24-25/02/18 - Taiwan printemps 2018 - Jour 10 - Wan Chu est de retour

Une traversée de la ville en autobus,
des retrouvailles,
le plaisir de travailler avec mes deux amis
malgré leur fatigue et mes doutes












Samedi 24 février,
21h30

De retour du snack d'à côté de la station de métro de Sizhiwan dont je vous parlais dans l’article précédent,
je déguste mes achats encore chauds arrosés d’une bière à la mangue.
J’ai allumé la télévision,
des vieilles séries américaines,
mais je ne regarde pas vraiment.
Je savoure ce moment de plaisir intérieur retrouvé.
avec ce soleil du dehors revenu alimenter tous mes systèmes internes
et ces petits pâtés savoureux qui accélèrent la guérison.

23h,
je remets mon casque pour me plonger à nouveau dans l’ambiance musicale que je veux obtenir pour Cheng Wei.

L’extinction des feux se fait vers 1h du matin
et six grosses heures plus tard, j’ouvre la fenêtre sur un grand ciel toujours aussi bleu
pour mon plus grand bonheur.

Après avoir sacrifié aux rituels matinaux (thé vert, petit déjeuner, radio),
je continue dans le blog à vous raconter ce que j’ai fait les mois précédents, notamment l’aventure belge,
et je creuse un plus loin le sillon de l’aventure Cheng Wei, autrement appelée : « le jeune homme en scooter ».

Je ne mets pas le nez dehors de la journée.
Le fait qu’il y ait beaucoup d’images dans les articles que je mets en ligne pour vous
me prend beaucoup de temps.
Et puis, il y a encore cette musique, dont finalement, je ne suis pas encore convaincu.
Toujours ces soucis de mixage.
Si je suis riche un jour, je me paierai le luxe de demander à quelqu’un dont c’est le métier,
de finaliser mes bredouilles sonores.
Je sens bien que ces temps-ci, c’est par là que ça pèche.

Dans l’après-midi, je discute avec mon collègue et ami de l’heure à laquelle on commence.
Il a une répétition pour la pièce qu’il joue en avril et il enchaînera avec la notre.
Malheureusement, je ne suis pas sûr de pouvoir revenir au studio tout seul.
Le désavantage du scooter.
C’est moins facile de se repérer sur un deux roues qui slalome que lorsqu’on est à pied.
Il faudrait donc qu’il finisse sa répétition et que comme la dernière fois, il vienne me récupérer à la station de métro.
J’aimerais lui éviter cette charge supplémentaire.
Je lui demande l’adresse, il ne la connaît pas en anglais.
Et avec les transcriptions hasardeuses entre le mandarin et l’alphabet que vous lisez en ce moment,
je ne suis pas sûr d’arriver à bon port.
(je vous rappelle que par exemple le son « ch » peut être écrit « sh », « hs », « q » ou « c »)
Comment faire ?
Au moment où je me résous à le laisser se sacrifier, je me souviens du temple.
Il y a ce grand temple juste à côté.
Alors certes, ici, il y en a beaucoup, mais d’aussi grands pas tant que ça.
Je regarde sur le plan en tentant de me souvenir en gros de la route qu’a parcouru le scooter.
À Fongshan, on a fait demi-tour, et on a pris à droite à la patte d’oie,
puis (et c’est là que je me perds), on a tourné quelque part encore à droite après plusieurs carrefours.
L'avenue sur laquelle on était s’appelle la Zhongshan West road.
Je m’en souviens parce que c’est comme l’adresse de l’appart’, avec un West en plus.
Je cherche Fongshan sur le plan, repère le métro, l’avenue,
le temple !
On est sauvé.
De là, je reconnaîtrai l’entrée du studio.
Et j’en profiterai pour prendre des photos de ce bâtiment, qui m'a eu l'air bien imposant.

Toujours sur le plan, on voit clairement des petits pictogrammes bleus, ce sont des arrêts de bus.
En cliquant dessus, la ligne qui dessert l’arrêt est indiquée.
Cette fois encore … c’est la 248 !
Mais dans l’autre sens, vers l’est.


Bon, maintenant il n’y a plus qu’à …

Préparation des affaires.
Ne pas oublier le casque pour le scooter parce que je ne sais pas comment je vais rentrer.
À priori, cela devrait être en métro.
À cette heure-là, pas sûr qu’il y ait un bus.
Mais Cheng Wei ne me laissera pas aller à pieds jusqu’à la station.
Je pense même, le connaissant, qu’il me ramènera directement à l’appartement.

