04/03/18 - Taiwan printemps 2018 - Jour 17 - la répétition de Cijin (enfin ... ce qu'il m'en reste)


des pages blanches dans mon carnet,
fouilles et enquête pour retrouver des traces de vie,
trous de mémoire pour moi,
et pour une danseuse,








Dimanche 4 mars

7h,
je suis encore dans le noir des rideaux de l’appartement.
La radio distille les informations.

La soirée d’hier a été plutôt sympathique ma foi.
J’ai acheté une veste gris chiné sans boutons qui, comme prévu, se porte beaucoup ces temps-ci du côté de Séoul
et nous sommes allés voir « Red Sparrow » au cinéma,
l’histoire de l’apprentissage d’une danseuse russe qui devient une espionne.
(je ne vous en dis pas plus, au cas où vous compteriez voir ce film d’une manière ou d’une autre).
Comme je vous l’ai expliqué hier, c’était une soirée cinéma « de luxe »
avec dîner servi à la place pendant que nous regardions des images animées sur un écran géant
confortablement installés dans de larges fauteuils.
Résultat des courses ?
Disons que l’extrême confort des fauteuils (super dangereux en cas de film soporifique)
a compensé la qualité moins que moyenne du dîner.
Il valait mieux ça que l’inverse.
Après tout, on était surtout là pour regarder un film.


7h20,
je me lève enfin.
J’ai de velléités légères d’aller vers le Pier 2 faire des photos.
Chaque fois que je suis passé près de l’ancienne gare de marchandises,
que ce soit en tramway ou en bus,
je me suis dit que revenir à un moment où il n’y aurait plus personne pour y faire quelques photos,
ça vaudrait sûrement le coup.
Les œuvres d’arts, les wagons restants, le lieu quoi ...
mais sans les gens.
L’avantage de ces latitudes, c’est que le soleil se lève tôt.
En prenant un des premiers métros, je devrais arriver bien avant les premiers touristes.
De là, je pourrais continuer mon safari jusqu’aux allées des anciens docks désaffectés
et profiter de ce que tout le monde en est encore au petit déjeuner pour faire quelques clichés intéressants.

Ce joli programme pourrait très bien convenir à ce dimanche matin.
D’autant que j’aurais le temps de me reposer dans la journée avant la répétition du soir.

J’ouvre les rideaux.
Grand ciel gris.
Je me recouche.

8h,
je me repose la question,
en me disant que même sans grand soleil, cela peut être intéressant.
Et puis je jette l’éponge.
J’irai peut-être demain si je fais mon sac ce soir
mais je n’y crois pas une seule seconde.
Probablement, l’été prochain ...

Je prends mon petit déjeuner et j’écris.
Dans mon carnet à fleurs.
J’en suis à fin février.
Les jours juste avant le départ.
C’est marrant de parler des prémices du début de ce séjour alors que je vis déjà ceux de la fin.

Je reste scotché au lit les deux heures suivantes.
Passant du carnet à la tablette,
gribouillant dans le carnet les petits événements plus ou moins jolis que j’ai vécus ces trois dernières semaines
ou mettant en forme « tapuscrite » les souvenirs et les ressentis
déjà écrits un peu n’importe comment dans mon carnet noir.

Les voisins du temple sont bruyants aujourd’hui.
Pétards, musique.
Ils fêtent quelque chose.

Peut-être est-ce en rapport avec le spectacle auquel m’a invité Su Ling ce soir ?

Ah tiens ...
Je crois que j’ai oublié de vous raconter la suite de cette histoire.
Après le lapin grande taille que m’avait posé la directrice du lycée la semaine précédente,
j’ai finalement reçu un message.
Elle s’y désolait de m’avoir raté,
m’expliquait qu’ils étaient souvent à l’extérieur ces temps-ci
à cause de la participation du département danse à une grande fresque historique
commémorant des événements importants de la ville
et m’invitait à venir en voir le résultat hier soir ou ce soir.


J’avais botté en touche pour le spectacle.
Hier soir, il y avait shopping et ciné
et pour que j'y sois ce soir, il aurait fallu modifier les horaires de la répétition.

