31/07/18 - Taiwan été 2018 - Jour 4 - 51


Une après-midi surprise,
une jolie découverte,
parce que Taïwan n'est pas qu'un pays de thé,
mais que ces habitants sont toujours aussi généreux 









Mardi 31 juillet, 5h28


Ma vue encore un peu floue aperçoit cette heure et ce jour sur ma fidèle tablette.
Aucune raison de me lever si tôt, je comate encore un peu.

Mais aujourd’hui, c’est mon anniversaire.
Et même si l’âge n’a qu’une importance relative pour moi,
mon corps (qui, justement, est le principal révélateur du nombre d’années déjà parcourues) est investi d’une certaine excitation.
Et puis, il y a toujours cette vue dont je ne me lasse pas.
D’ailleurs, j’aperçois la lumière derrière les rideaux.

Il faut que j’aille voir.
Tant pis pour le comatage.

Je me recoucherai après.

Quand je pose un pied par terre, mon genou droit se rappelle à mon bon souvenir.

Comme ça.

Dès les premières secondes.

Pas très coopérative la jointure ...
(j’ai très bien compris que j’avais 51 ans, merci de me le rappeler)
Mais ça ne gâche pas mon plaisir d’apprécier la vue.
Le ciel est bleu, les rues sont calmes, 
il n’y a pas un nuage.
Et dire que Wan Chu m’a envoyé un message pour me dire qu’il allait pleuvoir aujourd’hui.

Elle n’a pas de trop de chance avec la météo.

Cela me rappelle les « 70% de chance de pluie » le jour de notre visite à Tainan.
On a rarement eu aussi chaud ce jour-là.
Qu’est-ce qu’on avait ri !

Je mets l’eau à chauffer et je me recouche donc
en écoutant la radio m’offrir mon plaisir quotidien du « France Inter il est minuit ».

Je me demande si je m’en blaserai un jour.

Le premier message posté le jour J heure française vient d’Anaïs.
À l’instar de Sylvain hier, qui a pris l’habitude du décalage, mes proches sont avec moi en cette journée particulière.
C’est tellement bon de ne pas les sentir très loin des jours comme celui-là.

L’eau est à bonne température et là, je réalise que ma tasse est sale.
Il va falloir se lever à nouveau.

Je vais à la salle de bains pour nettoyer la chose et là, je réalise que ... la douleur au genou est partie.
Cela va donc probablement devenir une autre douleur matinale.

Une partie du corps qui va juste s’ajouter à la liste des endroits dans lesquels ces petites rouilles chroniques s’installent posément un peu partout dans ma carcasse et auquel, ma foi, je commence à m'habituer.
La nuque, les dorsales au niveau du diaphragme, la sciatique à gauche, la hanche qui va avec ....
et maintenant le genou.

La petite liste des trucs de vieillesse commence à sérieusement s’allonger.

Je m’assois sur mon lit pour préparer mon Pu Er.
Je regarde les vœux d’anniversaire s’inscrire sur mon mur Facebook le temps qu’il s’infuse.
L’étude comparée des différents biscuits achetés la veille accompagnée d’une des pas si nombreuses choses que l’on tolère des chinois de Chine sur cette île (et oui le Pu Er c’est un thé du continent), m’aide à me désembrumer l’esprit.

7h30,
il fait déjà bien chaud dans l’appartement.
Aujourd’hui, il faudrait que j’écrive.
Ça fait un certain temps que je n’ai pas consigné mes impressions sur le petit carnet.
En fait non, pas si longtemps.
Mais il s’agirait de ne pas prendre de retard, déjà qu’au niveau du rythme de publication je suis complètement dans les choux ...
(et alors depuis cet été là … je ne suis même pas sûr que l’on puisse encore qualifier ça de retard …
c’est que c’est du boulot ce blog !)


Je m’organise pour pouvoir écrire le plus confortablement possible.
Après avoir mis en marche le ventilateur et préparé une pipe, je m’assois sur le lit avec un oreiller au niveau des lombaires.

Je cale un petit coussin entre ma tête et celle du lit,
j’installe ma tablette sur mes cuisses et cale le clavier sur mon bassin que je surélève avec un étui de lunettes.

(vous ne voyez pas ce que ça donne ? Je ferai peut-être une photo un jour ... ou pas)
Je sors l’autre carnet, celui que j’ai fini le mois dernier, et je me replonge dans les jours que je vous ai déjà racontés pour rédiger proprement dans la tablette ce que furent les chroniques du printemps.
Ah ! j’en suis à un texte pas très positif.
Je le ferai une autre fois.
Quelque chose de frais
Je vais raconter mon dernier voyage.
Tant pis pour la chronologie, je le posterai avant la suite.


