17/05/18 - 2 - la dernière ligne droite française - jour 23 (2) - Gardanne - La version gardannaise


Une avant-première,
après une répétition publique
encore quelques moments de stress,
mais tout est bien qui ne finit pas si mal.











Jeudi 17 mai, 18h30


Les portes sont ouvertes au public.

Commence le temps de la fameuse attente.

Celle que, je crois, je n’arriverai jamais à aimer.
En coulisses, on gère son trac comme on peut.

Anaïs est seule dans un coin (et je sens qu’il ne faut pas la déranger),
les trois autres comparses sont en plein échange culturel :
Wan Chu et Cheng Wei apprennent à Mike
comment on se souhaite bonne chance avant de commencer un spectacle,
mais en mandarin ...

Pas plus facile que de dire Cijin ou Cihou ...

Une nouvelle source de fous rires
que je suis obligé de calmer un peu parce qu’on les entend de la salle.



Je fais un dernier tour d’horizon de ce qui doit être en coulisses,
et je remonte à la loge.
En passant près de mon sac, je vois une boîte rouge.

Il n’y en a qu’une comme ça, c’est la boite à oolong !
Elle doit être sur scène, en coulisses, près de la table à jardin !
Et ici, il n’y a aucune possibilité de passer derrière le rideau de fond.

Petite panique.
Mike ne pourra pas tout emmener après le solo de Wan Chu,
où alors il faudrait faire deux voyages.
Alors que j’envisage de la poser discrètement dans les premières marches du prologue,
Mike me dit calmement :
« et si j’y vais maintenant ?
Personne ne me connaît pour l’instant »
C’est vrai que c’est le « nouveau » de l’équipe.
Personne ne le connaît.
En plus, entre le grand noir, les deux asiatiques et la fille aux cheveux rouges,
il est celui qui passe le plus inaperçu.
« ok on fait comme ça »
Il traverse nonchalamment la scène comme un technicien le ferait.

Cela parait si simple maintenant que je vous le raconte.
Mais pendant l’action, pour une raison qui m’échappe encore, le trouillomètre était à son comble.
Ridicule.
Rien ne peut arriver.
Il pose la boîte près de la bouilloire et revient vers la coulisse à cour.
Je suis soulagé.
Enfin ... pour quelques secondes seulement ...

Parce qu’à peine passé le rideau, Mike ne dit que deux mots : « la cuillère »
Petite panique numéro 2.

Vous vous souvenez que dans l’après-midi, on s’était rendu compte qu’il n’y en avait pas.

Fred avait dit qu’il s’en occuperait mais il n’avait pas eu le temps.
Comment lui en vouloir ?

Il avait déjà tellement de choses à faire, à penser, à organiser.

On fera sans.

Je verserai du thé ... à la hussarde.

Anaïs fera semblant de boire s’il est mauvais.

Il faudra juste qu’elle reste de marbre à la première gorgée ...

Côté public, la rumeur enfle un peu.

Mais pour une salle qui résonne autant, on devrait entendre bien plus de choses ...
Tant pis.



19h,
Silvia vient nous dire que nous commencerons avec un quart d’heure de retard.

Il y a peu de réservations,
et ceux qui ont pris le temps de le faire ne sont pas encore arrivés.

Il faut dire qu’en terme de communication, cela n’a pas été si facile de savoir qu'on était là :
déjà, j’avais déjà remarqué que le festival dont nous étions sensés faire l’ouverture,
était annoncé comme commençant ... le lendemain.
Nous n’allions donc pas bénéficier de la population festivalière
qui débarquerait ... dans une bonne vingtaine d’heures ...

Dommage.

Ensuite, le bras droit de Silvia que j’avais croisée dans l’après-midi,
en m'annonçant qu'elle ne resterait pas voir le spectacle ce soir,
m’avait expliqué qu’avec les ponts, ils n’avaient pas trop fait de promo cette année.
Et oui, les 1er et 8 mai tombant un mardi, forcément, ça a fait des semaines courtes …
Pas le temps de fout faire ...


Enfin, le spectacle a été annoncé à l’endroit où il devait se tenir initialement.

