27/07/18 - 3 - Taiwan été 2018 - Jour 0 (3) - En route pour Taipei


Derniers moments de ce côté du monde,
dix mille kilomètres en moins de temps qu'il n'y parait,
premières heures de l'autre côté,
dernière étape en correspondance avant de revoir les amis 








Vendredi 27 juillet, 16h55

Je repère sur le grand panneau dans le hall de la gare d’Amsterdam Centraal
(oui il y a toujours autant de a) un train express à destination de Rotterdam.

Je me dirige vers le quai dans un flot des voyageurs mêlant des locaux rentrant chez eux,
et des touristes qui comme moi ont décidé de faire une pause dans cette si jolie ville avant de poursuivre leur route dans une autre partie du monde.
Le temps que j’arrive au bon quai, un train quitte la gare sous mes yeux.

Pas grave, je prendrai le prochain … ou celui d’après.

(toutes les dix minutes je vous ai dit ...)

L’ambiance est bien différente qu'à mon arrivée à midi.

Fin de journée.

Tout le monde est fatigué, quelle qu’en soit la raison ...

18h et quelques poussières,
je remonte du sous-sol de la gare de Schiphol.
Il me reste deux bonnes heures avant l'embarquement.
(et c’est rare des poussières hollandaises,
parce qu’il faut bien le dire : ça a quand même l’air bien plus propre qu’en France ici)

Prochaine étape : récupérer mes affaires à la consigne.

Retrouver les bons escaliers et descendre dans cet autre sous-sol.
J'ai bien fait de m'y prendre un peu tôt car je suis loin d'être le seul à vouloir récupérer des affaires.

Je prends mon mal en patience.
Bien que je n’ai pas beaucoup marché aujourd'hui, je sens que mon corps commence à fatiguer.

Ma pauvre carcasse :
13h30 que je suis réveillé ...
une balade en plein cagnard cette après-midi, tempérée par deux demi-litres de bière ...

une année somme toute bien chargée ...
Elle a le droit de réclamer un peu de repos.
Si je ne dors pas dans l'avion avec tout ça, c'est que mon cerveau aura décidé de jouer un sale tour au reste de la machine.

18h30,
je remonte de deux niveaux pour passer l’épreuve du contrôle de sécurité.
Là, surprise.

Plus besoin de tout ouvrir.

Comme à Hong Kong, il y a ... quatre ou cinq ans.

J’insiste un peu quand même, je ne veux pas avoir à repasser le test avec comme handicap supplémentaire d’ouvrir en catastrophe mes deux fidèles compagnons contenant le plus important de ce que je transporte de ma petite vie :
« Laissez tout à l’intérieur »
Le monsieur est trop sérieux pour ne pas savoir ce qu’il dit.

J’y vais.
Pendant que les sacs sont scannés par les machines à rayons sans avoir à être allégés des matériels électroniques,
je passe par la petite cabine où il faut mettre les pieds sur les empreintes et les bras en l’air
(heureusement que je n’ai pas eu à enlever ma ceinture comme à Marseille)
Pas de contrôle supplémentaire, rien ne bipe, tout roule.

Dieu que c’est rapide.

Si cela pouvait être pareil en France ...


Contrôle des passeports.

Les vérificateurs automatiques fonctionnent.
(je peux compter sur les doigts d’une main, le nombre de fois où j’ai vu ces machines fonctionner à Marseille ...
dans le meilleur des cas, c’était une sur trois)
Je scanne le passeport, appuie mes doigts au bon endroit, montre mon œil,
sourit à l’agent de la Police de l’air et des frontières qui supervise toutes les machines,
me voilà dans la zone Duty Free en moins de cinq minutes ...
J’aurais pu rester une heure de plus à Amsterdam finalement.

C’était bien agréable cette visite en mode touriste total.

J’aurais bien aimé avoir revu mon ami Jos comme l’été dernier mais je suis vraiment content de cette journée.

J’espère qu’Anaïs et William pourront changer les billets et vivre la même chose.

Je m’en veux de m’être planté.

18h50,
j’ai pris cinq minutes pour nourrir mes appareils en électricité via des chargeurs rapides, je n’ai plus rien à faire avant l'appel de l'hôtesse.
Je m’installe dans un bar où l’on peut voir l’extérieur et éventuellement aller fumer.
L'ambiance est calme, les sièges sont confortables,
je commande un gin tonic et regarde l’agitation dans les halls.

