17/05/18 - 1 - la dernière ligne droite française - jour 23 (1) - Gardanne - Les préparatifs
mais ça n'est pas pour autant
que l'on est à l'abri
de nouvelles frayeurs
Je m’extrais non sans mal de la couette.
Je n’ai pas le choix, il faut que je déplace la voiture à un endroit où elle pourra rester jusqu’à la fin de matinée.
Je ne reviens chez moi que vers 7h30 après un crochet par la boulangerie.
Une demi-heure de perdue à chercher une place ...
La nuit m’a porté un conseil :
je ne change rien à la structure de la pièce.
On la teste comme ça à Gardanne et on verra comment le public réagit.
Pas de coupes franches dans les « couchers de soleil ».
On tente le tout pour le tout.
Après le passage obligé par la cuisine,
je m'installe comme d'habitude devant l'ordinateur.
J’envoie comme prévu le message à Fred à propos de la situation de la veille.
Il me répond :
« je m’occupe de tout »
Ça me détend.
Je passe encore un peu de temps devant l'écran,
guettant d’autres retours de la soirée de mardi
et j'en profite pour faire encore un peu de promotion.
Message de Wan Chu :
« Claude, sorry, what time in church?
- Don't be sorry !
11:10 »
Apparemment, ils seront dans les temps.
Pour une raison (voire même plusieurs !),
j’ai complètement oublié pourquoi je ne suis arrivé à la voiture qu’à 11h10.
J'ai dû penser avoir tout mon temps et puis ...
Me voilà donc en train de mettre le contact à l'heure où mes amis devraient être dans la voiture.
Je leur envoie un message.
De toute façon, je sais qu'ils ont trouvé un café où s'installer maintenant.
Heureusement, il n’y a pas de circulation.
Nous sommes à la salle peu après 11h45.
Quand nous rentrons dans le hall, Wan Chu ne trouve rien d’autre à dire que :
« Wow »
Les lumières, les chaises au bon endroit, la table élégamment recouverte,
l’écran, absent hier, qui a été installé,
la salle d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celle de la veille.
Fred a encore fait des miracles.
Il est là derrière sa console.
Serein.
Je trouve l’écran trop petit et placé un peu trop haut,
mais le calme du génie aux lumières me dit qu’il a fait au mieux.
Ça ira comme ça.
Nous posons nos affaires et allons déjeuner avec Silvia.
Ça se passe au restaurant administratif tout proche
qui a pour particularité, d’être aussi celui du bâtiment voisin, le foyer du troisième âge.
Nous nous trouvons une table dans cette clientèle étonnante,
mélange singulier d'agents municipaux de tous les services et de personnes âgées.
Inutile de vous dire à quel point nous sommes l’attraction du jour ...
13h15,
nous repartons.
Nous ne prenons pas le café sur place.
Silvia nous dit qu’elle nous en fera au théâtre.
Ce déjeuner a été un peu surréaliste.
Une nouvelle expérience pour mes amis.
Sur le chemin, Silvia rencontre des connaissances.
Nous la laissons discuter et retournons tranquillement à la salle.
Comme elle tarde un peu à nous rejoindre,
Wan Chu cherche la machine … la trouve et nous fait des cafés.
On le boit en attendant Anaïs et Mike qui ne seront là qu’à 14h.
La taïwanaise a besoin de bouger.
Elle monte sur scène et commence à travailler un peu.
Fred a besoin d'un peu de temps tout seul,
nous sortons fumer avec nos cafés.
On croise Silvia alors que l'on s'installe dehors :
« Ah mais ils sont autonomes ! » nous dit-elle nous voyant une tasse à la main.
Comme Cheng Wei a, une fois de plus, les yeux rivés sur son smartphone,
et que ça a l’air d’être du texte, je lui demande ce qu’il lit.
« Novels »
Moi qui pensait qu’il n’était accroc qu’aux jeux et aux bandes dessinées ...
Il me raconte qu’il lit beaucoup de nouvelles
et que quand il était jeune, il aimait écrire des poèmes.
Nous partageons donc aussi l’amour de l’écrit.
Un nouveau point commun.
On parle techniques d’écriture.
Je lui parle de l’oulipo, de la disparition de Perec.
Difficile à appliquer avec le système d’écriture du mandarin.
Mais ils ont des jeux similaires,
comme le fameux poème écrit avec le même son dont je vous parlais mardi.
Je lui propose d’adapter en mandarin celui du duo au thé.
Comme il va falloir s’attaquer à la traduction de tous les textes pour les représentations taïwanaises,
on peut commencer par ça.
Quand on revient au théâtre, mon jeune ami décide de changer ses bandes magiques.
Comme il les a gardé depuis le début de la semaine
(oui, ces bandes se conservent plus longtemps et résistent à l'eau),
il commence à ne plus les sentir.
Wan Chu l'aide avec beaucoup de sollicitude.
C'est à dire que l'opération est un peu douloureuse quand on a les jambes poilues ...
Anaïs arrive.
Elle sort de son sac une boîte en plastique.
William nous a fait des cookies que nous testons sur le champ.
Catastrophe, ils sont délicieux.
Nous avons du mal à nous éloigner de la boîte alors que nous devons commencer à travailler.
mais il faut que l’on soit prêt quand Mike arrive.
Bon ... la barre.
Je laisse ma tablette à Fred.
Il veut lancer le son depuis la régie car il y a des soucis dans la diffusion du son.
Je comprends mieux pourquoi il voulait rester seul tout à l’heure.
Effectivement, pendant que nous nous chauffons, j’entends qu’il se passe quelque chose de pas très catholique
(et encore moins orthodoxe) avec les enceintes.
14h30,
Mike arrive avec Nana.
Une collègue marionnettiste qui vient voir le spectacle ce soir.
