01/05/18 - la dernière ligne droite française - Jour 7 - Escale à La Ciotat


finir ce solo à deux cœurs, 
transmettre au danseur principal
la partition d'un duo créé par le remplaçant,
voir naître une belle complicité.









Mardi 1er mai,
15h


Alors vous vous demandez peut-être pourquoi je ne commence la journée qu’à 15h.

Et bien parce que je ne peux pas vous raconter ma matinée
parce que je n’en ai absolument aucune trace.
Rien dans mes cahiers,
pas un film, pas une photo,
rien dans les ordinateurs,
aucune trace de conversation avec mes amis sur les messageries multiples et diverses.

J’en déduis donc que nous avons décidé hier soir,
du fait qu'aujourd’hui, nous ne répétions que l’après-midi
et que le rendez-vous était donc à 15h, en bas de chez moi.

Mes recherches presque approfondies m'ont cependant permis de retrouver
une conversation avec mon Sylvain.
Je lui ai raconté que je visionnais les vidéos de la veille.
et à propos de vidéo, il m’a dit avoir des soucis de format avec son nouveau vidéoprojecteur,
celui qu’il compte utiliser pour notre passage chez lui,
qui approche à grands pas puisque c’est que c’est dans douze jours …
(Douze ! Jours !)
Comme cet appareil est chinois, et que certaines inscriptions apparaissent en mandarin,
je lui ai proposé de contacter Cheng Wei.
Même si le mandarin de Chine continentale n’est pas exactement le même,
je sais que notre ami le lit sans problème.
Mais Sylvain a préféré continuer à chercher une solution par lui-même.
Il y a encore douze jours finalement
(Douze ! Jours !)
On verra bien quand on sera là bas …

Donc à 15h,
j’ai regardé par la fenêtre,
où Cheng Wei était là, discutant paisiblement au soleil avec une jeune coréenne rencontrée la veille chez Soline.
Je descends.

Après un bonjour très asiatique (pas de bises, ni de serrement de mains),
Cheng Wei me demande si la jeune danseuse peut venir assister à la répétition.
Je lui dis que bien-sûr il n’y a aucun problème.
C’est toujours agréable de voir des gens qui sont intéressés par ton travail.
Nous partons à la voiture,
qui est tout proche pour une fois,
l’avantage des jours fériés …
Il laisse monter la jeune fille à l’arrière et nous partons.

Nous traversons le centre-ville désert.
Il y a peu de circulation aujourd’hui.

(le premier mai ... c'est sacré ! Enfin ... pas toujours pour les danseurs ...)
Alors que nous prenons l’autoroute, je me rends compte que j’ai oublié mon téléphone.

Pas grave, je n’ai plus personne à prévenir puisqu’il est là.
Il faut juste espérer qu'Anais, qui nous rejoint vers 17h n'aura pas de contretemps.
Mais pourquoi en aurait-elle ?

Pour alimenter la conversation (et pour être sûr que les choses soient claires),
j’explique à la jeune fille ce que l’on va faire,
en l’occurrence le solo de Cheng Wei pour commencer,
puis le duo au parapluie avec Anais.
Je la préviens que je vais me concentrer sur ces deux danseurs
et que je n’aurais pas trop temps de m’occuper d’elle.
Elle me dit que ça lui est égal,
elle a juste envie de regarder comment on bosse.
Les choses sont posées, on peut continuer.

15h30,
nous sommes dans le studio.
La lumière que laisse entrer les grandes baies de ce bel espace sous les toits,
est affaiblie par le ciel gris de la pluie de la veille, mais il fait bon.

Je dis à Cheng Wei se chauffer un peu comme il veut pendant que je réfléchis à la suite du solo.

Il se jette par terre.
La jeune danseuse fait de même.
Il y a un contraste saisissant entre la relative lenteur du taïwanais qui se prépare à travailler avec moi
et la coréenne dont la mise en route corporelle est particulièrement dynamique.
Des énergies et des univers radicalement différents.

Une fois que j’ai un début d’idée pour finir le solo,
je propose aux deux danseurs de faire le premier exercice de la barre,
histoire de recentrer les énergies de tous,
et de partir du même bon pied.

Pour ceux qui me connaissent, vous savez que ce premier exercice est toujours relativement calme.

Et bien même là, la danseuse est bien trop dynamique.
C’est impressionnant.
Si l’idée de travailler dans la compagnie lui avait traversé l'esprit,
j’espère qu’elle a la clairvoyance de voir à quel point elle est loin de mon travail.
Il faudrait, beaucoup, mais vraiment beaucoup de travail préparatoire pour qu'elle rejoigne l'équipe,
qui est plutôt homogène maintenant.

L’exercice commun d’échauffement terminé,
on continue donc le solo,
(qui se finit donc en duo comme je l’ai expliqué à mon ami, et donc à vous, ici)
Quand nous nous étions quittés en février, il restait un trou d’une bonne minute
entre ce qu’il dansait réellement seul et la fin à deux que je lui avais montré.

