29/08/18 - 2 - Taiwan été 2018 - la création - Jour 4 (2) - Çong Yen


Pendant qu'Anaïs s'envole
Avancer dans les traductions des textes
Faire danser le jeune acteur
Et enfin connaître son vrai prénom









Mercredi 29 août, 17h

Alors, il faut que je vous explique.
J’ai fait un peu de ménage dans mes vidéos.
Je ne trouvais plus celle que vous verrez tout à l’heure.
Après quelques fouilles archéologiques dans ce qui me sert de tanière,
et principalement dans les disques durs ou les autres appareils pouvant contenir des images fixes ou animées,
j’ai non  seulement retrouvé ce que je cherchais mais aussi la réponse à une question que je me posais depuis que j’ai rencontré Jordan, notre acteur fraîchement débarqué dans l’aventure dimanche dernier.

Vous savez qu’ici tout le monde a cette sale manie de se présenter par son nom anglo-saxon.
Et vous savez aussi que je déteste ça.
Or donc en regardant dans mes dossiers j’ai retrouvé cette discussion.


Voilà, maintenant nous le savons.
Jordan s’appelle Çong Yen.
Et grâce à la vidéo vous pouvez vous entraîner à le dire correctement jusqu’au jour où vous le croiserez dans la rue.
Alors je pense être le seul à écrire son nom de cette façon.
À priori, cela devrait probablement être Cong Yen, puisque par exemple dans la station Wukuaicuo se prononce oukouaïtsouo
Ce serait donc Cong sans la cédille (d'autant que nous sommes peu dans le monde à utiliser ce petit appendice)
Mais Cong  ... Non, ça n'est pas possible.
Ça me fait penser au singe géant ou à ce mot que les marseillais avaient tendance à utiliser à chaque fin de phrase (ça a un peu changé d'ailleurs)
Donc non, Cong c'est insupportable, ça sera Çong.
De toute manière, pour passer des idéogrammes à notre alphabet, il y a tant de transcriptions différentes 
pourquoi n'aurais-je pas le droit d'en choisir une autre ?
Alors oui, il y avait éventuellement la possibilité d'utiliser la version originale :
琮硯
Mais cela allait considérablement augmenter le nombre de mes copiés-collés.
On en restera à Çong Yen.

Fin de l’explication.

Il est donc 17h et nous venons de finir la répétition dansée.
Cheng Wei et moi sommes en pause en attendant Çong Yen,
(ou, il faut s’habituer …)
Wan Chu, qui n’a pas cours ce soir et n’est pas pressée de partir, reste discuter un peu avec nous.

Ce qui fait que quand Çong Yen arrive, elle est encore dans le studio.
Ça n’était pas prévu mais puisque tout le monde est encore là, on reprend Cijin avec lui.

On regarde d’abord la vidéo pour que le jeune homme se situe dans le temps et l’espace,
puis on écoute la musique pour qu’il repère quand il rentre, et quand il commence son texte.
Cheng Wei veut lui expliquer la scène, je lui demande de me laisser faire.

Maintenant que je sais que Çong Yen comprend l’anglais, j’ai moins besoin de lui.

Je sais que Cheng Wei a une place un peu complexe car il est en charge du spectacle ici alors que ce pièce n’est pas la sienne.
Je comprends qu’il veut bien faire et que cette fonction d'assistant n'est pas toujours confortable mais … il faut qu’il s'habitue à jongler.
Parfois, il doit effectivement me remplacer et parfois, il doit retrouver sa place d'interprète et ne pas en sortir :
« là, tu n’es que danseur Cheng Wei »
Au moment où je lui dis gentiment cette phrase, je me revois lui dire la même chose quelques mois plus tôt.
C’était en France, dans la même situation, et pendant cette danse-là.
Il voulait corriger Wan Chu et je lui ai rappelé que, même s’il savait, c’était à moi de le faire.

Çong Yen s’essaie au texte pour trouver le bon rythme.
Il a le réflexe de vouloir faire comme Mike ce qui est à la fois émouvant et honorable mais je sais que ça ne va pas marcher.

Parce qu’il n’est pas Mike et surtout parce que le mandarin nécessite des adaptations qui le force à s’éloigner de son collègue français à l'origine du rôle.