On l’accueille comme il se doit en sacrifiant un cookie ou deux,
et on retourne à notre préparation.
Fred est inquiet.
(ce qui ne veut pas forcément dire que c’est réglé, mais que dans tous les cas, ça le sera ce soir),
on fait « la mise »,
c’est à dire l’installation sur scène et en coulisses de tout ce dont on aura besoin pour le spectacle.
Il n’y a pas de petite cuillère pour le thé.
Fred me dit qu’il en trouvera une.
La boîte rouge avec les feuilles, le gong fu cha,
la gestion de la bouilloire est un peu complexe.
Les coulisses sont petites.
La rallonge à laquelle l’appareil est branché est dans une situation périlleuse.
Peut-être que l'on pourrait trouver une meilleure solution ?
Une chose à régler tout à l’heure.
La sacoche, l’appareil photo, les costumes, ...
Les imperméables !
Je les ai oubliés chez moi.
Comment va t-on faire sans ?
Aucune idée.
En tous cas, là, il faut commencer le filage, on n’a plus trop de temps.
J’y réfléchirai en dansant.
15h15,
Mike commence le premier texte.
Le filage est laborieux.
L’exigüité des coulisses, avec les latéraux installés sur des pieds près des pendillons,
rend toutes les entrées et les sorties beaucoup moins fluides.
En plus, on ne tient pas bien sur nos pattes.
D’abord, parce qu'hier, du fait de tout ce qui n’allait pas,
on ne s’était pas rendu compte que la scène était en pente.
Ajoutez à ça que les « aveuglants » étaient réglés un peu trop forts à notre goût
et vous avez une idée du nombre de déséquilibres, de genoux qui lâchent et de chevilles qui s’étonnent,
survenus dans ce qui aurait dû nous rassurer sur la représentation du soir.
Tous les équilibres étaient à gérer autrement, notamment dans les solos.
(au fait , vous savez ce que c'est que des « aveuglants » ?
Ce sont des projecteurs latéraux installés à hauteur d’homme
et qui de ce fait peuvent aveugler les interprètes sur scène)
On n’est pas très content de ce que l’on vient de vivre.
Mais il y a un proverbe qui dit :
« à mauvaise générale, bon spectacle »
Espérons donc qu’il se vérifiera ce soir.
16h30,
Il y a beaucoup de choses à revoir,
je n’ai pas trouvé de plan B pour les imperméables.
Je décide de faire l’aller retour jusqu’à chez moi
en demandant à mes amis de régler tout ce qui ne va pas en mon absence.
J’ai vraiment une équipe en or.
16h35,
je cours à la voiture en cherchant quel sera le chemin le moins embouteillé.
(et non, je n’ai ni GPS, ni application moderne sur mon téléphone pour m’indiquer tout ça)
Je suis trop affolé pour trouver la solution miracle, je prends la route habituelle,
on verra bien.
La première partie de la route se fait sans encombre.
Apparemment, je suis passé avant les bouchons de la sortie des bureaux.
Je me détends presque.
Hélas à l’entrée de Marseille, on annonce un ralentissement à la sortie de l’A7.
Je me positionne pour prendre la passerelle pour rejoindre l’autre autoroute, celle du littoral.
Quand je suis engagé dans la sortie, je vois que l’A7 est vide.
Indications en bois.
Je râle.
En revanche, l’arrivée au Vieux-Port sur l’autoroute du littoral est bien bouchée.
Je peste.
17h25,
je suis dans ma rue.
Les quelques places pour les voitures sont toutes occupées.
J'arrête la 107 à quelques mètres de chez moi,
au plus près des poteaux qui séparent la partie carrossable de celle réservée aux piétons.
Pour une fois, je suis garé à la marseillaise !
Une voiture peut quand même contourner la voiture mais pas un camion.
Je n'ai pas le temps d'avoir des scrupules.
S'il y en a un qui arrive, le temps que je fasse l'aller retour entre ici et le troisième étage,
il klaxonnera.
Je monte les escaliers deux à deux .
J’ouvre la porte bien essoufflé.
(je vieillis quand même)
Les imperméables sont là.
Je redescends en courant, saute dans la voiture
et rejoins l’A7 par les raccourcis que je semble être les plus rapides.
Je suis accompagné à la radio par les belges de « Par Jupiter »,
leur invité est Patrick Chamoiseau.
C’est marrant, il parle comme il écrit.
À moins que ça ne soit l’inverse.
Du coup, c’est très joli mais l’émission est un peu moins drôle que d’habitude
et je ne suis pas sûr que tout le monde le comprenne tout ce qui s’y est dit.
17h50,
j’arrête le moteur de la 107 sur le grand parking près de la salle.
Je m’étais donné jusqu’à 18h.
Mission accomplie.
On règle les problèmes où ma présence est nécessaire.
Certains placements, l’organisation de la bouilloire,
On me demande mon avis sur l’intensité des « aveuglants »,
voilà, tout est sous contrôle.
Je demande un « hug » à Wan Chu et un cookie à Anaïs.
Je crois que je les ai bien mérités.
À peine le temps de souffler, que, comme si on était trois heures plus tôt,
on fait « la mise », la vraie, celle du soir.
Cette fois-ci tout y est.
(enfin, je crois ..)
Tout le monde est concentré et détendu.
Nous replongeons dans nos rituels de maquillage, de coiffures, de pommades et de bandes magiques.
(Bon ... Cheng Wei a pris un peu d'avance ...)
18h25,
« entrée du public dans 5 minutes » nous annonce Fred.
Le temps du merde collectif et du gros câlin.
On vérifie une dernière fois que tout y est,
on installe les costumes dans les coulisses pour les changements en cours de route.
18h30,
entrée du public,
maintenant « y a plus qu’à ».





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