que chez ses parents,
il y a celle dont les filles s'étaient servi l'an dernier.
Peut-être qu'il peut faire un crochet ?
21h15.
Je me décide à descendre.
Le gardien a toujours les yeux rivés à son écran.
Zhongshan road est encore en pleine agitation.
Beaucoup de lycéens, toujours en uniforme, remontent vers la gare.
Je passe Hebei road
et au carrefour suivant, le magasin, éclairé et animé comme s'il était 18h en hiver en France.
Beaucoup de jeunes trainent dans les rayons de ce bazar sur trois étages.
Je trouve mon bonheur assez rapidement.
Deux adaptateurs et aussi une prise multiple USB,
qui me permettra de recharger la tablette et le téléphone en même temps.
Je suis de retour à l'appart' vers 21h30.
Heure où Cheng Wei vient de finir son cours.
Un quart d'heure après, j'entends sa voix dans le couloir.
Il ne peut pas rentrer (il n'a pas la clé bleue !)
Je vais jusqu'à la porte
« Cool, it works ! »
C'est vrai que ça va être pratique si je l'entends du studio quand il est à la porte,
ça nous évitera une série de SMS.
Le bonhomme est là,
speed comme jamais,
déjà sur le départ.
Je le charrie sur sa nouvelle coiffure,
C'est que maintenant il a une petite queue de cheval et les tempes rasées.
Une coupe à la mode que j'avais déjà vue sur des jeunes à Taipei l'an dernier.
Je lui dis que c'est une excellente idée d'avoir laissé pousser ses cheveux,
je vais pouvoir tirer dessus quand il m'énerve.
On rit.
Il me demande ce que j'en pense et ma foi, je trouve que ça lui va plutôt bien.
La valise près du frigo est à lui.
En fait, il part ce soir.
Il prend l'avion de Taoyuan, l'aéroport international de Taipei
et il va en bus … cette nuit !
Nous n'avons qu'une heure et demi devant nous.
On est content de se revoir.
Il est fier de cet appart' tout neuf.
Il me donne le code wifi,
et me montre comment fonctionne la télécommande de la télé.
Je pensais que, comme souvent quand la télé passe par Internet, il y avait deux télécommandes.
Et bien non, c'est une deux en un.
Il se moque de moi (et il a bien raison ...)
Il l'allume,
on zappe un peu,
il trouve TV5,
et HBO, où je vais pouvoir regarder des séries américaines.
Je lui raconte un peu le voyage,
mon incursion dans cet univers luxueux,
les enfants ...
Je m'attends à tout moment à ce qui me dise l'habituel « shall we ? »
phrase que l'on se dit tout le temps quand on doit bouger,
mais il n'a pas l'air pressé de sortir.
Son téléphone sonne,
il va à la porte.
une voix féminine.
Comme il part ce soir, je me dis que c'est peut-être la danseuse qui est dans son projet
qui part avec lui et qu'il veut me présenter.
Pas du tout,
la voix se rapproche,
je la reconnais ...
C'est Wan Chu !
Le salaud,
il ne m'avait rien dit.
Elle est là, avec Jim, son mari.
Ils ont emmené le dîner, ainsi qu'une grosse boîte mystérieuse.
Je suis tellement content de les voir,
je le suis encore plus que je réalise qu'elle l'est aussi :
« I missed this hug ! » me dit-elle quand je la serre fort dans mes bras ...
J'engueule Cheng Wei (en tirant sur la queue de cheval !)
ce qui nous permet d'en parler avec Wan Chu ...
J'ai à peine le temps de réaliser que tout ce petit monde est là
qu'Ha Bao est de retour... avec les boissons !
De l'eau, des bières, une bouteille de vin.
C'est que Wan Chu, comme me l'explique Jim, est devenue accro au vin rouge.
Ils sont régulièrement obligés d'aller à Carrefour pour en acheter.
Et du Bourgogne, sinon rien.
