06/09/18 - Taiwan été 2018 - la création - Jour 12 - Les textes en mandarin et un nouveau night market


Çong Yen connaît presque tout
la fatigue est toujours là,
les surprises des textes en mandarin
et une visite dans un autre night market








Jeudi 6 septembre, 6h40


Le réveil semble moins lourd qu’hier mais on est loin d’être comme le bonhomme de Mérinos.

Vous vous souvenez ?

Peut-être pas si vous êtes un peu jeunes.
Mérinos est une marque de matelas.

Et il fut un temps où leur publicité était un bonhomme ultra dynamique qui dansait et faisait des acrobaties sur la mélodie de « Make them laugh », une chanson que l’on trouve dans la comédie musicale « Dansons sous la pluie »
(je vous met le lien vers la vidéo ici tiens ...)
Sur l’échelle Mérinos, si je suis à 2, c’est que je suis optimiste.


Pour modifier cet état général, j’ai allumé la radio.
Enfin pour être plus précis, j’ai lancé l’application France Inter sur la tablette en espérant que l’équipe de « Par Jupiter » me transmette un peu de leur pêche.
C’était peine perdue.

Ils parlaient trop vite, ils riaient trop fort, je n’arrivais même pas à comprendre de quoi ils parlaient.

J’ai éteint.

Après les rituels du matin amputés de leur ambiance sonore, je me suis quand-même mis au travail.

Pas le choix.
Aujourd’hui, on ne répète que l’après-midi mais il y a tant d’autres choses sur lesquelles il faut avancer.


D’abord, ce que vous êtes en train de lire.

Comme je vous avais promis qu’il y aurait moins d’oublis dans mes notes que pour la version française, je m’astreins à écrire le plus de choses possibles.
Toujours au fond de mon lit, je consigne donc dans mon carnet, qui est d’ailleurs presque fini, les journées que vous avez lues ces jours-ci.
C’est bien agréable d’écrire que tout se passe tranquillement, qu’on est dans les temps, que les français apprécient de plus en plus ce nouveau pays et que l’équipe va dans la même direction.
Dès l’arrivée d’Anaïs, j’avais senti que ça n’aurait rien avoir avec 2016.
Ça se confirme.

Après avoir gobé un savant cocktails d’antalgiques et d’anti-inflammatoires pour mes genoux qui n’ont décidément pas envie de me laisser un quelconque répit, je quitte enfin mon lit pour rejoindre le bureau.
Objectif de la matinée : faire un point sur ce qui sera projeté pendant le spectacle.

J’espère ne rien oublier dans ce qui doit être changé.

Le prologue me semble jouable, il faudra juste croiser les doigts, comme avec Mike, pour que la photo des cœurs dessinés à la craie, prise à Cijin dans le tunnel qui relie la grande plage à la digue, tombe au moment où Çong Yen parle des amoureux.
Cela dit, si ça se passe mal les jours J, j’aurais le confort de ne pas le comprendre vu que je vais m’empresser d’oublier les mots de mandarin correspondant à ce moment.

Les autres films devraient fonctionner aussi.

Il ne me reste que « les couchers de soleil » à refaire.
Je n’ai pas assez de repères sur le texte dit par Çong Yen que j'ai enregistré à la dernière répétition mardi, pour pouvoir faire un travail précis sur les moments où apparaissent les vidéos et les photos.
Mais je peux quand-même commencer le redécoupage.

Je calerais proprement les durées après la séance de travail de cet après-midi.

La matinée est ponctuée par une demi-heure de pluie.

Ce genre d’averse inutile dont le sol à peine trempé aura oublié le passage avant que je ne sorte sous la chaleur tropicale.

Si au moins cela avait un peu dégagé le ciel.

Rien, il reste imperturbablement blanc.


