05/03/18 - 2 - Taiwan printemps 2018 - Jour 18 (2) - Rentrer ... Encore
remettre son corps
et son esprit
dans le « western world »
22h50, heure de Taipei
17h50, heure de Paris,
je déambule l’esprit ailleurs dans l’espace Duty Free de l’aéroport international de Taipei.
Le stress du début du voyage, qui s'est finalement déroulé sans accrocs, redescend peu à peu.
Je ne peux faire autre chose que de réaliser que ... je rentre.
Il faut que j’achète un stylo.
Les miens m’ont tous lâché les uns après les autres.
Je vais dans la boutique où j’ai eu acheté des Bouddha lors d’un de mes précédents voyages,
je trouve un stylo noir, à la pointe très fine comme ils en font ici
et je me rends mollement à la porte d’embarquement .
La D8.
Le hall d’attente est étonnant.
Ici, chaque porte a un thème.
Je me retrouve dans une ambiance faussement finlandaise,
du blanc et du vert partout,
des bancs en bois.
Cela pourtant des forêts ... taïwanaises ...
C’est pour ça qu’il y a si peu de monde.
Petit à petit, mes compagnons de vol sont déjà descendus à l’étage en dessous,
où se situe la vraie salle d’embarquement que je découvre à mon tour.
Les philippins en escale, et quelques « asian faces » attendent patiemment,
je profite du wifi pour discuter avec tout le monde.
Partage de tristesse avec Cheng Wei.
Discussion administrative avec Mike qui me rédige en express
une lettre d’intention digne de ce nom pour les dossiers de subvention à venir
(j’en ai déjà une mais il y avais quelques petites bêtises).
23h,
l’embarquement commence.
Comme souvent dans les longs courriers, l’appel se fait par zone.
Ici, il est plutôt respecté et du coup, tout va bien plus vite.
Siège 11K.
un hublot, comme d'habitude.
Côté couloir, mon voisin le plus proche en est déjà au tiers de son voyage.
Comme une collègue, Claire Baulieu, qui a emmené des élèves au Cambodge
dans le cadre d’un échange culturel inter écoles comme nous avions voulu le faire à Tsoying,
il arrive du Vietnam par une correspondance à Manille.
Cela devient semble t-il un nouveau lieu de regroupement des voyageurs de la péninsule indochinoise.
Voilà pourquoi ce vol est tant rempli.
Comme il parle anglais avec un accent assez proche du mien mais un poil plus haché,
je lui demande s’il est allemand.
Cela le vexe, il doit être suisse allemand.
Nous profitons de l’annonce de l’hôtesse qui nous demande d’éteindre nos portables
« ou de les placer en mode avion » pour abréger la conversation.
Personne dans le siège central,
promiscuité relative,
parfait.
Je me cherche un film assez soporifique pour que les alcools de l’apéritif et du dîner
surpassent une quelconque captivation.
Il faudrait que je dorme avant le désert de Gobi.
La ligue des Justiciers.
Ça me parait très bien.
L’hôtesse arrive … avec le plateau repas.
Il n’y a pas eu d’apéritif ?
C’est nouveau.
Décidément, ils font des économies partout.
Je bois très rapidement ce quart de vin rouge chilien chaptalisé pour qu’il fasse le plus d’effet possible
et une fois que les plateaux ont été ramassés, je m’endors pendant une des batailles du film
qui, comme prévu, suscite peu mon intérêt.
Je fais une nuit taïwanaise « classique ».
Endormi vers 1h, je me réveille six heures après.
7h à Taïwan,
minuit en France.
Je tente un rendormissement.
Non, ça y est.
Ma journée commence bel et bien.
J’écris un peu,
je joue sur ma tablette,
je pense à ce qui m’attend en arrivant,
à ce que j’ai laissé …
Il faut que je me change les idées.
Trouver autre chose à regarder.
(parce que la Ligue des Justiciers au réveil .. non … vraiment pas)
Cloud Atlas est encore dans les programmes.
Un drôle d’objet cinématographique aux images magnifiques même sur le petit écran des sièges d’avion
où les quelques acteurs jouent tous les rôles principaux dans quatre ou cinq histoires qui s’enchevêtrent.
Je ne l’avais pas fini à l’aller parce que j’avais plus l’esprit à l’exploration de mon fauteuil business class
et au séjour à venir,
qu’à suivre l’intrigue alambiquée.
Je reprends les histoires, là où je me souviens les avoir arrêtées.
