18/02/18 - Taiwan printemps 2018 - Jour 2 - un dimanche de nouvel an


une plongée dans la foule du Nouvel An,
un temple transformé en salle de sports,
des gâteaux français,
et encore un peu de jetlag.








Dimanche 18 février.

Après de nombreux réveils entre 7h et midi, j’attaque à l’heure du déjeuner, le repas précédent.
Mon esprit est plus en décalage horaire qu’en état de fatigue.
Avec le voyage de la veille comment peut-il en être autrement ?
En dehors du coup de stress à l’arrivée à Zuoying, cela a été un pur délice.
Mon corps ne peut qu'être reposé.

Quand je me lève enfin, je vais sur le balcon.
Cette vue,
toujours cette vue.
Ça n’est pas l’océan, ni la nature dans toute sa puissance,
ce ne sont que des bâtiments mais je les aime encore plus qu’avant je crois.

À cette heure-là, le soleil écrase déjà un peu tout.
Pas de photo pour le moment mais il est peut-être temps de donner du carburant à ce corps serein.

Je petit déjeune donc à l’heure où les européens font de même.
J’ai mes Oréo,
je teste le thé en sachets que Cheng Wei m’a dit avoir laissé sur le frigo.
Ce sont des fleurs ,
qu’il faut laisser infuser.
Je m’exécute.



En attendant que l’eau frémisse dans la bouilloire,
j’inaugure un nouveau carnet.
Celui dans lequel je consignerai tout ce que vous allez lire dans les prochains articles.
C’est un petit blanc avec des fleurs.
J’ai dû l’acheter dans un aéroport.
Taoyuan, ou Kaohsiung,
à moins que ça ne soit dans un musée.

L’eau frémit, je la verse sur la fleur et continue à écrire.

Cinq minutes après, je goute.
Pas assez corsé pour moi.
Le sucre des Oréo rendra la chose buvable mais il faut vite que je m’achète du thé.

Je passe sur le net pour dire bonjour à tout le monde,
me remets à m’écrire
et m’endors.

Mes rêves sont bizarres.
Dans le premier, je suis à Vilnius,
j’y donne un stage, ma tablette est défaillante et je me dispute avec les gens.
Pas vraiment le souvenir que j’ai de la Lituanie,
pas de très bon augure pour la suite.
(oui je crois aux prémonitions)
Dans le second rêve, je me dispute encore.
Je suis quelque part dans Kaohsiung en train d’attendre ma commande dans un bar à thé.
Les serveuses font ce que je déteste : elles discutent entre elles prenant peut de cas des clients qui attendent.
Quand elles posent ma commande sur le comptoir,
je leur dis ma façon de penser et leur balance mon verre à la figure.
Je quitte le bar d’un pas nerveux et remonte une avenue où j’entends quelqu’un m’appeler :
« Claudiio ! Cloowdio ! »
Et c’est étonnant parce que personne ne m’appelle comme ça.
Personne sauf parfois ... Cheng Wei.

Il est à la porte.
Je me réveille en catastrophe et vais lui ouvrir.
Il m’a laissé un message sur Messenger pendant que je dormais
pour me dire qu’il arrivait pour faire cette balade dont nous parlions hier soir.
Nous allons dans une de ces rues qui deviennent complètement « crowdy » les jours autour du Nouvel An.

Je prends une douche en catastrophe, choisis mes fringues à l’arrache.
« comment il fait dehors ?
- super chaud »  me répond mon pote
(alors qu’il est arrivé avec un splendide manteau trois quarts bleu)

Je lui fais confiance.
Juste un tee-shirt.
Nous descendons.
Dans l’ascenseur, Cheng Wei me dit qu’une copine à lui attend en bas.
Je l’engueule.
Il aurait pu me le dire plus tôt, j’aurais essayé de me dépêcher un peu plus
(même si je ne suis pas certain d’avoir pu faire mieux)
Il éclate de rire :
« don’t worry .. it’s ok »
Oui mais bon … quand même …

On dit bonjour au gardien (un nouveau ..)
et nous voilà dehors où le soleil a bien réchauffé l’atmosphère.

