30/08/18 - Taiwan été 2018 - la création - Jour 5 - Anaïs et William arrivent


Beaucoup trop d'attente
Beaucoup trop de stress
Une série de soulagements
et deux impardonnables erreurs.









Jeudi 30 août, 21h


Enfin quand j’écris 21h, c’est 21h environ.

Parce que j’ai quand même réussi à faire deux impairs de taille.
Pour le second, il va falloir attendre la fin de l'histoire du jour
mais le premier je vous le livre tout de suite :
en ce jour mémorable, je n’ai presque rien écrit dans mon carnet.

Alors comme il est mémorable, il faut que je fasse appel à ma mémoire fatiguée.
(cela dit, s’il est si mémorable, cela ne devrait pas être trop compliqué)

Pourquoi ce jour est-il à marquer d’une pierre blanche ?

Parce qu’Anaïs, accompagnée de son inséparable William, arrivent à Taïwan.

Enfin.

Joie et appréhension.

Je suis tellement content de les accueillir ici
mais j’ai forcément le souvenir de « In Wei » dans la tête et dans le cœur
alors bien-sûr, cela me donne une raison supplémentaire d'être inquiet.



Non, cette fois c'est sûr, ça va bien se passer.

J’avais demandé à ce qu’aujourd’hui soit un jour off, au cas où il y aurait un souci.

(caressant aussi le vague projet de monter accueillir mes amis à la capitale comme je l'avais fait avec les filles deux ans plus tôt)
Hélas, à cause de Luis, nous avons été obligé de décaler à ce soir un atelier prévu par la Weidancecompany, un soir de la semaine précédente.
(enfin ... quand j'écris à cause de Luis, c'est aussi un peu à cause de Cheng Wei
qui a été bien désolé quand je lui ai fait remarqué qu'il avait annoncé le report du cours à ce jour J)
Travaillant à 19h, il était impossible pour moi d’être à revenu à Kaohsiung à temps si je montais les accueillir à Taoyuan.

Il allait falloir qu’ils se débrouillent seuls.

Bon, je ne les avais pas totalement laissés livrés à eux-mêmes.
Outre mes instructions en cas de retard d'avion, 
Anaïs avait toutes les explications pour arriver en temps et en heure au bon endroit :

où aller pour changer l’argent dans l’aéroport ?

comment prendre le métro ?

comment rejoindre la gare TGV ?

quel billet prendre et pour quelle destination ?

En suivant les consignes (qui correspondent plus ou moins à ce que je vous ai raconté dans cet article-là), ils devraient être à Kaohsiung à la même heure que moi il y a cinq semaines, c'est à dire entre 19h et 19h30.

La veille, nous avons assisté au départ du couple de l'aéroport Marseille Provence.

La suite, je l’ai suivie dans la soirée et tard dans la nuit.

Comme je vous le disais, il s’est passé ce que je redoutais.

Leur vol Paris-Amsterdam a été retardé (rien ne sera donc jamais fait pour que j’apprécie Roissy).

Et comme j’ai eu à le faire pour mon premier voyage à Taïwan sept ans plus tôt, ils ont eu à traverser l’aéroport de Schiphol au pas de course pour attraper le vol qui nous les amenait sur l’île.

Dans la nuit, j’ai appris que nos jeunes et dynamiques amis avaient réussi le sprint.

Mais quid de leur bagages ?

On ne le saurait qu’en début d’après-midi, décalage horaire oblige.


Plus de nouvelles jusqu’à l’atterrissage à Taipei.
De toute manière, je n’avais pas à me faire de souci.
Ils avaient suivi mes conseils.
L’adresse de Cheng Wei en mandarin était dans les smartphones, pour que les valises soient livrées à bon port si les services de bagages avaient décidé qu'elles devaient faire le voyage en cavalier seul,
et ils avaient avec eux de quoi survivre 48h sans ce qui était parti à la soute.

À midi, pendant que les tourtereaux étaient quelque part au dessus de la Chine, Cheng Wei et moi sommes allés signer le contrat de location pour leur appartement.

Cela m’a permis de me présenter au gardien.
Il me laisserait passer sans souci les fois où je viendrais chez leur chez eux temporaire dans les dix-huit jours à venir.
L’appartement n’est pas bien grand et n’est pas assez haut pour avoir une vue comme la mienne
mais pour obtenir un logement équivalent, il aurait fallu exploser mon budget
(si celui où j’habitais était moins cher c’est parce que Cheng Wei le louait à l’année).

C'est malgré tout un petit studio bien qui semble bien agréable
et nous avons bien vérifié que l’accès à la terrasse était possible.

Ils pourront se faire des apéros ou des dîners là-haut ...

L’après-midi m’a semblé interminable.
Surtout à partir de l’heure d’atterrissage de l’avion.

