16/05/18 - la dernière ligne droite française - jour 22 - La transition gardannaise


Passer la nuit à cogiter,
avoir la confirmation que décidément,
les théâtres se suivent,
et ne se ressemblent pas.








Mercredi 16 mai, 8h38

Wan Chu : ’morning !
Claude : Morning … slept well ?
Wan Chu : Yes !
Claude : great ! so enjoy this peaceful morning
Cheng Wei : M~orn~ing
Claude : morning sir
Cheng Wei : No, I wake up around 6
Claude : like me
I had to move the car anyway
and my brain was full of things
Cheng Wei : I got a tiny little hang over today
Claude : the wine ..
Cheng Wei : Yeap
Claude : drink A LOT of water
Cheng Wei : Will do

Petite conversation matinale de lendemain de fausse première.
Pour les non anglophones, je vous résume :
Wan Chu va bien et je lui propose de profiter de cette matinée tranquille.

Cheng Wei quant à lui, a un peu trop abusé du rosé.
Je lui ai conseillé de boire beaucoup d’eau.

Je lui ai aussi dit que ma nuit a été courte.
Elle a aussi été grise.

J’ai repensé à la veille, souvent,
me réveillant bien plus d’une fois,
me posant tout un tas de questions.

Je ne sais pas quoi faire des retours que j'ai entendus hier quant à la place prise par le texte
dans cette nouvelle forme de spectacle que je tente.

Même en éliminant les retours les plus aigres
(que je n’aurais d’ailleurs jamais dû entendre puisqu’ils ne m’ont pas été adressé directement),
je sais que si la pièce pêche, c’est dans ce domaine-là.

Cela dit, la version de mardi n’était toujours pas celle que j’ai imaginée.

Au début, la danse arrivera plus tôt
puisqu’il n’y aura pas mon discours auquel s’est enchaînée la première intervention de Mike.
Il y aura aussi la virgule humoristique entre le solo de Cheng Wei et les danses de fin.
(qu’il faut d’ailleurs que je trouve)
Cela devrait remettre tout le monde dans la bonne direction.
Restent, les fameux « couchers de soleil ».

C’est là que l’on a perdu une partie du public hier.

Peut-être devrais-je raccourcir cette séquence ?
C’est vrai que c’est le seul texte qui n’est pas inspiré d’une des chroniques que j’avais écrites
mais de toutes les fois où j’ai parlé du crépuscule à Taïwan.
Et il y en tant ...
Contrairement à tous les autres, il n’y a pas qu’une seule action.
Ou plutôt si, mais plusieurs fois.
C’est peut-être ça le souci.
Ou peut-être que ça n’est seulement qu’une question de rythme ?

Une autre vitesse de croisière pas encore atteinte ?
Ou encore seulement le fait qu’à Martigues, il n’y avait que des danseurs dans le public
et qu’ils s’attendaient à ... de la danse ... seulement de la danse ?
Et si je réduis le texte, comment choisir quelle partie captivera le plus l’auditoire ?
Comment savoir ?
Comment choisir ?

Voilà à quoi, consciemment ou pas, j’ai passé une partie de ma nuit.

À me poser ces questions.

Et puis sûrement des tas d’autres dont je ne me souviens plus.
En tous cas, je suis sûr d’une chose.

J’ai une équipe en or avec moi.

Réveillé à 6h,
j’ai continué à cogiter jusqu’à attendre l’heure propice pour déplacer ma voiture.
Après les rituels quotidiens (boulangerie, petit déjeuner),
je m’installe devant l’écran.
Je poste un texte sur mon ressenti de la veille, lis les premières réponses.
Hier, il a manqué du monde dans le public.

Je relance la communauté virtuelle pour éviter que cela ne se reproduise demain.


Mon corps et mon esprit vivent cette matinée comme un lendemain de première.
Sauf que ça n’en était pas vraiment une puisque c’était une version adaptée à l’événement.
À Gardanne, je vais garder l’intermède du comptage en mandarin.
Je ne pense pas trouver la nouvelle idée géniale d'ici demain soir.
On sera une fois de plus dans une version hybride.
La vraie première sera dans neuf jours, à Marseille.
À moins que ce que nous ayons vécu dimanche et hier,
comme ce que nous nous apprêtons à vivre demain
soient aussi des premières ?
Quatre premières pour un même spectacle.
(même cinq si on imagine déjà la version taïwanaise)
C’est compliqué tout ça.
Mais c'est aussi un sacré luxe.
Laisser aller les choses ?
J’aimerais bien.
Pour l’instant, sous mon crâne c’est plutôt la tempête
(tropicale ? allez savoir …)

Je m’écroule une heure sur le sofa,

je fais une lessive
et je pars presque en retard.
L’organisation du jour ?
Mike ne vient pas.

On va juste faire le placement des danses.
Je récupère Wan Chu et Cheng Wei à la station de métro Chartreux.
De là, on a un accès rapide à l’autoroute et ça me fait gagner une bonne demi-heure.