Cheng Wei m’a demandé de lui envoyer les musiques pour l’équipe technique.
Je ne vois pas trop à quoi cela peut servir puisque tout passe par les vidéos ...
Il est fatigué, moi aussi, cela me prend moins d’énergie de faire un transfert sur sa boite mail que de lui faire comprendre qu’ils n’en auront pas besoin.
Je transmets donc les fichiers son à mon ami, et puisque je suis dans les envois, je fais parvenir à Çong Yen, un déroulé du spectacle en entier.

Jusqu’ici, pendant les répétitions, j’ai annoncé chaque partie avant qu'on ne les danse.
Comme le garçon est vif, il a su chaque fois s’y retrouver.

Ça serait bien que je n’ai plus rien à dire et qu’il ait une vision globale de toute l’histoire.

Toutes ces activités m’amènent à l’heure de la préparation de mes affaires pour la journée, et même un tout petit après le top départ habituel.
Je cours (mollement et douloureusement) à la douche avec dix bonnes minutes de retard.
Vu l’état de mon corps, je préviens Anaïs qu’elle aura peut-être à faire le chemin toute seule si je suis vraiment trop à la bourre.
Je suis moins inquiet, maintenant je sais qu’elle peut aller au studio toute seule.

En route.
Aujourd’hui, je prends le métro à la gare.

Je veux voir la nouvelle station qui vient d’être inaugurée.

Je pars donc vers la gauche dans l’alcôve et me dirige vers le carrefour où nous avions bien ri l’autre jour.
De là, je suis les flèches pour trouver la nouvelle entrée.

En fait, c’est bien plus loin qu’avant.

Je vais être encore plus en retard que prévu.

J’ai bien fait de prévenir ma collègue.
Je lui confirme qu'elle doit partir toute seule.

12h38,
j’arrive à peine à Formosa.

12h55,
je sors de la station Fongshan.


Avec mon rythme de marche fortement tempéré par les douleurs, j’arrive au studio un peu après 13h.
(pas si en retard que ça finalement, mais un peu quand même ... on est censés avoir commencé il y a quelques minutes )
Wan Chu, Anaïs et Çong Yen sont là mais la grille est fermée.

Bizarre.

Je pensais que Cheng Wei travaillait avec les danseurs de Hong-Kong en même temps que nous dans l’autre studio.
En attendant son arrivée, on discute un peu.

Jim a eu une nouvelle idée.

Pourquoi ne pas aller au night market de Rueifong près de Kaohsiung Arena ce soir ?

Bonne idée.

On attend Cheng Wei pour voir s’il vient avec nous.

En fonction de sa décision, on choisira le lieu et l’heure de rendez-vous.


Justement notre ami fatigué appelle Wan Chu.
Il a annulé sa répétition car il a les deux chevilles et un genou en vrac.

Pas terrible.

Bon, ça ne change rien pour notre après-midi de travail puisqu’il ne devait pas répéter nous mais ça n’augure rien de bon pour la semaine qui vient.

J’espère qu’il prendra un peu le temps de se reposer d’ici là.

La clé est sur le compteur électrique.
Nous ouvrons le rideau et montons au premier étage.

Pendant que tout le monde se prépare, Wan Chu m’avoue qu’elle n’est pas encore bien remise de sa douleur au dos.

Du coin de l’œil, je vois Anaïs qui masse discrètement ses jambes contractées.

Avec mes genoux et mon dos, on ne peut pas dire que nous soyons au maximum de nos potentiels.

Quoiqu’il en soit, il faut avancer.


Çong Yen est toujours aussi étonnant pendant la barre.

Si ça l’intéresse, ça vaudrait vraiment le coup qu’ils prennent des cours sérieusement.

Avant d’attaquer le filage, je lui demande s’il a reçu mon mail avec le déroulement.

Il me le montre sur son portable.

On regarde ensemble le déroulement des choses.

Il pointe le mot « prologue » de son index.
Il ne comprend pas le mot et ne voit pas à quoi cela correspond :

« Ne t’inquiète pas, c’est quelque chose que je ne t’ai pas encore montré, on le fera quand il y aura tout le monde »

Le voilà rassuré.