15h46,
si mes calculs sont bons ils sont dans l’aérogare.
Je lance un :
« Bienvenus à Taiwan »
Et la réponse arrive :
« Coucou! Merciii
On va passer l’immigration la »
Soulagement numéro 1
Ces mots, je les ai attendus avec quelque chose qui me semble être au delà de l’impatience.
« Ok ! Le temps est pourri mais ça devrait se lever demain
- pour les bagages je donne ton adresse ou celle de Cheng Wei ?
- celle de Cheng Wei. S’il y a un souci avec l’adresse, demande leur de l’appeler »

Que penser de cette question?
Avaient-ils leurs valises ?
Si elle me demande ça c'est que non ...
Mais s'ils sont à l'immigration, c'est qu'ils ne sont pas encore devant les tapis roulants.
Attendons.

« On est sur le quai »
Ah … Ils sont donc déjà au métro.
J'espère qu'ils ont trouvé le bureau de change.
En même temps, ça n'est plus compliqué à trouver.
Mais s'ils sont sur le quai, c'est qu'ils ont acheté des tickets.
Donc tout va bien.
Enfin presque ...
Pas un mot sur les valises, il faut quand même que je leur demande :
« Bagages ?
- non demain ou après demain selon la pluie
- donc après-demain …
Prenez un train qui arrive vers 19h30 si possible
(pas trop tôt sinon vous allez devoir attendre)
- d’acc !
- bonne dernière partie de voyage
- On est impatient
- On est tous en ligne sur Messenger si jamais
- On est super content d’être là
- Cool ! L'appart est plutôt sympa et le gardien est très gentil (mais il ne parle pas anglais)
- L’aventure commence
- Si jamais tu peux envoyer l'heure d'arrivée … mais tu n'auras peut-être plus de wifi à la gare .. un SMS ? »

Bon, pas de soulagement numéro 2, les bagages prendront bien le même vol qu'eux, mais demain.
Restent donc en suspens les questions suivantes :
ont-ils réussi à se faire comprendre ?

Est-ce que les agents ont bien recopié l’adresse ?

Je ne saurai que plus tard en détail comment tout ça s’est passé mais déjà, ils sont dans la bonne direction.

Et ça messieurs dames, c'est bel et bien le soulagement numéro 3.

 Pour la suite, Anaïs a le numéro de Cheng Wei en cas d’urgence.
Et puis, Wan Chu sera à la gare, ce qui est une sécurité supplémentaire au cas où « restless Cheng Wei » aurait décidé de faire je ne sais quoi juste avant leur heure d’arrivée du train.
Tout est verrouillé et normalement sous contrôle.

Il n’y a pas de raison que ça se passe mal, ils ont déjà fait le plus gros.

Et puis, de leurs messages à Paris et Amsterdam, j’ai déjà senti qu’ils se considèrent en voyage, pas en vacances.
Ils prennent tout ça aussi sérieusement que je le voulais.
C'est plutôt rassurant mais bon sang que ça va être long d’être encore sans nouvelles quelques heures.


Le cours du soir aurait pu me changer les idées.

Mais ça n'a pas vraiment été le cas.

Il a fallu que je me conditionne pour être avec mes élèves, et rien qu’avec eux.

(enfin le plus possible).

C’est peut-être pour ça que je ne m’en souviens plus trop.

Si ce n’est que nous avons réussi à embarquer une prof de yoga qui était dans la salle à côté et qui connaissait une des participantes.

Je rencontrais les élèves à 19h,
(heure où j’aurais dû partir de Zhongshan pour aller accueillir mes amis à la gare TGV si Luis et Cheng Wei ...
n'avaient pas ... euh non ... avançons).
19h mais je ne savais pas où.
Cheng Wei devait me montrer l'endroit hier soir mais on était trop crevés.
On avait convenu qu’Ha Bao, qui était là pour accueillir les élèves, irait faire de même avec moi à la sortie du métro et me montrerait le chemin.
J'avais traversé la ville sans que l'esprit de l'ombre d'une goutte tombe sur ma tête,
(qui, elle était bien ailleurs).
Cadeau de bienvenue de la météo,
depuis que mes amis étaient sur le sol taïwanais, la pluie avait cessé.

Un nouveau plaisir de l’après, de ces pluies tropicales ...
J'allais une fois de plus être totalement ridicule avec mes annonces façon Cassandre.

Station Weiwuyin, sortie 5.
Ha Bao m'attendait en haut de l'escalator.
Quant au fameux chemin pour rejoindre le studio, on ne pouvait pas faire plus simple.
La sortie du métro se situait juste en face de l’entrée du bâtiment où j’allais travailler.


Ce soir, c’était un cours pour non danseurs donc j’avais mis le curseur assez bas.

