29/07/18 - Taiwan été 2018 - Jour 2 - Jetlag et installation
malgré le voyage
et la fatigue de l'année
je me précipite sur le balcon.
Le ciel est déjà bleu.
Rien n’a changé.
La colline de Gushan au loin,
le grand hôtel à droite qui cache le petit immeuble du 82, Hebei road où j’étais il y a deux ans,
les enseignes des établissements concurrents, de plus en plus nombreux tout autour de la gare toute proche,
le vide du canal Hebei avec sa rangée d’arbres le long duquel on reconnait aisément un temple,
juste à sa droite la faculté de théologie avec sa grande croix latine,
et puis aussi partout sur le dessus des immeubles, les bidons d’eau métalliques
ainsi que les toits verts sous lesquels souvent sont installées des buanderies.
Je prends quelques photos de cette vue que je connais par cœur et je retourne me coucher.
Comme pour bien d’autres séjours, cette première journée sera comateuse.
Mes principaux déplacements (hormis celui exceptionnellement long de ce début de matinée) consisteront à aller du lit au bureau.
Entre deux sommes, je n’ai rien fait d’autres que les activités fondamentales.
D’abord donc, regarder la vue et en profiter pour me faire un thé.
Après une première suite de nuit, installer mon ordinateur à la place du clavier de Cheng Wei
ranger sagement ce dernier dans le tiroir où est entreposé tout le matériel informatique.
Vérifer qu’aucun disque dur n’a été endommagé pendant le voyage.
Ensuite, vers 15h, en émergeant de ma seconde sieste,
transférer les photos de voyage et faire quelques retouches.
(c’est celles que vous avez vous dans ma balade à Amsterdam et dans l’article parlant d’hier)
Pour me donner du cœur à l'ouvrage et tenter de me réveiller un peu, je me suis un peu de musique.
L'album « So » de Peter Gabriel qui est réapparu dans ma tablette lors de la dernière réorganisation de ma playlist.
Il y a d’abord « Red rain » mélancolique à souhait.
Une belle entrée en matière.
Et puis le fameux « Big Time » sur lequel comme beaucoup de monde à l’époque, j’avais fait une « chorégraphie » pour un gala de fin d’année.
En fait, cette année-là c’était le seul gala.
Ça n’est plus arrivé depuis.
Mon tout premier spectacle en tant que professeur.
Dans mes élèves, il y avait déjà Marion, qui ne savait pas encore qu’elle allait devenir l’administratrice de la compagnie et partager ma vie plus ou moins intimement.
J’avais réussi à la faire danser quelques mesures et cela avait été, pour la professeur de gymnastique aux agrès qu’elle était à l’époque, un véritable challenge.
Ce « Big Time » m’a fait penser à une autre Marion (le M de la MPDS) pour les élèves desquels j’ai fait une chorégraphie pour la première fois cette année.
Un autre premier gala.
La MPDS est une école à dominante « street » , il y a de la danse jazz mais ce sont principalement diverses formes de hip hop et de street dances qui y sont enseignées.
Le final de ce spectacle a donc été funky à souhait.
Et comme un des rituels de l’école est de finir le dernier tableau par une petite danse exécutée par tous les professeurs, je n’ai pas échappé à l’exercice.
Quelques mesures sur « September » du groupe Earth, Wind And Fire.
Ma prestation en a étonné plus d’un.
Quand on est étiqueté « contemporain », beaucoup de gens imaginent que l’on est juste capable de se rouler par terre sur des bandes sonores improbables.
Alors mes huit mesures avec une énergie jazz et un bassin déverrouillé,
forcément, ça n’était pas envisageable.
Et pourtant …
Comme je l’ai expliqué à mes collègues (et j’ai dû le refaire l’année suivante), j’ai fait tout ça bien avant eux, à une époque où certains d’entre eux n’étaient même pas nés !
Je me suis retrouvé dans la même situation cette année dans un autre contexte.
Là, c’était certains collègues de danse jazz qui n’imaginaient pas que je pouvais improviser avec eux en restant dans cette stylistique.
