01/09/18 - 1 - Taiwan été 2018 - la création - Jour 7 (1) - Le stage de la Weidancecompany


Une matinée musicale
Un cours bien agréable
Un corps qui fatigue
mais qui ne lâche pas







Samedi 1er septembre, minuit


Minuit heure de France.

Vous l’avez déjà compris, il est 6h et je viens d'allumer la radio.

Pour le moment, je ne fais que l’écouter.

Mon regard est encore plongé dans la brume que mon cerveau lui impose.

J’entraperçois un joli rai de lumière dans l’interstice entre les deux pans de rideau.

Je crois que je vais aimer ce que je vais voir.


Quand l’énergie rejoint l’impatience, je vais jusqu’à la fenêtre.


Grand soleil.

Le retour.

Enfin.

Je petit déjeune en écoutant la rediffusion nocturne de l’émission des belges fous : Par Jupiter.
Avec mon thé, je découvre les biscuits de la nouvelle boulangerie.
Il y a un peu trop de fruits secs à mon goût, mais ça sera un premier repas très nourrissant.
Ce qui tombe particulièrement bien pour la journée qui m’attend.

Le soleil illumine la ville sans encore l’accabler de sa chaleur.
J’écoute les belges et leurs amis, cela me fait rire.

Tout va bien.

Enfin presque :
mon genou droit m’informe assez violemment que oui, j’ai pas mal marché hier.
et qu’il va avoir besoin d’un petit coup de pouce chimique pour oublier de m’envoyer le signal douloureux qu’il lance là maintenant tout de suite de façon intense et permanente.
Je couvre mon petit déjeuner énergétique d’un joli anti-inflammatoire.

Aujourd’hui, j’ai un cours à 13h.

J’ai prévu d’y tester ma nouvelle barre.
Celle que les français découvriront quand je serai de retour.

Comme nous repartons vers l'Europe juste après le spectacle, je ne pourrais pas, comme je faisais habituellement, peaufiner la nouvelle mouture de mes cours entre mon atterrissage et le retour dans les studios.
Départ de Taoyuan lundi minuit,
premier cours, mardi soir.
Je serai encore en plein jetlag quand je monterai les escaliers de la MPDS.
Il va falloir que je sois opérationnel bien avant de mettre réhabitué à ma vie française.

Les cours organisés par la Weidancecompany seront le laboratoire parfait pour que je sois fin prêt dans dix-huit jours
(bon sang ! dix-huit jours !)

Ce matin, il faut donc que je revois les nouveaux exercices, mais pour l’instant, je ne suis pas prêt.
Et ça ne m’inquiète pas plus que ça.

Pour une fois ...

Dans le pire des cas, je peux toujours utiliser les exercices de la barre de la saison dernière.
Alors je vais faire ce dont j'ai envie.
Écrire.

Les belges sont partis, c’est « l’heure bleue » de Laure Adler qui est rediffusée.

Je ne supporte décidément pas sa voix.

Il me reste un podcast d’un « grand atelier » à finir, ça sera parfait.

L'oreille vaguement distraite, par les confidences d'un artiste dont je n'ai pas jugé bon de noter le nom dans mon carnet, j’écris ce que je vous ai raconté dans les trois articles précédents.
Quelle journée quand même !

Une fois mes souvenirs consignés, je m’attaque au cours.
Mais il faut quand-même que je m’occupe des touristes.

Ils sont off aujourd’hui.
Je leur concocte une petite balade.

Comme je connais Anaïs, je me dis qu’elle va peut-être vouloir prendre mon cours.

Je l’en dissuaderai par tous les mots possibles mais au cas où, je leur propose une promenade dans le parc de Weywuyin qui est juste en face de l’endroit où je vais travailler.

Comme ça, si jamais elle décide quand-même de venir, William la rejoindra et ils pourront commencer la balade par là.
Le parc est assez grand pour qu’ils y passent quelques heures de l’après-midi.
Pendant ce temps-là, je ferai sûrement une sieste et nous pourrons nous retrouver pour le coucher de soleil.

Aujourd’hui ce sera au port, c’est central.

On y restera jusqu’à la nuit, qui sera aussi l’heure du dîner.
Tout ça me paraît parfaitement se goupiller.

Il faudra aussi qu’ils restent en contact avec Cheng Wei car si tout va bien, leurs bagages arrivent aujourd’hui.

J’envoie tout ça à Anaïs …
qui me répond qu’ils sont déjà pris aujourd’hui.

Jim les a invités à déjeuner et de là, ils iront se promener ensemble.
(mais de quoi je me mêle ? pourquoi je m’inquiète ?)
On se retrouvera donc plus tard pour aller au port.

