17/02/18 - Taiwan printemps 2018 - Jour 1 (1) - Taipei Kaohsiung
celle de l'arrivée en ville,
l'efficacité des transports taïwanais,
se réacclimater le temps d'un voyage en train
16h15
Je quitte le Boeing 777 de cette chère KLM pour me replonger avec délice et inquiétude
dans cette partie de l’Asie que j’aime bien.
Alors que je remonte par la passerelle, cette odeur de chaud après la pluie si caractéristique de ces latitudes
me souhaite la bienvenue.
« Manillaaaa ... Manillaaaaa »
Une hôtesse psalmodie le nom de la ville philippine pour les passagers qui poursuivent leur voyage
vers ce chapelet d’îles.
Comme je vous le disais dans le précédent article, mon vol ne fait qu’une escale à Taipei.
Sa destination finale est Manille.
Mais les autorités taïwanaises exigent que tout le monde débarque de l’avion avec ses bagages cabine.
Des raisons de sécurité peut-être, économiques sans doute :
ceux qui iront dépenser leurs devises dans l’archipel philippin
peuvent quand même acheter une ou deux choses dans le Duty Free taïwanais non ?
Je rallume mon portable.
Il se connecte au Wifi de l’aéroport.
Pendant que nous rejoignons le hall de contrôle des passeports
par le long corridor où les services sanitaires veillent au grain,
je vais sur la page Facebook de la Wei Dance company pour récupérer l’adresse de mon collègue.
Pas de chance.
Elle est écrite en mandarin.
Tant pis, l’adresse de l’appartement de cet été fera l’affaire :
311 Zhongshan 1st road.
KAOHSIUNG
Je n’ai pas le code postal.
On verra bien.
Beaucoup de monde au contrôle cet après-midi.
Des groupes de chinois viennent visiter l’île.
Leur visa plié en quatre dans leur passeport, ils tentent de doubler les autres touristes patients
(quitte à s’immobiliser dans la file d’attente parce que leurs copains sont loin derrière …).
Passage rapide au guichet.
La jeune fille sourit quand elle voit le nombre de cachets du pays qui remplissent mon petit carnet bordeaux.
Elle trouve une page vierge, tamponne,
et me rend le précieux sésame.
Hall de récupération des bagages.
La livraison est imminente.
J’ai à peine le temps de retourner sur le net pour avertir tout le monde que je suis arrivé
que mon sac est là.
Opération changement de latitude.
Sortir les sandales du gros sac
et les troquer contre les bottines à l’intérieur desquelles on met les chaussettes.
Passer aux toilettes pour enlever le caleçon long qui est sous le jogging.
Replier délicatement la veste en cuir.
Mettre le tout dans le sac dont émane une douce odeur d’huiles essentielles
qui ne me dit rien de bon.
Je regarde où est la trousse de toilettes et surtout, tout ce qu’il y a autour,
il semble qu’il y a peu de dégâts.
Pendant que je réorganise le gros sac noir avec toutes ces affaires d’un autre monde,
en essayant d'isoler du mieux possible la trousse de toilettes odorante,
je reconnais l’équipage de mon vol.
C’est vrai qu’ils avaient annoncé que c’était une autre équipe qui allait jusqu’à Manille.
Je me bats avec la fermeture éclair de mon sac un tout petit peu trop plein
(ou alors mal rangé)
quand je sens quelqu’un qui s’approche de moi.
C’est l’hôtesse qui m’a servi pendant tout le vol.
Dans sa main, entouré d’un papier blanc sur lequel mon nom est inscrit, je reconnais mon stylo :
« we were looking for you ! »
Je n’en crois ni mes yeux ni mes oreilles.
Elle a cherché par KLM comment me contacter.
Je sors ma tablette pour partager avec elle un peu de mon travail :
« I know ! I’ve found you on Internet! »
Elle me montre des photos de sortie de résidence du Bamboo Curtain Studio.
Je lui raconte un peu ma vie ici,
la remercie chaleureusement,
et range précautionneusement le stylo dans sa petite poche en faux velours noir.
« Thank you so much again for everything »
Elle sourit :
« I was looking for your hair »
C’est vrai que j’avais déjà mis le bonnet.
Il a fallu qu'elle trouve une autre manière de me reconnaître.
Heureusement que j’étais le seul noir de l’avion.
Ça a parfois ses avantages …
Maintenant que j’ai vraiment récupéré toutes mes affaires,
je peux me mettre en route.