Cheng Wei a raison.
Il ne fait pas bon, il fait chaud, plus chaud qu’hier.
Le temps que l’on fasse les présentations
(et j’ai bien-sûr complètement oublié le prénom de la jeune fille),
un autre scooter arrive.
C’est Ha Bao.
Il me tend un casque.
Nous partons à quatre à travers la ville.

Zhongshan,
on tourne à droite sur Cisian,
nous sommes donc en direction du sud.
On s’arrête avant d’arriver à Sizhiwan.
Dans l’ancien centre-ville, le quartier de Yangchenpu.

Après avoir trouvé, non sans mal, une place pour les deux scooters,
nous entrons dans Xinyue Street.


La rue est étroite, gorgée de monde et de stands de toute sortes.
Nous tentons de tenir notre droite comme il se doit.
L’ambiance est entre la fête foraine et le night market.
On y trouve de quoi manger bien-sûr
- nous sommes à Taïwan ! -
du poulet, du bœuf, du porc, des fruits de mer,
cuisinés à la taïwanaise, à la coréenne, à l’aborigène.
Il y a évidemment toutes sortes de thés froids et de jus de fruits,
des choses, principalement séchées, à emporter.


Alors si les fruits au second plan sont des prunes.
Les boules noires dans la bassine rouge, sont des olives.
Si si ! on a vérifié la traduction !
Dans cet autre stand, il y a d’autre variétés.


Si vous regardez les étiquettes, il y a un idéogramme qui revient :

et il veut dire olive.
Je me paie le luxe de photographier en gros plan celles qui sont au centre
(et qui sont au tout début de l'article)
sans en acheter.

Dans un autre stand, il y a un cousin asiatique du saucisson,
qui se vend poivré ou sucré.
J’en achèterai au retour.

On remonte la rue
croisant des stands de vêtements, d’accessoires pour les smartphones (incontournables ici),
des jeux traditionnels


Alors que nous sommes au milieu de la foule,
la copine de Cheng Wei nous fait discrètement signe de regarder Ha Bao.
Le pauvre, il est désespéré.
C’est vrai qu’hier quand on a parlé des endroits comme celui-ci,
j’ai cru comprendre qu’il n’aimait pas trop ça.
« mais pourquoi il est venu ?
- pour nous tenir compagnie » me répond Cheng Wei avec quelque chose de bizarre dans la voix
qui me fait me dire que je n’ai pas tous les éléments de réponse.
On avance encore un peu dans la rue jusqu’au carrefour avec Dayong road,
à notre droite les accès à la station de métro de Yangchenpu.

Ha Bao se retourne vers Cheng Wei avec de la colère dans le regard.
Ça y est, je sais.
Il est venu ... à cause de moi.
On ne pouvait pas monter à trois sur son scooter !
Je me sens gêné.
« Ha Bao !! Je t’offre à boire la prochaine fois ! »
Il sourit, gêné à son tour.

On fait un petit tour vers les stands de Dayong, comme ce réparateur d'instruments
et puis on retourne vers les scooters.


Comme prévu, j’achète du porc séché.
La vendeuse nous dit qu’il y a une offre spéciale si on prend trois sachets.
Ils font ça très souvent ici, on y a eu droit pour les olives.
(à mon grand désespoir, ce genre de promotion existe aussi … pour les bières)

Une vendeuse d’un stand de tee-shirts nous fait beaucoup rire.
Affublée de verres de contact à la couleur improbable,
elle agite ses paupières ourlées de faux-cils mal posés.
Quand elle me voit, elle lance un « hello »
qui donne plus l’impression qu’elle va vendre d’autres services que les vêtements sagement rangés sur son étal.
« Lien paï »
Deux cents.
C’est donc le prix de ce qu’elle vent.

On passe notre chemin.
Arrivés au scooter, après avoir acheté du jus de canne,
on reparle de la jeune fille et tout le monde éclate de rire.
Mais en fait, on ne riait pas tous pour les mêmes raisons :
son « lien paï » qui m’avait semblé si limpide, était prononcé avec l’accent américain.
C’est vrai qu’entre le « hello » et ces deux mots, elle a eu une certaine hésitation.
Ce que je n'ai pas compris, c'est qu'elle cherchait comment on disait deux cents en anglais.
Mais comme ça ne lui revenait pas,
elle s’est lancée dans un deux cents mandarin avec l’accent américain, en se disant que ça marcherait peut-être ...
Forcément, je n’avais pas capté cette subtilité.
Cela dit, son objectif avait été atteint puisque j’ai compris bien plus clairement que d’habitude.
Sauf que je n'ai rien acheté ...