Je peux me replonger dans la préparation du cours sans scrupules,
(vu que je ne trouve aucune autre excuse ...
)
D’abord, les musiques.

Avec la semaine pluvieuse, j’avais eu le temps de faire pas mal de choses.

Il ne me restait que deux exercices à accompagner musicalement : les spirales et les abdos.

Les exercices qui sont, je pense, ceux dont tous ceux qui traversent mon cours se souviennent.
La musique des spirales est en cours mais elle n’est pas finie.
Pas le temps de faire quelque chose de bien pour aujourd’hui.
Je me servirai de celle de la saison précédente.
Je bidouille une boucle pour les abdos
(si ça se trouve, on n’aura pas le temps de les faire de toute façon)
et je réécoute tout ce que j’ai déjà fait :
la valse jazz pour le Horton,
le premier exercice et le sol, qui sont pour moi les musiques les plus importantes,
j’ai quelque chose qui swingue pour le travail du bas de jambe.

Tout ça ne m’a pas l’air mal.

Je teste avec les mouvements que j’ai prévus.

Cela me semble jouable.
Il va juste falloir que je cale les durées des musiques.

(oui, j’aime bien que les musiques soient aussi longues que les exercices, ou qu’au moins il y ait un break quand ils finissent, ça n’est important que pour moi mais ... c’est comme ça)
Je ferai ça dans les jours prochains.
La danse finale est déjà prête de toute façon.
(j'adapterai une des variations que j'ai fait ici)
Une fois que les films du spectacle seront finis, je reverrai tout ça proprement.

Je transfère tout ça dans ma tablette.
(et ça n’est pas simple parce qu’elle est relativement récente par rapport à mon ordinateur
alors les logiciels ne sont plus toujours compatibles ... satanée obsolescence programmée !)
et je passe à autre chose.

Comme j’ai encore un peu de temps, mais pas assez pour m’attaquer aux deux musiques récentes.
(enfin, c’est ce dont je me persuade ... vous avez remarqué comme j’ai évacué tout un tas de choses en trouvant d’excellentes raisons ?)
Je me lance dans une autre composition.
(ça ! ça m’intéresse)

Une musique basée sur la suite de Fibonacci.

Si vous ne connaissez pas vous pouvez aller chercher de quoi il en retourne dans vos moteurs de recherches.

Disons que c’est une suite de chiffres : 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, etc …

En fait, pour trouver le chiffre suivant on ajoute le précédent : 1+1 =2, 2+1=3, 3+2=5 etc ...
À partir de cette suite, un compositeur indien a fait une composition à partir de laquelle il fait des modulations, à l’indienne, qui rendraient fous bien des élèves en cours de solfège.

(si vous êtes connectés à Facebook, elle est ici)
J’ai donc décidé, en bon obsessionnel ancien matheux accro aux rythmiques tordues, de faire ma version de la chose.
Cela me prend un temps ... certain, qui fait que je pars un peu à la bourre au cours.

Heureusement, que ça va vite en métro.



12h55,
j’arrive à l’entrée du bâtiment désaffecté.
Ouf.

Cheng Wei est là.

Il est accompagné de Yung Hua qui va prendre mon cours et de Ha Bao qui gère les inscriptions et la logistique.
Je suis étonné de voir Cheng Wei.

Il a cours quasiment en même temps que moi.

En fait, il ne faisait que passer.
Il est venu me dire bonjour et part au studio de Fongshan faire la même chose que moi.
On parle un peu de sa classe du matin dont il a préparé les exercices hier soir.
Il a mis la barre un peu haut et il s’est un peu perdu.

Il va falloir que le jeune professeur apprenne à naviguer à vue ...
Je lui en reparlerai ce soir.
Avant qu’il parte, je lui demande s’il a des nouvelles des bagages de nos amis.
Il en a déjà eu hier soir.
Ils sont arrivés à Taipei par le même vol que nos amis, mais le jour suivant, comme prévu,
et ils seront acheminés aujourd’hui.
Normalement, ils seront à Kaohsiung dans la journée et livrés dans la foulée.
La suite au prochain épisode.
Si ça se passe comme pour moi les deux autres fois, ils seront là vers 18h.
L’efficacité taïwanaise va à nouveau être éprouvée.

Cheng Wei s’en va, Yung Hua, Ha Bao et moi montons au premier étage.
Sept élèves.
Yung Hua et une professeur un peu plus âgée,
trois jeunes filles qui se mettent devant,
et deux autres qui se cachent consciencieusement au fond.

Je vais vers la chaîne hifi.
Elle est allumée et le câble de connexion à la tablette m’y attend,
ainsi que, posée proprement sur un sachet plastique, une bière bien fraîche ...