D’abord, le petit sac marron en bandoulière
(c’est celui que je n’enlèverai pas),
puis le vert sur mon dos,
et le 90 litres noir que je tire bruyamment au bout de sa poignée
(et je déteste ça)
Alors que je me dirige vers la sortie,
je croise une collègue de ma sauveuse :
« why didn’t you stay in the plane ? »
Là, je réalise qu’effectivement, à l’atterrissage, elle m’a dit quelque chose à propos de mon stylo
mais comme je n’y croyais déjà plus,
je pensais qu’elle me répétait juste qu’ils allaient tout faire pour le récupérer.
En fait, elle me demandait d’attendre dans l’avion avec eux.
Je lui présente mes plus plates excuses, prétextant que je n’avais pas compris
et lui dis de remercier à nouveau tout l’équipage de ma part.
16h50.
Les portes automatiques s’ouvrent.
Me voilà dans le hall où il y a un peu plus de deux ans Cheng Wei et moi attendions les filles.
Direction la station de métro, via le bureau de change.
Tout est sur la même route.
Parfait.
Le métro jusqu’à l’aéroport a été inauguré récemment.
Il part de la capitale et descend au sud-ouest pour desservir les deux aérogares,
la station de TGV, et la banlieue la plus proche.
Le trajet coûte bien-sûr un peu plus cher que par le bus mais il y a moins d’attente
et c’est plus confortable.
À la station, je demande à l’agent si mes cartes de transport sont approvisionnées.
J’en ai trois.
Deux qui me semblent être valables partout, et une seulement à Kaohsiung.
(pourquoi trois ?
Et bien parce que j’ai régulièrement oublié de les emporter dans les voyages précédents pardi !)
L’agent me confirme que deux d'entre elles sont valables.
L’une a encore assez d’argent pour le voyage.
Pour l’autre, il me regarde avec un œil réprobateur :
« Minus 1! »
J’ai un débit négatif d’un dollar taïwanais.
J’ai dû m’en servir lors de mon dernier voyage pour aller à l’aéroport.
Alors …
Les plus perspicaces (ou les plus curieux) d'entre vous doivent se demander
comment j'ai pu avoir un débit négatif sur une carte de transport et continuer de voyager ?
En fait, ici, le prix du trajet en métro est fonction de la distance parcourue.
On passe la carte de transport sur un lecteur à la station d’entrée et à la station de sortie.
Si en sortant le solde est débiteur,
les portillons (qui sont à un mètre du sol) s’ouvrent quand même pour vous laisser sortir
mais il faut en principe aller recharger la carte immédiatement.
Ce que je n’ai pas fait la dernière fois vu que je quittais le pays.
Donc
Minus 1 !
Assorti d’un regard du monsieur dans sa cage en verre, qui est sensé être courroucé
mais qui me donne envie de rire.
Ma carte est débitrice de deux centimes d’euros ...
Je prends mon air le plus désolé que j’assortis d’un « sorry » circonstanciel.
L’agent me tend mes cartes.
17h10.
Je passe le portillon.
Le métro est annoncé dans 8 minutes.
Une première rame arrive de la capitale.
Celle-là s’arrête ici.
Personne ne bouge sur le quai.
Le métro se vide et disparaît.
Voilà le notre.
Nous nous engouffrons, valises aux mains, sacs sur les dos, plans des villes à portée de vue.
Tout le monde est assis.
Nous quittons l’aéroport.
Sortie de terre.
Une station dessert les hôtels.
Un peu d’air tiède tente de prendre sa place dans l’atmosphère climatisée de la rame.
Nous traversons la banlieue jusqu’à apercevoir la ligne TGV.
« Taoyuan High Speed Railway Station »
La rame se vide de tout ce qu’elle contient de voyageurs longue distance.
Je profite du Wifi du métro pour prévenir Cheng Wei que tout est sous contrôle
et que je serai à l’heure.
(en même temps ici, s’il y avait eu un problème dans les transports, il serait déjà au courant...)
La station aérienne de métro est reliée à la gare ferroviaire souterraine par une passerelle
qui surplombe la gare routière pour aboutir aux escalators qui plongent dans le sous-sol.
Première réelle sortie à l’air libre dans cet air déjà moite
mais beaucoup moins chaud que dans cinq mois.
17h30.
Je présente mon IPhone contenant le billet de train au scanner des portillons d’accès aux quais du train.
« welcome » s'affiche sur l'écran de contrôle.
Les petits pans de plastique s’écartent.
Ils sont aussi hauts que ceux des stations de métro de tout à l'heure.
(quand je pense au nombre de gens qui seraient passés par dessus en Europe...)
Il reste quelques sièges vides dans le hall d’attente.
Avant de m'assoir, je passe d’abord au Seven Eleven m’acheter une boisson.
La première de l’année.
Jus d’orange.
35 dollars
Un euro.
La caissière articule à peine son « Ni Hao » d’un air désabusé.
