31/08/18 - 1 - Taiwan été 2018 - la création - Jour 6 (1) - Leur premier déjeuner


Joyeux anniversaire Nadia
À eux de prendre leurs marques
La première balade vers l'est
pour aller un déjeuner










Vendredi 31 août, 5h


Je suis déjà réveillé.
Quatre petites heures de sommeil …
L’excitation de leur arrivée ?
La fin de mes aventures entériques ?
Nous ne le saurons jamais.
Mais pour la journée qui m’attend, c’est sûr, ça va être un petit peu court.


Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de mon amie Nadia.

La première asiatique que j’ai croisée de près.

Une sublime danseuse qui a assisté à la naissance de la compagnie
et qui vient verser sa larme en coulisses à la dernière représentation de chaque création dans laquelle dorénavant elle ne danse plus.
Nadia a un âge ... qu’elle ne fait toujours pas.
(je ne vous le dirai donc pas, disons qu’elle est plus âgée que moi ...)
C’est donc son anniversaire et j’ai un pincement au cœur tout particulier cette année parce qu’elle voulait que je sois avec elle demain soir.
Une demande qu'elle ne m'avait jamais faite jusque là.
En général, elle imposait plutôt un silence radio.
Au début, je l’appelais le jour J,
mais je tombais inexorablement sur sa messagerie.
J’ai compris qu’elle faisait partie des gens qui n’aiment pas parler ce jour-là.
Alors soit je laissais un message sur son répondeur (en chantant particulièrement faux par exemple),
soit je lui envoyais quelque chose par écrit.
Mais cette année, elle avait décidé de le fêter.
Et ce, pour une bonne raison : elle changeait de décennie, 
(donc vous pouvez devinez quel âge elle a).

Je lui avais promis que je ferais l’effort de rentrer plutôt.
La création se faisant généralement en août, je serais rentré quinze jours plus tôt.
Mais le pauvre Cheng Wei n'a pas pu faire autrement cette année que de nous faire danser en septembre.
Dommage.

Elle engueulera Cheng Wei quand elle le verra.



Il est 5h, et je n’ai aucune raison de me lever,
aussi je somnole jusqu’à 6h30 et pousse le luxe jusqu’à ne me lever qu’une heure plus tard.
Une fois passé les rituels du matin (où je remarque que je n’ai déjà plus de biscuits ce qui prouve sans aucun doute possible que j’en mange beaucoup trop), je traine un peu sur les réseaux sociaux tout en écoutant « le grand atelier » de l’écrivaine Florence Delay.
Comme avec Bertrand Tavernier et Jeanne Moreau, c’est un festival de petites phrases qui me parlent particulièrement :
« une vie, ça n’est pas assez long pour tout le monde mais tout le monde ne le sait pas »
ou aussi
« on devrait nous apprendre très jeune à ne pas être sur des rails, à choisir des embranchements »
phrase un peu radicale mais qui parle tellement au professionnel du « pas de côté » que j’aime à dire que je suis,
et puis il y a la phrase magistrale
« la liberté c’est avant tout la solitude »
Implacable.

(du moins pour moi)
Florence Delay parle d’écriture, d’adaptation et de traduction, ce qui me replonge dans mes problématiques du moment.
Elle pense que le verbe a vieilli, que le verbe être prend trop de place.
Ça dépend par rapport à quoi, je trouve que le verbe avoir est un peu trop important ces temps-ci.
Réflexions.

9h,
je m’installe dans la position assise pour publier un article.

J’écris en continuant d’écouter la radio et en regardant le temps changer.

Ça se lève, pour de bon cette fois.

Luis a décidé de ne pas faire la gueule à Anaïs et je suis bien content pour elle.

Une fois l’article publié, je joue un peu, puis me mets au travail sur la vidéo du spectacle.

Le début sera différent.
Je ne sais plus si j’ai partagé avec vous cette idée.
Comme Sylvain et Fred ont enregistré la voix de Mike avec un vrai bon micro pendant la création française, j’ai son récit du « selfie du matin » en bonne qualité et donc, en français.