(je vous ai parlé hier d’un changement de localisation entre le moment où j’ai accepté la date
et ... avant-hier)
donc certaines personnes étaient en train d’arriver de l’autre salle …


19h20,
cette fois-ci, on commence.
Un dernier « merde » collectif et Mike entre dans l’arène.

Anaïs nous dit qu’elle a plus le trac qu’à Martigues.
Je la comprends.

Là-bas, on avait eu le temps de prendre nos marques.

L’accueil avait été « un peu » différent aussi.
On avait eu beaucoup moins de raisons de stresser les jours précédents la présentation publique.

Les aléas des tournées ...

Mais bon, le petit écrin que Fred avait réussi à faire naître du lieu que nous avions découvert hier,
vaut bien que l’on se batte un peu.

De la coulisse, on entend Mike raconter ma matinée taïwanaise.

Le thé sur le toit, l’envie d’aller à Cihou.

Il est plus tendu que mardi,
un peu comme à Sète.

Je repense à ce que Sylvain m’a dit ...
Il faut qu’il se calme.

De toute façon, il n’a pas le choix.
La vidéo va le forcer à ralentir.

Et puis je sais qu’il va s’en rendre compte.

Il connaît son affaire.

« Il est 7h. »
Première vidéo.

La vue depuis le fort.

Cheng Wei prépare la perche et le téléphone appareil photo,
Wan Chu secoue nerveusement ses jambes et ses épaules,
je les regarde en croisant les doigts.


Voilà, ils rentrent.
Ils font leur parcours avec les trois arrêts pour les fameux selfies.


Ils sortent, je mets mon tee-shirt blanc
(quand je vous disais que je mets toujours mon costume au dernier moment)
Bizarre.

Il a l’air plus grand que d’habitude.
C’est peut-être à cause du lavage à la main que je lui ai fait subir hier ?
Pas trop le choix.

Je le cale sur les épaules et remonte les manches.

« ... la dernière journée de mon séjour commençait bien »
Top musique.

Je me concentre.

Deuxième mesure, je rentre.

Dieu que le public est loin.

Il me parait encore plus loin qu’à Martigues.
La hauteur de la scène sans doute.

Pendant que mes amis font leur entrée dans le prologue, je pense.
(oui, je sais, c’est comme ça que je me suis planté mardi
mais je ne peux pas m’empêcher de penser quand je suis sur scène,
surtout en début de spectacle … et puis aussi quand je suis immobile …
bref, je pense)
Nous aurons eu trois premières française pour cette pièce.

La fausse (pas si fausse que ça) de Martigues, celle-ci et celle à venir à Marseille dans huit jours.
Pourtant, je ne sens pas le côté électrique qu’ont les premières habituellement.

Peut-être parce qu’hier soir, j’ai donné mon cours comme si de rien était ?
Alors que d’habitude, c’est soit une générale, soit une veillée d’armes solitaire.
Peut-être parce qu’il y a eu Sète et Martigues ?

Mais à propos de Martigues, la représentation a été douce aussi.

C’est peut-être que c’est cette pièce qui veut ça.



Mes trois amis sont sur scène.
Plus le moment de penser.
Les regards, les marches, les courses,
Mike sort, la danse commence, pour de bon.

Cette fois-ci, je me concentre.

D’autant que la scène n’est pas facile.

La pente, l’espace, les lumières.

Ne rien lâcher.



Ce soir c’est Cheng Wei qui se trompe au prologue.

Le genre d’erreur que nous sommes les seuls à savoir.

On enchaîne la suite dans une certaine sérénité.

C’est dans ces moments que l’on voit l’utilité des résidences.

On danse déjà presque comme si on tournait.

Tout n’est pas automatique, mais bien plus fluide que si nous essuyions vraiment les plâtres.

Je me retrouve bien trop rapidement à la table pour le thé.

Qu’est-ce que cela va vite quand on est sur scène !
Heureusement que l’on a encore trois représentations bientôt
(et si tout va bien, quatre autres là-bas loin).
Mon duo avec Anaïs, où je me trompe brièvement,
la « traversée » qui finalement se passe bien,
la scène des imperméables qui fonctionne à merveille
(en même temps comment ne pas rire devant Mike et moi
dans ces kways taïwanais aux couleurs euh ... enfin bleu et jaune quoi).

