20-25/08/18 - Taiwan été 2018 - Jour 25 - 31 - Une autre semaine de pluie


Retour dans le sud
avec la pluie dans mes bagages
une semaine d'enseignement
avant de rentrer dans le vif du sujet








Luis


C’est le nom de la tempête tropicale venue tout droit des Philippines qui a frappé l’île dans la semaine qui a suivi mon retour de Taipei.
J’ai à peine eu le temps d’aller voir la mer et le phare de la digue de Sizhiwan que Gushan a disparu derrière les nuages.



Sur le site météo, l’alerte « heavy rains » est arrivée.
On est passé par toutes les couleurs, jusqu’à la fameuse écarlate (plus violette qu’écarlate d’ailleurs) qui a officiellement permis aux taïwanais de rester chez eux.
Là, j’ai vécu une autre différence fondamentale entre la France et ici.
Une autorisation officielle de congé à Taïwan, cela veut dire que tout ce qui dépend d’une administration est fermé.
Mais pour le reste, si on peut travailler (et aller travailler) sans danger … et bien on y va.
Cela a été le cas pour Cheng Wei et moi, simples intervenants dans des écoles de danse privées.
Nous avons continué à enseigner là où c’était possible.

C’est que les stages que nous donnions cette semaine-là, servaient à renflouer les caisses.
J’avais les locations des deux appartements à payer (le mien et celui d’Anaïs dès la semaine prochaine) et Cheng Wei avait à organiser le spectacle du mois suivant.
Donc nous avons continué autant que possible et quand vraiment c’était trop dangereux ou officiellement interdit, nous avons reporté nos interventions aux semaines suivantes, chamboulant de fait les plannings des quinze jours d’avant spectacle.

Du lundi 20 au samedi 25, nous travaillions dans les mêmes studios.
Je retournais chez Hsu Lin le matin avec d'autres stagiaires et Cheng Wei y allait quelques soirs après avoir avancé sur un autre projet en coopération avec une compagnie de Hong Kong.
J’enchaînais avec une classe à Fongshan dans le studio où nous avions répété au printemps.
Dans cette école, les stagiaires avaient trois intervenants : Cheng Wei avant moi, et un autre jeune chorégraphe taïwanais juste après.
Avec lui, elles faisaient un atelier, ce qui leur faisait un joli programme de 4h30 de danse.

Le matin, j’avais donc repris mon rythme à travers les alcôves sauf que je partais plus tôt car mon cours était à 10h30.

À midi, je prenais le métro jusqu’à Fongshan et Cheng Wei me récupérait en scooter après son cours.
Nous déjeunions dans une gargote du quartier, puis nous retournions à l’école où, pendant mon cours, il répétait avec les danseurs de Hong Kong dans le studio au dessus du mien.

Un joli rythme de croisière qui a commencé à prendre l’eau (c’est le cas de le dire) jeudi midi à la fin de mon premier cours.
Alors que nous travaillions la variation, des parents ont débarqué à la porte du studio dans le dernier quart d’heure.
Chose totalement inhabituelle ici où toute personne extérieure au cours attend sur le palier devant l’ascenseur ou dehors en bas de l’immeuble.
Hsu Lin est venue m’expliquer que l’eau était en train d’envahir les alcoves, ce qui avait poussé les parents, inquiets pour leurs enfants, à se réfugier au cinquième étage.
Peu de temps après, on a dû libérer une ou deux élèves qui habitaient assez loin dont les accompagnateurs du jour ne voulaient pas se retrouver bloqués dans les inondations.
Quand j’ai fini le cours, je me suis rendu compte que les parents n’exagéraient pas.
Les rues étaient déjà sous une vingtaine de centimètres d’eau quand je suis sorti de l’immeuble.
J’ai même eu du mal à accéder au métro.


Dans la soirée de jeudi, Hsu Lin m'a dit que ça n'était pas raisonnable de continuer.
Les deux derniers jours de stage ont été reportés à .. dès que possible,
ce qui fut finalement assez vite car la tempête s’étant calmée samedi dans la nuit, j’ai retrouvé mes élèves dimanche et lundi ... (et tout ce petit monde était là)

Pour les cours à Fongshan, comme nous n’avons pas eu de contre-ordre, nous avons assuré les cours normalement.

Heureusement, ce quartier est un peu plus haut que le centre de Kaohsiung.
Les chaussées étaient un peu moins détrempées à midi.

Nous avons donc pu déjeuner tranquille et enchaîner sur notre après-midi de boulot jusqu'à la fin de la semaine mais Cheng Wei m’a quand-même raconté des aquaplanings quelque peu dangereux quand il partait de chez lui le matin.


Après mon cours ce jeudi-là, j’ai tenté de prendre le 248 pour rentrer chez moi.
Il passe à côté du studio et me laisse devant la porte à Zhongshan Road.
Cela me permettait de marcher peu et de rester au sec.

Mais le bus n’est pas passé.

Ils ont dû supprimer des rotations à cause des intempéries.

Je suis donc rentré en métro.
Dommage.

J’avais envie de voir cette ville sous la pluie.



Pas de balades cette semaine donc.