Et puis je change d’avis.
J’ai le temps de reprendre du début.
La Corée du futur, le Royaume Uni du XIXe siècle, les années 70 …
Plus j’avance dans le film,
plus je comprends qu’il n’y a rien à comprendre,
alors je me laisse bercer par la beauté des images
en m’amusant à retrouver quel interprète joue dans chacune des histoires.
Mon cher compagnon de vol se réveille.
Je profite de le déranger pour aller aux toilettes.
Quand il voit, à mon retour, que je me suis attaqué à Cloud Atlas,
il me dit qu’il n’y a rien compris.
Je lui donne mon point de vue.
Il coupe court à nouveau, à toute discussion.
L’hôtesse nous sauve encore :
elle distribue les traditionnelles serviettes chaudes.
Décidément, on n’est vraiment pas sur la même longueur d’ondes.
4h,
heure de Paris,
petit déjeuner.
Les œufs brouillés et les saucisses ont trop attendu dans les cuisines de l’avion.
Bien mastiquer pour oublier la croute sèche qui couvre la plâtrée jaune,
ne pas trop regarder ce qui fait office de charcuterie.
Dehors, on aperçoit déjà les golfes aux contours éclairés par les lumières des routes.
L’Europe est là.
La Lituanie peut-être.
Je pense aux séjours que j’ai passés là-bas.
De bien jolis souvenirs,
j’y retournerai un jour.
Le film s’achève quand on annonce l’atterrissage.
Ça s’agite de tous les côtés.
Rush aux toilettes,
mélange d’odeurs de lingettes, de café, de thé, de pain tiède et d’œufs refroidis.
Schiphol,
5 degrés.
Les roues du Boeing crissent sur le tarmac de la piste quand le ciel sort de la nuit.
Nous sommes en avance.
Comme d’habitude,
les musiques des portables retentissent,
les ceintures de sécurité claquent et la majorité des passagers sont déjà debout.
Pour rien.
Les passerelles ne sont pas avancées et il n’y a aucune correspondance pour le moment.
Je reste assis le nez à la fenêtre.
J'y resterai bien … jusqu’à l’été prochain …
Les portes s’ouvrent,
le flot d’humains se déverse,
je prends mon temps.
J’ai trois petites heures de correspondance,
il va faire froid,
aucune raison de courir.
Tot siens !
Thank you ... Bye bye
Le personnel naviguant cabine s’est mis en boucle sur les phrases d’au revoir.
Mon voisin est parti.
Je remplis mon sac vert,
vérifie que tout est en place dans le sac marron,
récupère le précieux sachet de la boutique de thés ...
Soupir.
Je remonte l’allée,
dit au revoir aux hôtesses et remonte la passerelle où l’air froid remonte par les jambes de mon jogging.
6h20,
je suis dans les files d’attente pour les contrôles.
Les bagages d’abord,
le passeport dans la foulée.
Je pensais qu’il y aurait moins de monde mais visiblement,
il y a plusieurs longs courriers qui viennent d’arriver des quatre coins du monde.
Toutes les couleurs de peau, de cheveux,
les regards endormis,
les classiques râleurs, ceux qui veulent doubler,
Taiwan est loin.
À Schiphol, on est efficace.
Le contrôle des bagages est bien plus rapide que je ne le pensais
et l’automatisation du contrôle des passeports me permet de passer
sans avoir à expliquer que je rentre tout bêtement chez moi.
Pour une fois, je me sens européen.
Et j’en vois d'autant plus les avantages quand je vois les nouvelles files d’attente
qui se forment devant la ligne des guichets dédiés aux extra-communautairess
où les agents hollandais de la police de l’air et des frontières attendent avec une mine qui ne respire pas l’accueil.
Un couloir ou deux,
par la fenêtre la fin de la lumière d’ une aube,
le long tapis roulant,
des touristes perdus,
d’autres qui immortalisent leur arrivée par un selfie,
la cohue aux toilettes pour troquer le short contre un pantalon,
les tongs pour des baskets,
on sort les vestes des sacs
et on plonge dans l’immense centre commercial lui-aussi encore endormi.
Je descends de la mezzanine où se situe le Lounge KLM
Cet après-midi qui j'y ai passé à l’aller ...
C’était bien quand même.
Je choisis cette brasserie
« Café et chocolat »
(en français dans le texte).
Peu de monde et une jolie vue sur les pistes.