16h20.
Concertation.
Yung Hua arrive bientôt.
La jeune femme est jalouse et ne supportera pas de voir Cheng Wei en compagnie d’une autre demoiselle,
même si c’est en tout bien tout honneur ...
Il nous reste un peu de temps mais pas assez pour un coucher de soleil.
Ha Bao aimerait bien aller voir des « gamers » dans une salle de jeux en ligne toute proche.
Ça n’est pas trop ma tasse de thé.
Comme je suis l’invité, il obtempère (le pauvre ...).

Il a une autre idée,
Wude, un ancien temple à Gushan,
qui a été transformé en salle d’arts martiaux.
Ça n’est pas très loin,
et c’est au calme.

En route.


On ne peut pas tout de suite entrer dans le grand hall en bois entièrement car il y a une leçon collective.
On en fait le tour et on observe par les fenêtres.
Quand le cours est fini, on nous fait signe d’entrer.
Nous ne sommes pas les seuls à avoir fait le crochet par cet endroit.
La salle est magnifique … et bien fraîche.


Un élève profite de derniers conseils du professeur.


Ne pas se fier aux apparences.
Le maître n’est pas celui que l’on croit ...


16h50.
Il faut y aller.
Cheng Wei ramène sa copine ... et va récupérer sa fiancée à la gare (centrale !)
Ha Bao me raccompagne à l’appartement.
Ils me rejoindront là-bas.

La ville prend ses couleurs dorées de crépuscule naissant.
Les camions poubelle sillonnent la ville avec leur valse électronique en guise de sirène.
Nous passons la Love River dont les quais sont noirs de monde.
C’est le festival de la Lanterne.
Il faudrait que je tente aussi cette expérience
mais l’idée de passer des heures dans une foule compacte ne m’enchante guère.

Ha Bao me laisse à l’appartement.
On se dit « à tout à l’heure » car une sortie au Goodness Bistro est prévue.
(Yung Hua a râlé hier soir que l’on y soit allé sans elle).
Je remonte seul au 10e niveau.
Les deux clés,
les chaussures à laisser à l’entrée,
le soleil a réchauffé le studio,
mais il a déjà disparu derrière les collines de Gushan.


Je déguste le porc séché que je viens d’acheter avec une bière de la veille.
Encore un peu dans le jet lag, (et dans le contre coup du réveil en sursaut),
je somnole au lieu d’écrire.

18h.
Le téléphone sonne.
Message sur Messenger.
Ils arrivent.

Je tente d’avoir un visage à peu près réveillé.
Yung Hua est contente de me revoir et ça me fait chaud au cœur.
Elle pose sa valise dans un coin de l'appartement qui était anormalement vide
(maintenant je comprends pourquoi ...)
et nous sortons.

La demoiselle veut un café.
Le couple discute en mandarin.
Quand ils se sont mis d’accord, Cheng Wei me dit : « ok we take the MRT ».
À trois pour un scooter, le métro est effectivement la meilleure solution.

Direction la station de la gare.
Je dois recharger ma carte et Cheng Wei doit acheter un « ticket » pour un voyage
(ici, il revêt la forme d’un jeton).
La machine a toute une série d’options de langues.
Le mandarin, le taïwanais, le Hakka, l’anglais, le cantonnais, l’espagnol et aussi ... le français !
On s’amuse à écouter la voix doucereuse dire : « introduire les billets … »
Yung Hua trouve ça joli,
ça nous fait rire.

Nous prenons la rame qui se dirige vers le nord.
Houyi,
Aozhidi,
nous descendons.
Ça me rappelle la Septième Nuit quand je travaillais avec les adolescents chez la fameuse miss Lin.
et pour cause : on passe devant le studio, qui est exceptionnellement éteint à cause du Nouvel An.
Souvenirs.