Les vols de nuit vont charger leurs cargaisons de voyageurs.


Oui .. C'est un gin tonic revisité.
Ils ont mis plein de fruits dedans.
(et je ne vois pas trop l'intérêt)
Dans le bar, il y a des hommes d’affaires, des « backpackers »
(vous savez ces jeunes gens avec leurs gros sacs à dos qui sillonnent le monde ?
Et bien voilà, c’est eux sauf qu’ils n’ont pas leur gros sac à dos)
il y a aussi des familles qui tentent de gérer leur fatigue dans ces aventures à travers le monde,
et puis des touristes ... comme moi (ou peut-être pas vraiment comme moi en fait ...).

Une famille française se fait remarquer.

La mère râle parce qu’elle s’est installée à l’extérieur du bar, où il y a aussi des sièges, et que personne n’est venu prendre leur commande.

J’ai très envie de lui dire qu’en regardant un tout petit peu mieux, elle pourrait se rendre compte qu'ici, la commande se fait au comptoir.
En plus, ils se sont assis dans une zone qui n’appartient même pas à ce bar.
Mais bon, je suis bien installé, je savoure mon début de voyage,
je la laisse râler, elle s’en rendra bien compte ...
Ou pas.

19h30,
mon téléphone vibre.

KLM m’annonce mon embarquement à 20h09.

Exactement la même heure qu’en février.

(non non, je ne me souviens pas de l’heure d’embarquement de février, c’est juste que les messages d’alerte s'affichent les uns sous les autres dans l'application et que je vois deux fois 20h09 sur l'écran).
Je regarde sur le plan de l’aéroport.

Pas de stress, je suis à moins de cinq minutes de ma porte d’embarquement.

Un dernier coup d’œil sur mon monde virtuel et je range ma tablette.
Derniers paquets de minutes de ce côté du monde.

Avec le gin tonic agréablement tassé et les souvenirs de la pinte de 17h sous la chaleur de plomb,
cette fois-ci c'est sûr, je vais bien dormir dans l’avion.

19h45,
il est temps d’aller voir à l’est, s’il y a du nouveau.
Je réajuste mon sac sur mes épaules et me dirige tranquillement vers le dernier contrôle avant l'orient.

Un hall ou deux, un long tapis roulant
et me voilà dans la grande salle où attendent tous les passagers du Boeing 777 dans lequel je m’apprête à passer une demi-journée.

Douze heures pour parcourir plus de dix mille kilomètres au dessus de l’Europe et l’Asie.

Le progrès quand même, ça a du bon.


L’avion va être complet.

Monsieur KLM ne m’avait pas menti.
Il y a même une file d'attente pour la business class.
Comme à chaque voyage, cette antichambre de paquebot des airs, me prépare à mon séjour de l’autre côté du monde.

La peau des voyageurs est beaucoup moins blanche que toutes celles que j’ai croisées depuis l’aérogare de ce matin.

20h15,
la voix électronique annonce l’embarquement.

Les Sky priority d’abord, puis les passagers de la zone 4 qui seront à l’arrière de la cabine.

Puis la zone 3 dans laquelle je suis.

Rituel de voyage.

C’est quand on annonce ma zone que je vais aux toilettes une dernière fois.

Cela devrait me permettre de tenir jusqu’au lendemain matin quand mes voisins de rangée seront réveillés.
(je l’ai aussi fait ce matin vous vous souvenez ? )


Quand je reviens dans la zone où s'organise le départ, la file d’attente est enfin supportable pour mon dos harnaché du sac vert.

Nouveau contrôle de passeport en même temps que la carte d’embarquement,

tout va bien.
Le fait de nous appeler par zone d'occupation de l'avion permet de réduire le goulot d’étranglement à l’entrée de la cabine.

Nous sommes plus nombreux que pour le vol de ce matin mais nous attendons moins.
Et c'est une bonne chose.

Le stewart m’accueille en néerlandais et en anglais.

Je lui monte mon billet, siège 14 A, et l’endroit où je dois aller :
« oh ! you already know the plane ? »
Effectivement jeune homme.
Je commence à bien connaître ce type d’avions.

D’ailleurs, il est très maquillé ce jeune homme.

Quand j’arrive au niveau de la rangée 14, il y a trois jeunes filles qui sont déjà installées.

Quelqu’un va devoir bouger ... mais je prends le temps de ranger mes affaires d’abord.

Il n’y a personne qui attend derrière moi.
Je ne garde que les « indispensables ».