Pour que les taïwanais entendent un peu de notre langue (et surtout pour que ce cher Mike soit un peu avec nous), j’ai décidé que Çong Yen ne dirait pas la première partie du texte mais que l’on entendrait son homologue français.

Il commencerait la version mandarine au célèbre « il est 7h » quand, dans la version française, la vidéo commençait.

Il me fallait donc trouver quoi mettre à l’écran pour accompagner ce cher Mike dans le début de l’histoire. 

J’aurais pu me contenter d’un simple sous titrage mais quand-même, ça serait dommage que je ne me serve pas d’une ou deux perles cachées quelque part dans ma banque d’images pour relever le tout.

Pour ça, un peu de recherche iconographique s’impose.
Une fois trouvés les éléments qui maintiendront l’attention du public sur l’écran,
je bâtis une structure de film (un « ours » vous vous souvenez ?) et après avoir un peu travaillé l’enregistrement audio pour y enlever un ou deux dérapages dans le récit de mon ami, j’obtiens un premier jet qui me semble plutôt réussi.

J’envoie un message à Anaïs :
« rendez-vous à midi en bas de chez vous.

Comme ça on fera le chemin ensemble, histoire de prendre des repères. »

Passage à la douche,
préparation des affaires,
changement de sac,
je n’ai plus besoin du vert puisque je ne prends plus mon casque pour le scooter et qu’il fait beau.

J’ai un petit pincement au cœur (et oui un autre) en me disant que ces prochains jours je vais être privé de deux roues,
mais partager ma vie avec Anaïs et William participera amplement à mon bonheur.

(bon sang ... pourvu que tout se passe bien ...)


Avec tous ces changements de sacs, je pars un peu plus tard que prévu.


Et donc, un peu en retard.

11h50,
je suis dans l’ascenseur.

On sent déjà malgré la climatisation que la chaleur a fait son implacable retour.
Cela se confirme au dehors.
Difficile de marcher très vite
Heureusement que mes pieds respirent à nouveau dans leurs sandalettes.

Mina m’accompagne dans les rues d'une Kaohsiung animée où la vie a repris son cours.
(comment ça vous ne connaissez pas Mina ? c’est une chanteuse italienne ! Allez voir sur Google)
Je tourne à gauche sur Bade road, remonte sur un ou deux cents mètres et tourne à droite sur Zhongxiao road.
Quand je vois l’église, je tourne à gauche.

(hier j’ai tourné à droite, ça doit être ça).

Mais je ne reconnais ni la rue, ni les immeubles.

Trop large, trop hauts.

Je fais demi-tour, c’est la rue d’après.
Oui, je reconnais leur bâtiment rouge.

Cette fois-ci, c’est sûr je suis en retard.



12h07,
j’arrive devant l’immeuble.
je les vois traverser le hall.
Anaïs connaît trop bien mes retards ...
Les voilà dans la rue, détendus, comme d'habitude, alors que moi je suis en nage.
Une sorte de remake de la veille ...

On repart tranquillement vers le métro.
Ils ont l’air de s’être reposés.

Au premier carrefour, je m’apprête à leur dire de repérer le nom de la rue.
Cela pourrait être utile s’ils doivent par exemple rentrer seuls en taxi ou si tout bêtement, ils se perdent un peu.
Je n’ai pas le temps de commencer ma phrase que je vois William prendre la plaque de la rue en photo.

Là, me reviennent des souvenirs d’il y a deux ans où les filles, au bout d’une semaine, ne se souvenaient pas que l’on habitait près de la gare ...
‘y a pas à dire, ces deux-là sont des voyageurs.


Alors cette photo est réellement celle qu'a pris William.
Anaïs lisant le blog, a répondu favorablement à ma requête quant aux photos que je n'avais pas eu la présence d'esprit de prendre hier.