10h,
Les nuages apparaissent à l’ouest au dessus de Gushan.
Wan Chu aurait-elle raison cette fois ?

Encore un peu de Pu Er,
 puis je change d’activités.
Ou plutôt de type d’écriture :
je prends l’autre carnet de notes, le dernier, et je griffonne mes impressions de ces premiers jours semi comateux.
Je me demande bien quand tous ces jours seront retranscrits dans la tablette
(Maintenant je sais, c’est deux ans plus tard ...)

D’autres messages d’anniversaire arrivent.
Sur les réseaux sociaux mais aussi sur mon téléphone que je n’ai toujours pas débarrassé de sa puce française.
Finalement, ça n’est pas si mal que je n’aie pas eu l’occasion de me connecter au réseau taïwanais.

L’idéal serait de pouvoir être connecté aux deux.

Sylvain (toujours à la pointe du progrès) m’avait prêté un téléphone à deux cartes une année.

C’était bien pratique.
Un jour j'en achèterai un.
Peut-être ...
Le premier SMS que je reçois - et pas de moindres - est celui de Marie.

Cela me fait plaisir et me surprend plus encore.

Je ne pensais vraiment pas avoir de ses nouvelles.
Surtout en ces jours, où deux ans plus tôt, j’allais vivre des journées qui sont classées très haut dans le top 10 des pires souvenirs de ma vie.
J’y repense forcément ...
Je réponds à ses voeux puis je retourne à mes griffonnages après avoir fait un crochet sur le net pour voir d’autres messages sur le même thème.

11h,
comme la veille, je m’octroie une heure supplémentaire de sommeil.
Les matins commencent à se ressembler.
Mais je stresse moins qu’hier.

Maintenant, je sais à qui j’ai à faire au studio cet après midi.
Hop ! une heure de plus du côté de Morphée.

Midi,
j’étends la sonnerie radar de la tablette et prépare mes affaires.

Aujourd’hui, l’organisation est différente.
Cheng Wei ne m’a pas dit grand chose sur ce que nous allions faire après mon cours dans son message d’hier
mais il a quand même précisé qu’il m’attendrait devant le studio et que nous commencerions par régler l'affaire de ma puce taïwanaise en allant la recharger et en en profitant pour la faire installer dans l’IPhone.
On va se déplacer en scooter, il faut que je prenne mon casque.
(ça me fait penser que c’était ça que j’aurais dû faire à l’aéroport : demander à recharger la puce, du coup il me l’aurait installée ... enfin bon, je viens d’écrire que ça n’était finalement pas si mal que je n'aie pas encore effectué le changement, je ne vais pas me mettre à regretter quand même ...)

Je pars sous la douche après avoir posé sur mon lit, le fameux casque marron pour le deux roues, le short de cours et les tee-shirts propres du jour.
Quelle chaleur !
Je sèche presque sans serviette.


Je remplis le sac : short, tee-shirt, serviette.
Je porterai le casque de scooter sur le coude.

Qu’est-ce que je vais écouter comme musique ?
Ah mais ça y est !
J’ai le droit d’ouvrir mon cadeau : le nouveau casque audio !
J’ouvre le carton à toute vitesse.

Le casque fonctionne aussi en Bluetooth mais il n’est pas chargé.

J’aurais dû y penser quand je me suis réveillé …
Pas grave.

Pour aujourd’hui, je ferai à l’ancienne avec le bon vieux câble.
À moi le son de qualité !



Avec tout ça, je suis un peu retard (et ça m’affole un peu).

Vite !
Le sac, les clés, le choix de musique dans l’ascenseur, le bonjour au gardien, les alcôves.
Le nouveau casque est très bien, il englobe toute l’oreille et isole particulièrement bien des bruits de la ville.

Je redécouvre le Peter Gabriel et les boucles envoûtantes de Michael Nyman.

Et à propos de casque, tout à mon nouveau cadeau, j’ai oublié l’autre casque : celui du scooter.
J’envoie un SMS à Cheng Wei (qui va me couter une moitié de bras vu que j’utilise la puce française)  pour lui donner rendez-vous à Zhongshan Road plutôt qu’au studio puisqu’il faut que je retourne chercher le couvre chef.

Vivement que j’ai ma puce taïwanaise !
En plus, je pourrais voir « en temps réel » à quelle heure arrive le bus.
(ben oui ... finalement, je m'y résous : ça aurait été une bonne chose que je l’aie depuis l’aéroport)


Chez Hsu Ling, la classe avance.

Doucement.

La glace se brise et chacun trouve sa place.
À la fin du cours, les mêmes élèves que la veille répètent leur chorégraphie.