L’idée d’annuler ma soirée entre amis ou de décaler ces quatre heures de travail
pour aller voir ces jeunes gens parler de l’histoire de leur ville m’a effleuré l’esprit,
un peu comme les velléités de la gare du matin,
et puis je me suis dit que j’allais me retrouver seul, au milieu de centaines de gens,
à ne pas comprendre un mot de ce spectacle entièrement en taïwanais non sous-titré,
sans pouvoir trouver l’accès aux loges ou de la régie, avant, pendant ou après.
Faire tout ça pour ne voir ni les lycéens, ni mes collègues enseignants, ni Su Ling, noyé dans une foule d’inconnus,
est-ce que ça en valait vraiment la peine
vu le peu de considération que j’ai eu ces derniers séjours du côté de Tsoying ?
J’ai décidé que non.
Ce soir, je vais répéter
et profiter de ces derniers moments avec ceux qui sont le plus souvent à mes côtés ces temps-ci :
Wan Chu et Cheng Wei.

Mais je m’éloigne du récit de ce dimanche,
j’écris donc un peu partout et par tous les moyens
ce qui nous emmène jusqu’à midi.
Qu’ai-je fait après ?
Mystère.
Dans mon carnet c’est pages blanches.

Et six mois après - et quels mois ! - je dois dire que je n’ai plus beaucoup de souvenirs précis.

Alors pour pouvoir vous raconter des choses que je n’aurais pas inventées,
j’ai fait des recherches sur les réseaux sociaux, dans le carnet de répétition.
(c’est d’ailleurs assez drôle de tenter de déduire ce que l’on a fait de sa vie
en analysant les fragments que l’on en a laissés ça et là ...
un peu comme un historien, un enquêteur ou un archéologue tentant de reconstituer la vie d’un inconnu)

Je peux vous dire que j’ai publié des articles sur le blog,
que j’ai aussi mis en forme des vidéos,
que j’en ai partagé quelques unes avec vous,
mais pour ce qui est du fond,
de la gestion de ma mélancolie et de tout ce genre de choses,
la seule piste probable eu égard à ce que j’ai écrit à propos du lundi matin,
(et que vous découvrirez donc dans le prochain article) est que nous avons fini la soirée au Goodness Bistro.
Lieu que nous appelons dorénavant, chez Peter, prénom anglais du patron du lieu.
Je suppose que nous avons parlé de l’été,
que nous avons espéré que l’avenir fût radieux
et que ça nous a emmené après minuit où l’un des deux garçons m’a ramené,
à moins que l’on ait commandé un taxi.

Avant ça,
j’avais fait une lessive.


Et j’avais dû me dire que le ciel devait être assez beau pour aller voir la mer
(la photo de couverture prise à 17h25, juste après celle de la machine, en atteste)
mais que je n’avais pas eu l’énergie pour le faire.
(d'ailleurs, je me demande pourquoi j'ai pris une photo de la machine ? pour m'en souvenir peut-être)

Je peux aussi vous dire que côté danse,
grâce aux vidéos de fin de répétition,
nous avons travaillé Cijin,
que les choses ont plutôt bien avancé
et que ma foi avec la répétition de demain, nous devrions être plutôt dans les clous.


Et là,
le cerveau est fantastique.
À propos d’oublier,
quelque chose me revient à l’esprit.

Ce dimanche-là,
Wan Chu a eu une grosse absence.
Elle n’a eu aucun souvenir de la répétition du dimanche précédent.
Je me souviens de cet épisode parce que justement, on se remettait à travailler la même chose,
à savoir la traversée en scooter, le fameux 7 temps de l’angoisse,
et que la situation était inversée :
Cheng Wei se souvenait de tout alors qu’il avait ramé la semaine précédente,
et Wan Chu, qui m’avait étonné par son efficacité à tout retenir sept jours plus tôt,
était en total black out.
Comme si elle n’était pas venue.

Je me souviens lui avoir dit que je téléchargerai la vidéo de la répétition du premier dimanche dans la tablette
et que l’on y reviendrait le lendemain pendant les dernières heures de travail.
Les dernières ... déjà.

Un souvenir en entraînant un autre,
ce dimanche, elle était aphone et un peu fébrile.
Probablement, une des raisons de la disparition du 7 temps de son cerveau.

Donc contrairement à ce que j’ai écrit avant la vidéo,
nous n’étions pas du tout dans les clous la veille de mon retour en Europe.
Restait demain pour rectifier le tir.



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