18-21/05/18 - la dernière ligne droite française - jour 24 - 27 - une autre transition
un triste samedi soir,
des amis presque trop autonomes,
Mélancolie et solitude
Je suis sur le point de partir pour récupérer mes amis à Allauch.
Nous allons faire un tour au festival « Arts et festins du Monde » de Gardanne.
Vendredi a été une journée calme.
Comatage entre le sofa devant une série télé ou un coin de ciel
et l’ordinateur où je passe de temps en temps glaner les nouveaux retours sur les spectacles passés.
Nous ne nous sommes retrouvés qu'à la nuit tombée.
Au programme : apéro au Bistrot l’Horloge et dîner en ville au restaurant indien.
Si nous sommes bien passés par ces deux endroits,
ce que nous y avons fait a quelque peu varié ...
Cette chère Wan Chu est arrivée au restaurant ... le ventre plein.
C'est qu'arrivés à notre première étape, la jeune taïwanaise, qui devient plus française que jamais,
a eu envie d’un des fameux plateaux mixtes de fromages et charcuteries que propose l'endroit.
Cheng Wei et moi l’avons regardé se délecter de tout ça,
picorant à peine dans la planche qui est restée sagement devant elle.
Ce qui fait qu’au dîner chez mes amis du Sri Ganesh,
(une excellente adresse sur le Vieux-Port, que je vous conseille d'ailleurs)
l’appétit d’oiseau de la taïwanaise n’a pas tenu la distance.
C’est elle qui nous a regardé manger.
Ce fut une des ces soirées tranquilles comme je les aime
où nous avons bien évidemment parlé de tout ce que l’on venait de vivre,
du talent de Fred pour rendre les choses magiques,
de l’escale sétoise,
de Martigues, encore, évidemment …
et aussi de la suite.
Cheng Wei m’a annoncé qu’il avait eu un message de Xu Bei Ji, qui avait éclairé une de ses créations.
Je le connais bien.
C’est lui qui avait mis en lumière toutes mes pièces taïwanaises.
Bei Ji avait apparemment envie de travailler avec nous.
Une plutôt bonne nouvelle, que j’ai tout de suite tempérée en demandant à mon ami
de se renseigner sur combien cela allait lui couter ...
(pourquoi je ne peux pas me contenter d’être positif ?
en même temps, il faut bien que quelqu’un endosse ce rôle ...)
Quand je les ai ramenés, nous avons eu très peur.
Alors que j’étais sur la bretelle d’une sorte de viaduc qui traverse le nord de la ville
(le boulevard de Plombières pour ceux qui connaissent),
une voiture nous a percutés à l'arrière.
Plus de peur que de mal.
Nous n’avons rien eu, la voiture non plus.
Mais Wan Chu a été bien choquée la pauvre.
En arrivant à Allauch, je l’ai gardée longtemps dans mes bras
et j’ai dit à Cheng Wei de la surveiller discrètement.
« ok ! mais envoie-moi un message quand tu es arrivé »
Lui aussi était inquiet, mais pour moi.
Quand je l’ai prévenu que la 107 et moi étions rentrés à la maison et en un seul morceau,
il m’a avoué être étonné de la robustesse des voitures françaises.
J’espère qu’il a raison.
On a noté le numéro de la voiture au cas où ...
Mais revenons à samedi.
Nous partons donc à Gardanne.
Et dire que l'ouverture de ce festival, c'était censé être ... nous ...
La météo annonce des orages mais pour l’instant le ciel est blanc.
On ne modifie pas nos plans.
Comme j’en ai marre de prendre l’autoroute et qu’un peu de campagne nous fera du bien,
je décide de passer par les collines.
La fameuse route du col du Terme avec tous ses virages que les motards aiment tant.
Wan Chu avait été malade la première fois que nous l’avions prise.
Je lui propose de se mettre devant.
On est moins secoué et je ne veux pas que des souvenirs de la veille remontent à la surface.
On se remémore toutes les fois où nous avons pris cette route.
La toute première dont je viens de vous parler,
et puis les autres fois quand nous sommes allés récupérer Élise,
notamment quand elle n’avait plus de permis.
Un de ces matins a été l’occasion d’un de ces fous rires qui nous arrivent si souvent.
Je montrais à mes amis la Sainte Baume,
sur la droite de la route un peu avant que l’on passe le col :
« mountain on the right
- What ?