Bon, elle en boit toujours aussi peu (et c'est une bonne chose !) mais quand même !
La France l'aura vraiment marquée.
D'ailleurs, elle achète aussi du fromage.
Ce qui les ruine à chaque fois ...
Je ris.
Elle ajoute que ce qui lui manque le plus, c'est le saucisson ...
Je sais ce que je ramènerai la prochaine fois ...
Wan Chu me demande comment je vais.
C'est vrai qu'elle n'est pas très présente sur les réseaux sociaux
et que nous n'avons pas non plus communiqué par mail.
Je lui dis que l'hiver a été rude mais que maintenant je vais bien.
Je m'attends à des questions sur les filles.
Mais rien ...
Soulagement.
On parle un peu boulot pendant que les verres se remplissent.
Cheng Wei veut que je leur présente le projet,
je sens Wan Chu, un peu gênée par la question.
Je sentais bien que ça ne serait peut-être pas si simple.
Pas sûr qu'elle soit de l'aventure, auquel cas il nous faudra trouver quelqu'un d'autre,
on verra bien ...
Alors, on parle de mes cours.
Ils sont éparpillés tout au long de mon séjour dans quatre lieux différents.
Dans une compagnie de danse (celle où Wan Chu avait été assistante il y a deux ans),
chez Wu Jing Jiè, une école où j'avais déjà officié dans le centre-ville,
quelque chose plus au nord qui n'est pas encore super organisé,
et un cours de deux heures ... pour une association de profs de danse.
Me voilà formateur de formateurs ... Ici.
La WeiDanceCompany tente aussi d'organiser un stage en son nom
mais on ne se lancera que si c'est assez rentable
(la discussion de l'an dernier a donc fait son chemin ...)
On partage le dîner en continuant à vider les bouteilles.
Tofu, légumes, poulet.
On discute de tout et de rien.
Tout le monde rit,
comme avant ...
Il semble qu'il n'y ait que moi qui soit encore, quelque part dans un coin de mon cœur,
affecté par les blessures de la création précédente.
Peut-être le cachent-ils ?
Peut-être en parlera t-on un jour ?
En tous cas, là maintenant tout de suite,
tout ça est tellement bon, tellement positif,
qu' après quelques gorgées de bière, ma foi,
je me sens bien.
Là, dernière surprise :
la boîte mystérieuse est un gâteau.
Un vrai.
Pour fêter ... Un pré-anniversaire :
comme Cheng Wei ne sera pas là le 31, jour de mes 50 ans, ils font une petite fête maintenant.
Je suis ému.
Wan Chu a une bougie en forme de point d'interrogation.
Elle me dit de faire trois voeux,
on l'allume, je souffle …
Première fête du séjour.
Tout ça fait beaucoup de bien au cœur.
Juste le temps d'avaler une part de gâteau que Cheng Wei doit y aller.
Je descends avec lui, accompagné de Ha Bao qui va sûrement le déposer à la gare routière.
Ils en profitent pour me montrer les poubelles.
« normal trash » me dit Ha Bao en pointant du doigt la première
« not normal trash » en en pointant une autre.
Je le regarde et j'éclate de rire
« paper, and things like this … »
Voilà, une petite bière et il parle anglais ...
On recycle donc dans cet immeuble,
et en plus je n'aurai pas à courir derrière le camion poubelle ...
(si vous ne comprenez pas cette dernière phrase
c'est que vous n'avez ni suivi le blog précédent, ni vu le dernier spectacle ...
je vous en reparlerai sûrement un de ces jours ...)
Je remonte à l'appart' où sont restés Wan Chu et Jim.
Je lui demande ce qu'elle fait, où elle donne des cours.
Elle me raconte un peu.
Elle me parle aussi de Liao Mo Hsi, là où j'ai donné un stage à Tainan l'an dernier,
elle y a été engagée comme danseuse.
Un style un peu trop ... académique.