Un peu plus loin, le Caffaina Coffee Gallery.
C'est là que nous allons.
Comme souvent ici, c’est ce qu’en France nous appellerions un salon de thé.
Tout un choix de cafés nature ou aromatisés à l’américaine, de thés bien-sûr
et ... des patisseries ...
L’endroit est réputé pour ses « soufflés » sucrés.
J’apprends à Yung Hua que c’est une recette française.

Nous montons nous installer au premier étage,
posons nos affaires pour réserver la table,
et descendons passer la commande.
Je ne suis pas tout à fait à l’aise à l’idée d’avoir laissé nos affaires comme ça sans surveillance.
Des restes de réflexes européens, l’habitude reviendra.

Nous remontons avec les boissons et les premières patisseries (dont un Saint-Honoré tout à fait honorable)
Pour les soufflés, il y a un temps d’attente.
On nous donne un petit cercle en plastique qui vibrera quand tout sera prêt.

Manger des gâteaux à l’heure (et en guise) de dîner.
D’autres conventions, d’autres manières d’envisager les repas.
C'est un des attraits des voyages, on se rend compte que les règles ne sont pas universelles.

On parle en détail du planning des semaines à venir.
Le studio que la Wei Dance Company occupe est dans le quartier où Cheng Wei habite, à Fongshan.
Il faudra que je m’y rende en métro et il viendra me chercher.
(je regarderai en rentrant s’il n’y a pas un bus direct,
et puis si ça se trouve ça n’est pas si loin du métro, mais le jeune homme en scooter ne marche jamais).
Nous nous partagerons les horaires disponibles.
Lui pour sa création d’avril et moi pour les chroniques.
Les horaires sont serrés.
D’autant que Wan Chu ne rentre d’Europe que le week-end prochain.
(il me semble vous avoir dit que mon collègue avait oublié de lui préciser les dates de mon séjour
et la danseuse avait organisé un voyage en Italie où sa sœur fait ses études pendant ces jours de vacances).

Les soufflés sont prêts.
Yung Hua descend les chercher.


Cheng Wei me demande si j’ai des projets pour l’avenir.
J’éclate de rire et lui dis que je vais déjà me contenter de finir proprement ceux qui sont en route.
Lui, en plus de la diffusion de ses propres créations dont il me parlait hier,
il a envie d’organiser un festival ... international.
« tu n’as pas envie d’être programmateur toi ? »
Je ris encore.
Pas sûr d’avoir l’envie,
et de toute manière, pour avoir essuyer les plâtres d’un nombre certain de nouveaux festivals
les deux décennies précédentes, je n’en ai pas l’énergie
et encore moins les moyens.
C’est bien d’avoir plein d’envies.

Ha Bao téléphone.
Il est occupé ce soir.
La sortie au Goodness Bistro est annulée.
Yung Hua n’est pas contente.
On remet ça à demain après la répétition.

Nous rentrons à l’appart’.
Je me couche sur le lit,
les regardant s’agiter dans ce lieu que nous avons en commun.
C’est étrange de voir d’autres que soi, vivre dans un endroit que l’on avait fait sien,
et d’y avoir d’autres habitudes, d’autres réflexes.

Nous allons fumer sur le balcon.
L’air s’est rafraichi.
Cheng Wei commence à réaliser ce qui nous attend,
ce qui l’attend.
Il va devoir pendant quatre jours de la semaine,
être chorégraphe pendant quatre ou cinq heures, et danseur pendant autant de temps dans la foulée.
Le flip commence à monter.
Il va falloir mettre les projets de côté et rester dans le concret pendant quelques temps.

22h30,
ils partent à Fongshan
squatter l’appartement des parents dans lequel j’ai dormi quelques jours il y a quelques années.
On se voit demain soir pour la première répétition.

Je sors mon carnet,
et j’écris,
enfin.

1h.
Je pourrais encore raconter des choses à mon carnet
mais si on répète demain soir, il vaut mieux que je sois en forme,
et puis il faudra que je prépare tout ça
et que je fasse des courses aussi.
J’éteins toutes les lumières,
laisse la fenêtre grande ouverte.

On verra si le froid me réveille cette nuit.





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