- moutain on the right
- Where ? »
Wan Chu avait décidément du mal à comprendre.
Cheng Wei prend le relais :
« There is a nice mountain on ... the ... RIGHT
- Haaaa »
Le temps qu’elle sorte son appareil photo, la Sainte-Baume avait disparu.
Depuis ce jour-là, dès que l’un d’entre nous dit la phrase magique
« Moutain on the right »
on rit de plus belle.
Ce samedi-là n’a pas échappé à la règle.
Nous avons traversé tous ces jolis petits villages provençaux
Cadolive, Saint Savournin, Mimet
et nous sommes arrivés à Gardanne par une route qu’ils ne connaissaient pas.
(en fait, on l’avait déjà pris une fois, mais de nuit, alors ça n’était pas resté dans leurs mémoires)
Hélas, la météo ne s’était pas trompée.
Dès l’entrée en ville, la pluie s’est invitée.
Il y avait bien eu des nuages menaçants avant
mais nous étions beaucoup trop occupés à rire pour nous en inquiéter.
On gare la voiture et on attend que l’averse passe.
Quand une accalmie s’installe, nous partons voir à quoi ce festival ressemble.
Cheng Wei emporte son parapluie.
En fait, c'est un grand marché de produits artisanaux du monde entier avec quelques animations.
On entend des essais de son sur une scène en plein air.
Il y aura des concerts ce soir.
Espérons qu'il ne pleuve plus ...
Il y a aussi des « food trucks » où l’on peut déguster des spécialités exotiques.
En déambulant dans les stands, on croise des connaissances,
Silvia, notre hôte des deux jours passés,
et puis aussi Julien qui les avait invités à dîner il y a quinze jours.
L’ambiance n’est pas vraiment festive à cause de la pluie mais il y a de jolies choses à regarder et surtout,
il y a de quoi … grignoter
Les taïwanais et la bouffe ...
(il faudra quand même que j’en parle au spectacle ...
même si on ne projette pas de recette à l’écran, je dois pouvoir dire deux ou trois choses).
Cheng Wei a d’abord acheté des fruits secs.
Ce qui a étonné Wan Chu, vu qu’il en avait acheté au marché de Plan-de-Cuques le matin-même.
Ensuite, il a bien fallu s’asseoir et manger !
Cheng Wei et moi avons presque trouvé notre bonheur sur un stand réunionnais.
Histoire de raviver les souvenirs de mes voyages là-bas et de pallier l’envie de poulet frit du jeune taïwanais.
Wan Chu a enfin goûté des frites belges,
et s’est livré à une étude comparative avec les versions françaises qu’elle avait goûtées jusque là.
Après avoir tenté d’écouter et de voir quelques démonstrations plus ou moins réussies
de danses et musiques africaines, nous avons regagné la voiture.
Il ne fallait pas trop tarder car au programme ce soir, il y avait un spectacle à Marseille.
Celui de David Llari, le chorégraphe qui nous avait entrouvert les portes du Ballet National.
(l’autre vendredi, vous vous souvenez ?)
Nous rejoignons le centre-ville de Marseille,
et tentons de nous garer dans le quartier de la Vieille Charité.
Se garer en ville le samedi soir,
celui de la nuit des musées …
L’exemple même de la mauvaise idée.
Je tente toutes les ruelles du quartier, un certain nombre de parkings publics,
et même toutes les places approximatives,
slalomant entre les touristes, les marseillais sortant des apéros,
ou ceux plus cultivés qui profitaient de la gratuité de certaines institutions culturelles.
Rien.
Heureusement que l’on était partis assez tôt …
Sentant l’énervement monter et ne voulant pas que mes amis ratent leur invitation,
je les laisse sur la place la plus proche en voiture de l’endroit du spectacle,
montre à Cheng Wei l’endroit où ils doivent se rendre et leur dit d’y aller en éclaireurs.
Ils me garderaient une place.
Je continue à tourner dans le quartier en attendant qu’une place se libère.
J’en trouve enfin une au parking souterrain du Vieux-Port.
Je traverse le quartier du Panier au pas de course
(si l’on peut dire … c’est qu’il y a de sacrées côtes dans ce coin)
et rejoint la rue de la Charité d’où l’on rentre dans la cour où se déroule l'événement.
Je croise Soline et la danseuse coréenne.
Elles sortent du spectacle.