La pluie,
les deux duos s’enchaînent,
pendant que je regarde Anaïs et Cheng Wei danser, j’ai envie de continuer à boire du thé.

Ah ! La danseuse a tout bu.
Il ne devait pas être trop raté finalement.

L’eau est un peu froide.

J’attends un pic musical pour relancer la bouilloire.
Cette musique est toujours un peu forte, ça tombe bien.

Je me sers une nouvelle tasse de oolong,
laissant la vapeur de l'eau presque bouillante, se balader sur la scène
et je le bois à petites gorgées en regardant mes trois amis devant le film qui nous montre la belle Kaohsiung.
Qu’est-ce que ce moment de danse me détend !
Et avec ce thé, on frôle l’accord parfait. 

Pourtant, il est un peu léger pour moi.

En mettant les feuilles à la louche avant d’aller danser avec Anaïs, j’ai été trop prudent.

Ou alors je ne l'ai pas laissé assez infuser.
En tous cas, pour une fois, Wan Chu ne me dira pas que j’en ai trop mis.

« Cijin » est décidément la partie que je préfère.

Je n’ai presque plus envie de me lever à la fin, tellement je les trouve beaux.

Les couchers de soleil me semblent plus rapides.

Mike a trouvé un rythme de croisière.

Son regard navigue entre le texte, le public et l’écran avec une dextérité qui m’impressionne.

La musique du solo de Cheng Wei commence.
On l’entend courir … mais on ne le voit pas.
Il est dans le noir dans sa première course.

C’est le moment de la plantade de Fred.

(je crois que l’on va tous y passer ce soir)

Cela dit, cela pourrait aussi se passer comme ça.

Le bruit d’un scooter pourrait servir de transition entre les couchers de soleil et son solo,
et il serait rentré plus tard.

Un autre possible,
mais je préfère quand même la version originale.



Quand nous remontons vers le lointain cour et que Fred baisse la lumière, le public applaudit.

Aïe ...
Je suis tombé dans le piège de la fausse fin.

Même si cette fameuse remontée symbolise quelque chose qui s’achève,
ça n’est pas celle de la pièce.

Il faut absolument que j’ajoute une virgule humoristique à ce moment-là.
Et qu’elle arrive très vite après le fondu au noir de notre sortie.
J’ai le week-end pour y penser.

« Rentrer »
où Wan Chu participe au jeu « qui s’est planté où ? » qui semble avoir été lancé,
en oubliant au moins quatre mesures,
(non ça ne s’est pas vu … un autre possible aussi mais bon …).

On est déjà à l’épilogue.
Ça va décidément bien trop vite tout ça.


Le public a l’air heureux.

Les organisateurs aussi.

On se congratule,
et on parle de la suite : l’autre maison, les Chartreux.

Pendant que l’on range les affaires, je reçois un joli message de danseuses du village de Rousset tout proche.
Elles étaient là ce soir mais devaient rentrer tout de suite parce qu'elles pensaient le spectacle plus court.

Elles ont l’air d’avoir apprécié.

J’aurais préféré qu’elles voient le spectacle à Marseille,
ou à Martigues,
avec un écran qui couvre vraiment le mur du fond
mais bon, c’est comme ça.
D’un autre côté, si elles ont vraiment apprécié le spectacle dans ce cadre-là, ça ne sera que mieux les prochaines fois.

Fred et les techniciens démontent tout ce qui doit quitter la scène gardannaise,
Silvia fait installer les tables et les plateaux qui feront office de repas,
je pars dehors fumer avec Cheng Wei pendant que les filles discutent à l’intérieur.

J’ai l’impression qu’elles s’entendent de mieux en mieux.

Ça augure tout de bon pour la suite.

Qu’est-ce que j’aime ça !


Un repas très convivial comme vous pouvez le voir.
(mais pourquoi Cheng Wei fait-il toujours cette tête ?)

