31/08/18 - 3 - Taiwan été 2018 - la création - Jour 6 (3) - La première balade


Traverser la ville
Prendre du plaisir de partager avec mes amis
des lieux que j'aime
tout en leur laissant leur part de découverte










Vendredi 31 août, 16h20


La répétition vient de se finir.
Le 248 n’est là que dans dix minutes.

Nous discutons un peu dehors, ce qui permet à William de finir sa glace, qu’il n’aura pas le droit d’emporter dans le bus (et oui, ici je vous le rappelle, dans les transports en commun, boissons et nourritures ne sont acceptées que sagement empaquetées).

Cheng Wei propose que nous sortions boire un verre chez Peter ce soir.

Mes amis touristes ne disent pas non.

Il semblerait que William soit un peu comme Anaïs pour ce qui est de prendre une décision : il est toujours partant.

L’empêcheur de tourner en rond que je suis rappelle quand même à tout le monde que d’une part Cheng Wei a un cours à 10h demain matin, et que les touristes sont là depuis moins de 24h donc en plein jetlag.
La situation n’a l’air de gêner personne.

Je propose que l’on se recontacte plus tard en début de soirée ...

Le 248 arrive.
Je suis content de le prendre avec mes amis.

Le métro est plus rapide mais traverser la ville en bus permet de voir la vraie vie d’un peu plus près.
Nous quittons Fongshan pour passer à Weiwuyin où nous danserons, et rejoindre le centre-ville.
Je montre à mes amis les choses que je reconnais, donne des explications quand je peux.

William nous dit que finalement il est resté dans le quartier cet après-midi.

J’aime bien qu’il ait fait ce choix.
Rien de mieux pour se plonger dans le quotidien des taïwanais.


Il a assisté à une cérémonie, en face d'un petit temple où l’on brûle du papier.

Je lui indique qu'il y a un très grand temple derrière le studio et lui explique ce que je sais de ce qu'il a vu.
Ce sont des faux billets que l’on incinère en guise d’offrande pour honorer les dieux et en ce moment pour honorer les ancêtres.

Car nous entrons dans ce qu’on appelle « le mois des ombres »
Pendant ce mois, la mythologie chinoise dit que le passage entre les morts et les vivants reste ouvert.
Alors on en profite pour commémorer tous ceux qui nous ont quittés.

Une sorte de jour des défunts, mais qui dure un mois lunaire.

Je leur raconte que la tradition veut qu’à la nuit tombée, il ne faut pas se retourner si quelqu’un nous tape sur l’épaule car ça peut être un esprit qui veut nous emporter avec lui.
À chaque pays ses croyances.



Les vibrations du bus et le décalage horaire font leur office.

Peu après que j’ai fini mes histoires, mes deux amis s’endorment.

Je les comprends.

Ce qu’il y a de bien, c’est qu’ils le font au bon endroit.
Dans ces quartiers de Kaohsiung, je n’ai pas grand chose à leur montrer à part le centre culturel où l’on repassera bien un jour ou l’autre.

Arrivés dans le centre-ville, je vois que l’on a le temps d’aller jusqu’à la mer.

Il ne fait pas très beau mais bon, autant profiter de l’occasion.

Nous passons à la gare, je leur montre où j’habite, puis à Formosa, et de là, nous partons vers Sizhiwan.
Ils vont suivre ce que raconte Mike au début du spectacle :
l’arrêt de bus de Datong street,
le quartier de Yanchengbu où contrairement au texte il y a beaucoup d’animation à cette heure-là,
la station de métro de Sizhiwan
et Gushan.
(si vous voulez vous rafraîchir la mémoire, c’est la première partie de ce texte-là)

Il fait vraiment trop gris pour faire la balade en ferry.

On s’arrête à l’embarcadère et on marche jusqu’à l’esplanade de Sizhiwan,
passant du texte d’ouverture du spectacle à celui des couchers de soleil.

Quand on est descendu du bus, William a sorti un appareil photo.

Je crois que l’on va bien s’entendre.
En fait, je ne le connais pas vraiment.

Jusque là je ne l’avais croisé que dans les après spectacles et l'avais déjà trouvé sympathique
mais si, en plus, il fait des photos ...