Il y a encore beaucoup de cloisons à abattre dans ce monde de la danse.
Dans celui-là aussi ...
Bref, il était un peu plus de 15h.
Et quand j’ai entendu « Big Time » tout en pensant à tout ce que je viens de vous raconter, je me suis levé et j’ai commencé à m’agiter frénétiquement dans mon studio regardant de temps à autre le paysage au delà du balcon subir l’écrasement du plomb d’un soleil implacable.
En dansant tout seul, je me suis aussi dit : « putain ! qu’est-ce que je suis bien ! »
et aussi : « il faudra que je fasse une photo de ma tronche avec les cheveux courts »
Ce que j’ai fait dans la foulée.
Immortalisant le retour de ma gueule d’ado attardé.
Une évocation du petit frère que je n’ai pas.
D’abord, aller voir le soleil se coucher
mais j’avais une bonne excuse pour ne pas bouger : on était dimanche et c’était les vacances scolaires.
Il y aurait forcément beaucoup trop de monde à Cijin ou à Sizhiwan.
Alors je suis resté couché et quand je me suis réveillé aux alentours de 18h, le ciel était rose orangé.
À ce moment-là, j’ai discuté sur le net avec mon amie Patricia qui était rentrée chez elle aux États-Unis.
Elle prenait son petit-déjeuner alors que j’aurais pu prendre l’apéro.
Je me suis alors évoqué l’idée d’aller dîner dehors,
mais les habitués du blog que vous êtes, se souviendront peut-être que dans ces premiers jours, je flippe toujours avant de me replonger dans la vie de Kaohsiung.
La peur de ne pas comprendre et de pas être compris.
L’envie impossible de passer incognito (un grand noir aux pays des jaunes ? comment voulez-vous ?).
Alors je suis reparti dans les bras de Morphée.
(ce qui me fait penser, en l’écrivant, que je ne suis pas plus noir qu’ils sont jaunes mais cela n’a aucun rapport avec ce que je vous raconte … quoique …)
Je n’ai fait qu’envisager et me rendormir jusqu’à 19h et des poussières (des vraies, pas des hollandaises)
Cette fois, j’ai ouvert les yeux pour de bon, et je me suis senti prêt à éventuellement faire quelque chose.
Cela dit, quand je dis prêt, tout est relatif puisqu’à part me lever, il ne s’est rien passé de fulgurant dans les dizaines de minutes qui ont suivi.
C’est à dire que la seule activité réellement envisageable était d’aller trouver de la nourriture.
Et ça, comme je vous le disais …
En plus, la nuit s’était déjà bien installée.
Il m’a fallu encore deux bonnes heures pour me persuader que je ne pouvais pas faire autrement que ... sortir.
J’ai alors fait un aller retour au Seven Eleven pour acheter des sandwiches de riz et une bière, bien que mon corps me disait avoir envie de poisson et de légumes.
Il aurait fallu que je l’écoute ... mais décidément, non.
Pas ce soir.
Le dîner s’est fait à la romaine, au fond de mon lit, entre des coups d’œil sur les réseaux sociaux et un film américain assez moyen à la télé
(il y avait Fort Boyard sur TV5 Monde ! Non mais franchement ... Promouvoir la culture française avec ... Fort Boyard ?)
Quand j’ai attaqué ma seconde nuit, la vraie, il était presque 1h du matin.
Forcément, j’étais plutôt réveillé en deuxième partie de soirée avec toutes ces heures de sommeil d’avance que j’avais accumulées dans la journée.
Je dors quand même bien plus que les autres fois depuis de ce début de voyage.
Enfin ... il me semble.
Ça n’est pas normal.
Voilà donc le résumé (pas si résumé que ça) de la journée comateuse d’un voyageur en jetlag.
Demain, ça sera autre chose.
Je donne mon premier cours à 13h.
Il va falloir que le système se mette en route quoiqu’il en coûte, quoiqu’il arrive.
Essayer de bien dormir et … on verra demain.


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