30/04/18 - 2 - la dernière ligne droite française - Jour 6 - Martigues - les interprètes enfin réunis
le plaisir de jouer tous ensemble,
malgré les doutes
et les inquiétudes
la création de la pièce « Chroniques formosanes »,
qui est dorénavant l’avant-dernière pièce de la compagnie.
Et oui, il y a eu une autre chose depuis, que je vous raconterai, peut-être, plus tard.
Puisqu’en ce moment, nous avons parfois le temps, peut-être pouvez-vous vous rafraîchir la mémoire en lisant les autres articles ?
Vous les trouverez en fouillant dans la rubrique « toute l'histoire depuis le début » située dans la colonne de gauche pour ceux qui sont devant un ordinateur, ou dans le menu qui se déroulera si vous sélectionnez les trois traits en haut à gauche si vous lisez depuis un portable.
mais pour les plus pressés, voici un résumé des épisodes précédents :
nous étions donc à la dernière ligne droite française, les taïwanais étaient arrivés il y a une petite semaine et nous quittions le Pavillon noir pour la dernière fois de la saison après avoir fait une laborieuse captation vidéo que je vous racontais dans cet article-là.
Je suis dans la voiture avec Cheng Wei, les filles sont avec Mike, nous allons tous à Martigues
où nous allons passer une jolie dizaine de journées.
Lundi 30 avril, 14h
Nous quittons Aix-en-Provence sous un ciel laiteux.
J’essaie de cacher ma frustration.
Nous avions un si bel espace,
avec une magnifique lumière ...
Mais nous n’avons pas été capable d’en tirer pleinement partie.
Seul le prologue est dans la boîte.
Pas assez de travail en amont.
Qu’est-ce que j’aurais dû faire ?
Demander à mes amis de me prouver qu’ils travaillaient là-bas tous seuls en mon absence ?
Et de quel droit ?
Je ne peux même pas les payer ...
Avoir prévu ce cas de figure dans le planning et refuser cette demi-journée de résidence à Martigues ?
Peut-être ...
Mais je me souviens des regards de toute l’équipe du site Picasso à la dernière réunion,
et aussi des mails, des discussions, de l'énergie qu'ils ont mis pour nous trouver tous les créneaux possibles.
Je ne pouvais pas dire non.
J’aurais peut-être dû.
L’important c’est la pièce après tout.
Plus que leur déception (si jamais il y en avait eu une).
Mais justement, vu que c’est la pièce l’important,
pourquoi je m’accroche à cette vidéo ?
Parce que je veux une jolie trace en images ?
Parce que j’aimerais enfin pouvoir tourner avec la compagnie et que cela peut être un outil de diffusion ?
Avec les dix mille kilomètres qui nous séparent,
élaborer une tournée sera de toute manière encore plus difficile que dans un spectacle avec des danseurs français.
Bien plus difficile que la réalisation de la pièce en elle-même.
Alors il faut que je ne m’attache qu'à cette réalisation-là.
La concrétisation de ces mois de gestation.
Il me faut soigner les errances, les oublis, les absences.
Il faut que je m’attèle à ça.
À faire comprendre à tous où on en est,
à treize jours d’une rencontre avec un premier public,
et à quinze jours d’une première presque représentation,
pour faire en sorte que nous avancions mieux et plus vite.
Mettre de côté l’échec de la vidéo et avancer dans ce but là.
Et puis, soyons positifs.
À partir d'aujourd'hui, nous sommes tous ensemble.
Et nous allons travailler dans un théâtre, un vrai,
toutes les énergies, les mémoires, les volontés vont forcément aller dans la même direction.
Forcément.
En attendant, je suis dans la voiture et je rumine.
Ce qui rend le début de la route particulièrement silencieux.
Cheng Wei se lance :
« you look very stressed »
Stressé ?
Il ouvre une brèche,
je m’y engouffre.
Je lui raconte ce que j’attendais d’eux et que je n’ai pas eu.
Et mes appréhensions pour la suite.
Je lui explique aussi que cette résidence est providentielle
mais que du coup, on nous attendrait sûrement au tournant.
En plus, il y aurait probablement des sous-marins dans la salle lors de la présentation publique.
De ces gens qui iraient raconter à d’autres comment ça se passe chez nous.
Et dans le meilleur de cas, ces gens-là ne seront qu'exigeants.
Sinon, ils seront là pour trouver les failles.
Il y aurait donc peut-être ce type de public-là,
mais au delà de ça, pour ceux qui nous accueillent,
et ceux qui viendront nous voir parce qu'ils nous connaissent déjà,
je voulais vraiment,
moi, très égoïstement,
que cette pièce soit réussie.
« mais la fin de la résidence, il n’y a qu’une représentation publique non ? »
Cheng Wei n’a pas tort,
mais là encore, je sais trop comment les choses se passent.
Même si c'est présenté comme un travail en cours,
quand on installe un public dans un théâtre en condition spectacle,
peu de gens font la part de choses
et envisagent que la pièce va évoluer entre ce moment et celui de la vraie représentation.
Je lui raconte tout ça.
et je lui rappelle que, de toutes manières, entre la représentation publique et la première,
il n'y a que ... deux jours !
J'ajoute que j’aurais aimé arriver début mai à Martigues
débarrassé de tout ce que je leur avais déjà transmis,
pour pouvoir n’être enfin que danseur le plus souvent possible
et avoir plus d'espace dans mon esprit pour m’occuper de tout le reste :
la finalisation des musiques, des vidéos, le montage du film défintif, les costumes …
Le mois de mai c'est demain,
et nous en sommes encore dans la phase de révision, voire d’apprentissage.