Anaïs arrive directement de Martigues après ces cours du matin.
Pour le soir, elle aurait pu me remplacer
mais comme j’étais déjà absent mercredi dernier à cause de ma patte folle,
et que nous étions en vacances les semaines précédentes,
il faut vraiment que les élèves me voient un peu.
Elle déposera les taïwanais à la gare de Gardanne
d’où ils rentreront tous seuls chez leurs hôtes
et rejoindra William pendant que j’irai à La Ciotat.


13h20, je suis sur le Vieux-Port.
Marseille est embouteillée et aux couleurs de l’OM.

Il y a un match ce soir.
Je passe par le tunnel et le littoral pour éviter l’immense bouchon qu’est en train de devenir le centre-ville.

Heureusement que j’ai proposé à mes amis de s’arrêter au métro des Chartreux, on va éviter tout ça.

13h55,
j’arrive à la station de métro.
Je suis un peu en retard malgré mon choix de parcours de délestage.
Pendant que Wan Chu et Cheng Wei quittent la terrasse du café
où ils s’étaient tranquillement attablés pour monter dans la voiture,
(décidément, ils s’acclimatent de mieux en mieux à la vie française …)
j’annonce mon retard à Anaïs.
La pauvre.
Elle va encore devoir attendre toute seule.

Cela dit, Silvia a dit qu’elle serait là à 14h10.

Elles feront connaissance.

En route.

Alors que nous prenons l’embranchement d’Aix, mon téléphone vibre.
C’est un message.
Je demande à Cheng Wei de tenter de me lire.
Son déchiffrage du français n'est pas assez au point pour que je comprenne.
Je lui demande de répéter, il me tend le portable.
Je lis en diagonale.
(oui ! tout en conduisant ... je sais, c’est très dangereux)
Le technicien qui est sensé nous accueillir, nous prévient qu’il est au contrôle technique de sa voiture.

Il en a pour une demi-heure, il sera là à 14h30.

Je demande à mon copilote d’envoyer un nouveau message à Anaïs
pour qu’elle ne s’inquiète pas si elle trouve porte close.

Silvia ouvrira peut-être ... mais dans le doute.
Il peut le faire en anglais, elle comprendra.
Décidément, d’un point de vue de logistique, c’est beaucoup moins fluide que les jours précédents.



14h20,
nous arrivons devant le théâtre.

Anaïs est assise sur les marches.

Seule.

Mais souriante.
Comme toujours.

On parle de la veille.
Certains de ses élèves sont venus et ont beaucoup aimé.

Sa sœur et son beau-frère sont vraiment emballés.
On a beau savoir que les retours négatifs n’arrivent que très rarement à nos oreilles par la voie directe,
cela fait du bien de savoir que des gens sont repartis du théâtre sans avoir eu le sentiment d’avoir gâché leur soirée.

15h,
toujours personne.
Je relis le message du technicien, plus tranquillement cette fois.

En fait, j’avais mal lu tout à l’heure.
14h30 n’était pas l’heure de son arrivée mais celle du contrôle technique.
Cela dit, il a bien écrit qu’il en avait pour une demi-heure …

Je l’appelle quand même histoire de faire bouger les choses un peu plus vite que ça a l’air de se passer.

Je dois être à La Ciotat à 19h,
on ne peut pas trop tarder.

15h10,
le technicien arrive.
Il ouvre.
Il fait froid et la salle n’est pas du tout prête.

Elle n’a visiblement pas été utilisée depuis un certain temps.

La loge n’est pas ouverte,
il n’y a pas d’écran,
la scène est sale, mais vraiment sale.

Je ne suis pas regardant en général sur ce genre de choses mais là,
vraiment,
ça s’annonce beaucoup moins agréable que les deux épisodes précédents.
D’autant que, cerise sur le gâteau, il y a des travaux dans l’immeuble voisin.
Répéter dans le froid sur des tapis de scène dégueulasses sur fond de marteau piqueur,

la belle après-midi que nous allons passer !
Cheng Wei a adopté son masque de fausse sérénité asiatique,
Wan Chu est dépitée.

J’ai honte.

Jamais, au grand jamais, on aurait été accueilli dans ces conditions à Taïwan.
Je leur explique que ça n’était pas la scène qui était prévue au départ,
cela avait été changé au dernier moment,
(du coup, je vous l’explique aussi,
on n’est pas du tout dans la nouvelle salle que j’avais visité avec Silvia un peu plus d’un an plus tôt
mais dans une salle nettement plus ancienne)
je tente de les rassurer,
Fred allait nous arranger tout ça,
j’en suis sûr.
En tous cas, il fera tout pour.
Je note immédiatement dans la tablette tout ce dont il faudrait qu'il s'occupe :
« Tapis de scène dégueulasse
Trouver quelque chose pour mettre sur la table pour le thé
Reculer les sièges d'un rang au moins
Mur de scène dégueulasse peut être sur le rideau ?
Ouvrir la loge si possible »

Oui parce que, j’ai failli oublier de vous dire.
La scène est en hauteur ici.
Et quand je me suis assis au premier rang en demandant aux danseurs de s’accroupir au centre du plateau,
pour voir ce que cela donnait,
c’était bien simple, je ne les voyais plus.