Mais du fait qu'à Taïwan beaucoup de gens ont (ou ont eu à un moment de leur vie) une pratique corporelle (taïchi, yoga, danse traditionnelle), j’avais déroulé mon cours sans encombre si ce n’est que, comme d’habitude ici, la glace a pris plus de temps à se briser qu’en Europe.


Je me souviens que la prof de yoga et sa collègue ont été contentes de l’heure et demi passée avec moi, elles m’en ont parlé après le cours.

J’ai été aussi poli que possible mais je ne me suis pas éternisé.

Vous pensez bien que je n'avais qu'une seule envie, aller aux nouvelles.
Dès que je les ai quittées, je me suis rué sur mon téléphone.

Ils étaient là.

Arrivés à l’heure que j’avais prévu.

Les quatre inter-stations entre Weiwuyin et Formosa m’ont paru presque aussi longues que l’après-midi.

21h10,
je sors de la station Formosa Boulevard par la sortie 8, celle à l’opposé du commissariat et de la poste.

Je remonte ZhongZheng road jusqu’à l’église et je tourne à gauche.

Puis, c’est la première à droite, et c’est le premier grand immeuble à une centaine de mètres.

Je salue le gardien
qui n'est pas le même que ce matin mais qui a visiblement a été prévenu de mon arrivée.

Je prends l’ascenseur.

4e étage.

Je sonne.

Je suis inquiet comme jamais.

Seront-ils bien ?
Auront-ils besoin de quelque chose ?

Il va peut-être falloir faire des courses.

Je suis crevé.

Mais il faut qu’ils aient tout ce soir.

Tant pis si je suis HS à la répétition de demain.

De toute manière, on va faire light.

Avec le décalage horaire, il faudrait voir à ce qu’elle ne se blesse pas de toute façon.

Je sonne.
La porte s’ouvre.

Ils sont tous là.
Les trois couples.

Anais, Wan Chu, Cheng Wei et leurs conjoints.

Tous en chaussettes, une bière à la main.
J’ai l’impression d’arriver dans un train que j’aurai attrapé de justesse.

Vous savez quand vous êtes tout essoufflé avec le cœur frôlant la tachycardie alors que tout le monde dans le wagon est totalement tranquille.

Et bien voilà, j’arrivais là comme si j’allais retrouver des rescapés d’un naufrage
et je retrouverais des amis détendus qui avaient fait bon voyage.

Je salue ce cher William et je prends Anaïs dans mes bras.

Mon Dieu quel soulagement.
Tout s’est donc passé comme prévu.

À leur arrivée aux tapis de bagages, il y avait un petit plot avec leur nom leur demandant d’aller directement au guichet de la compagnie,

ils ont donné la carte de visite et l’agent a appelé Cheng Wei pour être sûr de l’adresse.
Ils avaient suivi mes instructions pour la suite.
(jusqu’au choix du TGV en business class ! Franchement à 60 euros pourquoi s’en priver ? Surtout après un long voyage).
Tout le monde était à la gare, même Restless Cheng Wei.
Ils avaient leur carte de transport,
ils étaient allés faire des courses,
ils n’avaient pas de bouilloire mais avaient déjà repéré la boulangerie pour le petit déjeuner du lendemain,
bref, tout était sous contrôle.

Le bonheur de revoir l’équipe de danseurs à nouveau réunis est presque aussi grand que le soulagement de les savoir là.
On a bien-sûr eu une pensée pour les français qui n'avaient pas pu être avec nous.

Mike, Fred, Sylvain.
Mais cette version là aussi sera belle.
Autrement.

Et là, on n’a fait la deuxième erreur.

La grave erreur.
L'impardonnable erreur.

On n’a pas pris de photo.

Pas une seule de toute cette première soirée.
Voilà pourquoi tout là-haut, vous n’avez qu’une simple photo de ciel.

Anaïs et William ont probablement de belles images de cette première traversée du pays
(et peut-être m'en enverront-ils s'ils lisent cet article)
mais pour le moment, je ne peux partager avec vous aucune image.

En tous cas, pour ceux qui étaient dans cet appartement ce soir-là, ces retrouvailles sont inoubliables.

Et ça, ça me réjouit.
Tellement.


Quand, après quelques bières et beaucoup de rires, Cheng Wei m’a ramené en scooter.

On n’a pas pu s’empêcher de comparer les deux arrivées.

Celle des deux filles deux ans plus tôt et aujourd’hui.

On s’est souvenu de notre fatigue de ce 27 juillet 2016.

Tous les deux sortant de cours, courant pour attraper le TGV et aller les accueillir à la capitale de peur qu’elles ne se perdent.
Le retour dans le sud,

les réflexions des filles ...

Là, ça commençait vraiment différemment.

Ça allait être autre chose.

C'était sûr.



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