17h15,
je suis en bas de l’immeuble.
Pas besoin d’aller plus loin, je suis à l’arrêt où me dépose le 248 quand il revient de Sizhiwan
et que justement, il va vers l’est.
C’est décidément bien pratique cette gare routière à ma porte ma foi.

Il y a beaucoup de monde sous les alcôves.
Un peu plus qu’en semaine.
Dimanche aurait-il finalement un tout petit peu de sens même dans ce pays ?
(même si tous les magasins … sont ouverts)
Je mets mon casque (audio !) et trouve une place sur un banc.
Le bus est annoncé dans 5 minutes.

17h20,
le 248 arrive.
La musique des chroniques entre les oreilles, je monte et je valide ma carte.
Le chauffeur tente de me dire quelque chose.
J’enlève mon casque.
« …… Gushan …. Fongshan »
Dans tout son affolement en mandarin, je ne comprends que ces deux mots.
Mais ça me suffit :
En fait, il y a deux arrêts sur Zhongshan road.
Au plus éloigné, qui est après le canal d’Hebei, s’arrête le 248 qui va à Gushan, l’embarcadère du ferry pour Cijin.
À celui-ci, c’est celui qui va à Fongshan qui prend des voyageurs.
Forcément, pour ce chauffeur, un étranger ne va pas aller se perdre dans la banlieue un dimanche après midi,
il va forcément au bord de l’eau.
Pensant que je me trompe de bus, il me dit qu’il ne va pas à Gushan mais à Fongshan.
Vous avez suivi ?
Ça n’est pas bien grave.

Je fais comprendre avec les moyens du bord (anglais, main droite et main gauche) que je sais où je vais :
« Yes I know ! I go to Fongshan ! It’s ok ».
Il démarre.
Je vais vers l’arrière du bus.
Alors que je m’assois dans une des rangées de sièges vers le fond, je vois qu’il me guette dans le rétroviseur.
Il n’est pas convaincu.
Dieu que ces gens sont prévenants.

Nous remontons Zhongshan road jusqu’à Cisian, tournons à gauche,
là je ne reconnais plus la route.
Nous retournons à droite, puis encore à gauche dans une grande avenue.
Une station de métro …
Ça y est, je vois à peu près quel sera le trajet.
Nous sommes au dessus de la ligne orange.

Peu de temps après, sur notre droite, nous laissons le centre culturel.
C'est là que les petits du lycée ont dansé ma pièce.
Il y a ensuite Wukuaicuo, où nous avions montré le duo d’In Wei pour la première fois ici,
et puis l’arène pour les Arts Martiaux
où, sous une pluie battante, Élise et moi avions eu rendez-vous avec Cheng Wei
pour aller répéter les duos dans un autre studio.
Je lui envoie un message :
« je suis à Martial Arts Stadium …
si tu as l’énergie, peut-être que tu peux apprendre la phrase du sol à Wan Chu ? »
Pas de réponse.
Il est soit très occupé, soit très fatigué.

Le bus poursuit sa route vers l’est.
Weywuyin.
Là aussi, tant de souvenirs ...
les balades au parc, et le théâtre où nous avons dansé il y a dix-huit mois ...
Là, ça se complique, on tourne à gauche.
Il faut que je sois vigilant car il faut descendre avant la station de métro de Fongshan
où j’ai eu rendez-vous avec Cheng Wei dimanche dernier.
Heureusement, le site des transports en commun de Kaohsiung possède un système de géo localisation des bus.
Je suis en direct notre progression.
On tourne à droite.
Tiens ! Un Carrefour ! Je veux dire ... un supermarché Carrefour.
Et un grande taille en plus !
Je me dis que c’est quand même fou de trouver ces hypermarchés ici.
La mondialisation, ça n’est décidément pas très exotique.
Pourquoi ne développent-ils pas leur propre chaîne d’hypermarchés ?
En ont-ils vraiment besoin finalement ?
Pourquoi vouloir copier au plus près notre système occidental ?
D’ailleurs, cela n’est pas très pertinent de parler de « western world », vu que le Canada et les États-Unis sont à l’est.
Je suis tout à mes pensées quand une grande lumière me réveille à travers la fenêtre.
C’est le temple,
j’ai raté l’arrêt.
Et la voix de la dame annonçant « Fongshan MRT station » résonne déjà dans les quatre langues
partout dans l'autobus.

