28/03/18 - Pavillon Noir - Jour 16 - Anaïs dans les pas de Wan Chu


transmettre la danse d'une autre
élaborer une danse autour de l'autre,
faire découvrir la gestuelle d'une autre,
et avancer.









Mercredi 28 mars, 10h40

Je suis garé bien plus vite qu’hier.
Murphy serait-il allé voir ailleurs aujourd’hui ?
Pas tout à fait : j’ai oublié l’embout qui me permet de brancher le chargeur de ma tablette
et aussi les clés du studio de La Ciotat pour ce soir.
Moindre mal, je reste dans la voiture et profite du vestige de l’allume-cigare qui ne fait plus office que de prise
pour donner de l’énergie à l’IPad multifonctions.

11h,
je rentre dans le studio.
Je connecte mon appareil magique à la sono du studio Bagouet
et met en boucle la musique dont je me suis servi avec les élèves-cobayes de la veille
pour travailler une partie d’une impro dansée il y a quelques mois.
(le lien vers la musique est ici)
J’écris comment s’est finie la journée précédente dans mon carnet
et dans ma tablette, je transcris les premiers jours du séjour taïwanais.
Le nouvel an , les premières soirées.
Bien agréable de revivre tout ça.
C’est après que le ciel s’est assombri...

Je fais ma barre et pars déjeuner.
Une soupe et un croque-monsieur.
Retour au régime habituel.
Je bois et je mange au soleil sur le côté du Pavillon,
regardant les gens, pensant à la suite.
Ma copine Christine (dont je vous ai déjà parlé avant-hier) va travailler au Conservatoire,
elle a toujours une sacrée classe avec cette manière improbable d’accorder ses fringues.
Il faudrait que je fasse un effort moi aussi.
Un jour ...

13h55
Anaïs n’est pas encore arrivée.
Comme elle est toujours à l’heure, j’espère qu’elle n’est pas montée en avance
alors que je revenais de l’achat de mon déjeuner.
Je me dis qu’il faudrait que je monte vérifier quand ...

13h59
Elle sort du parking dans la rue juste en face.
Être aussi ponctuelle, c’est exaspérant.
Nous montons au studio.

Elle se chauffe.
Je regarde mes notes en prenant de ses nouvelles.
Comme elle parle peu, il faut bien observer pour déceler la fatigue, la douleur localisée, l’appréhension éventuelle.
Pour l’instant tout va bien.
Maias je ne lui ai pas encore annoncé le programme :
révision de tout ce qu’on sait
et transmission de sa partition pendant le solo de Wan Chu.

15h15
On s’y met enfin.
(c’est ce qu’on appelle un démarrage diesel)
Dans l’ordre de la pièce, on danse tout ce qui est possible d’être dansé :
Le prologue, le thé, la traversée, la pluie, Cijin
elle se souvient de tout
(et ça aussi c’est exaspérant)
mais elle n’est pas contente d’elle.
Quant à moi, je ne me trompe presque plus
Et c’est une grande victoire.
On refait tout pour qu’elle soit moins mécontente d’elle-même
et que je me trompe encore moins.

Il est temps de s’attaquer au solo de Wan Chu.
Je lui raconte l’option que j’ai choisie :
le moment où elle rejoint sa collègue,
la première partie où elle danse comme elle mais de dos avant de la rejoindre dans la même direction
et le duo où elle se plongera dans la fameuse danse chinoise à la sauce Wan Chu.

On déchiffre la partie du solo dont nous avons besoin.
Des variations que je m’étais empressé d’oublier depuis le temps
(cinq semaines c’est presque près, mais c’est très loin quand il s’est passé toutes ces choses).
Beaucoup d’appréhension des deux côtés.
Pour ma part, j’espère que nous arriverons à tout décrypter.
(sinon, nous attendrons l’arrivée de Wan Chu … mais bon ça serait bien que l’on y arrive quand même !)
Anaïs, quant à elle, est impressionnée par sa collègue,
et par cette danse qui mine de rien, est bien différente de la notre.
Et dans ses formes, inspirées dans une tradition chinoise éloignée de nos standards.
Et dans la musicalité, par ce qu’a créé la taïwanaise.
Car cette chère Wan Chu a inscrit sa danse dans ce que les instruments lui ont dit.
C'est un tout autre travail de décryptage qu'une danse basée sur la pulsation :
les fameux comptes ne sont d'aucune utilité.
Il faut voir et écouter.

Cela rend d’ailleurs ce solo encore plus intéressant quant au rapport musique-danse.
Je me suis essentiellement appuyé sur le rythme ternaire,
j’y ai parfois superposé un binaire
et donc avec Wan Chu, c’est le phrasé des mélodies des instruments sur lequel s’appuie la danse
(si ça ne vous parle pas, ça n’est pas très important,
disons que les relations entre la musique et la danse sont particulièrement variés).

Le travail est laborieux.
On ne comprend pas toujours les formes (enfin pas tout de suite)
ni quand il faut faire quoi (enfin pas tout de suite non plus)
mais on s’en sort.

Il nous reste la partie au sol qu’Anaïs danse avec les garçons au début du solo.
J’avais prévu de regarder mes tentatives filmées d’hier en arrivant chez moi
mais bien-sûr, j’ai fait autre chose ...
(probablement un stage prolongé sur mon sofa
devant un pot de fromage blanc et un feuilleton policier soporifique).
Je règle en direct ce que sera la boucle de base de la danse du sol.
Anaïs subit mes atermoiements, mes erreurs, mes recherches de repères musicaux.
Patience …

Une fois que nous sommes parvenus à quelque chose d’honorable, on filme.
Plusieurs fois bien-sûr.
Le temps que nous soyons, elle et moi, contents du résultat.
J’aime bien ce que je vois.
La différence entre les deux danseuses est intéressante :
même légèreté, mais la fausse délicatesse chinoise s’imprime autrement dans les corps.
Elles ne gèrent pas les accents de la même manière.
Anaïs est plus ancrée dans le sol que Wan Chu.
Même danse, différentes interprétations, c’est ce que j’avais imaginé.
Ça va être bien, je le sens,
je l’espère.


Comme vous avez pu le remarquer, comme la veille,
je n'ai pas réussi à avoir toute la danse dans le champ.
Dommage pour vous.
Il va falloir attendre.
Nous, on sait ce qu'on fait.

17h50
Personne n’est venu nous dire que le centre fermait à 18h.
Bizarre.
Quoiqu’il en soit, cela suffit pour nous.
On range les affaires, et on se sépare sur le parvis.
Ce soir Anaïs va chez l’ostéopathe.
Je pars tout seul à La Ciotat.
et ça me fait tout drôle.





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