Un mélange de danse classique dans le bas du corps, de choses plus modernes dans le haut,
et une interprétation façon danse traditionnelle chinoise.
J'éclate de rire et je mime certaines inclinaisons de tête.
Elle rit aussi et ajoute
« this is not my style ! »
Ça,
elle qui est capable d'être une guerrière, une amoureuse, une working girl ...
C'est sûr que ça n'est pas sa tasse de thé.
Mais, comme elle dit « j’aurai fait encore plus de progrès en tant qu'interprète après ça »
J'aime sa façon de voir les choses.
Ils partent assez vite car Wan Chu se lève tôt.
Et ça m'arrange bien parce que je suis vraiment crevé.
On décide de se revoir demain soir,
peut-être à Cijin, il y a des immenses sculptures de sable comme l'an dernier.
Elle me contactera après 17h, et on ira y voir le coucher de soleil.
Je ferme la porte.
Tout le monde est parti.
Je suis content,
très content,
mais épuisé.
Il est déjà minuit.
Je passe vite sur le net, histoire de dire trois mots aux amis européens,
et je m'écroule.
Première nuit au 331, Zhongshan 3rd road,
le septième été commence,
on verra bien ...
retrouver ses amis
les uns après les autres,
et redevenir serein ...
Ha Bao longe la rambarde qui sépare les attendants des arrivants.
Je fais la même chose.
Il ne trouve pas ses mots,
je crie juste : « Ha Baaaaaao ! »
Il est content de me revoir et ça fait chaud au cœur.
Son anglais - à jeun - est toujours aussi difficile
(pour ceux qui n'ont pas suivi l'aventure précédente, Ha Bao parle mieux anglais qu'il ne le croit,
mais il lui faut un ou deux cocktails pour oser ...)
Une fois les effusions passées (et de ce côté-là, ce cher Ha Bao n'est pas très expansif ...),
on passe au bureau de change,
puis on s'occupe du téléphone.
Première étape, trouver de quoi ouvrir l'IPhone,
trombone, épingle, aiguille,
j'en avais une dans mon petit sac
mais apparemment j'ai dû la laisser tomber chez moi hier matin quand j'ai réorganisé le tout.
Le mieux c'est d'encore aller ... dans l'une des boutiques de téléphonie mobile,
judicieusement installées dans le hall d'arrivée.
J'indique à Ha Bao celle dont dépend ma puce taïwanaise.
Chung Hwa telecom.
Nous demandons au vendeur
qui prend mon téléphone et l'ouvre en moins de temps qu'il faut pour l'écrire.
On s'occupe ensuite de mon forfait.
Apparemment, ma ligne n'est plus opérationnelle.
Avec l'anglais défaillant de tous, on a un peu de mal à se comprendre.
Je voudrais juste garder ma ligne et relancer un forfait.
Ça a l'air compliqué, je laisse faire le jeune homme.
Finalement, ce sera un forfait Internet et SMS illimité à 1000 NT dollars (28 euros) pour un mois
mais il faut que je change de numéro, ce qui m'enchante guère mais bon ...
Au pire, je rectifierai le tir le mois prochain.
Nous nous dirigeons vers la station de métro.
Premier passage à l'extérieur.
Toujours cette même chaleur humide
et cette odeur de terre sur laquelle la pluie serait tombée il y a moins d'une heure.
Cette fameuse odeur de chaud d'après la pluie qui avait été le titre de ma première pièce ici.
On parcourt à peine une centaine de mètres
et mon tee-shirt, déjà bien sale du voyage, est maculé de petites taches de sueur.
J'ai un peu honte mais je n'ai pas le choix.
Descente par l'ascenseur au niveau de la station de métro.
Nous irons jusqu'à la gare ferroviaire.
Ha Bao se prend un ticket pour un voyage unique
(qui sont ici des jetons, que l'on jette dans le composteur à la station d'arrivée)
Quant à moi, je vérifie qu'une de mes cartes des années précédentes (j'en ai trois ...)
a encore de quoi me transporter.