Arg …
J’aurais dû rester concentré.

Je vérifie sur le site.
Effectivement, nous sommes sur Zhongshan West road en direction du métro.
Je descends au prochain et je remonte à pieds ?
Je ne me souviens pas avoir vu d’arrêt devant la station pourtant.
Vite ! Regarder à nouveau sur le site.
Alors, l’arrêt est juste après la station mais …
je vois qu'un peu plus loin,
ce cher 248 tourne à gauche et revient dans la direction du temple,
en passant vers l’arrière du bâtiment cette fois-ci.
Je devrais pouvoir descendre à un arrêt dans ce coin et retrouver le studio.
Je préviens mes amis que je vais être un tout petit en retard et je me concentre pour ne pas rater cet arrêt là.

Cinq minutes plus tard, on y est.
Les oreilles sur le bout du nez, à l’aide de mon téléphone qui maintenant fait office de carte,
je cherche la rue qui me ramènera au temple.
Elle est juste là à gauche en diagonale.
Je traverse le boulevard et prend cette petite rue où commencent à poindre les lumières de la nuit.
Belle atmosphère sous ce soleil couchant.


J’ai l’impression d’être à l’entrée d’un village.
On passe un petit canal particulièrement fleuri.
Il faudra que je revienne faire des photos par ici aussi.


J’arrive par la rue où les scooters des danseurs étaient garés à la dernière répétition.
C’est parfait.
Sauf que je ne suis pas passé par le temple.
Pas de photos pour vous aujourd'hui.


18h,
je suis au studio.
Yung Hua est seule au rez-de-chaussée,
assise dans la pénombre avec sa valise,
elle a l’air triste.
Elle me demande un « hug ».
Je la prends dans mes bras.
Elle me sourit comme elle peut.
Je sais que comme tous les dimanches elle repart à Taichung,
mais je sens que ça n’est pas seulement pour ça qu’elle ne va pas bien.
J’espère que la répétition s’est bien passée …

Je monte au premier étage.
Cheng Wei est couché dans le studio,
bras et jambes écartées,
il est crevé.
Il va quand même falloir que l’on bosse …

Wan Chu se lave les mains dans le petit hall à l'entrée du studio, boit un peu de thé,
puis vient vers moi à tous petits pas, les bras en avant, le sourire aux lèvres.
On dirait une fillette de 8 ans.
Je la prends dans mes bras jusqu'à la décoller du sol.
Elle est contente de me revoir.
Bonheur partagé.

Pendant que Cheng Wei recharge ses batteries, je lui offre un cadeau offert par un des amis français
qu’elle a rencontré pendant la création d’In Wei :
un livre de cuisine française.

« OOOh …. Thank you ….
Jim will be very happy ! »
On éclate de rire.
Je le savais : elle ne cuisine pas.
C’est son mari qui est aux fourneaux.
(elle en a de la chance …)

On parle un peu de son voyage en Italie.
Est-ce qu’elle a aimé le pays ? comment s’est passé son voyage de retour ?
Mauvaises questions.
Elle préfère la France et le retour a été compliqué :
le retard (de presque deux heures !) du train qu’elle prenait de Florence pour rejoindre l’aéroport de Rome
leur a fait rater l’avion du retour.
Trenitalia, c’est pire que la SNCF …
En plus, à l’aéroport, le guichet de la compagnie low-cost qu’elle avait utilisé pour voyager était fermé.
On leur disait d’aller à celui de la compagnie « partenaire » … Alitalia,
ou de téléphoner à un numéro qui était un numéro local, donc très cher pour elle,
vu que c’était comme si elle appelait de Taiwan vers l’Italie.
Elle a opté pour une visite du guichet Alitalia
et elle est, hélas, tombée sur une hôtesse des plus affables qui a répondu de la même manière à toutes ces requêtes :
Wan Chu lui a d’abord demandé si elle pouvait faire quelque chose comme un échange de billets,
vu que les deux compagnies étaient partenaires :
« NO »
Elle lui a ensuite demandé si elle pouvait lui rendre un service en appelant la compagnie de son bureau
ce qui lui couterait moins cher qu’à elle dans la mesure où ça serait le prix d’un appel local :
« NO »
Devant aussi peu d’intérêt au souci des voyageurs, Wan Chu a tenté de savoir pourquoi elle ne « pouvait » rien faire,
réponse cinglante : « ça n’est pas mon problème »
Comme ses collègues d’Air France, cette hôtesse avait manifestement le sens de l’accueil.
Je lui dis à quel point j'étais désolé
lui rappelant que malheureusement l’Europe parfois (souvent ? …) c'était aussi ça ...