Taipei.
Ça n’est décidément pas le sud.
Et par certains aspects, ça n'est plus vraiment Taïwan.
C’est une capitale,
comme toutes les autres,
avec sa puissance destructrice de ce qui fait le lien,
de ce qui nous fait humains.
J’essaie de capter du Wifi.
En vain.
Ils ont dû changer le système de connexion.
Pas grave.
Cheng Wei sait à quelle heure est mon train.
Les TGV défilent.
Ceux qui arrivent du Sud et vont rejoindre la capitale.
Ceux qui font le trajet que je m’apprête à faire.
Il y en a plus ou moins tous les quarts d’heure.
18h01.
Un train à destination de Taipei a quitté le quai il y a exactement deux minutes.
On annonce le mien « à l’heure » (évidemment) pour 18h08.
Comme tous les autres passagers, je descends sur le quai en restant à droite dans l’escalator.
Nous nous rangeons en ligne à l’endroit où la voiture dans laquelle nous serons s’arrêtera.
Pas de cohue, pas de foule.
Les files d’attente s’allongent.
Calmement.
18h08,
le train s’immobilise.
Les portes s’ouvrent.
Personne ne bouge.
On laisse sortir les quelques voyageurs qui sont venus de la capitale en TGV,
(je me demande bien pourquoi ils choisissent ce moyen de transport,
il y a des trains, des bus et le métro qui font le même trajet et c'est beaucoup moins cher …)
puis, on prend possession de nos places après avoir installé les bagages dans les espaces dédiés à l’entrée du wagon.
18h10,
on est parti.
Pour terminer le voyage en beauté, je me suis pris un billet en Première Classe.
(je ne me le ferai pas rembourser par la compagnie ... à moins de 50 euros c'est quand même plus qu'abordable
et le silence de l’institut Français me permet de penser que je n'aurai pas à me justifier de toute façon
alors je ferai attention à mes sous ... euh ... demain)
Fauteuils larges et confortables,
prises électriques
et prises USB pour les touristes qui n’ont pas encore investi dans des adaptateurs,
un steward nous offre une tasse de thé.
Le premier verre de Oolong.
Bonheur.
Quand on sort de terre,
la nuit est tombée.
Dommage pour le coucher de soleil.
Je sors le fameux stylo pour écrire tout ce que je vous raconte ...
Il tombe en panne.
Plus d’encre.
C’était bien la peine !
Je joue un peu,
en décidant de faire taire la petite voix qui me dit que je devrais quand-même écrire tout ça
pendant que les sensations sont encore fraîches dans mon cœur et mon esprit.
(et je fais bien de ne pas l'écouter puisque je peux attester,
maintenant que je transcris tout ça dans ma tablette, six semaines après l’instant T,
que je me souviens de tout)
Le voisin boit un thé froid dont le nom est écrit en français.
Le Phare.
Ça me rappelle le bord de mer à Kaohsiung,
et la fameuse digue nord où je suis allé bien des fois
(j’ai d’ailleurs partagé tout ça avec vous … vous vous souvenez sûrement
sinon cherchez Sizhiwan dans la colonne de gauche dans l'onglet « libellés »)
Deux minutes d’arrêt
Effervescence habituelle de chaque station.
Valse de valises, de cartons,
les sièges changent de propriétaire dans une ambiance feutrée.
Nous repartons.
Bercé par les lumières de la ville,
je m’endors contre la fenêtre en finissant mon thé.
« We will soon make a short stop at ... Tainan »
Dernier arrêt avant le terminus.
J'ai dormi une petite heure.
Il ne reste plus que quinze minutes avant de revoir mes potes.
Vérification des deux sacs, rangement de la tablette.
Je suis prêt.
Je me demande si le fidèle Ha Bao sera avec mister Restless Cheng Wei ?
La femme de ménage fait un dernier passage et prépare les sièges vacants au prochain voyage.
Le train ralentit,
je reconnais la gare.
La Tsoying Senior High School est là, juste à côté.
19h45.
Zuoying Station.
Le train se vide calmement.
Les ascenseurs et les escalators sont pris d’assaut.
On respecte un peu moins la consigne disant de se serrer à droite qu'à la capitale …
(c’est le sud voyez ?! …)
Les valises se mélangent aux cadeaux.
Il y a beaucoup de familles.
C’est qu’hier ici, on a fêté le Nouvel An.
Nous rentrons dans l’année du Chien.
je scanne à nouveau mon téléphone,
me voilà dans le hall de la gare.
Et là ...
Personne …
Pas de Cheng Wei,
Pas de Ha Bao,
Pas de wifi dans la gare …
Pas de panique
(pas tout de suite …)
Attendons encore un peu ...


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