Je pose la carte sans contact sur le lecteur,
elle semble illisible.
Je vais au guichet,
le jeune homme me dit que j'ai assez d'argent pour aller jusqu'à la gare.
Je lui demande s'il peut recharger la carte, il n'a pas l'air de vouloir.
La fatigue est plus grande que la quantité d'énergie qu'il faudrait pour insister
et me faire comprendre,
surtout avec le pauvre Ha Bao qui attend impuissant,
je prends ma carte et nous partons.
Peut-être à la gare tout à l'heure.
Dans le métro, je me sers du wifi, qu'il y a à chaque station,
pour prévenir l'Europe de mon arrivée sain et sauf dans le pays lointain.
Ha Bao lit un texte sur son smartphone, on dirait un bouquin.
Tous les deux rivés sur nos portables,
nous sommes totalement intégrés dans l'ensemble des passagers qui ici, hélas, fait souvent de même ...
La litanie de toutes ces stations que je connais bien.
R7, où Cheng Wei a fait sa première pièce il y a maintenant plus d'un an,
(petit rappel : Le R est pour « red » , la ligne rouge, l'autre ligne est la O pour « orange »)
R8, Sanduo, la station près de laquelle habite Wan Chu,
R9, Central Park, près de laquelle j'ai habité
R10, la gare.
Kaohsiung Main Station.
L'endroit par lequel j'ai si souvent transité.
Les souvenirs reviennent doucement.
Pas que les bons ...
Je vais au distributeur.
On tente de recharger ma carte ...
Sans succès.
Ha Bao regarde,
En fait j'étais en train d'utiliser … ma carte de transport de Taipei !
Je peux aussi l'utiliser ici mais pas la recharger.
Voilà pourquoi l'agent de l'aéroport n'a pas accédé à ma requête ...
(cela dit, imaginez que vous puissiez utiliser un pass Navigo dans n'importe quelle ville de France …)
Bref, je change de carte.
Et là, tout va bien.
En plus, le brillant Ha Bao trouve sur la toute petite ligne en bas de l'écran,
celle qui commence par « english », un autre joli mot : « français » !
On tente.
Ça marche super bien !
On rit juste bêtement en écoutant la dame nous dire dans une voix bien plus suave qu'en France :
« rechargez votre carte »
C'est marrant comme ici les voix étrangères sont bien plus douces que les locales.
J'avais remarqué ça dans le métro quand les stations sont annoncées en anglais.
Nous remontons à la surface.
Devant moi, la Zhongshan road et son cortège de petites phrases égrenées par les filles.
Je repense à tout ça en suivant Ha Bao qui se dirige vers le carrefour à l'entrée de la gare routière.
Le premier jour, elles avaient dit : « et maintenant, on prend quoi ? »
parce qu'on arrivait de l'aéroport de Taipei, que l'on avait pris la navette jusqu'à la gare,
puis le TGV local, et le métro.
Quatre jours plus tard, ça avait été : « est-ce qu'il y aura assez d'argent pour prendre le bus ? »
alors qu'on ne prenait plus de bus, vu qu'on habitait à cinq minutes à pied.
C'est aussi là qu'elles avaient refusé l'invitation du mari de Wan Chu à finir la soirée de mon anniversaire chez eux parce qu'elles étaient fatiguées.
Nous traversons le grand carrefour en diagonale, comme ça se fait ici,
et nous prenons Zhongshan road.
Je reconnais ce bar à thé, où nous avions pris de quoi tenir le voyage jusqu'à LiuQiu.
Un bon souvenir qui efface un peu les autres ...
J'aperçois au loin le canal d'Hebei road, notre adresse de l'an dernier ...
Je me souviens avoir fait ce trajet si court, la fatigue chevillée au corps et l'avoir trouvé interminable.
À quelques entrées du canal, Ha Bao me dit : « it's here ».