Rejoints par Cheng Wei, nous regardons les vidéos des danses à apprendre.
Le prologue
La traversée en scooter
Cijin
Ça nous fait bien rire de me voir démultiplié grâce à mes effets spéciaux d'une qualité ... disons ... discutable.
Je leur rappelle qu’ils ont chacun un solo, que nous créerons ensemble.
Beaucoup de travail et très peu de répétitions.

Donc, au travail.
J’avais prévu d’attaquer par Cijin qui, énergétiquement, est la plus tranquille des parties,
mais je change mon fusil d’épaule, vu l’état de Cheng Wei.
Je vais apprendre à Wan Chu sa version du prologue.
Cela permettra à Cheng Wei de réviser la sienne, vu qu’il l’a déjà apprise la semaine précédente.
De toute manière, pour Cijin, ils ont des partitions différentes,
il vaudra mieux que je les vois séparément.

18h30,
nous nous plongeons donc dans le prologue.
Avec les deux phrases d’entrée,
faites dans des directions et des comptes différents,
dans lesquels je me perds comme quand j’ai transmis le tout à Anaïs
ce que je leur avoue sans honte.
Je sais qu’ils ne m’en tiennent pas rigueur.

Il y a plein de tentatives,
beaucoup d’erreurs, de leur part comme de la mienne,
parce que je mélange tout comme en France,
que j’avais oublié à quel point expliquer en anglais c’était crevant,
et qu’ils ont tous les deux, trois heures de répétition dans les pattes,
l’une en tant que danseuse,
l’autre en tant que chorégraphe.

On rit,
beaucoup.

« it’s like the old times ! » me dit Wan Chu.
Phrase qui me va droit au coeur et qui rappelle les années passées.

On était dans cette même situation quand on a monté la Septième Nuit,
aussi bien à Taiwan qu’en France.
Peu de temps, beaucoup de choses à apprendre, beaucoup de fatigue, et de sacrés fous rires.
Remontent bien-sûr aussi à la surface les premières répétitions de « In Wei » avec les françaises,
et tout ce qui en a suivi ...
Et puis, l’été 2017 où cette chère Wan Chu a tout fait pour me faire oublier tout ça.

Cette phrase sur son visage souriant,
son collègue qui acquiesçait,
on s’en était sortis.
Tout était … comme avant.

21h30.
Le prologue est bouclé.
Il restera les parties solo de l'une et de l'autre mais elles dépendent de la suite de la pièce.
On filme pour la mémoire (et aussi un peu pour vous) et on arrête.

Trois bonnes heures de travail,
trois supplémentaires pour eux.


On arrête ?
Pas tout à fait …
Comme avec Cheng Wei à la fin de la répétition précédente,
je me dois de filmer la traversée que Mike fera avec nous.


Comme je l'ai déjà écrit, la danse a vraiment fait un grand bon dans l'histoire avec cette ... chose.

Avant de partir, on parle planning.
Wan Chu me demande à quelle heure est mon avion.
« Minuit.
Je prendrais un train vers 19h30
- alors peut-être que l’on peut encore répéter le matin ? »
Son collègue est d'accord.
Je n’avais pas osé demander.
Ils se sont rendus à l’évidence.
C’est encore mieux que ça vienne d’eux.
(même si je ne pense pas qu’ils auraient râlé si je leur avais imposé)

Je suis en train de ranger mes affaires
et de me rendre compte que mon genou gauche se rappelle à mon pas si bon souvenir
quand Cheng Wei veut me demande s’il peut me montrer son travail pour sa pièce d’avril
« Not now sir … I’m exhausted
- Ok … Goodness Bistro ? … Maybe ? … A French maybe »
Je ris.
Un cocktail pour s’achever ?
Après tout …
Au point où on est ...

Wan Chu quant à elle, repart sur son scooter.
Je lui dis de faire attention sur la route.
Même si je sais qu’elle a l’habitude et qu’elle a l’air moins fragile qu’elle ne le parait,
je suis toujours inquiet.

Je sors mon casque (à scooter !) et nous prenons la route du bar.
Comme le dimanche précédent, nous traversons la ville.
Mais vers l’ouest cette fois …


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