03/05/18 - la dernière ligne droite française - Jour 9 - Martigues - vitesse de croisière en vue


prendre un rythme quotidien, 
laisser la pièce se révéler et transmettre une nouvelle danse
quelques prises de bec,
et une soirée sur les rotules.









Jeudi 3 mai 2018, 7h


Non parce que ce matin, me réveiller à 6h comme hier,
ça n’a pas été possible.

Les effets sur mon corps du vin et du Bardouin sont aussi mauvais en ce début de journée
qu’il a été bon de se détendre hier soir en les buvant.

Après le petit déjeuner, j’ai encore presque une heure pour avancer les choses.

Pour la vidéo, la principale partie de film manquante, c’est ce qui apparaîtra pendant la chorégraphie de « Rentrer »

Je vous en ai déjà parlé ici mais je crois que vous rafraîchir la mémoire n’est pas du luxe
(en plus, je suis sûr que certains d'entre vous n'auront pas le courage de relire l'article au bout du lien,
dommage parce que j'y explique plein de choses notamment comment j'ai fait la musique ...).
Donc pour « Rentrer »
, j’ai repris une idée que j’avais déjà utilisée dans une autre pièce : « Correspondance(s) ».

Celle de montrer au public quel est mon périple pour joindre mes deux lieux de création.

Pour « Correspondance(s) » c’était de Marseille à Turku en Finlande
et c’était une des premières vidéos du spectacle.

Là, c’est l’inverse.

Je vais montrer le chemin du retour et ce sera l’avant-dernière vidéo.
Vous avez l’exemple d’une des images du film dans la photo juste au dessus.

Donc vers 8h,
en fouillant dans mon ordinateur, je retrouve les fichiers originaux de la création franco-finlandaise.

C’était en 2011.

Sept ans déjà.
Et depuis, je n’ai fait qu’un seul et même voyage, mais une bonne douzaine de fois,
Ilha Formosa ...


Avec les anciens fichiers, j’ai déjà tous les noms français et toutes les flèches.

Il ne me reste plus qu’à écrire la partie taïwanaise et à tout construire,
image par image,
encore une montagne qui me coince le plexus,
mais si je l’ai déjà fait, je peux le refaire.

Je m’arrête vers 8h45 pour me doucher et préparer mes affaires.


9h 11,
j’envoie un message à Cheng Wei pour qu’ils puissent quitter l’appartement de Soline.
9h15,
je suis à la voiture.
9h20,
je passe au point de rendez-vous,
ils ne sont pas encore là, je fais un tour du quartier.
9h25,
ils sautent dans ma voiture,
circulation fluide.

10h05,
nous arrivons à Martigues presque à l’heure.
Comme la veille.
À croire que nous prenons une vitesse de croisière.

Bon, Anaïs et Mike sont déjà là,
évidemment.
Ça n'est pas encore cette fois que nous serons les premiers ...



On se fait une barre complète et un filage,
qui, maintenant, est quasiment complet.
Les choses se placent.
L’huile se diffuse dans les rouages.
L’ordre devient clair et logique pour tous.
On sait où puiser de l’énergie,
où se poser pour être efficace dans les moments complexes.
Les angoisses du début de semaine sont loin.

On est dans le boulot, tous.
Ça fait du bien de voir l’horizon s’éclaircir.
Même si je suis sûr maintenant, qu’il va falloir mettre une croix sur un texte
« la déchirure »
au grand dam de Mike qui l'aime beaucoup.
Mais il nous reste encore deux danses d’ensemble à construire.
Et elles me semblent plus importantes que cette dernière histoire, aussi belle soit-elle.

Bon, il y a aussi sûrement le fait que je suis seul à danser sur ce texte,
et que je ne me sens pas trop de le faire.
Pas assez serein,
pas assez fort,
trop fatigué,
un peu fainéant sûrement aussi …


13h30,

pas le temps de commencer quelque chose d’autre après le filage.
on fait la pause.

On a bien travaillé de toutes façons.

En plus, nous sommes tous fatigués.
L’inquiétude du tout début de semaine est sournoisement remplacée par une autre :
celle que les corps tiennent.

Mes genoux sont plus douloureux que jamais,
mais surtout, je ne suis pas le seul dans ce cas.

Il ne faudrait pas qu’ils se blessent.

Je crois que la pièce peut se faire sans moi,
mais sans eux, on ne s’en sortira pas,
pas aussi bien.



Pas la peine d'aller au Carrefour Market, il y a des choses dans le frigo.
On déjeune dans le patio du Site Picasso,
notre patio maintenant ...

On se sent bien dans cette maison
mais qu’est-ce que je suis fatigué !


Alors que nous finissons ce qui nous fait office de dessert,
je dis à Anaïs :
« il va falloir s’attaquer à « Rentrer »
Elle ne me dit pas non,
comme d'habitude,
mais je sens que pour elle aussi, maîtriser cette chorégraphie,
qui est en grande partie responsable de mes genoux endoloris,
et dont la partition est à peine plus simple que celle de « la traversée »
ne va pas être des plus tranquilles.

14h45,
on se lance.
Wan Chu et Cheng Wei ont déjà appris quasiment tout le matériau.

À La Ciotat, dans le stage de Manosque, au Vieux-Port où nous retournons ce soir ...

