28/02/18 - 1 - Taiwan printemps 2018 - Jour 13 (1) - Wan Chu et moi

Un autre solo,
écrit à deux,
mais d'une autre manière,
les interprètes se suivent et ne se ressemblent pas.











Mercredi 28 février

7h30,
j’ai raté mon rendez-vous de minuit mais il est encore bien tôt pour avoir les yeux aussi ouverts.
Je reste sous la couette, que je n’utilise toujours pas.

8h20,
mes yeux restent désespérément rivés sur la fenêtre, abreuvant d’images translucides un cerveau bien opérationnel.
La mécanique, elle, reste encore bien floue.
Drôle de sensation d'un esprit clair installé dans une carcasse qui peine un peu, grippée dans ses rouages.
Mon corps a l’air d’avoir décidé qu’il en serait ainsi, j’obtempère.
Dommage
car la journée est bien chargée.
Passage à la position assise, je petit déjeune des achats de la veille.
(heureusement qu’il y a autre chose que des Oréo, je crois que je l’aurais moyennement bien vécu)


Tout ça pour moins de cinq euros ...
Quand même ...

9h30,
l’ordinateur est allumé.
Je réponds à un mail ou deux et me lance dans le développement de la musique de Wan Chu. 
Pour l’instant c'est une boucle, que je trouve certes très jolie, mais qui ne dépasse pas les trente secondes.
C'est peu.

Construire tout ça à ma façon,
un peu comme je construis une chorégraphie.
Je me dis parfois que je devrais peut-être prendre des cours de composition.
Ça ne pourrait que m’ouvrir des horizons nouveaux.
J'avais d'ailleurs acheté des bouquins de musicologie il y a longtemps
quand je travaillais sur la façon dont les quatuors musicaux sont construits.
Qui aurait dit à l'époque que je ferais moi-même mes musiques maintenant ?
Je pourrais au moins m'y replonger
mais je crois que travailler de manière plus empirique me plait bien.
Et pour l’instant, ça n’est pas là que se situent mes frustrations en terme de création musicale.
(je vous reparle des mixages ? ça n’est plus la peine ?)

11h30,
j’ai bouclé quelque chose d’écoutable qui frôle les six minutes.
Ça sera probablement trop long pour Wan Chu.
En fait, je n’en sais rien.
Mon idée étant que chaque interprète vienne se greffer sur sa danse au fur et à mesure.
Elle sera soutenue par l'énergie du groupe dans la dernière ligne droite.
Le tout, c’est qu’elle puisse tenir jusque là …
Et voilà, une fois de plus je m’inquiète.
C’est ce que je vous disais dans l’article précédent.
L’apparente fragilité de Wan Chu me fait mettre en doute l'étendue de sa force,
alors qu’elle a probablement plus d’énergie et de force que moi.
Surtout aujourd’hui.

Je transfère la musique sur la tablette.
Et ça n’est pas si simple car les gentilles têtes pensantes d’Apple, nous poussent plus que jamais à la consommation.
Le système de mon ordinateur est désormais incompatible avec la bibliothèque musicale de mon IPad.
Heureusement que j’ai d’autres moyens.
Mais c’est plus long.

Puisque j’en suis à transférer des choses, je mets aussi dans cette petite plaque magique
les vidéos des jours précédents pour que tout le monde puisse se voir et se corriger.
Pendant ce temps, je procède aux rituels de départ : choix des fringues, douche, sac, casque audio.

12h20,
les transferts sont finis.
Juste à temps pour que je prenne le 248.
Je suis sur le départ quand je reçois un message de Wan Chu :
« I’m late, won’t be there before 1:30 - 1:45 »
Vu que je ne travaille qu’avec elle d’abord, ça n’est pas la peine que j’arrive avant elle.
Je ralentis la cadence.

Retour au carnet de notes,
regard par la fenêtre,
le soleil écrase le toit des immeubles.
Je dis bonjour aux européens lève-tôt.
J'aurais dû prendre des photos.


13h15,
je descends.
Le prochain 248 est dans … trente minutes.
Raté.
Je marche jusqu’à Formosa et prends le métro.
(ce qui, en fait, va beaucoup plus vite mais c’est tellement agréable de traverser la ville à l’air libre)

Je mets en boucle la musique de Wan Chu entre mes deux oreilles, histoire de me mettre dans le bain,
et pars sur Zhongshan road d’un pas presque martial que la chaleur écrasante d’un soleil au zénith pondère un peu.
La musique colle parfaitement à cette ambiance urbaine et estivale.
Et dire que nous sommes en février.