Idem pour le second rang.
Il y a du sol dans toutes les danses du spectacle, sans exception, et rarement au premier plan.
Si on laisse les chaises comme ça, les deux premiers rangs ratent la moitié de la chorégraphie.
Mais Fred allait régler tout ça.
Forcément.


Le technicien nous sort un ampli pour que nous puissions répéter,
nous explique où est la sortie de secours
et s'en va en nous souhaitant une bonne après-midi.
Il ne reste pas, il ne reviendra pas, on n'a qu'à claquer la porte en sortant.
On regrette Joseph,
cruellement.

Avancer avec ce qu'on a.
Aujourd’hui, on n’est là surtout pour voir comment on organise l’espace.
On se lance.
D’abord les solos, puis les duos, et enfin toutes les danses d’ensemble.

J’autorise les danseurs à ne pas tout faire au sol,
c’est vraiment trop sale.


Cela va vite.

Certes l’expérience de Sète nous a permis de nous adapter à toutes les scènes à venir
mais quand même tout se règle bien plus vite que pour les créations précédentes.

Une équipe en or, je vous dis.

On fait un filage, qui se passe aussi bien que possible.
Le prologue est un peu délicat à gérer vu les dimensions du plateau mais le reste passe ...

16h50,
on a tout bouclé.

Je leur demande s’ils veulent refaire quelque chose.

Pour la première fois, la réponse est unanime.

Ils ne veulent pas.

Fatigue de la veille mais sûrement déception de la salle.

Je ne peux rien dire,
je les comprends.

Je leur demande quand même de refaire le prologue pour moi,

sans les parties au sol.,
parce que vraiment, j’ai trouvé que ça avait coincé dans beaucoup trop d’endroits
pour que l’on puisse partir en le laisser en l’état.
Ils le font, pour me faire plaisir.
Me revient en tête les plaintes des danseuses françaises pendant « In Wei » à Taïwan,
sur la salle pas assez grande et des tapis de scène mal lavés …
Je remercie mes trois amis et leur demande de m’excuser encore
(même si je ne suis que partiellement responsable de tout ça).

Pendant que nous reprenons le prologue, Silvia arrive.

Elle m’explique que, comme elle s’occupe aussi de l’association de judo, elle y avait passé l’après-midi.
J’avais dû mal comprendre.

Elle me demande aussi pourquoi je l’ai contacté si tard.

Je garde mon calme et lui rappelle que je l’ai appelé un certain nombre de fois sans succès.
« mais sur quel numéro ? »
Allons bon, il y en avait plusieurs ?
Je m’étais benoitement servi de celui qu’elle m’avait donné à la suite de notre rendez-vous d’avril 2017.
Et bien, il ne fallait pas.
Car celui-là, c’était son numéro professionnel.

Et l'appareil qui y est rattaché, s’ouvre avec un code qu’elle oublie tout le temps
alors elle ne s’en sert plus.

Elle attendait donc de mes nouvelles
sans avoir émis l’hypothèse que je l’avais contacté sur son téléphone professionnel.
Les scènes se suivent, et ne se ressemblent pas.

Je lui parle de l’état des lieux.
Elle s’excuse, m’explique que les techniciens ne sont pas là parce que tout s’est goupillé trop tard.

Je m’étonne que personne dans l’équipe ne se soit posé la question de l’accueil d’une compagnie
la veille de son spectacle.

Mais bon ...
Elle m’assure que tout ira mieux demain.
(je fais quand-même un tout petit peu plus confiance à Fred …)


Elle nous fait amener de quoi goûter.

Nouvelle découverte pour nos amis taïwanais.

La compote !
En gourde !
On leur explique donc ce que c’est que la compote.
« it’s baby food » me dit Wan Chu, déjà bien remontée de l’ambiance et l’accueil du jour.

Alors oui, les bébés en mangent mais en France, les adultes aussi.

Cheng Wei en mange deux, elle nous dit qu’elle essaiera pendant le voyage de retour.




17h30,
nous quittons la salle.

Ils ont un train à 18h.

Pas sûr que le guichet de la gare soit ouvert,
et même s’il est ouvert, pas sûr que l’agent soit anglophone,
pas sûr non plus qu’au guichet automatique il y ait des explications en anglais.
Je demande à Anaïs de vérifier qu’ils arrivent à acheter le billet à la machine quand elle les dépose.
On se donne rendez-vous demain à 11h10 à la même station de métro qu’aujourd’hui.

Début des hostilités 11h30.

Fred sera arrivé plus tôt dans la matinée et, je l’espère, aura pu arranger les choses.
Je lui enverrai la note de tout ce qui ne va pas demain matin.

Je reste dans la voiture, le temps d’avoir le « c’est bon, ils sont dans le train » d’Anaïs.



17h45,
tout est sous contrôle.

Je pars à La Ciotat, aussi crevé que si j’avais travaillé à Martigues de 10h à 22h
avec en plus une furieuse envie de prendre une douche.


Tout ira mieux demain.

J’en suis sûr.


Et dire que pendant que je travaillais, mes amis se livraient à une de leur activité préférée :








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