Elle m'a d'ailleurs aussi envoyé une photo prouvant que j'avais écrit une bêtise et qu'il y avait déjà une bouilloire dans l'appartement.
(vous pourrez aussi y remarquer, des vestiges de la veille, sagement rangés sur l'étagère).



Mea culpa donc
(à partir d'aujourd'hui, il va falloir que je fasse gaffe à ce que je raconte sinon ...)

Reprenons notre balade.
Au carrefour suivant, sur Zhongzhen road, ils me montrent l'endroit où ils ont pris leur petit déjeuner.

Pratique, tout proche, et plutôt bon, aux dires de deux touristes.
(cela dit, s'ils avaient une bouilloire, je me demande bien pourquoi ils sont sortis ...)

Nous prenons le métro à Formosa.
J’envoie un SMS à Cheng Wei pour annoncer notre retard (pour une fois c’est dans ce sens que ça se passe),
il est déjà dans notre gargote habituelle.
C’est par là que va commencer l’aventure gustative de nos deux amis.

Là encore, avant que je n’aie à le faire, je surprends William qui regarde le plan du métro.
Je lui explique l’organisation du réseau
(en même temps, ça n’est pas très compliqué, il n’y a que deux lignes, ça n’est pas comme à Taipei)
La ligne rouge, nord-sud, qu’ils ont pris hier pour venir de la gare TGV.

La ligne orange, est-ouest, sur laquelle nous sommes, dont le terminus à l’est est celui de la plage, Sizhiwan.

Je lui montre Fongshan, où l’on descend, à ne pas confondre avec la précédente Fongshan West, et puis aussi Weiwuyin, où nous descendrons quand le moment d’être au théâtre sera venu.
Cela fait du bien de voir quelqu’un qui s’intéresse tout de suite à ce que je dis.

Fongshan, sortie 2,
nous remontons la rue piétonne.


Alors, je me dois d'être honnête avec vous.
Pas plus qu'hier, je n'ai pensé à prendre des photos de cette première matinée.
Alors j'ai pioché dans ma photothèque, une image de cette rue mais un autre jour.
Ce midi-là, il faisait bien plus gris.
Peut-être que William m'enverra une photo de ce jour-là.
Dans ce cas, je remplacerai celle-ci.
(il va donc falloir que vous reveniez jeter un œil à l'article pour vérifier)

La gargote et ses bruits de friture, de vaisselles qui s’entrechoquent, de conversations en mandarin,
je vois Cheng Wei,
on le rejoint.

Il pose son portable pour dire bonjour à tout le monde et demande des menus.

Je lui dis ce que je veux (du bœuf, des légumes verts, du riz, comme à peu près à chaque fois).

Je le vois cocher sur le menu, il coche trois fois :
« no no, it’s just for me ! »
On éclate de rire.

Alors explications.

Que coche-t-il donc ?

Je vous en ai déjà parlé mais c’était il y a bien longtemps.
Dans beaucoup de petits restos ici, on a deux sortes de menus.
Ceux pour regarder (enfin souvent, il n’y en a qu’un et il est affiché au mur) et ceux pour commander.

Les menus qui servent à la commande sont assortis de petites cases au bout de chaque ligne dans lesquelles vous indiquez le nombre de fois que vous désirez un plat : un trait pour une fois, une croix pour deux, un carré incomplet à trois cotés pour trois, un carré pour quatre, un carré barré pour cinq.

Je n’ai jamais vu ce qui se passait pour six.

(cela dit c’est rare que l’on commande six fois la même chose, en dehors du riz .. mais en général, ça , c’est pour tout le monde).
En voici un exemple.



Donc Cheng Wei avait coché trois fois mon plat de bœuf habituel.

Et pourquoi ?
Parce qu’habituellement, c’est l’hôte qui choisit pour les invités.
Et comme l’hôte c’était moi, il a tout naturellement pensé que j’avais choisi pour Anaïs et William, les invités.
On s’en est rendus compte au même moment, d’où l’éclat de rire.
Voilà, nous pouvons reprendre le récit.