Formosa,
je contourne le rond point par l’est pour accéder au sous-sol directement sur les quais de la ligne orange.
Il n’y a pas grand monde dans ce sens à cette heure-là.
La musique démarre pour la troisième fois.
Une idée de marche avec des ports de bras me vient dans le corps.
Je mime discrètement ce que ça peut être pendant que le métro remonte vers Fongshan.

Weywuyin.
Je me prépare à descendre.
Les wagons déboulent dans la station suivante.
Je descends.
Il y a quelque chose de bizarre aujourd’hui.
Comme si les sorties avaient été changées de place.
Ridicule.
D’autant que je ne suis sorti à cette station qu’une fois.
Je n'ai sûrement pas les bons souvenirs.

Je valide la carte de transport,
prends l’escalator de la sortie 2.
Arrivé dehors, je comprends.
Je suis à Fongshan West.
La station où j’ai souvent rendez-vous avec Cheng Wei.
Celle où je suis sorti pour la première fois il y a presque sept ans …
Mon corps s’est mis en automatique.
Mauvais réflexes : Weywuyin, on se lève et on se met devant la porte.
Sauf que cette fois, c'était à la station suivante qu'il fallait descendre.

Je repars dans le sous-sol et prends le prochain métro en vérifiant de ne pas me tromper de sens.
Au point où j’en suis ...
Dommage.
J’étais en avance.

Une station après.
Là, je reconnais.
Le parking de scooters, la patte d’oie.
Je remonte Zhongshan West Road et je tourne à droite juste avant le temple.
Cheng Wei qui répète sa création d’avril avec Yung Hua et Baï Xuè doit sûrement déjà travailler avec elles.
Blanche Neige (Baï Xuè, ça veut dire Blanche Neige !) …
Quand-même …
Quel drôle d’idée d’appeler sa fille comme ça de nos jours.

13h28,
je suis devant le studio …
Fermé.

Je sors mon téléphone pour prévenir Wan Chu,
que je vois arriver sur son petit scooter.
Elle est tout aussi étonnée que moi qu’il n’y ait personne.
D’autant qu’il n’y a pas la clé de secours sous le compteur électrique.
Heureusement, des voisins nous ouvrent.
Drôle de pays quand même …

Nous laissons nos chaussures à l’entrée comme d’habitude
et nous montons à deuxième étage (le troisième étage pour les taïwanais).
Le studio est un tout petit peu plus petit et plus en longueur que son voisin du dessous.
Ça ira très bien pour ce qu’on a à faire.
De toute manière, il faudra que ça rentre aux Chartreux …
Pas la peine de trop prendre ses aises.


Comme avec Cheng Wei, je mets la musique pendant que Wan Chu et moi nous nous chauffons.
Je la sens moyennement conquise à la découverte de ce dans quoi elle va baigner :
« it’s really … Chinese »
Ah …
C’est vrai que ma vision d’occidental a rendu la zhiter éminemment exotique.
Je réalise que pour Wan Chu, c’est peut-être comme si elle écoutait de la vielle à roue.
« Il y a quand même la basse ! » qui pour le coup est très anglo-saxonne.
« Je peux changer d’instrument si tu veux »
Une guitare électrique lui ira assez bien en fait.
Elle réfléchit : « I try »
Wan Chu et ses auto-raisonnements.
Je l’entends se dire dans sa tête.
Il est le patron,
je suis l’interprète,
c’est à moi de m’adapter.
Elle n’a pas tort mais quand même.
Si elle doit danser un solo sur une musique qu’elle déteste …

Cheng Wei arrive avec Yung Hua.
On leur dit bonjour.
Comme Wan Chu, Yung Hua demande un « hug ».
Je la prends dans mes bras.
Cheng Wei me regarde .. gêné …
Il ne sait plus trop ce qu’il doit faire pour me dire bonjour.
La bise à la française ?
Rien comme d’habitude ?
Le hug comme les filles qui le regardent amusées le sentant piégé ?
Je le sauve
« we don’t do that, do we ?
- well .. not always »
On rit.
L’incident est clos, ils redescendent bosser à l’étage en dessous.