Les deux techniciens nous racontent qu'ils ont plus l’habitude d’accueillir des groupes de musique que de la danse.

(ce qui explique en partie ce qui s’est passé hier, les musiciens ont moins besoin de temps de préparation que nous)
Ils partagent avec nous des souvenirs de concerts mémorables,
des rencontres avec des artistes qui se sont avérés moins sympathiques qu’on aurait pu l’imaginer,
comme Johnny Clegg par exemple.
Ils ne leur avaient pas laissé un très bon souvenir ...

(alors à ce moment-là, ils nous a fallu présenter le chanteur aux taïwanais.
Tout un pan de la musique leur a échappé dans les années dictatoriales ...
c'est fou quand même non ?)

Puisqu’on en est à parler de spectacles passés,
je raconte un souvenir de ma première tournée avec Josette Baïz.

Nous avions dansé à Auxerre où nous étions restés une semaine, logés dans un hôtel chic,
où les repas se passaient dans un restaurant qui était ouvert spécialement pour nous
(bon, nous étions 25 donc il était quasiment complet).

Entre les deux représentations, nous avions fait la route des vins, tout autour d’Irancy,
et le camion de décor était reparti alourdi de 144 bouteilles de vin supplémentaires.

La date suivante était à Créteil.

Répétition dans une salle de conférences trop basse pour faire des portés,
un hôtel moyenne gamme à un gros quart d’heure à pied de la salle de « spectacle » qui était un gymnase.
La pièce avait été achetée par le conseil général du Val de Marne à l’occasion de son arbre de Noël ...
Un récit qui m'a permis d’illustrer la phrase que j’ai répété un certain nombre de fois dans la journée :
les tournées sont toujours pleines de surprises.
Passer de Sète à Martigues, et surtout de Martigues à Gardanne, aura été une expérience que l’on n’est pas prêts d’oublier.

Cela dit, je dois avouer qu’ici, même si ça n’a pas été la plus agréable des installations,
ni le public le plus fourni,
on sent quelque part (sans trop chercher, je vous assure)
qu’il n’y a que du positif dans cette équipe.
Dans celle-là aussi.
C’est l’investissement qui est différent.
(il faut dire que nos hôtes précédents ont mis la barre très haut dans ce domaine)


Vers 23h,
les premiers ont levé le camp.

Anaïs et Mike, suivis de Fred.

Nous n’avons pas trop tardé.
(d’ailleurs, nous avons recroisé ce cher Fred qui n’était pas encore parti quand nous regagnions à la voiture).

Retour à la maison avec le crochet habituel à Allauch.

Il est 1h quand je rejoins ma mezzanine.
D’autres messages arrivent, notamment celui de Sophie
(à laquelle je fais un clin d’œil particulier car je la sais lectrice assidue du blog)
que je partage avec vous :

« Bonsoir ! Bravo pour ce soir.
C'était vraiment un très beau spectacle.
Un très beau voyage que tu nous as fait partager.
J'ai trouvé que c était très émouvant.
Quand tu ouvres la bouilloire et que l'on voit la fumée en sortir
alors que l'on parle dans la vidéo du lieu juste après la pluie, c'etait une petite touche placée avec justesse.
La précision que je connais dans ta danse se retrouve dans les mots, dans les vidéos,
dans la musique, dans le jeu de scène.
La vidéo en scooter est vraiment super, j'ai vraiment voyagé.
Donc merci et bravo !
Quel dommage qu'il n'y ait pas plus de communication pour que plus de personnes puisse profiter de ce voyage.

J'y repense et j'y repenserai longtemps et avec émotion.
C était un univers doux, bienveillant, rempli de belles rencontres.
J'aimerais bien vivre dans ce voyage un peu plus longtemps. »

Cela me fait presque oublier les quelques aigreurs martégales.

Comme mardi, je tourne dans mon lit deux heures durant,
pensant à ce qu’il s’est passé,
et à ce qu’il restait à faire.
Les retours sont tous d’une telle douceur.

La dernière fois que je regarde l’heure, il est 3h10.

Ça va piquer demain quand je vais devoir déplacer la voiture à 7h.






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