J’ai écrit et publié trois articles (que vous avez forcément déjà lus ...),
c’était ceux qui justement parlaient de ce studio et de mon travail avec Wan Chu et Cheng Wei sur leurs solos respectifs.
(au cas où vous les auriez loupés, ils sont et ).
La seule chose vraiment intéressante à vous raconter, c’est donc ce qui s’est passé à l'intérieur, dans les salles de danse, avec mes chers stagiaires.



Dans le cours du matin, j’avais vraiment des très jeunes danseurs.

Huit filles et un garçon.


Une classe aussi intéressante que complexe car la plus âgée des élèves ayant huit ans, il a fallu que je déploie toute une série d’outils pédagogiques autre que la parole pour me faire comprendre.
Il y avait bien une élève bilingue, (justement la plus âgée), dont le père est britannique et la mère taïwanaise, mais elle s’est avérée être la plus chipie du groupe.

Lui donner le pouvoir d’être la traductrice aurait été une fatale erreur ...
On est donc passé par les sons, par des leçons d’anglais et de français, le tout relié au corps et au mouvement, notamment dans la variation, qui a été l’occasion d’appeler les parties du corps en les touchant.
Je me suis aussi servi de tous les dessins et les photos de danse affichés sur les murs de l’école.
La danse classique y étant enseignée, il y avait toute une série de croquis de ballerines qui m’ont bien aidé à décrire certains de nos mouvements fondamentaux.
On a passé aussi un certain temps, à chaque début de cours, à trouver la pulsation de différentes musiques et à en battre la mesure.
Évidemment (et mes collègues le savent déjà) ça ne marchait pas à tous les coups, mais au bout du troisième jour, la plupart du groupe était dans la même direction (et la bonne !)

J’ai filmé quelques extraits de la classe, j’en partage un avec vous.



Le cours de l’après-midi était bien plus facile.

La classe d’âge allait du milieu de collège au milieu de lycée.

Des adolescentes quoi.

Mais bien plus tranquilles (du moins avec moi) que celles que l’on peut croiser dans les collèges français ...


(oui, on n’aurait pu faire une photo sérieuse pour une fois ... mais c’est tellement plus agréable, surtout ici, de voir des jeunes gens se lâcher devant une caméra)
Comme celles qui avaient dansé trois semaines plus tôt chez Hsu Lin, elles ont eu droit à des variations de la variation de juin, sur la musique de la traversée en ferry de Gushan à Cijin.
(je pense que cette fois-ci, Xavier, assidu lecteur du blog, a compris de quoi je parlais ...)

J'ai filmé une fin de cours.
Alors je vous la montre.



Vous avez peut-être remarqué qu'il y avait plus d'élèves sur la vidéo que sur la photo.
C'est parce que certaines jeunes filles n'ont pas pu assister aux derniers jours de ce stage, parce qu'elles préparaient leur rentrée des classes qui avait lieu le lundi suivant.

Cheng Wei et moi avons bien-sûr fait le forcing pour que tout ce petit monde vienne nous voir le mois prochain ...


Comme je vous l’écrivais tout à l’heure, ces élèves enchaînaient avec un atelier de contemporain juste après mon cours (ce qui me forçait à être à l’heure pour une fois, et qui m’a arrangé un jour ou deux quand la fatigue dans mon corps se faisait un peu trop pesante).

Le jeudi, j’ai eu le plaisir de voir débarquer avec le jeune chorégraphe qui donnait l’atelier suivant, un ancien élève de Tsoying que j’ai suivi pendant trois ans.

Monsieur Wang (attention ! monsieur Wang n’a rien à avoir avec monsieur Huang, qui est le patronyme de Cheng Wei, il faut bien signifier le H pour faire la différence ... et donc bien-sûr quand je veux faire enrager Cheng Wei je fais exprès d’oublier)
Donc monsieur Wang, de son prénom anglais Harry, est apparu dans l’encadrement de la fenêtre et ça m’a bien fait plaisir.

Un jeune danseur acrobate plus musclé que souple qui souffrait dans mes exercices d'étirement mais qui était content de les faire parce qu’il avait compris que c’était là qu’il avait une bonne marge de progression.

Voilà une photo prise l’année précédente, quand j’étais passé au lycée et que sa classe était fraîchement diplômée.


Ne vous y trompez pas, en légende de cet instant particulièrement bien choisi, ce cher Harry a écrit :
« one of my favorite teacher »

Cette photo me touche particulièrement parce que ... elle a été retouchée.
Harry est mat de peau, bien plus mat que sur la photo ...
Cela m'a rappelé une autre lycéenne, Pei Chi, à qui j'avais demandé quand nous étions à Paris, pourquoi elle se badigeonnait de crème.
Elle m'avait répondu tristement : « it's because I'm dark »
Ça m'avait fait bien de la peine.
Et oui, ici aussi, la blancheur est gage de beauté.
Pei Chi est pourtant là pour nous prouver le contraire je crois



Voilà un résumé de cette dernière semaine sans chroniques dansées.
Le dimanche arrive dans l’aventure un nouveau personnage ...
Mais avant de vous le présenter, nous retournerons à Sizhiwan.








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