Un triple expresso et une pâtisserie choco caramel noisette,
il me faut bien ça.
Au moins.
Je repère une place près des immenses baies vitrées,
le soleil s’est levé pendant que je traversais l’aérogare
mais une bonne couche de nuages bataves empêche d'en apprécier les bienfaits.
je bois une gorgée de café et préviens Cheng Wei de mon arrivée.
« landed »
Des françaises s’installent sur la table voisine.
Elles arrivent d’Irlande
et bien-sûr,
elles ne sont pas contentes.
Le vol avait du retard
(en même temps, si on décide de voyager le moins cher possible par des compagnies low cost,
il faut s’attendre au pire)
les miroirs à Dublin étaient grossissants,
le passage à la sécurité a pris bien trop de temps,
le village était décidément bien peu accueillant,
elle « ne fera pas de livre de voyage »,
et ma préférée :
« il vaut mieux parler anglais quand on voyage à l’étranger »
Au moins, elles auront appris quelque chose ...
Il y a aussi :
« On range les plateaux ?
- oh ben non ! à 4 euros 70 pour ce qu’on a pris, ils peuvent bien le faire eux-mêmes »
Heureusement qu’elles s’en vont.
Alors que le calme revient, je raconte succinctement l'histoire à Cheng Wei
et sors mon carnet pour vite noter toutes ces perles avant de les oublier.
J'en profite pour finir de dire au carnet noir ce qui lui manque du voyage.
Cheng Wei me répond.
Il fait 23 degrés à Kaohsiung.
Il trouve ça frais.
Je le déteste.
Le soleil dépasse enfin les passerelles qui nous relient aux avions.
KLM m’annonce sur le portable que mon vol est à l’heure et que la porte d’embarquement est toute proche.
J’ai bien fait de choisir ce café,
mais je me méfie,
un des messages d’annonce que l’on entend le plus à Schiphol
est celui concernant les changements de porte.
Maintenant, ça parle néerlandais, anglais, espagnol,
mais pas assez fort pour que je comprenne quoi que ce soit,
et c’est tellement mieux comme ça.
La lumière est assez belle, je m’amuse avec les reflets des abats-jours sphériques.
elle plonge son sachet de thé dans un peu d’eau chaude
et y noie un pot de lait.
Je regarde mon joli sac plastique et mes kilos de Oolong ...
Des italiens viennent occuper la table des françaises,
le volume sonore remonte,
cette dame informe toute sa famille, et probablement aussi quelques amis,
du fait que l’avion a bien atterri et qu’elle est vivante.
Si elle pouvait aller le faire ailleurs ...
Mon vœu est exaucé,
leur vol est annoncé à une porte, loin,
ils partent,
elle est toujours au téléphone.
ou alors celui qui vient d’atterrir juste à côté,
en tous cas, je ne suis pas loin,
c’est bien.
Le soleil est parti se cacher sous une autre couche de nuages
J'ai froid.
Le jogging léger ne suffira pas.
Je passe aux toilettes remettre l’autre jogging trop serré qui fait office de caleçon long.
Changement inverse de l’aller.
Ça y est.
Du point de vue vestimentaire aussi,
je suis revenu.
Porte C7,
il n’y a presque plus de places assises.
En fait, si, il y en a,
mais elles sont occupés par les sacs, les valises, les pieds de voyageurs qui n’ont pas pris le temps d’imaginer
que d’autres voudraient peut-être s’asseoir.
Je vais m’installer sur des sièges à la porte suivante.
On annonce l’embarquement.
Il y a déjà une longue file d’attente.
Les passagers prioritaires et les familles avec enfant ont du mal à se frayer un chemin jusqu’aux hôtesses.
L’avion est au moins deux fois plus petit que le précédent,
mais on prend plus de temps,
Taïwan, ça n’est plus du tout ici.
Rituel d'avant décollage,
je passe aux toilettes
et maintenant que la plupart des passagers sont assis dans l’Airbus,
je présente ma carte d’embarquement en remerciant en anglais,
pour la dernière fois du voyage.
Schiphol,
il est presque midi.
Vol sans encombre le casque sur les oreilles,
jouant pour m’abrutir,
et donc somnolant un peu,
jusqu’à ce que le commandant annonce la descente.
On atterrira par le sud.
Voilà Marseille.
Grand ciel bleu,
c’est déjà ça.
Je rentre.
Ce chapitre des chroniques s’arrête ici.








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