On s'engouffre dans un de ces immeubles devant lequel je suis souvent passé l'été dernier.
311, Zhongshan road,
Voilà donc ma nouvelle adresse pour les deux mois à venir.
On passe devant le gardien qui ne lève pas les yeux de son écran.
Ça m'étonne un peu mais bon ...
10e niveau (donc 9e étage puisqu'ici, le rez-de-chaussée n'existe pas).
Trouver la clé du premier corridor,
Ça sera la bleue,
puis celle de l'appart', ce sera la noire.
Voilà.
On y est.
Un studio d'un peu moins de trente mètres carrés avec frigo et télé.
Il y a un bureau, une armoire,
une table de chevet près du lit
et une jolie salle de bains.
Il y a aussi un balcon sur lequel je vais pouvoir prendre le frais et admirer la vue.
Je verrai ça demain matin.
Et près du frigo, il y a une valise.
Je me demande bien ce que c'est.
On verra bien.
Ha Bao m'avait dit qu'il y avait une drôle d'odeur dans l'appart'.
Je m'attendais à devoir le ventiler, comme nous avions fait à Hebei road, l'an dernier.
Ça ne sera pas la peine.
En fait, l'appart' est neuf.
Ce que l'on sent, c'est l'odeur du plastique fraîchement enlevé du lit, mélangé à celle des peintures fraîches.
Mon guide vérifie que tout est en ordre, que le frigo fonctionne et prend congé.
Je le remercie,
ferme la porte,
enlève mon tee-shirt dégueulasse et me jette sur le lit.
Je suis lessivé.
Qu'est-ce que ça aurait été si j'avais fait le voyage long courrier dans les conditions habituelles ...
Je reste là sans bouger en tentant de réaliser que mon septième été ici commençait là, maintenant.
Il fait quand même très chaud dans cette pièce.
Je lance la clim'.
Je devrais défaire mes affaires,
vider les sacs, organiser le bureau, l'armoire, la table de chevet
mais là, je n'ai qu'une seule envie ... Rester couché.
Ce qui est dangereux car le sommeil me guette en embuscade
et je dois me tenir prêt pour Cheng Wei qui va sûrement débouler façon pile électrique ...
Il faudrait au moins que je sorte acheter des adaptateurs,
Il y a un magasin vraiment pas loin où j'en ai acheté dès la première année
(il y a six ans .. déjà !)
mais j'ai vraiment la flemme.
Je passe sous la douche, histoire de me réveiller,
rien n'y fait.
Je me redresse sur le lit pour ne pas sombrer.
Il n'y a pas de bouilloire !
Dommage.
J'envoie un message à Cheng Wei.
Je ne sais pas où il donne son cours mais je sais que chez ses parents,
il y a celle dont les filles s'étaient servi l'an dernier.
Peut-être qu'il peut faire un crochet ?
21h15.
Je me décide à descendre.
Le gardien a toujours les yeux rivés à son écran.
Zhongshan road est encore en pleine agitation.
Beaucoup de lycéens, toujours en uniforme, remontent vers la gare.
Je passe Hebei road
et au carrefour suivant, le magasin, éclairé et animé comme s'il était 18h en hiver en France.
Beaucoup de jeunes trainent dans les rayons de ce bazar sur trois étages.
Je trouve mon bonheur assez rapidement.
Deux adaptateurs et aussi une prise multiple USB,
qui me permettra de recharger la tablette et le téléphone en même temps.
Je suis de retour à l'appart' vers 21h30.
Heure où Cheng Wei vient de finir son cours.
Un quart d'heure après, j'entends sa voix dans le couloir.
Il ne peut pas rentrer (il n'a pas la clé bleue !)
Je vais jusqu'à la porte
« Cool, it works ! »
C'est vrai que ça va être pratique si je l'entends du studio quand il est à la porte,
ça nous évitera une série de SMS.
