17/04/18 - Pavillon Noir - Jour 20 (2) - 2 - « Rentrer »


L'élaboration de la dernière danse de groupe
la vidéo, la musique
la danse,
rendre concret tout ce que l'on a imaginé








Mardi 17 avril, 14h15

Mike vient de partir et j’ai avalé un sandwich.
Il est temps que je m’attaque à une des deux dernières chorégraphies à créer.
Celle que dansera tout le groupe : « Rentrer ».
L’idée c’est d’évoquer le trajet de Marseille à Kaohsiung.
La distance, les étapes …

Alors
À l’écran, je crée une version inverse de ce que j’avais fait pour « Correspondance(s) »
où apparaissaient à l’écran toutes les routes possibles pour aller de chez moi à Turku en Finlande.
Là, je montre le chemin du retour, en partant du 311 Zhongshan road jusqu’à Marseille.


En fait, la vidéo a été faite bien après
(et ça a été laborieux ... je vous raconterai tout ça quand le moment sera venu)
mais puisque je partage tout ça avec vous avec un an de recul autant que vous en profitiez tout de suite.

Musicalement, au départ, je devais utiliser « transexpress ».
Et puis, plus on avançait dans la pièce, moins je trouvais de raisons de le faire.
D’autant qu’il y avait « la déchirure » et le solo de Cheng Wei pas très loin.
Il fallait une musique un peu moins sombre.
Et un après-midi de ce mois d’avril, où j’étais mollement incrusté dans mon sofa,
l’idée m’est apparue :
en zappant machinalement pour trouver un feuilleton assez mauvais pour que la sieste soit incontournable,
je suis tombé sur le générique d’une série anglaise.
Inspecteur Morse.
En écoutant attentivement, j'ai réalisé que la phrase de fond sur laquelle venaient se poser la mélodie,
n’était constituée que d’une seule note dont la rythmique était tout bêtement ... du morse ...
Le mot morse en code morse.
M - -
O - - -
R . - .
S …
E .
(comment je sais ça ? j’ai été scout dans une autre vie … je vous assure que c’est vrai!)

Le code morse comme base d’une rythmique !
Voilà, l’idée.
J’ai bondi (mollement) de mon sofa et j’ai tenté de faire la même chose avec le mot : Taïwan.
J’avais la base de ma musique.
Le reste est venu tout seul,
la batterie, une basse, des guitares, une flûte parce que l’envol, l’avion …
tout est apparu comme une évidence.
En une heure, la musique était prête.
Elle était peut-être trop longue.
En même temps, je m'étais souvent dit ça quand j’avais attaqué une chorégraphie sur une musique déjà finie
et une fois que j’y avais casé toutes les partitions dansées, il avait fallu la rallonger.
Je verrais bien.

Quant à la danse, je l’avais trouvée en travaillant sur une phrase qui s’appuyait sur ce qui disait la batterie
en y ajoutant deux contraintes supplémentaires :
la première, l’idée d’aller-retour, de tentatives multiples,
comme dans ce qu’il y avait sur l’écran où je tentais plusieurs chemins pour regagner la France.
la seconde ? mes genoux !
Comme depuis la dernière répétition au Pavillon, j’avais vu un docteur sportif qui m’avait prescrit des radios, diagnostiquant un probable début d’arthrose au genou gauche,
j’avais décidé pour l’alléger, de partir de principe que la jambe d’appui serait principalement la droite.
De tout ça sont nées une ou deux phrases de base que j’ai testées en atelier avec mes élèves cobayes.

Je voulais aussi garder une ou deux phrases que j’avais dansées sur « transexpress ».
Vous pouvez les retrouver dans cet article sur le stage de la Weidancecompany de l’été 2017
et aussi dans celui où je parlais de ces jeunes arrivant à la Tsoying Senior High School.
Avec tout ce matériel, plus une ou deux variantes (mon jeu préféré comme vous le savez …),
et aussi l’idée que je voulais que l’on sorte de scène comme on y était entré,
j’avais de quoi faire une structure.

J’ai commencé à imaginer la partition de tous avec cette nouvelle musique.
Et puis, en cherchant tout à fait autre chose dans mon ordinateur
(probablement, des informations pour la promotion des spectacles),
je suis tombé sur … la structure de « rentrer » que j’avais déjà commencé sur la première musique.
J’avais déjà construit quasiment tout le corps de la chorégraphie et j’avais oublié.
Une deuxième fois dans cette aventure des Chroniques.
Du coup, il ne me manquait plus grand chose : le début … et la fin.
Avec les nouvelles phrases et une petite variante, j’avais largement de quoi faire.
Comme pour la nouvelle musique, la structure de « rentrer » s’est faite en moins d’une heure.


Revenons au 17 avril.
14h15,
je me retrouve donc seul au Bossatti.
Il faut que je trouve une variante des phrases originales.
J’en connais la durée, et la place dans la structure globale.
Avec la musique en boucle, je cherche …
Une fois que j’ai quelque chose d’à peu près correct, je l’insère dans la structure
et je danse ma partition.
Faire, refaire, relire les tableaux,
détester le chorégraphe,
(mais aimer la musique).
Quand je sens qu’avec une bonne dose de concentration, je peux danser le tout sans trop me tromper, je filme.


Décidément, j’aurais beaucoup utilisé l’appareil photo caméra aujourd’hui.


16h30,
il faut que je m’arrête.
Nathalie Zoccola vient me dire qu’ils font visiter les studios.
Comme  ça n'était pas prévu, elle me propose de rattraper des heures à la prochaine répétition.
Ce jour-là, le Pavillon Noir restera ouvert le soir car il y aura un spectacle dans la grande salle du bas.
C’est vraiment gentil de sa part, on verra le jour en question.

Pour l’instant, je profite de l’occasion pour aller écrire un peu dans le presque moelleux canapé du foyer.

17h,
je range mes affaires, descend jusqu’au hall et reprend l’avenue Mozart
avec dans la tête, la musique de la seule danse que je n’ai pas composée :
mon solo sur le texte de la déchirure.

17h50,
ma voiture est garée à Marseille.
Je vais sur Messenger où Cheng Wei m’a laissé un message :
« WHAT AM I GOING TO WEAR ON STAGE ? »
Je lui réponds :
« If you keep on SHOUTING
You gonna be NAKED »

Il me répond :
« QQ »
symbolisant la forme de ces yeux inquiets
même s'il sait que je ne peux pas être sérieux en lui proposant de danser nu.
On rit.
Je lui promets de lui répondre rapidement.

Les costumes.
Voilà encore une chose à laquelle il va falloir que je m’attèle.
Et je ne peux pas trop traîner, car mes amis vont bientôt préparer leurs affaires pour le grand voyage
qui va faire que nous serons enfin réunis.


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