Je ne lui dis pas tout de suite.

Je le sens assez intelligent pour s’en rendre compte par lui-même.

Au bout de quelques lectures, on sent tous que c’est possible.
On tente et c’est très bien pour une première fois.

Il va falloir qu’il apprenne le texte par cœur ce qui lui permettra d’être plus à l’aise dans ses déplacements et puis tout ira bien.


On peut donc passer à un moment qui paraît plus complexe, la danse au sol pendant le solo de Wan Chu.
Là, j’ai besoin de temps avec notre jeune ami.

Cheng Wei propose d’aller acheter à dîner au night market qui est juste en bas dans la rue.

Wan Chu l’accompagne et puis elle rentrera chez elle.
« bye bye ! see you … Tomorrow » me dit-elle avec de l’excitation dans la voix.
Demain, on se voit … le soir, pour accueillir à Anaïs et William.
Pourvu que le voyage se passe bien …


Donc, le solo du solo de Wan Chu.

Je montre à Çong Yen la vidéo (ce qui me permet de réviser …) et je me lance dans la transmission.

Je redoutais un peu ce moment parce qu'en dehors du fait qu’il avait pris les cours de danse pour acteurs que donne Cheng Wei, je ne savais pas comment le jeune était « dans son corps »
et aussi parce j’avais le souvenir de ma transmission laborieuse à mes trois amis.

Cette fois-ci, tout est plus clair.
Probablement parce que la danse ne sort plus fraîchement de mon cerveau comme les fois où je l’ai transmise aux autres danseurs.

Probablement aussi parce que j’ai moins de choses en tête et que je suis plus sûr du fait que ça marche sur scène puisque nous l’avons déjà dansé.
Ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement a dit quelqu’un de super connu.

Nous le prouvions à ce moment même.

Il s'avère que le jeune acteur est aussi doué pour la danse.
Comme au début de l'après-midi, on va bien plus vite que je ne le pensais.
Je filme dès qu’il est prêt. 




Lorsque Cheng Wei revient, nous pouvons le faire avec lui et nous passons au seul texte que j’avais prévu de travailler aujourd’hui, celui de l’introduction : « le selfie du matin »
Vous vous souvenez peut-être que dimanche dernier, nous avons eu quelques discussions avec Cheng Wei à propos de ce texte.
Il a eu un peu de mal à le traduire.

Avec le passage obligé par l’anglais, que nous maîtrisons pour la vie de tous les jours mais pas vraiment pour des activités littéraires, il y avait des tournures de ma traduction qui étaient probablement fausses, ou qui, si elles ne l’étaient pas, n’inspiraient pas grand chose à mon collègue pour ce qui était de son adaptation en mandarin.
Heureusement, Cheng Wei a dans ses amies, des personnes disponibles et cultivées comme la charmante Jin Li.

Alors Jin Li, je vous en ai parlé il y a longtemps maintenant.

Je l’avais croisée lors de mon séjour précédent.
Nous avions passé l’après-midi du premier jour de mon arrivée à arpenter les marchés du Nouvel An Chinois.
Cheng Wei m’avait demandé ce que je pensais d’elle parce qu’il la trouvait charmante.
Cette jeune femme, actrice de sa profession, a, de ce que j’ai compris, fait des études de .. mandarin !
Mon ami lui a demandé si elle pouvait nous prêter main forte et elle avait accepté.

Comme le dieu des plannings est avec nous, elle arrive ... au moment où on a besoin d’elle.


Elle sort son ordinateur.

Et nous travaillons.

Par rapport au sens,
par rapport au rythme, à la vitesse, tentant de rattraper à certains moments le temps que nous perdions à d’autres du fait de l’adaptation et de la différence entre les deux langues.
C’est que pendant que ce texte est dit, il y a des choses qui se déroulent à l’écran.
(et si je pouvais m’épargner une adaptation de la vidéo, ça serait quand même bien agréable)


On rit de temps en temps, notamment quand ils me demandent de trancher entre deux propositions.
C’est à dire que mon mandarin n’a guère évolué depuis mon séjour précédent.
Alors je choisis celle qui paraît la plus jolie à mon oreille de français.