On passe à la suite.

Chaque fois que je m’apprête à lui dire quelle est la partie suivante, il le dit à ma place.

J’éclate de rire, il sait déjà tout :
« I’m useless ! »
Un peu gêné, il rit aussi.

Le filage se passe avec une étonnante fluidité à peine perturbé par une averse (cette fois-ci une vraie) qu’Anaïs entend pour la première fois.

Ce genre d’averses, où, au maximum de leur puissance, on a du mal à entendre la musique.

Un bel exercice de concentration et d’écoute.
À part ça, rien de bien nouveau ou d’inquiétant.

Une fois de plus, avec les corps fatigués, il y a des surprises ça et là mais tout le monde sait où et pourquoi ça n’a pas marché.

On traverse donc tranquillement la création assistant aux interventions du jeune acteur, ponctuant de texte toutes les danses revues ces derniers jours.

Nous en profitons pour reconnaître les repères en mandarin.
Wan Chu découvre la scène du bureau de tabac dans sa langue maternelle, et bien-sûr aussi les couchers de soleil où nous autres français, nous nous familiarisons aux nouveaux sons auxquels il va falloir réagir.
Je suis bien content qu'on en soit à ce niveau-là même avec la fatigue.
Si Cheng Wei avait été là, nous aurions presque pu faire le spectacle tout du long.

Après le filage, je prends un temps pour ce fameux texte des couchers de soleil car je le trouve long.

Plus long qu’en France.

Anaïs est d’accord avec moi.

Comme ça avait déjà été la pierre d’achoppement là-bas, je ne voudrais pas qu’on alourdisse le problème.

Je fais un test à partir de la version française,
en fait, il est plus court.

Çong Yen finit bien avant Mike.

La longueur ressentie vient de tout autre chose.

C’est juste ... comme il est en mandarin, on ne le comprend pas.
Le fait que ça ne soit pour nous, qu'une suite de sons certes jolies mais totalement vides de sens, nous rend la chose indigeste.

Alors que justement, Wan Chu, était tout sourire pendant que Çong Yen racontait mon histoire.
Je réalise alors, ce que les taïwanais ont vécu en France.

Cette séquence qui était donc encore plus longue, a dû leur paraître interminable.

Et dire qu’ils ne m’ont rien dit.

Ils sont fabuleux.

Le temps de se parler des erreurs dans les danses, de bien confirmer que tout le monde était conscient de tout et de se promettre qu’on ne les ferait plus (du moins en principe), il est déjà presque 17h.


Nous nous en sommes rendus compte par l’apparition d’une série de petites filles de 6 ans tout au plus, prêtes à en découdre avec leur professeur.

La vision de ce bonhomme beaucoup trop bronzé avec une coupe de cheveux bizarre, accompagné d’une jeune fille aux cheveux rouges parlant une langue encore plus singulière que l’anglais qu’elles ont parfois entendu, restera j’en suis sûr à jamais gravé dans les mémoires de ces ballerines en herbe.

Le temps que nous rangions nos affaires et que nous soyons prêts à quitter le studio, tout ce petit monde était déjà en action.

Et ici, à cet âge, le cours commence les fesses contre le mur avec les jambes ouvertes en écart.
Anaïs n’en revient pas.
À cet âge, c’est quelque chose qui est totalement interdit en France.

La pluie n’a pas cessé quand nous quittons le studio.

Ce sera le premier retour par ce temps pour mon amie française.

Et oui, Taïwan c’est aussi ça ...


Avant de quitter Wan Chu, on se pose à nouveau la question du night market.

Avec la pluie, est-ce bien raisonnable ?

On décide ... de rien.

Peut-être que ça va s’arrêter dans l’heure qui vient et nous aurons quelque chose de beau à faire après la pluie.

Sinon, chacun restera chez soi.

On se contacte vers 19h30.

