28-29/05/18 - Les premiers départs - jours 34 - 35
une journée de pause
et le retour ...
des dernières fois
À cette heure-là, nous étions Sylvain et moi, en pleine Camargue.
J’avais décidé de le ramener à Sète vu qu’il y avait à nouveau une grève des trains.
J’avais dit au revoir à Wan Chu dans la matinée
quand nous étions passés par Allauch pour saluer le couple enfin réuni.
Nous en avions profité pour faire une petite interview de Cheng Wei,
cela pourrait être utile à la promotion du spectacle à Taïwan.
(je pourrais partager la vidéo avec vous
mais je suis presque certain que de regarder Cheng Wei raconter la pièce en mandarin vous passionne peu)
Wan Chu et Jim ont quitté la villa peu de temps avant nous.
Elle avait décidé de l’emmener faire un tour au village.
Je me souviens de les avoir croisés sur la route, main dans la main.
Le bonheur.
Cela m’avait fait drôle de ne pas avoir eu mon vrai long grand hug de la part de Wan Chu.
Elle était déjà ailleurs.
Quoiqu’elle en dise, cinq semaines sans son amoureux de mari, cela avait été bien long ...
Nous sommes donc repartis vers l’ouest,
repassant par toutes les routes que j’avais empruntées ce dernier mois.
Celle d’Allauch aux Chartreux,
celle des Chartreux à l’autoroute,
de là, le chemin qui nous a mené à Martigues,
et puis la suite, celle que nous avions déjà parcourue une fois pour aller danser à Sète.
Sylvain a eu l’idée de faire ce break en route, au milieu de la Camargue.
Un petit air de vacances qui convenait très bien à mon état de fatigue grandissant.
Comme après chaque création, s’amorce maintenant la descente.
Une sensation que je connais bien.
Après tous ces pics d’adrénaline, ces successions de stress, ces allers retours d’ascenseur émotionnel,
le retour au calme est toujours assez fulgurant.
Vont bientôt suivre la tristesse et le vide.
Mais je n’en suis pas encore là.
Tout le monde n’est pas encore parti.
Je suis resté chez Sylvain jusqu’au lendemain
et suis reparti tranquillement dans l’après-midi de mardi retrouver les filles de la MPDS pour la répétition du soir.
Dire au revoir à Sylvain ...
Cela a été bien triste.
Pourtant, je sais que, lui, je le reverrai bientôt.
Mais cet au revoir-là, avait la saveur de ceux de dimanche.
Quand Fred et Mike sont redevenus des pères de famille.
L’histoire française s’achève.
Et la séparation se fait,
comme les retrouvailles.
Étape par étape.
Fred et Mike dimanche,
Wan Chu lundi,
Sylvain mardi,
il restera Cheng Wei demain.
Heureusement, je vais croiser Anaïs à La Ciotat mercredi soir.
On va se retrouver tous les deux, comme avant,
orphelins.
Les dernières fois.
Vous savez à quel point j’y suis sensible.
Déjà, quand j’étais en route pour Martigues, il y a presque quinze jours,
j’avais senti le mécanisme s’enclencher.
C'était la dernière fois que nous allions là-bas tous ensemble.
Comme une sorte de répétition générale d'aujourd'hui.
Avec ce moment singulier où, Sylvain à mes côtés,
je ne suis pas sorti à l’embranchement « Lavéra » pour aller au conservatoire.
Suivra cet autre instant, juste quelques secondes plus tard,
où je suis passé sur le pont qui surplombe Martigues,
au dessus de l’île, et du banc où Wan Chu et moi, nous étions assis pour regarder le soleil se coucher …
Avant ce dernier voyage, il y avait d'autres dernières fois
celle où j’avais effacé les vidéos de contrôle de ma tablette,
les répétitions de l’hiver, seul avec Anaïs,
le printemps à Taïwan,
les essais martégaux.
Et puis aussi le jour où je n’ai plus emmené l’ordinateur au théâtre,
celui où emporter le casque pour vérifier le son des musiques n’a plus été utile,
celui où le disque dur a eu un dossier intitulé « films finis ».
Il y aurait mercredi, ce premier matin où j’allais faire mon thé
sans avoir à mettre la bouilloire, la boite rouge et le gong fu cha dans le sac pour aller au théâtre.
Ce lundi et ce mardi,
entre deux beaux moments de détente avec mon ami Sylvain,
je suis donc dans un des chapitres de la descente,
celui des dernières fois.
Comme celles dont je vous parle à chaque fois que je quitte Taïwan pour retrouver mes amis d’ici,
le cœur déchiré entre la joie de revoir ceux qui m’attendent et de quitter ce qui vont commencer à m’attendre.
Le soir, à la MPDS, Edwige et sa fille, les seules du groupe à être venues nous voir,
m’ont raconté avec beaucoup d’émotion à quel point elles avaient passé un bon moment.
Cela m’a fait chaud au cœur
tout en entretenant la tristesse de ces séparations que j'étais en train de vivre,
les unes après les autres.
Il reste la dernière,
celle du lendemain.
Celle qui mettra un point final à la version française de cette création.
Le départ de Cheng Wei.
Nous avons quand même pris le temps de prendre un verre mardi soir, tard après le cours,
mais nous ferons le point demain, comme à chaque fois.
Et ça ne va pas être bien agréable,
comme à chaque fois.
Pendant ce temps-là, miss Su et mister Wang découvriront la Toscane.
Ils ont bien fait d'y aller maintenant.
C'est la plus belle saison.


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