On travaille comme on l’avait en février :
je propose, il fait, je corrige
et quand ça me plait, il propose une suite à ce que je viens de faire, que je modifie si besoin est,
puis je continue à partir de sa proposition,
et ainsi de suite.
Le jeune homme se bat pour être au plus proche de ce que je fais, de ce que je lui demande,
en accord avec la musique, avec ce qu’il a compris du thème,
en l’occurrence : ce qu’il est.
Ses propositions sont cohérentes, l'échange est fluide.
Un travail dans le plus pur plaisir.
On est arrivé au point de jonction (mon entrée en scène) quand Anais arrive.

Il est 17h.

On profite du temps nécessaire à l'échauffement de la danseuse pour faire tourner ce solo nouveau,
en liant la partie récemment créée à ce qu’il connaît déjà.
Voilà, le solo de Cheng Wei est bouclé.
On filme.



On passe au duo au parapluie.
Une nouvelle aventure.
Anaïs change de partenaire, et je transmets à Cheng Wei ce que j’ai imaginé pour eux
avec cette partie centrale que j’ai d’abord créé avec mon amie Soussou à la Réunion.
On a une vidéo de contrôle
(allez, je vous la remets ...)


mais je les laisse faire,
c’est leur duo,
je n’étais qu’un remplaçant.
Je veux qu’ils s’approprient la proposition même si le rythme et les formes sont un peu transformées.
Il n’y a qu’un seul point de repère musical,
le début de la musique suivante : Cijin.
Ils doivent absolument sortir de scène dans les premières mesures.

Petit à petit, Cheng Wei prend ses marques.

Anaïs s’adapte aux proportions de son nouveau partenaire,
et très rapidement, je les entends se mettre d’accord sur les prises dans les portés,
les directions, les dosages d’énergie ...
Quand elle doit accélérer, quand il doit ralentir,
parfois l’inverse,
on n’a à peine passé la première heure qu’ils sont déjà complices.

Que ça fait du bien !

On plie bagages à 18h30 en laissant la chose en l’état
- et c'est un bel état -
que l'on filme bien-sûr.


On se quitte sur le parking.
Anais rentre avec sa légendaire voiture rouge.
Elle repart vers Aix et nous rentrons à Marseille.
Je ne peux pas ramener les deux jeunes asiatiques jusqu’à leur lieu de villégiature
car j’ai répétition à la MPDS avec mes élèves du mardi soir.

Pas trop la tête à ça mais ma double vie de professeur chorégraphe a parfois ce coût là.
Je les dépose au métro la Fourragère.
Cela ce qui m’évite de traverser une partie de la ville.

De cette station, ça n’est pas compliqué vu que c’est le terminus de la ligne.
Ils n’ont qu’à aller jusqu’au Vieux-Port, et de là, ils connaissent la route pour retourner chez Soline.


Quand je rentre après la répétition, je retrouve mon portable sur le sofa.

Appels en absence.

Cheng Wei !
Je me demande pourquoi il appelé,
surtout plusieurs fois ...

Et là, je réalise, que l’on est le premier mai.

et qu'il n’y avait pas de métro.

Il a donc tenté de me joindre pour que je revienne les chercher ...

Sans succès.

Les pauvres, ils ont dû rentrer à pied.

Je vais sur Messenger pour voir s’il est là.
Wan Chu est en ligne.

Ce qui m’étonne parce qu’elle n’avait pas voulu acheter de carte prépayée française
et que, comme je vous le disais dans l’article parlant d’hier matin,
ils n’avaient pas réussi à se servir de la connexion wifi chez Soline.
Elle m’explique qu’elle s’est offert une autre journée de « roaming »,
une connexion Internet via son fournisseur taïwanais.

Cela coutait un peu cher mais elle en avait besoin.

Un peu de mal du pays .
Je lui donne mon code Free.

Les « freenautes » le savent,
avec un code magique, quand on est chez ce fournisseur d’accès,
on peut se connecter au réseau Freewifi s’il apparaît dans la liste des connexions possibles,
et ce n’importe où en France.

Elle essaie.

Ça marche !
Elle va pouvoir faire des économies.
Je lui demande où est notre ami :
« in the living room, socializing »
Cheng Wei a donc sorti la casquette relation publiques et discute avec des amis de Soline.

L’ambiance a l’air aussi conviviale et internationale que dimanche dernier,
pourvu que ça dure.
Je laisse Wan Chu à sa discussion avec son mari de Jim,
qui va se coucher bien tard le pauvre.
Je leur donne rendez-vous au même endroit demain vers 9h15.
J’enverrai un message quand je pars de chez moi.

Après ?
Et bien je me suis, comme bien souvent, écroulé sur mon sofa,
pendant que les films de l’après-midi allaient consciencieusement de mon appareil à photo à mon ordinateur
avant de rejoindre mon lit vers minuit et demi.
Quand je suis allé vérifier que les vidéos étaient à bon port,
j’avais un message de mes amis.

Ils m’avaient envoyé des photos d’hier.

(dont cette photo que les plus assidus d'entre vous ont déjà vu il y a quelques temps)
Mon humeur moyenne n’a pas eu l’air d’avoir gâché leurs souvenirs.
C’est l’essentiel.







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