Je remets la musique et me lance dans une impro vaguement composée à partir de ce que j’ai esquissé dans le métro.
Les pas des marches sur chaque début de mesure, je lance mes bras, mon dos, ma tête
jusqu’à ce qu’une boucle se mette en place dans mon corps.
Je lui apprends.
De là, me laissant porter par la musique, je laisse faire mon corps.
Wan Chu attrape les mouvements au vol et les danse à sa façon.
Je laisse faire.
De toute façon, elle sera seule à ce moment-là.
Je regarderai une fois que tout sera monté si je dois modifier des choses.

La nappe de synthés naissante appelle à un retour au calme.
Une diagonale de rond de jambes,
c'est là qu’Anaïs entrera dans cette danse.
Une deuxième série de ports de bras,
variante de celle de l’entrée,
avec quelques petits pièges rythmiques,
pièges que je garde pour la marche qui suit.
Je reprends une des phrases dansées dans l’introduction et …
J’estime que ça suffit.
C’est à son tour de créer.

Contrairement à Cheng Wei la veille, Wan Chu n’est pas force de proposition si je ne lui demande pas.
Je lui ai expliqué qu’on allait construire son solo ensemble pensant que les choses iraient d’elles-mêmes
comme avec son collègue danseur,
il semble que ça ne se passera pas comme ça.
Les interprètes se suivent et ne se ressemblent pas.
Et c’est ça qui est bon.

« Now it’s your turn ! »

Elle esquisse quelques mouvements,
tourne,
fait mine de réfléchir ...
Je comprends :
« tu veux que je m’en aille ? »
Elle sourit.
« ok, I go downstairs . Shout when you’re ready »
Créer pendant que je la regarde la gène.

Je la laisse donc imaginer des choses et descend chez les voisins du dessous voir comment Cheng Wei avance.
Baï Xuè n’est pas encore arrivée.
Il fait travailler Yung Hua.
Quand elle me voit, la jeune fille s'arrête.
Il me dit :
« Ça n’est pas facile de demander aux danseurs de faire des choses simples … comme marcher …
- Marcher est une des choses les plus difficiles à faire sur scène tu sais ? »
Je ne sais plus qui a dit ça un jour, mais bon sang que c’est vrai !
« True !
- welcome in my world sir ! »
Tout en les regardant travailler, je profite de ce temps « libre » pour écrire tout ce que je viens de vous raconter.

Wan Chu crie.
Elle est prête.
Je remonte sous les toits.
« J’ai fait un mélange de danse traditionnelle chinoise avec des choses à moi »
Riche idée.
La zhiter a fait son chemin dans la tête de la jeune femme.
Comme pour l’oiseau dans la création précédente,
(et parce qu'elle fait partie de ces interprètes qui ont besoin de savoir de quoi ils dansent)
je lui avais expliqué que je voulais que son solo parle de la femme taïwanaise.
Je lui avais d’ailleurs demandé quels mots lui venaient à l’esprit si je lui disais « Taiwanese girl »
Elle m’avait répondu : « Pretty »
C’était un peu court pour faire un texte.
Je lui avais demandé de réfléchir encore et de me dire si ça lui inspirait d’autres choses
mais comme savent si bien le faire les taïwanais pour éluder les réponses,
elle avait tout fait pour que je ne repose plus la question.

Je garde sa proposition dansée,
et j’en crée une variante, moins tournoyante, que j’agrémente de petits dérapages à ma façon.
D’autres formes dans le dos, une pirouette …

On travaille tout ça et on avance un peu plus jusqu’à ce qu’elle montre de sérieux signes de fatigue.
Le corps tient encore (quand je vous dis qu’elle est forte), c’est la mémoire qui lâche.

Pause.
Il est 16h.
Elle a ses petits gâteaux, sa gourde, une barre de céréales.
Je sens la patte de Jim qui a dû tout préparer pour que son aimée soit au mieux dans cette nouvelle aventure.
On parle un peu de tout,
d’Anaïs, de la création, de l’Italie encore, de sa sœur qui s’est déjà trouvé un fiancé toscan.

À la reprise, on file tout.
En l’état.
Et ma foi, c’est jouable.
mais je sens que quelque chose ne va pas.
Cette danse, pourtant si fluide dans le corps de Wan Chu, est comme ma carcasse ce matin.
Elle coince.
Mon cerveau, qui manque de sommeil après la grande journée d’hier, semble changer de régime.
La créativité qui ne m’avait pas lâchée jusque là semble se tarir.
Mes idées restent claires pourtant.
À moins que ça ne soit Wan Chu, qui cette fois-ci lâchant aussi physiquement,
n’arrive plus à donner autant de lié à tout ce qu’on a écrit et n'enchaîne pas les phrases comme elle le fera ?


