28/07/18 - 1 - Taiwan été 2018 - Jour 1 - La traversée de l'autre pays


Rituels d'arrivée,
changement de mode de transport,
première soirée formosane,
arrivée dans le sud 








Samedi 28 juillet, 15h55


Je plonge à nouveau dans l’univers climatisé de l’aéroport.


Rituels d’atterrissage :
après la première pipe et avant toute autre action, je transforme mon argent et mon téléphone européens en outils de consommation et de communication locaux.

Devenir riche de dollar taïwanais est relativement simple.
Je dis riche car vu le taux de change, les quelques centaines d’euros que j’ai avec moi se transforment en une liasse bien imposante de dollars.
À ce propos, un chinois qui habitait en France (et bossait dans un restaurant de sushis, qui est depuis devenu un restaurant chinois mais un vrai ! Le chef est de Shanghai) m’a fait remarquer que ce qui était écrit sur les billets taïwanais n’était pas ce que je disais.
Et il avait raison.
On parle de dollar taïwanais,
alors que sur les billets, ce qui est écrit en mandarin est yuan, du nom de la devise chinoise.
Signe d’un choix délibéré d’une orientation vers le monde occidental ?
Défiance envers le grand cousin chinois ?
Considération du dollar américain comme valeur de référence ?
Probablement un peu des trois.
C'était donc la première digression, revenons à mon voyage.

Dans le hall de l'aéroport, je vais à mon bureau de change habituel tout près de l’accès du métro.
Je donne mes euros, récupère la liasse de billets qui me fait paraître richissime et le tour est joué.
Pour le téléphone, cet été, c’est un peu différent.
Dans l’article précédent, je vous disais que j’avais tenté d’ouvrir mon téléphone.

C’est que cette fois-ci, j’ai déjà une puce taïwanaise car celle que j’ai utilisé en février est valable six mois sans être rechargée.
Je n’ai juste qu’à la remettre dans mon appareil.
D'habitude, j'achète une nouvelle carte SIM en arrivant et l’agent qui me la vend, la met dans mon téléphone sans que j'aie à le demander.
Là, il faut que je me débrouille.
Je pourrais aller demander à la boutique où habituellement j’achète la fameuse puce, et leur demander de m'aider
mais j’ai des scrupules à n’aller là-bas que pour ça, sans rien acheter.
Tant pis, je me servirai du wifi jusqu’à Kaohsiung.

De toute manière, je devrais en avoir dans le métro et peut-être même dans le train.



Je quitte le hall des arrivées pour m’enfoncer dans le sous-sol de l’aérogare où passe le métro, me laissant porter par les tapis roulants en pente douce qui desservent tous les niveaux du bâtiment jusqu’à la station.



À la salle de contrôle, je cherche mes cartes de transports.
Pour ceux qui ont suivi les épisodes précédents, vous vous souvenez que j’en ai toujours plusieurs parce qu’une fois sur trois, j’arrive dans le pays en les ayant laissé en France ce qui m'oblige en racheter.
Et justement, trois, c’est le nombre de cartes que je trouve dans mes affaires.

(au moins cette fois, je ne les ai pas oubliées)
L’une d’entre elles ne fonctionne qu’à Kaohsiung,
les deux autres sont utilisables dans tout le pays.

Je les teste aux machines pour voir combien d’argent il me reste.

Les deux me permettent d’aller jusqu’à la gare TGV.

Tout va bien.


Quand je passe le portillon qui est à environ un mètre du sol,
je pense une fois de plus au nombre de fois où des européens sauteraient par dessus sans aucune honte.

Ici, je n’ai toujours pas assisté à cette scène.

Cela me rappelle d’ailleurs le « minus 1 » de mon voyage de février et le regard de l’agent dans sa guérite quand il m'a dit ces deux mots.
Quand je pense qu’il était censé m’intimider …
Il devrait faire un stage à la RTM ou la RATP pour savoir comment être dissuasif en toute circonstance.
Ce « Minus 1 » est devenu une nouvelle raison récurrente de rigoler avec ce cher Cheng Wei.
Comme le « mountain on the right » de Wan Chu.


16h03,
(c’est la photo qui le dit !)
je suis sur le quai.
Il y a dix petites minutes d’attente avant la prochaine rame.

J’en profite pour regarder les horaires des prochains TGV pour Kaohsiung.
16h54, 17h10, 17h43.
Vu qu’il y a vingt minutes de trajet, plus encore quelques minutes de transfert
auquel il faut aussi ajouter le temps que je vais prendre pour acheter mon billet et réaliser mes petits rituels à la gare, 
il faudrait que je me dépêche un peu pour attraper le premier.

S’il y a un peu de monde aux machines, ça va être trop juste.

(en plus, je l’avoue, je n’ai pas du tout envie de me presser)
17h43, ça va me faire trop attendre.

Je prendrai le 17h10.

16h11,
le métro arrive.

Je pose le gros sac dans les espaces réservés aux bagages et je m’installe juste à côté avec les deux plus petits.

Il n’y a pas grand monde et il fait aussi frais que dans l’aéroport.

Nous traversons la banlieue de Taoyuan sous ce ciel toujours aussi blanc.

Je suis monté à la station A13, je descends à la A18.

Il faut que je surveille.

Non pas que je puisse rater la station parce que je ne peux pas lire le nom, tout est aussi écrit en anglais,
mais il faut que je me prépare à la station d’avant le temps de sortir le gros sac de l’espace à bagages et que j’installe à nouveau le sac vert sur mes épaules.

Je me sers du wifi du métro pour prévenir Cheng Wei de mon arrivée.