Il faut que j’en parle à Cheng Wei.

Si c’est de lui, je vais lui dire deux ou trois choses.
Je pourrais même s’il le veut bien, avancer son boulot en faisant quelques corrections.
Ça ne prendra pas trop de temps et ça sera toujours ça de pris pour mon ami.

Quand je sors du studio, je vois le bus 33, comme hier.

Si tout va bien le 205 ne devrait pas tarder.

Hélas, il semble qu’il soit déjà passé.

J'aurais pu m'en douter, il n’y a personne à l’arrêt.
Je pourrai attendre le prochain mais Cheng Wei ne devrait pas tarder à arriver à Zhongshan.

Il vaut mieux prendre le métro.
Un peu de marche, puis la ligne orange.
Je change à l'arrêt suivant.
Je prends alors la ligne rouge et je descends à la station d'après.
Deux stations dont un changement.
Ce qui rend le trajet plus fatigant qu'en bus à cause du long couloir de correspondance.
Et pas plus rapide pour autant.
Après ce cours de deux heures en anglais avec trois niveaux techniques mélangés et un volant d'âge allant de la préadolescente à la jeune adulte, la moindre économie d’énergie prend toute son importance.
Je prendrai le bus autant que possible les prochaines fois.

Je sors des réseaux souterrains à la gare ferroviaire, longe la gare routière démolie, traverse le grand carrefour et regarde au loin sur Zhongshan Road.
Comme je le pensais, Cheng Wei est déjà là.

Je lui demande de m’accorder encore quelques minutes le temps de monter, de me doucher en vitesse, de vider mon sac et de prendre le satané casque.
Ça lui est complètement égal, il est en pleine lecture sur son smartphone.

Aller retour express, chemise propre.
Le gardien est hilare quand je le salue à nouveau au pas de course.


Première balade en scooter dans la chaleur de l’après-midi.
Les sensations locales reviennent.
L’air tiède, le bruit de sa petite machine …
Les slaloms entre les voitures, les bus …
Ça me fait penser à la vidéo du spectacle.

Après le passage chez le SFR local (ou Bouygues ou Orange si vous préférez), Cheng Wei me lance un « are you hungry ? » auquel je ne m’attendais pas.

Pensant qu’il avait cours assez tôt dans la fin d’après-midi, j’avais prévu de lui demander de me laisser au bord de mer ou à une station du métro qui y mène et de passer par mon snack préféré pour me faire un dîner de ces bouchées que j’adore.
Grave erreur, que j’aurais pu éviter le connaissant, j’ai bien senti dans son message laconique que le passage chez le chargeur de puce n’était que le début d’autre chose.

En fait, il a bien cours, mais plus tard, nous avons trois heures devant nous et ...
il a un truc en tête :
« I bring somewhere »
Il m’emmène donc quelque part ... dans un endroit que je ne connais pas encore.

Comme je lui ai répondu que je n’avais pas encore faim, on ne s’arrête pas au Seven Eleven et on va directement dans un coffee shop.
Non.
Pas dans sa version hollandaise.

On va dans un bar où l’on ne sert que du café, que des cafés.


C’est un de ces endroits en dehors des centres commerciaux ou des grandes avenues de la ville, où l’on peut prendre le temps de savourer au calme.

Cheng Wei me présente à notre hôte (alerte ! je viens avec un touriste français) et on s’installe.
On a le choix entre des tas d’expresso ou de cafés filtres, et ce de tous les pays dont Taïwan.
(c’est vrai que je parle très souvent du thé, mais Taïwan est aussi un pays producteur de café, je l’avais découvert avec Jia Liang il y a quelques années, l’histoire de cette jolie excursion est ici)
Le patron, qui est aussi le serveur, me demande comment j’aime mon café, me conseille, et repart préparer la commande au bar.
Quand il revient, il nous apporte deux grandes tasses, deux verres et deux autres petites tasses. 

C’est qu’il tient à nous faire goûter d’autres choses.


Cela me rappelle l’après-midi chez le producteur de thé.
La valse des petites tasses a duré un temps certain.
Nous avons goûté tout un tas de choses (quatre cafés différents en plus que celui que nous avons commandé) dont deux locaux et un au goût de whisky (je vous assure que c’est vrai).

Je veux payer.

Je ne peux pas.

C’est à dire qu’en plus là, c’est mon anniversaire donc ... je n’ai pas le choix.
Mais j’ai crû comprendre que nous n’avons payé que les deux grandes tasses, celles que nous avons commandé.
Quel pays …
En tous cas c’est un nouvel endroit bien sympathique où nous pourrons nous poser un de ces prochains jours peut-être.