Mais parfois, pour eux, ça n’est pas beau du tout et d’autres fois, c’est une version qui est, certes, agréable à l’oreille mais « un taïwanais ne dirait jamais ça ».
Pas facile tout ça … mais on en rit, donc tout va bien.

On avance doucement, de paragraphe en paragraphe, en s’appuyant tant bien que mal sur la vidéo de contrôle.
J'ai écrit « tant bien que mal » car il y a un autre petit souci :
le tournage que j’ai avec moi est celui du jour où la projection a démarré en retard ... vous vous souvenez ?
(sinon, maintenant vous le savez, il suffit de fouiller dans les articles précédents dans l'onglet « toute l'histoire depuis le début », mais  bon, pour cette fois je vous aide, c'est par ici)
La captation que j'ai, est celle du soir où quand Mike a dit « Il est 7h » et que le film devait démarrer, il ne s’est rien passé à l’écran.

On n'est donc pas super précis en matière de timing.
Il y aura probablement des décalages.
On réajustera.
Mais c’est déjà une bonne base … la prochaine fois, j’amènerai le film qui est projeté à l’écran.

Je vois l’heure passer.
Je demande à Cheng Wei ce qu’il a donné comme heure de fin à Çong Yen.
« j’ai dit vers 20h,
- mais il ne travaille pas après ?
- je ne crois pas ... »
La réponse est évasive mais je comprends au son de sa voix qu’il ne faut pas que je m’inquiète de ça.
Je tente donc de me rassurer.
Les deux taïwanais savent ce qu’ils font.
(mais je suis quand même un peu inquiet en fait …).

21h,
on fait un premier essai, dont personne n’est vraiment content.

Le suivant sera le bon.

Alors, on lève le camp.


J'ai enregistré les deux versions de toute façon.
Mon sac est presque rempli et je m’apprête à passer du short de répétition ou short de ville,
Çong Yen vient me voir et me demande si l’on peut filmer la danse au sol.
Consciencieux, le garçon !
« je l’ai déjà filmée, je te l’enverrai »
Quelle riche idée j’ai eu de filmer tout de suite.
Je suis bien trop fatigué pour me remettre à danser maintenant.

21h30,
nous fermons le studio.

Je laisse les jeunes discuter dehors alors que la rue est envahie par la foule et les forains du night market
et je rentre tranquillement dans mon chez moi taïwanais.

Dans le métro, j’ai des crampes d’estomac.

À moins que ça ne soit les intestins ...

Je tente de me calmer, je fais des exercices de respiration ...
Je me rassure en me disant qu’ici, il y a des toilettes dans les stations (ce qui est bien pratique quand-même ..)
Je change à Formosa Boulevard non sans difficulté.

Ligne rouge, plus qu’une station.



22h,
je longe l'ancienne gare routière et me dirige vers Zhongshan road.
Il semble que cette fois-ci la pluie s’éloigne pour de bon.

Je me traîne jusqu’au neuvième étage,
jette mes affaires et en fait autant de mon corps sur le lit.

Je jette un œil sur le site de la météo, on est repassé en jaune.

C’est bon signe.

Ce qui est moins bon, c’est que, comme je l’avais prévu, hélas, Anaïs et William, sont toujours à Roissy.

Leur vol a du retard.



Entre deux allers retours aux toilettes, je guette les messages.

Je vérifie qu’ils ont bien suivi mes conseils,
ils ont prévu des fringues pour deux jours.

Tout va bien.

Au pire, s’ils ratent l’avion, KLM les mettra sur le vol du lendemain.
On perdra une journée de répétition mais ça n’est pas bien grave.
On est en avance.

L’important c’est qu’ils soient là.

Minuit,
ils sont toujours à Paris.

J'ordonne à Anaïs de me laisser un message (enfin ... s'ils en ont le temps) au moment où ils embarquent,
même si je peux m’endormir à tout moment (enfin ... si mon ventre me le permet).

Je traîne, je crois, jusqu’aux environs d’1h du matin.

Toujours pas de message la dernière fois que je regarde l’écran du téléphone.

On aura le fin mot de l’histoire ... demain.

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