Cheng Wei comprend donc que l’hôte c’est lui ... mais qu’il doit laisser choisir ses invités européens :
« do you want a soup ? » demande-t-il à Anaïs.

« yes ! »
Je ris.

Encore
.
Il a oublié qu’il parlait à Anaïs, qui ne dit non qu’à de très rares occasions.
Je lui rappelle qui il a en face de lui :
« Cheng Wei ... it’s Anaïs ... »
Ils rient avec moi.
Notre ami détaille fièrement le menu.

Les soupes, les légumes, les viandes,
il montre les plats sur les tables voisines quand il n’est pas sûr de la traduction,
(et c’est aussi bien pratique pour voir les quantités).

Finalement, c’est William qui choisit pour deux.
Et je m’y attendais.

Cela dit, c’est mieux comme ça car si Anaïs avait pris le temps de choisir, on aurait été en retard pour la répétition,
et si elle l’avait fait directement, rapidement, sans aucune hésitation, on aurait eu un typhon dans l’après-midi.
Il y aura donc bientôt sur la table.
Une soupe à la cervelle (si si !),
des boulettes de viandes,
les légumes verts cousins des épinards, que je prends tout le temps,
(là, Cheng Wei peut en cocher au moins trois)
des pousses de bambou,
et du riz sauté au poulet (que je prend aussi quand je ne choisis pas le bœuf)

Tout arrive sur la table en même temps.
On mange à la taïwanaise.
Tout le monde goûte de tout
Et ils aiment tout !

Bon, on a quand même un léger bémol sur la soupe à la cervelle.

Et c’est pour le moins compréhensible.
Mais pour le reste, ils savourent.
Cheng Wei me regarde.

On s’est compris.

Le départ que nous prenons là confirme notre discussion d’hier soir sur le scooter.

Le premier déjeuner de mes amis se passe au delà de mes espérances.
Nous sommes aux antipodes d’il y a deux ans.

Je réussis à payer.

Pour être plus précis, je bloque Cheng Wei qui a déjà son portefeuille à la main,
et je tends victorieusement un billet à la caissière hilare alors que nous sommes sur le point de partir.

Avant de rejoindre le studio, nous nous arrêtons acheter des jus de fruits, un autre grand classique de la vie locale.

La vendeuse nous reconnaît.

Ça n’est pas la première fois que Cheng Wei et moi prenons des boissons chez elle.
Elle avait même pris une photo la première fois qu’elle m’avait vu.
Anaïs et William ont aussi droit à leur cliché souvenir, évidemment.

Cheng Wei repart en scooter.

Nous allons au studio à pieds.

Je donne quelques repères à mes amis :

« au bout de la rue, de ce côté, il y a l’entrée du métro sur la gauche,
à l’autre bout, on tourne à gauche et au bout de cette petite rue là, on est au studio.
Il est facile à repérer.

Juste à côté, il y a un salon de coiffure avec une enseigne ... imposante »


Bon ok, en fait, l’enseigne pour l’école est encore plus grande.
Mais ce petit cercle rouge avec une paire de ciseaux et un peigne, m’a toujours plus marqué.
Je le trouve plus parlant que la danseuse sous la pile d'idéogrammes.

William me demande où trouver des fringues car, en fait, plutôt que de garder des vêtements en plus dans leurs bagages cabine, ils ont décidé d’acheter local.

Ils ont bien raison.

Ça ne sera pas très cher et ça fera des souvenirs.
On demandera à Cheng Wei tout à l'heure.

Peut-être qu’il leur indiquera des boutiques à Fongshan ?


Mais je pense que ça sera mieux au centre-ville.
 
Nous sommes dans ces petites rues typiquement taïwanaises où peu de touristes viennent se perdre.
On croise une dame qui nous sourit.

Taïwan comme je l’aime,
entourés de gens que j’aime bien,
en route pour la première répétition.





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