Il est en cours.

Je sens qu’il ne sera pas à la gare de Kaohsiung en même temps que moi ...



16h35,
nous arrivons à la gare TGV.

Il y a un petit peu de monde, j’ai bien fait de choisir le train de 17h.

Quoique si ça se trouve, j'aurais eu le temps de prendre le précédent.
Mais c'est mieux de ne pas avoir à stresser pour quoi que ce soit.

Tout le monde fait la queue pour prendre l’escalator et s’installe sagement sur le côté droit, afin de laisser passer les gens pressés.

Je fais de même.
Petit passage à l’air « libre », histoire de rappeler à tous que l'atmosphère cocotte minute est toujours de mise dehors
et nous redescendons sous terre dans le hall de la gare.


Avant d'aller m’asseoir pour attendre l’heure où je pourrai accéder au quai,
j’achète mon ticket, une bouteille d’eau, un stylo
(dont je n’ai pas encore besoin mais ... c’est comme ça ... à chacun ses rituels)

Je teste le réseau,

il n’y a toujours pas de wifi dans les gares TGV.

Étonnant ça !
Je vais pouvoir râler sur Cheng Wei pour une presque bonne raison à l’arrivée.
(et ça sera d’autant plus drôle qu’il n’en est absolument pas responsable)

17h,
le train est annoncé.

Je suis le flot de voyageurs vers le sous-sol (minus 1 ! je ris tout seul)
Arrivé sur le quai, je cherche la file d’attente qui aboutit au petit cube lumineux numéro 6 qui descend du plafond.
C’est le numéro du wagon où je vais passer une heure et demie.
La porte d’entrée du wagon s’arrêtera là.
Exactement.
Je me mets dans la file et j'attends.

17h07,
les phares du train se font voir dans le tunnel.
Tout le monde se prépare.

Le train s’immobilise.

Les portes s’ouvrent.

Peu de gens descendent.

Normal, les stations précédentes desservent Taipei d’où on peut venir à l’aéroport en bus ou en métro.

Après avoir laissé le sac noir à l’entrée avec toutes les bagages volumineux, je rejoins ma place en milieu du wagon.
J’installe mon sac vert dans le compartiment en hauteur,
m’excuse auprès de mon futur voisin
(même si en fait il y a assez de place pour que je passe sans le gêner)
et me pose dans le confortable siège fauteuil mauve.

17h10,
nous quittons le sous-sol,
et peu de temps après, nous voyons à nouveau le soleil.

L’hôtesse me propose la boisson chaude et les biscuits de bienvenue,
thé vert et cookies.
J’installe le tout sur ma tablette.

Le voyage continue.


Assis au siège 10A, côté fenêtre bien-sûr, je subis le dévalement de ce High Speed Railway vers le sud, fixant entre deux tunnels le soleil encore haut, les temples, les hameaux, les rizières, la forêt.
Tout ce qui fait que je sais que je suis revenu sur l’île.
Mon voisin n’a pas détaché le regard de son smartphone.
Au moins, il n’appelle personne.
Tout est tranquille.


Vu que j'avais préparé mon casque en prévention, je mets quand même un peu de musique.
Un vieux morceau du groupe Archive que j’avais utilisé pour ma toute première pièce,
puis les duos de Françoise Hardy dans son album « Parenthèses » .

Encore un peu de France dans les oreilles pour cette fin de voyage tranquille :
« que reste-t-il de nos amours » que la chanteuse fredonne avec Bashung.

Une friandise.

J’aime bien convoquer ce chanteur pendant mes voyages.
(Pas que dans mes voyages d’ailleurs)
Mes paupières commencent à peser
(non ! Ça n’est pas Françoise Hardy qui m’endort.
Le train me fait souvent cet effet).
Pour me garder éveillé, je prends quelques photos, pour vous, et un peu pour moi.



À propos de photos, quand j’ai publié l’article sur Amsterdam, j’ai oublié de partager certaines images avec vous, l’article a été remis à jour, si vous avez la curiosité ..

Nous poursuivons notre route vers le sud et je redécouvre ces duos que je connais pourtant très bien.
La morgue d’Alain Delon, la nostalgie d’Alain Souchon.

Tiens ... ça fait trois Alain avec Bashung.

Taichung.
Mon voisin s’en va.
Le sommeil aussi d’ailleurs.

Il y a toujours beaucoup d’agitation à cet arrêt-là.
L'hôtesse me sert une nouvelle tasse de thé,
je me remets à écrire, l’œil parfois distrait par la transformation du soleil en route vers le crépuscule.
Françoise Hardy chante seule quand il disparaît derrière les nuages à l’horizon.


Quand la chanteuse partage une chanson avec Maurane, je m’endors

(et là non plus ça n’est pas elle qui m’endort ! ce voyage est long ma foi ...)

Comme pour les fois précédentes, c’est la voix off qui annonce la gare de Tainan qui me réveille.

Et la nuit est tombée.
Nous entamons le dernier quart d’heure avant le terminus.

Je me réveille doucement, j’écris encore un peu, je réfléchis.
Est-ce que Cheng Wei sera à l’heure à la gare cette fois ?

18h45
.
Nous arrivons à Kaohsiung.

Le train se vide.

Le temps que nous rejoignions les ascenseurs ou les escalators, le personnel s’affaire déjà à la préparation du train pour son retour vers le nord.
Je passe les portillons de la gare (aussi hauts que ceux du métro).

Je cherche un visage connu.

Comme prévu, Cheng Wei n’est pas là.

Mais moi, je suis arrivé.
Bonsoir Kaohsiung.
Je suis de retour.




Commentaires