Le plus complexe, c’est bien la structure.
L’ordre des phrases, les directions,
du pur Claude Aymon diraient certains.
(et c’est dans ces moments-là que le Claude Aymon déteste royalement le Claude Aymon chorégraphe)

Pour corser le tout
- comme si ça ne suffisait pas -
cette chorégraphie tourne essentiellement autour de trois phrases,
qui commencent exactement par un même mouvement,
douloureux pour les genoux,
un mouvement qui est le cousin germain d’un de ceux que Cheng Wei a dans son solo en leitmotiv.

Le pauvre.
Il est un peu plus perdu que nous d’ailleurs, ce qui n'est pas peu dire,
et c’est bien normal.


Pour les comptes, les directions, Anaïs est notre point de repère
.
Comme lorsque nous nous sommes plongés à quatre dans la fameuse « traversée ».
J’ai aussi une vidéo de contrôle mais c’est quand-même bien plus agréable de se caler sur elle ...
tant pis si elle se trompe ...
enfin, je vérifierai plus tard ...
peut-être ...

16h25,
c’est dans les corps.
Je filmerai demain.
Tout le monde est crevé
et il faut que j’aille voir les techniciens, à qui je n’ai pas donné beaucoup de travail pour le moment.


Je monte les voir en régie et propose que l’on teste les vidéos
promettant de m’attaquer aux lumières demain sans faute.
Le technicien qui est au son et qui (si vous avez tout suivi) est aussi en charge du vidéoprojecteur,
allume l'appareil.

Problème.

L’image est déformée.
(pour ceux qui s’y connaissent en image, on est dans un souci de format entre le 4:3 et le 16:9)

Et, double problème,
le bonhomme ne voit pas de différence :
« c’était comme ça hier »
Comme j’ai déjà eu une discussion contrariante avec lui la veille à cause des micros,
j’essaie de garder mon calme et cherche une solution pour lui prouver que j’ai raison.
On reprend les images du coucher de soleil, que l’on a testé mardi,
elles sont toutes aussi déformées.

Angoisse.

Je me vois déjà en train de tout remettre au format.

Nuit blanche en perspective.
J’aurais aimé que Sylvain soit là.

De part sa fonction de vidéaste et aussi sa stature.

Les deux bons mètres de mon ami auraient sûrement accéléré les choses.

Je ne veux pas que mon projet soit gâché par ça.

En plus, on est presque dans les temps maintenant.
Je ferme mon visage,
refroidis ma voix,
et insiste lourdement auprès de mon interlocuteur, qui n’a pas l’air de trouver ça très important,
puisque « c’était comme ça hier »
Je pense qu’il y a un réglage à faire sur le rétroprojecteur.
Je lui demande avec toute l'insistance possible, d’aller vérifier.

Au bout d’un temps certain, il lâche prise.
Il va vérifier l'appareil en me faisant bien sentir que c’est inutile mais que bon, s’il n’y a que ça pour me calmer,
il va le faire.

Il quitte la régie en marmonnant, descendant la salle, triture la télécommande,
l'image reprend la taille idéale.
J’avais raison.
En revenant, il me donne l’explication ... que j’écoute à peine,
étant concentré à garder mon calme pour éviter de lui dire le fond de ma pensée
notamment par rapport au temps que l’on vient de perdre.

On file toutes les danses où il y a de l’image,
ce qui permet à son collègue avec qui je vais travailler les lumières
d’avoir une meilleure idée de ce sur quoi on va travailler demain.
J'ai le bonheur de vivre ce qui se passe sur scène et sur l'écran dans le duo au parapluie,
et aussi dans « Cijin ».

C’est beau.

Qu’est-ce que c’est beau !
En tous cas, ça me plait.

Et c’est déjà bien.

17h30,
on est dans la voiture.

Il ne faut pas traîner.

J’ai cours dans une heure et la circulation va forcément être très dense.



18h20,
nous sommes au Vieux-Port.

Je cherche une place.

En vain.

Tant pis.

Je vais dépenser trois bonnes heures de parking souterrain.



18h30,
la voiture a trouvé sa place au second sous-sol.

Je propose aux taïwanais d’aller se reposer et de me rejoindre au deuxième cours.
Anaïs étant partie répéter avec une autre compagnie avec laquelle elle danse samedi,
je sais que, crevé comme je suis, j’aurai besoin d’eux.
Pourquoi pas au Bistrot l’Horloge ?
Aujourd’hui, Wan Chu a l’air d’accord.

20h,
le premier cours m’a pris ce qu’il me reste d’énergie.
Je descends au parking avec Éric du théâtre des Chartreux
pour qu’il récupère quelques affiches dans celles qui restent dans mon coffre.

Je passe ensuite récupérer Wan Chu et Cheng Wei qui sont en train de payer quand j’arrive :
« we had dinner ! »
Ils ont diné à l’heure taïwanaise,
 pour une fois ...
Personnellement, je n’aime pas du tout manger avant de danser.
Mais ça n’a pas l’air de leur poser de problème.

Pour le deuxième cours, je montre peu,
je les laisse faire,
la classe est belle.
On travaille une des variations de « rentrer »
et les taïwanais tirent le groupe vers le haut.
Dommage que je n’ai pas plus d’énergie pour les accompagner.

Mais je crois que tout le monde comprend.

22h et des grosses poussières,
nous sommes à la voiture,
je dépose mes amis chez Soline,
pour la dernière fois,
demain, ils repartent chez Jennifer,
qui les attend avec impatience.



Minuit,
je suis au lit,
et je ne fais pas long feu.


La journée a été bien remplie.


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