Ha Bao ...
J’éclate de rire en le remerciant.
(voilà comment on construit une réputation)

Je ne peux décemment pas la boire pendant le cours,
(même si certains profs de la génération précédant la mienne l’auraient fait sans aucune honte),
je la pose près de la climatisation, ça serait mon cadeau quand j'aurais fini dans deux heures.

Ne connaissant pas le niveau de mes élèves, je lance un premier exercice d'une classe intermédiaire,
je tombe juste.

Les trois filles de la première ligne ont juste assez de choses à découvrir sans que ça soit trop difficile pour elles.
Yung Hua est plus avancée mais comme elle découvre mon travail ça ira très bien pour la première fois.

Les deux timides du fond s’en sortent très bien aussi.
D’ailleurs, à bien regarder, leurs têtes me semblent presque familières..
La professeur est un peu perdue.

En fait non, je crois qu’elle est plus perchée que perdue.

Mais bon, elle a l’air d’y prendre plaisir et c’est bien l’essentiel.

Elle ne prend que ce cours de toute façon.
On garde ce niveau pour cette fois.
Je vais sûrement monter le curseur à notre prochaine rencontre, ça fera un petit challenge pour les trois plus jeunes à l’avant.
Je déroule mes exercices, prend le temps pour les spirales, ne force pas trop pour les abdos
(il ne faut pas les dégoûter quand même),
et pendant l’exercice au sol, je commence à mitonner dans un coin de mon cerveau une variation sur la valse jazz.
En arrivant, j’avais prévu de leur transmettre une phrase de « Cijin »

mais je sens qu’avec ces jeunes gens, cela risque d’être un peu trop « mou ».

Il leur faut quelque chose de plus dynamique mais qui convienne quand même à l’énergie qui règne en ce moment dans ma vieille carcasse.


Cheng Wei débarque à la fin du cours.

Les deux jeunes filles lui parlent, il vient me voir :
« il semble que tu n’as pas reconnu ces deux filles ?
- leur visage me dit quelque chose mais je ne vois pas trop où je les aurais vues »
L’une d’entre elles approche avec son portable et me montre une photo.


Ceux qui ont vu les Chroniques en France se souviennent peut-être de cette photo, elle était à l’écran pendant l’épilogue.
Je l’avais prise à la fin du stage à Hui Min, l’école de Gangshan l’an dernier.
Elles avaient donc passé quatre dimanches matins avec moi.
J’ai bien fait de ne pas réutiliser Cijin, elles avaient dansé dessus l’an dernier.
À ce moment-là, cette musique était fraîchement sortie de mon esprit.

On se remémore les fous rires qui ont suivi cette photo.
J'en profite pour leur annoncer qu'elle est dans le spectacle,

et que si elles veulent se voir en grand écran, elles doivent venir nous voir.

Je ne suis pas sûr que ça soit un bon argument de dire à ces deux jeunes femmes timides qu’elles vont voir leur visage étalé en 4 par 3 (au moins !), en mode « on fait des grimaces parce que ce prof complètement barré nous l’a demandé » mais bon, c’est l’occasion de parler du spectacle une première fois.

Je suis bien fatigué après ce cours.

C’est toujours comme ça lors des premières rencontres avec de nouveaux élèves
mais ça l'est peut-être un peu plus cette fois.
Heureusement que j’avais ces brioches nourrissantes ce matin.
Mon genou droit me signale aussi que j’ai bien poussé la machine.
Il s’est plutôt bien tenu pendant l’épreuve.

Remercions la chimie et l’adrénaline.

Pendant que je déguste ma bière, je parle un peu avec Cheng Wei de l’organisation de la soirée.

Il faut que j’informe Anaïs et William de la suite des événements.

« on se retrouve à 19h pour dîner tous ensemble ».

Vu que l’on sera près de chez Wan Chu, ils nous emmèneront au restaurant.

Ils savent où c'est.
Je lui demande s’il a envisagé une suite dans un bar à cocktails :
« I said another day ! »
Effectivement, s’il a dit un autre jour, ça n’est pas forcément ce soir ...
J’avais mal compris le message.

J’envoie un message à Anaïs en lui donnant rendez-vous à 17h45 sous les vitraux du hall de correspondance de la station de métro Formosa Boulevard.
C’est un bel endroit pour se retrouver et on arrivera au port pile poil pour le coucher de soleil.
J’irai à pied ou en métro, selon mon état.


Je ne sais pas bien quand ils auront ce message.

Mais bon, ils repasseront bien par leur appart.

Et ils prendront le métro pour y aller (ou pour aller ailleurs).
Donc ils croiseront un réseau wifi d'une manière ou d'une autre.
On arrivera bien à se retrouver d’une manière ou d’une autre.

Pour l’instant, objectif sieste.

Je ne vois pas d’autre alternative que de me poser.
Je suis bien naze moi.



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