Nous poursuivons notre balade et je continue à leur montrer tout ce qu’ils ont déjà entendu dans les textes du spectacle :

le petit port de Gushan, l’arrêt de la ligne 1,
on tente d’aller à la porte nord mais hélas elle est fermée pour travaux.

Dommage.
Une autre fois, j’espère.

On continue notre route en croisant des bus de touristes.

Et enfin, l’esplanade.

La mer de Chine s’offre à eux avec les deux phares au loin et le fort de Cihou sur notre gauche,

il y a un ou deux cargos, les bateaux de pêcheurs, seul le soleil manque à l’appel.
C’est exactement ce qui m’est arrivé la première fois que je suis venu.

Les danseurs avec qui je travaillais m’avaient emmené à Cijin.

Et le ciel était gris.



Sur la digue sud, il y a un cargo échoué.
Témoin de l’ampleur des dégâts de Luis, qui se rappelle à notre bon souvenir.


Nous restons là, accoudés à la balustrade comme tous les touristes.

Mes amis regardent la mer, les pêcheurs en contrebas, sans dire un mot.

Ils ont l’air bien.

J’immortalise ce moment.


J’hésite à être vraiment content.

Peut-être qu’ils s’ennuient et qu’ils ne trouvent pas ça aussi beau que moi
mais qu’ils n’osent pas le dire ?
En tous cas, je leur aurai montré.

Maintenant, ils connaissent.
Je crois quand-même qu’ils aiment bien cette promenade tranquille.

Et puis, William s’arrête autant que moi pour prendre des photos.
Si ça n’est pas un signe ...

Je voulais leur montrer l’endroit où je m’assois pour boire mon thé froid en regardant la mer mais l’accès est fermé.

C’est l’arrière de la porte nord.

Tant pis.
On reste sur le balcon intermédiaire à mi-chemin entre l’esplanade et l’endroit que je voulais aller.
Et on attend que la nuit tombe.



Je pense au dîner.

Puisqu’on est dans le quartier, je leur proposer de tester « mon » snack et ses fabuleuses bouchées.
« on peut manger là-bas ou vous pouvez tout emporter et dîner tranquillement chez vous »
Anaïs regarde William.

William la regarde et lui dit : « comme tu veux ... »
Ce que j’avais commencé à deviner tout à l’heure se confirme : il n’y en a pas un pour rattraper l’autre.

C’est ce que je leur dis en éclatant de rire.
Les deux lumières des phares s’allument au loin, rouge au sud, vert au nord.

Le fameux phare à la lumière verte.
La nuit est là, on rentre.

On attend à l’arrêt de bus avec les locaux.

Mais c’est un 99 qui arrive, une nouvelle ligne qui dessert l’université avec des bus neufs.

C’est moins drôle.
Alors on ne le prend pas, on retourne à Gushan à pied.
Ça plait bien à William parce qu’il a repéré un endroit où la vue sur Kaohsiung est splendide et il veut faire une photo de nuit.
On dirait moi la première fois que je suis venu ici.
D’ailleurs, il choisit exactement les mêmes appuis que moi pour poser son appareil.
Si vous avez déjà tenté de faire des photos avec une faible luminosité, vous savez qu’il ne faut pas bouger du tout,
Le trépied est la meilleure solution.
Sinon il faut trouver une surface plane.
C’est ce qu’a cherché William et il a choisi les mêmes que moi.

On va bien s’entendre je vous dis.

Bon sang que j’aime ça !

Nous prenons le joli pont qui' enjambe le port et traversons Gushan par les petites rues.

Je leur montre où j’ai mangé ma première « glace » lors de mon tout premier séjour.

Ça n’était pas une glace comme on l’entend en Europe mais des fruits posés sur de la glace pilée.
Particulier ... mais à essayer.

Je leur indique le meilleur endroit selon les locaux.
Il est facile à repérer, les murs sont remplis de graffitis laissés par les consommateurs.

18h50,
on attend au feu de Linhai 2nd road.

Le snack est en face de nous.

Là, il faut qu’ils se décident.

Sur place ou à emporter ?
Ça tergiverse encore du côté de mes deux amis.