Je lui dis de se reposer un peu
(parce qu’il ne faut pas compter sur elle pour s’arrêter d’elle-même)
et pendant ce temps, je fais le tour des espaces que nous avons traversé.
C’est ce que je fais parfois quand je me sens bloqué, cela me permet souvent de nouvelles ouvertures.
Je reprends du début,
les diagonales,
ça voyage beaucoup, dans tous les coins,
Ce coin est occupé par le reste du groupe qui est … au sol !
Voilà ce qui manque !
Elle est debout depuis le début.
Je l'ai faite commencer dans les hauteurs parce que je sais qu'au départ, le reste du groupe sera au sol
et dansera ce que j’avais imaginais dans les derniers jours au Pavillon.
Mais ça serait bien qu’elle y passe aussi.
Cela permettrait de faire une transition où Cheng Wei pourrait rejoindre les deux filles.
(ça aurait dû être moi, mais je crois que c’est mieux que ça soit lui …
fainéantise ? plaisir de voir danser les jeunes ?
après tout, je suis le patron, je fais ce que je veux !)

Je demande à Wan Chu d’ajouter à sa phrase un passage au sol .. et je sors.

Retour au premier étage.
Cette fois-ci Baï Xuè est arrivée.
Ils travaillent sur une musique de Ludovico Enaudi - que j’ai tellement entendu dans les concours ces dernières années -
(Cheng Wei me dira plus tard qu’il est très à la mode ici aussi mais depuis moins longtemps)
La danse de Cheng Wei est plus académique que la mienne.
Plus de jambes en l’air, de tours, auquel il ajoute des ports de bras que je n’aurais jamais eu ne serait-ce que l’idée de créer.
Il balance les danseuses dans des appuis improbables, des déséquilibres pires que les miens.
Les filles ont du mal avec les exigences de mon jeune collègue.
Je les aide comme je peux
et j’écris
encore.

Cheng Wei profite de ma présence pour me demander si je peux filmer ce qu’ils sont en train de travailler.
Je monte chercher l’appareil photo - caméra et je reviens le caler dans le coin du studio comme j’avais fait la veille pour son solo.
On cherche le cadre idéal.
C’est assez compliqué dans ce studio tout en langueur laissant des tas d’angles morts
échappant au champ de vision de mon appareil sans grand angle.
Nous sommes sur le point de tourner … quand Wan Chu m’appelle.
Je lui demande quelques minutes
(elle pourra éventuellement se reposer, mais je n’y crois que très moyennement).
On peaufine son mini tournage, je montre à Cheng Wei où appuyer pour lancer l’enregistrement
et je remonte la voir.

Son sol est court mais très intéressant.
Notamment parce qu’elle s’appuie sur la musique,
sur les mélodies des cordes, les accents des percussions,
alors que je me suis principalement basé sur la pulsation
et le flot de la musique ternaire de cette cousine très éloignée de la valse.

On garde tout,
je rajoute juste un bout de phrase tiré de mes recherches au Pavillon Noir.
la transition avec Cheng Wei se passera par là.
La solution est proche.
Il faudrait faire tourner cette nouvelle version pour en être sûr mais je sens qu’il ne faut pas que j’aille plus loin.
Wan Chu est dans ses réserves énergétiques.
Je veux finir ce solo mais je veux surtout qu’elle tienne debout.
D’autant que l’on a prévu de réviser les danses d’ensemble que l’on a appris à la première répétition
et que des élèves l’attendent après.

On descend.

Il est 17h.
On est sensé travailler encore une heure tous les trois mais je décide de la faire s’arrêter plus tôt :
« on filme, on révise les danses d’ensemble et tu t’en vas
- ok ! »

Pendant que nous transférons nos affaires d’un studio à un autre,
je vois enfin, et vraiment, ce qui n’allait pas jusque là.
Je l'ai fait enchaîner directement ma variante de sa création personnelle, et sa version originale.
C’est là que ça se coince.
Ces deux séries de phrases ne doivent pas se suivre.
Et le sol est là pour que ça n’arrive pas.
En plus, si Wan Chu commence par sa version, elle sera plus à l'aise 
et ma variante plus « marchée » pourra être dansée par Cheng Wei qui se sera joint aux deux filles au moment du sol.
Wan Chu va jubiler de le voir danser cette version féminine des danses traditionnelles.
Je dois avouer que je suis aussi assez curieux de voir ce que ça va donner.
Cela devrait être « délicieux » comme dirait mon amie Agnès.