Nous repartons en scooter.

Cheng Wei ne me dit pas où l’on va, mais je sens qu’il sait très bien ce qu’il fait.
Je dois avouer que c’est bien agréable de se laisser faire.

Exactement comme quand Sylvain m'a dit que si je le ramenais à Sète, on ferait une halte en route, mais qu'il ne m'en avait pas dit plus.
On se rapproche de l’appartement mais on s’arrête sur Cisian Road.

Une toute petite devanture en bois.

Mon hôte m’ouvre la porte de l’endroit.

C’est un restaurant japonais !
Il s’est souvenu que les sashimis sont un de mes plats préférés.
Quelle riche idée !

Comme il est assez tôt, il n’y a quasiment personne dans l'établissement.

Nous mangeons en contrebas du comptoir, derrière lequel les cuisiniers s’affairent.


Cette assiette de sashimis est particulière.
Elle m’a été offerte par la maison (en sus de celle que j’avais déjà dévorée).
Pour finir ce repas d’anniversaire, on m’a en plus offert ... un gâteau

un gâteau ... de riz
(avec quelques sashimis en guise de décoration … au cas où je n’en étais pas encore rassasié)
Bon, après on aurait pu prendre un dessert mais étonnamment, je n’avais plus très faim.

Cette fois-ci, je réussis à payer.

C’est mon anniversaire, mais quand même ... j’ai insisté.
Bon, il a fallu que je négocie assez sérieusement avec Cheng Wei
mais en échange d’une non agression de portefeuille ce soir au Goodness Bistro,
(où de toute manière, je savais que je ne pourrais pas payer), j’ai réussi à faire en sorte que mon ami range ses billets.
J’étais bien conscient du sacrifice qu’il faisait en m’amenant dans un restaurant pareil.
Il voulait marquer le coup - et c’était réussi - mais je savais qu'il aurait beaucoup à dépenser pour que le spectacle soit à la hauteur de nos espérances.
Régler la note dans ce genre d'endroit où la note est plus salée que dans nos points de ravitaillement habituels, allait participer au plombage de son budget.
(salée pour un resto taïwanais hein ! Je ne l’ai pas noté dans mon carnet mais je pense que l’on a à peine dépassé les 40 euros à deux)
Il valait mieux qu'il garde son argent pour des choses encore plus belles.


Je venais de passer une après-midi surprise comme les taïwanais savent le faire.

De la douceur, de la saveur, du temps passé avec les amis.

Des choses modestes mais préparées avec le souci que l’invité soit heureux.


Cheng Wei me ramène en scooter.

On continue une des discussions entamées pendant le déjeuner-dîner.

Me parlant de mon avenir, le jeune homme me dit que je devrais faire plus de choses pour me faire connaître.

Au moment où il en parle, le scooter toussote, tousse, broute .... jusqu’à s’arrêter net.

Il est en panne d’essence.

J’éclate de rire.
La machine avait-elle répondu à ma place ?

Nous marchons ensemble jusqu’à la station essence la plus proche et de là, il part en sixième vitesse donner son cours à l’est de la ville après avoir envoyé au studio où il doit intervenir, le cousin du « I’ll be late » que j’avais reçu en arrivant à la gare trois jours plus tôt.
Plutôt que de fixer une heure de rendez-vous (ça devrait être un peu après 22h mais je connais mon ami ...),
je lui propose de m’envoyer un message quand il a fini.

Il garera son scooter à Zhongshan Road et on ira ensemble au bar en taxi.

Je passe la soirée à répondre à mes messages d’anniversaire et à me souvenir.

L’an dernier je déjeunais seul en haut la tour hôtel Murati Ambassador,
l’année précédente, nous dégustions des raviolis à la truffe (enfin surtout moi) dans un des restaurant de raviolis réputés du pays,
les anniversaires se suivent … et ne se ressemblent pas.


J’ai bien fait de ne pas me fier aux horaires de mon collègue :
à 22h je me tiens prêt ...
le jeune homme débarque vers 23h.

Son message me réveille à moitié.

Sacré Cheng Wei.

Comme prévu, je n’ai pas pu payer mes cocktails.

J’en ai commandé deux ... et j’en ai eu trois.

Le dernier étant un cadeau de la maison.

Un « zegroni », c’est à dire un « negroni » un de mes cocktails fétiches mais avec un autre alcool à la place du gin.
(je n’ai pas noté lequel ... et je n’ai pas noté si c’était bon ...)

Cheng Wei me lâche à 2h du matin à Zhongshan Road.


Je ne fais pas long feu
et je m’endors heureux de cette moitié de journée concoctée par mon ami.


Ma cinquante-deuxième année commence bien.





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