(ces deux-là quand même ...)
Je choisis pour tous, on emporte.

Comme ça, ils pourront avoir un peu de temps tous les deux et je pourrai me reposer si jamais nous sortons vraiment pour prendre un verre après.

Nous voilà au snack.

Tout n’est pas encore sorti des fours.

On attend sur les bancs où nous aurions manger si nous avions décidé de rester là.

Je leur pose à nouveau la question :

« non non, on emporte »

(tu penses ... maintenant que j’ai pris la décision ...)

19h10,
nous prenons le métro, nos sachets de nourriture à la main, comme de vrais taïwanais.

(bon ok un noir, un presque blond et une jeune fille aux cheveux rouges, ça ne fait pas très couleur locale ... mais du point de vue du comportement, on est comme les autres)
On se quitte à Formosa.

Je ne suis pas inquiet.

Ils retrouveront leur chemin.

Quant à moi, j’hésite.

Soit je prends la ligne rouge et je marche depuis la gare.

Soit je rentre à pied d’ici.
Le souci c’est que dans les deux options il faut marcher.

C’est ce que j’aimerais éviter parce que là, la fatigue se fait vraiment sentir.
Quel est le trajet le moins fatiguant ?

Finalement, je retourne à la surface et je remonte Zhongshan road.

Juste avant le marché de nuit (qu’il faudrait que je montre à mes amis d’ailleurs), je repère une nouvelle boulangerie.

Il faudra que je teste.

Mais pour l’instant, l’objectif c’est de rejoindre l’appartement.

En traversant Cisian, je réalise que je n’ai plus d’eau !
(vous vous souvenez qu'ici l’eau n’est pas potable partout)
Un passage au supermarché s'impose.
Mais d’abord, il faut que je passe à l’appart et que je me débarrasse de ce qu'il y a dans mon sac.

Non pas que cela soit si lourd mais depuis deux bonnes heures sur mon épaule, ça commence à peser.
Et puis, au delà de la charge, la fatigue est là.
Je trouve que Zhongshan road est bien plus longue que d’habitude ce soir.

L’appart,
je vide le sac.

Je ne m’assois surtout pas (sinon je me couche).
Je repars directement
(d’ailleurs j’avais laissé la porte entrouverte avec les clés dessus pour ne pas succomber à la tentation).


Supermarché,
eau et biscuits au pas de course (une course bien lente cela dit)
Ma gourmandise me donne assez d’énergie pour retourner à la boulangerie.

Très jolie boutique.

Ici c’est souvent comme ça.

Les boulangeries ressemblent plus à des pâtisseries un peu chic.

Hélas, il n’y a que du salé.

Et en plus, j’ai oublié mes lunettes.

Je prends quand même des petites brioches nature.

(en fait, elles sont peut-être fourrées ... en tous cas, elles ressemblent à des choses que j’ai déjà acheté)
La vendeuse me fait goûter trois gâteaux.

Je pense à William et sa glace.

Il y en a un que j’aime, un mélange sucré salé dont je n’arrive pas à deviner les ingrédients.
Et il y a aussi ces deux autres aux fruits secs.
J’en prends trois.
En cadeau, la jeune fille m’offre un petit pain aux oignons verts.

Retour à la maison.

Cheng Wei m’envoie un message.
Il faut qu’il prépare son cours, il préfère reporter la sortie de ce soir.
Il revient enfin à la raison.
Et je dois avouer que ça m’arrange, car je suis exténué.

On boira demain soir.
Il y a un grand dîner de prévu avec toute l'équipe.
J’envoie un message à mes amis, je dîne, et je traîne un peu en écoutant la radio.

Je vais au bureau pour télécharger les photos du jour, dont celle que vous avez vu juste au dessus,
William et Anaïs à Sizhiwan, regardant la mer.
Voilà la photo symbole de leur arrivée puisque je n’ai pas d'images d'hier.

23h,
j’envoie un message d’anniversaire à Nadia.
Je discute un peu avec les français,
raconte la première journée de nos deux amis à Sylvain.
J’aurais bien aimé qu’il soit là lui-aussi.

Je sombre dans les bras de Morphée aux alentours de minuit.

Quelle magnifique journée !







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