C'est sûr, elle est là la solution.
L’idée est claire dans ma tête.
Il est peut-être trop tard pour demander à ma collègue d’intégrer tout ça aujourd’hui :
« avant que l’on filme, est-ce que je peux modifier un truc où ta mémoire est pleine ? »
Elle réfléchit,
prend son éla, 
et me dit avec un aplomb totalement fabriqué :
« my brain is full ! »
Je souris .
Dans cette réponse faussement assurée,
je comprends que la réflexion qui la précédait n’était pas vraiment liée à son état
mais au fait de savoir si elle avait le droit de me dire qu’elle n’en pouvait plus.

« Ok ! Alors on filme comme ça, mais je t’explique juste ce qu’on fera la prochaine fois »
Je lui raconte l’inversion des phrases et l’intercalage du sol entre les deux versions.
Son visage s’illumine.
« Oooh ! Ok ! Let’s do it ! »
Elle m’étonnera toujours.

Puisant dans ce qui lui reste d’énergie, elle marque la nouvelle version réagencée
et on filme le tout.

Je suis impressionné par l’énergie qu’elle projette dans ces simples ports de bras du début.
Une vraie guerrière.
À l’image de la musique.
J’espère qu’elle va pouvoir garder cette force quand on l’aura fait tourner.
Mais si c’est le cas, il faut que l’on s’attende à ce que le public soit tellement captivé par ce qu’elle fait
qu’il en oubliera les autres interprètes.
Je regarde Cheng Wei, il sait exactement ce que je pense :
« Rocks … again … »
C’est que l’on a déjà vécu la chose.
Le soir de la première française de la Septième Nuit, qui commençait par un solo de Wan Chu,
tout le monde ne nous a parlé que de la présence de cette interprète hors pair.
On s’était amusé de la situation en se disant que ma foi, vu qu’on ne voyait qu’elle
ça n’était peut-être plus la peine que l’on danse, nous pouvions tout aussi bien faire les arbres …
ou les rochers.

Dans la première prise, il y a forcément quelques bugs.
C’est la première fois que la danseuse traverse cette version de solo.
Elle est déçue d’elle-même.
Et aussi inquiète.
Je la prends dans mes bras pour la rassurer.

« c’est normal Wan Chu, c’est la première fois que tu danses tout ça,
on a fait presque 4 minutes en trois heures, ça ne peut pas être complètement parfait
- oui … mais quand même … et puis, tu as filmé »
Elle devrait pourtant savoir que je ne publie que ce que j’estime être plus que regardable …

Pour qu’elle se sente plus à l’aise, on retravaille quelques points délicats.
Et on fait une ou deux prises supplémentaires.
Avec ça, quoiqu’elle en pense, je dois pouvoir faire une chose plutôt jolie.
Voyez vous-même.


Yung Hua, qui a regardé la première fois où Wan Chu a dansé le solo,
a subitement disparu pendant que l’on retravaillait.
Je dis à Cheng Wei de vite descendre lui dire au revoir.
Je commence à la connaître ...
Et puis, cela fait une dernière pause pour Wan Chu.

Il nous reste les danses d’ensemble.
Je fais l’impasse sur la traversée.
Nous reprenons juste le prologue avant son départ.

« ok .. the introduction … do you remember ? »
Cheng Wei se jette au sol dans sa position préférée,
bras et jambes écartées,
« tout est dans ma tête!
- si tu le dis … »
Wan Chu sort son téléphone et visionne la répétition précédente qu'elle m'avait demandé de lui envoyer.

On file.
Et c’est plutôt bien.
Je fais quelques corrections (notamment celles concernant les erreurs de la dernière fois, et dont je suis responsable)
On filme et Wan Chu nous quitte.

Je lui dis de faire attention.
Comme je le dis à Anaïs après les répétitions,
comme je le disais à Marie, le soir après les cours,
ou à Élise quand elle venait à Marseille en moto.

Nous nous retrouvons en tête à tête.
Duo de chorégraphes fatigués,
pour continuer, et peut-être finir, le solo de l’un créé à deux,
qui se finira par un duo dont je commence à voire poindre la forme.


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