Le bonhomme est là,
speed comme jamais,
déjà sur le départ.
Je le charrie sur sa nouvelle coiffure,
C'est que maintenant il a une petite queue de cheval et les tempes rasées.
Une coupe à la mode que j'avais déjà vue sur des jeunes à Taipei l'an dernier.
Je lui dis que c'est une excellente idée d'avoir laissé pousser ses cheveux,
je vais pouvoir tirer dessus quand il m'énerve.
On rit.
Il me demande ce que j'en pense et ma foi, je trouve que ça lui va plutôt bien.
La valise près du frigo est à lui.
En fait, il part ce soir.
Il prend l'avion de Taoyuan, l'aéroport international de Taipei
et il va en bus … cette nuit !
Nous n'avons qu'une heure et demi devant nous.
On est content de se revoir.
Il est fier de cet appart' tout neuf.
Il me donne le code wifi,
et me montre comment fonctionne la télécommande de la télé.
Je pensais que, comme souvent quand la télé passe par Internet, il y avait deux télécommandes.
Et bien non, c'est une deux en un.
Il se moque de moi (et il a bien raison ...)
Il l'allume,
on zappe un peu,
il trouve TV5,
et HBO, où je vais pouvoir regarder des séries américaines.
Je lui raconte un peu le voyage,
mon incursion dans cet univers luxueux,
les enfants ...
Je m'attends à tout moment à ce qui me dise l'habituel « shall we ? »
phrase que l'on se dit tout le temps quand on doit bouger,
mais il n'a pas l'air pressé de sortir.
Son téléphone sonne,
il va à la porte.
une voix féminine.
Comme il part ce soir, je me dis que c'est peut-être la danseuse qui est dans son projet
qui part avec lui et qu'il veut me présenter.
Pas du tout,
la voix se rapproche,
je la reconnais ...
C'est Wan Chu !
Le salaud,
il ne m'avait rien dit.
Elle est là, avec Jim, son mari.
Ils ont emmené le dîner, ainsi qu'une grosse boîte mystérieuse.
Je suis tellement content de les voir,
je le suis encore plus que je réalise qu'elle l'est aussi :
« I missed this hug ! » me dit-elle quand je la serre fort dans mes bras ...
J'engueule Cheng Wei (en tirant sur la queue de cheval !)
ce qui nous permet d'en parler avec Wan Chu ...
J'ai à peine le temps de réaliser que tout ce petit monde est là
qu'Ha Bao est de retour... avec les boissons !
De l'eau, des bières, une bouteille de vin.
C'est que Wan Chu, comme me l'explique Jim, est devenue accro au vin rouge.
Ils sont régulièrement obligés d'aller à Carrefour pour en acheter.
Et du Bourgogne, sinon rien.
Bon, elle en boit toujours aussi peu (et c'est une bonne chose !) mais quand même !
La France l'aura vraiment marquée.
D'ailleurs, elle achète aussi du fromage.
Ce qui les ruine à chaque fois ...
Je ris.
Elle ajoute que ce qui lui manque le plus, c'est le saucisson ...
Je sais ce que je ramènerai la prochaine fois ...
Wan Chu me demande comment je vais.
C'est vrai qu'elle n'est pas très présente sur les réseaux sociaux
et que nous n'avons pas non plus communiqué par mail.
Je lui dis que l'hiver a été rude mais que maintenant je vais bien.
Je m'attends à des questions sur les filles.
Mais rien ...
Soulagement.
On parle un peu boulot pendant que les verres se remplissent.
Cheng Wei veut que je leur présente le projet,
je sens Wan Chu, un peu gênée par la question.
Je sentais bien que ça ne serait peut-être pas si simple.
Pas sûr qu'elle soit de l'aventure, auquel cas il nous faudra trouver quelqu'un d'autre,
on verra bien ...
Alors, on parle de mes cours.
Ils sont éparpillés tout au long de mon séjour dans quatre lieux différents.