Je m’étonne et m’inquiète pour mes amis.
En fait, il y avait deux représentations, elles avaient assisté à la première.
Me voilà rassuré.
Enfin presque parce que Soline rajoute :
« Je crois que c’est complet ... mais tu peux y aller en faisant le forcing ... »
Je n’aime pas du tout ça.
Quand j’arrive à l’entrée, il y a une immense file d’attente,
dans laquelle je ne vois pas mes amis.
J’envoie un message à Cheng Wei,
ils sont dedans.
Vu le nombre d'hypothétiques spectateurs qu'il y a devant moi , je n’entrerai jamais à temps,
mais j’essaie.
Je reçois un deuxième message.
On est assis.
Un troisième.
Ça commence.
Bon.
Ils ne m’ont pas attendu.
Je quitte la file,
m’installe à une terrasse sur la place toute proche, commande un verre de vin,
et attend que le spectacle finisse ...
J’essaie de ne pas être déçu
mais je dois avouer que ça n’est pas exactement comme ça que je voyais les choses ...
Je pensais qu’ils m’attendraient dans la cour,
qu’ils s’inquièteraient de ne pas me voir.
Il semble que non.
Tant pis.
Ils me rejoignent après le spectacle.
J’ai éclusé quelques verres.
« C’était mieux qu’à la répétition »
J’espère bien.
Ils me racontent ce qu’ils ont vu, leur ressenti ...
Je fais semblant d’écouter.
Je suis triste.
Arrivés à Allauch, Wan Chu me demande si je veux rentrer boire un verre,
je décline l’invitation.
J’ai déjà assez bu comme ça et tant qu’à me sentir seul comme je l’avais été une grande partie de la soirée,
je préférais l’être réellement.
Le taxi avait fini son service.
Il rentrait chez lui.
Seul.
C’est aussi comme ça que j’ai passé les deux jours suivants.
Pas une invitation, très peu de messages,
à part des réponses à ceux que j’envoyais pour m’enquérir de leurs nouvelles.
Ils passaient du temps avec leurs hôtes.
Leurs nouveaux amis.
J'ai ruminé tristement.
Bien-sûr, quand j’étais à Taiwan, je n’étais pas non plus constamment avec eux.
Cela dit c’était quand même rare
et je leur demandais toujours ce qu’ils faisaient avant d’accepter une autre invitation.
Du moins c’est l’impression que j’ai.
Mais bon, nous sommes tous différents.
Ils font comme ils le sentent.
Comme me l’a si bien dit ce cher Jean-Max quand je m’étonnais du silence de mes élèves taïwanais :
« tu n’est qu’un prof pour eux, il ne faut pas trop s’attacher. »
La situation n’était pas la même,
mais j’ai peut-être mis un peu trop d’affect dans toute cette histoire-là.
S’ils n’ont pas envie de passer tant de temps avec moi,
c’est à moi de m’adapter maintenant qu’ils sont plus autonomes.
C’est comme ça.
Je profite de ce temps où ma mélancolie chronique a repris le dessus pour me plonger dans le travail.
Après les spectacles, le reste de ma vie reprendra son cours.
Je passe six heures sur la musique des danseuses de la MPDS,
(j’espère qu’elles apprécieront)
j’attaque celle de la Ciotat,
et je prépare les plannings de la semaine à venir,
au théâtre.
Nous y serons mardi où, comme les autres fois, nous nous occuperons d’abord de la danse.
Un nouvel espace, d’autres contraintes pour ce qui est des coulisses,
il faut que je réorganise les entrées, les sorties,
Fred arrivera normalement mercredi
et Sylvain qui va filmer tout ça, sera avec nous juste avant la première vendredi après-midi.
Ce qui implique que même si on fait une générale jeudi,
on refera un filage en fin de journée pour qu’il puisse voir où il installe sa caméra.
Ça va bien se passer.
Forcément.
L'inquiétude revient un peu
mais la tristesse a gagné sur l’angoisse.
Je pensais que l'on prendrait plus de temps pour décompresser ensemble.
Lundi soir, je suis devant la télé,
essayant de rire devant des épisodes de « Kaamelott » que je connais par cœur.
Je vais essayer de me coucher tôt.
Il faut que cette journée se finisse au plus vite.
Comme on dit, demain il fera jour,
le théâtre nous remettra bien dans le sillage des bonheurs des jours derniers,
on verra bien.


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