« I see … »
Le silence s'installe à nouveau dans la petite voiture.
Mon ami ne dira pas un mot de plus au sujet de tout ce que je viens de lui dire.
Il a compris.
Enfin, je pense ...
Je ne sais pas comment il va répercuter tout ça à sa compatriote mais bon,
j’ai dit ce que j’avais sur le cœur.
Je culpabilise un peu.
J'aimerais trouver quelque chose à dire pour détendre l’atmosphère mais je n’y arrive pas.
Il me reste encore des gros morceaux de frustration d’hier et de ce matin,
Finalement, loin de m’avoir soulagé, le fait d’avoir verbalisé tout ce que je pensais a un peu plus obscurci le tableau.
Allez, on va dire que ça ira mieux en dansant !
15h,
on arrive à Martigues.
« on vous attendait plus tôt ! » nous dit une dame à l’accueil.
Pas tout à fait ce que j’aurais aimé entendre comme message de bienvenue ...
Je ne traduis pas aux taïwanais.
Pas la peine d'en rajouter.
Mais il faudra partir à l’heure, je le sens ...
Tout le monde se remet en jambes
et on danse tout ce que l’on sait déjà.
Pour la première fois, toute l’équipe artistique enfin réunie sur le plateau.
Et quel plateau !
C’est bien agréable de danser dans un si bel espace.
Il ne faudra pas trop s’habituer hélas.
Mise en place des entrées du prologue, de l’espace au sol pendant le solo de Wan Chu,
des déplacements de Mike,
précision de la réorganisation de la suite,
notamment de Cijin qu’ils dansent pour la première fois en trio,
et de la traversée, à la partition périlleuse, et aux espaces pas si faciles à gérer.
Réglage des intervalles, choix des bonnes diagonales, transformation des amplitudes,
je ne fais aucune correction.
Ça n’est pas le moment.
On fera ça ... dès que possible.
En tous cas, l'ambiance est bonne.
Tout le monde est content de se retrouver.
Mais pour le moment, le travail prend le pas sur l'euphorie.
On sera joyeux plus tard.
Je filme certaines parties.
Je regarderai tout ça demain matin, à tête reposée.
(en regardant tout ça maintenant, je me rends compte à quel point mon corps était déjà fatigué ...)
Dans le temps qu’il nous reste, je décide de m’attaquer aux couchers de soleil.
J’ai les pistes.
C’est le moment de tester.
Je donne les repères à mes camarades de jeu.
C’est compliqué pour Cheng Wei et Wan Chu car ils ne comprennent pas ce qu’ils entendent.
Ils se concentrent sur les sons.
On tente le tout et je filme aussi.
18h,
on quitte les lieux.
Je vérifie que tout est éteint et nous serons dehors à peu près à l'heure,
juste le temps de faire un petit selfie familial,
celui de l'étape 3.
Il est tout en haut de l’article … mais que je le colle à nouveau ici
Tellement je suis fier de cette équipe-là.
Mike va rejoindre sa petite famille et je ramène Anaïs avant d’aller faire des courses.
Ce soir, nous sommes invités à dîner à Gardanne, à dix minutes d’où habite la danseuse,
et nous sommes en charge de l’alcool.
Heureusement, il y a la zone commerciale des Milles dans le même secteur où nous trouverons notre bonheur.
En route.
En me garant sur le parking,
je réalise que pour mes deux amis, cela va encore être le paradis.
J’oublie toujours à quel point ils aiment flaner dans ce genre d’endroits,
surtout Cheng Wei.
Je les préviens que nous n’avons pas trop de temps et qu’il ne faudrait pas trop traîner.
C’est un demi-mensonge.
Nous pourrions arriver en retard.
Mais je suis trop fatigué pour prendre ce temps-là.
J’ai envie de me poser devant un bon pastis et de penser à autre chose.
Même si je vais devoir mettre ma casquette de traducteur toute la soirée ...
On arrive dans le centre commercial par le mauvais côté.
Pour atteindre l’entrée du supermarché, il faut remonter l’enfilade de caisses
et croiser à contre-courant toutes les familles qui en sortent, groupées derrière leurs caddies.
À mi-chemin, je capitule.
J’annonce à mes amis que l’on va ailleurs.
Il y a beaucoup trop de monde.
Je prends l’option d’un supermarché plus petit, juste à côté de l’endroit où habite notre hôte.
Il y aura moins de choix mais cela sera nettement suffisant.
Enfin j’espère ...
Nous arrivons sur le parking du Carrefour Market de Gardanne dans un début de pluie.
Je tente de garer ma voiture au plus près de l’entrée
pour ne pas avoir trop à courir en revenant si l’averse se confirme.
Il y a pas mal de monde ici aussi,
mais quand même bien moins que dans l’immense zone commerciale.
On va directement aux alcools
(avec quand même une halte aux bonbons pour Cheng Wei
et aux produits frais pour Wan Chu … impossible de faire l’impasse sur le rayon charcuteries et fromages).
Deux bouteilles de vin (sachant que l’on en boira probablement qu’une)
du Pastis,
un autre apéritif pour ceux qui n’aiment pas l’anis,
l’affaire est dans le caddie,
on part faire la queue aux caisses.
À la sortie comme prévu, l’averse nous bloque le chemin.
On attend un peu ...
Et on fait bien :
le ciel nous offre, comme pour se faire pardonner, un joli arc-en-ciel .
À croire qu'ils sont faits que pour rester dans nos souvenirs ...
Quant à la soirée, je n’ai rien noté dans mes carnets.
Mais mes amis, on prit, comme il se doit, une photo de la table.




Commentaires
Enregistrer un commentaire