Dans une compagnie de danse (celle où Wan Chu avait été assistante il y a deux ans),
chez Wu Jing Jiè, une école où j'avais déjà officié dans le centre-ville,
quelque chose plus au nord qui n'est pas encore super organisé,
et un cours de deux heures ... pour une association de profs de danse.
Me voilà formateur de formateurs ... Ici.
La WeiDanceCompany tente aussi d'organiser un stage en son nom
mais on ne se lancera que si c'est assez rentable
(la discussion de l'an dernier a donc fait son chemin ...)
On partage le dîner en continuant à vider les bouteilles.
Tofu, légumes, poulet.
On discute de tout et de rien.
Tout le monde rit,
comme avant ...
Il semble qu'il n'y ait que moi qui soit encore, quelque part dans un coin de mon cœur,
affecté par les blessures de la création précédente.
Peut-être le cachent-ils ?
Peut-être en parlera t-on un jour ?
En tous cas, là maintenant tout de suite,
tout ça est tellement bon, tellement positif,
qu' après quelques gorgées de bière, ma foi,
je me sens bien.
Là, dernière surprise :
la boîte mystérieuse est un gâteau.
Un vrai.
Pour fêter ... Un pré-anniversaire :
comme Cheng Wei ne sera pas là le 31, jour de mes 50 ans, ils font une petite fête maintenant.
Je suis ému.
Wan Chu a une bougie en forme de point d'interrogation.
Elle me dit de faire trois voeux,
on l'allume, je souffle …
Première fête du séjour.
Tout ça fait beaucoup de bien au cœur.
Juste le temps d'avaler une part de gâteau que Cheng Wei doit y aller.
Je descends avec lui, accompagné de Ha Bao qui va sûrement le déposer à la gare routière.
Ils en profitent pour me montrer les poubelles.
« normal trash » me dit Ha Bao en pointant du doigt la première
« not normal trash » en en pointant une autre.
Je le regarde et j'éclate de rire
« paper, and things like this … »
Voilà, une petite bière et il parle anglais ...
On recycle donc dans cet immeuble,
et en plus je n'aurai pas à courir derrière le camion poubelle ...
(si vous ne comprenez pas cette dernière phrase
c'est que vous n'avez ni suivi le blog précédent, ni vu le dernier spectacle ...
je vous en reparlerai sûrement un de ces jours ...)
Je remonte à l'appart' où sont restés Wan Chu et Jim.
Je lui demande ce qu'elle fait, où elle donne des cours.
Elle me raconte un peu.
Elle me parle aussi de Liao Mo Hsi, là où j'ai donné un stage à Tainan l'an dernier,
elle y a été engagée comme danseuse.
Un style un peu trop ... académique.
Un mélange de danse classique dans le bas du corps, de choses plus modernes dans le haut,
et une interprétation façon danse traditionnelle chinoise.
J'éclate de rire et je mime certaines inclinaisons de tête.
Elle rit aussi et ajoute
« this is not my style ! »
Ça,
elle qui est capable d'être une guerrière, une amoureuse, une working girl ...
C'est sûr que ça n'est pas sa tasse de thé.
Mais, comme elle dit « j’aurai fait encore plus de progrès en tant qu'interprète après ça »
J'aime sa façon de voir les choses.
Ils partent assez vite car Wan Chu se lève tôt.
Et ça m'arrange bien parce que je suis vraiment crevé.
On décide de se revoir demain soir,
peut-être à Cijin, il y a des immenses sculptures de sable comme l'an dernier.
Elle me contactera après 17h, et on ira y voir le coucher de soleil.
Je ferme la porte.
Tout le monde est parti.
Je suis content,
très content,
mais épuisé.
Il est déjà minuit.
Je passe vite sur le net, histoire de dire trois mots aux amis européens,
et je m'écroule.
Première nuit au 331, Zhongshan 3rd road,
le septième été commence,
on verra bien ...



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