Le casque, les boules Quiès, la tablette, le carnet, un stylo.

Voilà, je suis prêt à régler le souci de siège.


J’annonce donc aux trois jeunes asiatiques que j’ai la place côté hublot.

Je lis la déception sur leur visage.

L’une d’entre elles me demande avec cette intonation que je connais bien,
si cela me dérangerait de mettre sur le rang juste après dans le siège du milieu.

J’aimerais bien leur faire plaisir,
mais papi a vraiment besoin de la carlingue de l’avion pour appuyer sa tête et tenter de dormir le moins mal possible.

Tant pis, ce soir, je serai le vieux con de service,
j’insiste pour avoir ma place.
Je n’assume pas du tout mais je n’ai pas le courage de faire cet effort là.


On décolle au soleil couchant et le bruit des chariots de boissons se fait entendre.

Je me prépare à demander un gin tonic, qui, combiné à celui de l’aéroport, devrait finir de parfaire ma nuit en position assise.

Quand l’hôtesse arrive, je m’aperçois avec stupeur, que l’apéritif est dorénavant ... sans alcool.

Ces hollandais n’ont le sens de rien !
(je pense surtout qu’auparavant, ils avaient le sens de tout mais qu’il y a dû y avoir un peu trop de soucis avec certains passagers « assoiffés »)
Je prends donc un tonic.

Au niveau du goût, ça me rappellera ce que j’aurais aimé avoir ...


L’avion est à peine à l’altitude où nous pouvons détacher nos ceintures et j’ai déjà du mal à ne pas m’endormir.

C’est plutôt bon signe mais il faut que je tienne jusqu'au repas.
Je me choisis un film qui devrait me tenir éveillé : la vie de Turner.

Mauvais choix.

Je ne dépasse pas les trente premières minutes.
C’est l’hôtesse qui me réveille :
« vous êtes monsieur Aymon ? »
Elle a un plateau à la main.
Et oui, je me suis fait un cadeau d’anniversaire.

Un repas un peu plus élaboré dans lequel on a une demi bouteille de champagne.
(merci les miles Flying Blue)
« here is your champagne delight ! »
ça fait classe quand même ...

C'est moins chic que l’on réserve aux hommes d’affaires qui sont là, juste à quelques rangées ...

Mais quand même.

Le ciel se prépare à passer la nuit et j’attaque mon dîner.

Avant les autres.

(et j’assume complètement).


Maintenant que j’ai compris que la biographie de Turner allait être le parfait moyen pour rejoindre les bras de Morphée,
je reprends le visionnage du film
et bien que les détails de la vie conjugale du peintre soient pour le moins surprenants,
je disparais des écrans radar pour n’ouvrir les deux yeux qu’à 5h, heure de Paris.

Il ne reste déjà plus que trois heures avant l’atterrissage.

Je mets ma tablette à l’heure taïwanaise et me rendors aussi sec jusqu’à être réveillé par la lumière de la cabine et les odeurs d’omelette du petit déjeuner.
J’ai vraiment beaucoup dormi cette fois.

Cela fait longtemps que ça ne m’était plus arrivé.

(je me demande d’ailleurs si ça ne m’est jamais arrivé en fait ..)

Le bruit des chariots se rapproche,
je relève mon siège et descend ma tablette.

Je regarde par le hublot.

Il semble que nous soyons déjà au dessus de la mer de Chine.

Pas de désert de Gobi pour moi cette fois.

(mais je vous remets quand même la photo)


Le petit déjeuner batave manque de sucre et le steward est décidément bien trop maquillé.
Il faudrait quand même que quelqu’un lui dise je crois.



14h40,
nous survolons la côte ouest de l’île.

On est en avance.

J’essaie de reconnaître les villes que je vais frôler tout à l’heure avec le train.
Le commandant de bord annonce la descente, je regroupe mes affaires.

Avec cette nuit plombée d’un plutôt lourd sommeil, j’ai raté la distribution des cartes pour l’immigration.

Tant pis, j’en prendrai une au moment du contrôle.


15h00,
(enfin à peu près, je n’ai pas noté l’heure sur le carnet, mais je crois que ça vous est un peu égal)
nous atterrissons à Taoyuan, du nom de la ville la plus proche de cet aéroport.
Il y a un autre aéroport au beau milieu de Taipei.

Je me souviens avoir vu des avions atterrir en frôlant les bâtiments ...
Impressionnant.


« Welcome at Taipei Taoyuan International Airport »
Claquements de ceintures.
Je vois le drapeau taïwanais sur l’aérogare.


Bizarre, je n’ai pas l’appréhension habituelle.
Je ne suis pas spécialement heureux non plus.

Ça viendra sûrement ...

Décidément, les arrivées (heureusement) se suivent mais ne se ressemblent pas (du moins pas pour ça).
Sauf pour les rituels : comme dans le premier vol, je ne me lève que quand je vois la passerelle se rapprocher de la porte de l’avion.

Tout le monde ou presque est déjà debout, sacs à la main.

Je sors dans les derniers avec le « bye bye ! Tot ziens » des hôtesses de service.


15h10,
je réussis à capter le wifi de l’aéroport.
J’envoie un message à Cheng Wei : « landed »
Et dire que deux ans moins un jour plus tôt, les françaises arrivaient par ce même vol ...
Je passe aux toilettes, puis m’installe sur un des bancs des couloirs pour tenter d’ouvrir mon téléphone.
Il faut que j’y insère la carte SIM taïwanaise.
Hélas, je n’ai pas pensé au trombone et je n'ai pas d'épingle.
J'essaie avec la pointe d'un stylo, impossible.
Tant pis, le téléphone restera fermé.

Heureusement que je vais pouvoir me servir du wifi.
En plus, il y en a beaucoup plus ici.

Je passe le contrôle sanitaire.

Les jeunes filles masquées vérifient de manière aléatoire la température sur le front des passagers.

Pas pour moi cette fois.


Le duty free, l’escalator ....

ça y est nous arrivons à la salle de contrôle des passeports.

Le panneau lumineux annonce vingt minutes d’attente.

J’ai le temps de remplir ma carte d’immigration.

Je me pose sur un comptoir vide où un stylo et des cartes sont disponibles,
nom, prénom, date de naissance, nationalité,
adresse française, adresse taïwanaise
cette fois-ci pas besoin de la chercher,
je la connais par coeur :
311, Zhongshan Road, 10F.

Je me mets dans la file d’attente en colimaçon.
Cette fois-ci, la tendance s’est totalement inversée.

Les « asian faces » sont en nombre.

L’Asie vient à moi
et je suis l’étranger.



En fait, le temps d’attente est bien plus court qu’annoncé.

Il faut dire qu’entre temps ils ont ouvert une dizaine de guichets.

Du coup, il y en a un vingtaine de disponibles.

Sept pour les étrangers, sept pour les citoyens taïwanais,
et quelques guichets automatiques.

Je ne sais pas trop ce que c’est.
Peut-être que je pourrais passer avec mon passeport biométrique.

Il faudrait que j’essaye.

En même temps, j’aime bien ce contrôle-là.
Contrairement à l’Europe, même si les agents sont sérieux, ils ont toujours une petite phrase qui me procure un des premiers plaisirs du pays.

Je me souviens d’avoir discuté de mon métier avec un bonhomme avant qu’il ne tamponne mon passeport.

Une autre fois, on avait parlé du comportement de la jeunesse taïwanaise.

En février, la jeune fille s’était étonné du nombre de tampons taïwanais dans mon passeport.
Cette fois-ci, c’est plus sobre, mais j’ai quand même droit à un « welcome in Taiwan » qui fait chaud au coeur.
Je ne comprendrai jamais ce qui empêche les agents de la police de l’air et des frontières de certains pays d’être quand même accueillants.
Ça ne les rend pas moins efficaces il me semble.


Bref, le passage est donc plutôt rapide,
et j’ai aussi peu d’attente aussi aux bagages.

J’espère que ça sera pareil pour Anaïs et William dans un mois.



15h40,
je passe les portes automatiques du hall « arrivées » de l’aérogare.
Je tourne à gauche et vais dans la zone fumeur.

La chaleur est lourde.

Ambiance cocotte minute.

Comme d’habitude.

Qu’est-ce que j’aime ça !
Je capte encore le wifi de l’aéroport ce qui me permet de prévenir mes amis des deux côtés du monde que je suis là,
à nouveau.

Je bourre une pipe,
regarde le soleil blanc,
il va falloir que je réfléchisse un peu à la suite du voyage.

En même temps, je sais exactement ce que je vais faire
donc pour l’instant :

décrocher,

se poser,

apprécier son tabac blond.




Taiwan.

Me voilà.

Pour là dix-septième fois.





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