Nous rentrons donc sous une pluie battante ... mais tropicale.

J’aurais bien aimé trouver quelques phrases poétiques pour vous décrire le contraste entre la douceur des gouttes et la puissance de leur son quand elles martèlent les parapluies, les toits, le sol,
ou alors quelque chose sur les cheveux rouges d’Anaïs dépassant du parapluie
mais là, (même à la relecture et à la publication), rien ne vient vraiment.
Je vous laisse à votre imagination avec ces deux pauvres petites phrases.

Disons qu’Anaïs marche pour la première fois sous une pluie tropicale.

Un autre baptême pour elle sur cette l’île.
Et c’est très joli.



18h30,
je suis à nouveau sur mon lit après avoir laissé ma collègue et amie à la correspondance entre les deux lignes de métro.

J’ai repris le même trajet que ce matin en allant sous-terre jusqu’à la gare.

Si le chemin depuis Formosa est plus court et cette pluie assez magique, on n’est quand-même bien content d’être au sec pour en parler.

D’autant que contrairement à Zhongshan road qui n’a des alcôves sur la partie la plus proche de la gare, le nouveau parcours qui va de Kaohsiung Main Station à mon appartement est quasiment à couvert tout du long.

C’est bien plus confortable.

Pour éviter de m’endormir, j’avance sur les créations musicales de mes cours de la saison à venir, en l’occurrence l’exercice des dégagés.
(pour les non danseurs, un truc que l'on fait principalement avec les pieds)




19h30,
la pluie semble se calmer.
Comme prévu, je vais sur Messenger pour convenir avec les filles de la suite de la soirée.
Wan Chu et moi laissons Anaïs décider.
Notre perversité est tout de même particulièrement remarquable.
Car déjà, mettre « Anaïs » et « décider » dans une même phrase, c’est à minima un synonyme de ... complexité.
Mais là avec cette fin de pluie qui ne nous facilitait pas la décision, pour elle, c'était particulièrement délicat.
Nous attendons donc le verdict tout en nous moquant gentiment d’elle (mais en nous moquant quand-même).
La réponse arrive enfin.

Trois mots :
« yes, we go »

J’ai eu peur un moment que la pluie se remette à tomber de plus belle.

Une réponse,
avec des mots (parce qu’en général, si la réponse ne comporte aucun caractère d’importance, on a plutôt droit à des émoticones),
et en anglais !
Vous n’imaginez pas le degré d’exceptionnalité de la situation 
(exceptionnalité : néologisme certain que la réponse d’Anaïs mérite bien)

Comment ça j’exagère ?

Je suis marseillais (enfin ... quand ça m’arrange), ne l’oubliez jamais.

Évidemment, on rit de cette prise de décision et l’on se donne rendez-vous à 20h à la sortie 1 du métro Kaohsiung Arena.
Agitation.

Il faudrait voir à ne pas faire attendre mes amis.

Je m’habille correctement, prépare juste le sac marron, et repars dans la même direction que ce matin (je la connais déjà par cœur cette nouvelle station).


Ligne rouge, mais direction nord.

Ça change.
Les rames sont bondées.

Grâce au wifi du métro, je reste en contact avec mes amis.

Cela permet de savoir qui est où.

À ce que me dit Wan Chu ... elle et Jim sont dans le même métro que moi.
On se retrouve sur le quai pour arriver ensemble à la surface.

Où étaient Anaïs et William ?
Maintenant que je vous l'écris, j’ai ma petite idée … mais je ne l’ai pas noté dans mon carnet.
Alors je vais m'abstenir de vous dire le fond de ma pensée.

(c'est que vous voyez, ils lisent les articles, alors je ne peux plus écrire n’importe quoi ...

avant, je vous aurais dit sans aucun scrupule, qu’ils étaient en retard ...

parce qu’il me semble qu’ils l’étaient, et qu'ils le sont souvent quand il ne s'agit pas de boulot,
mais si ça n’était pas le cas, je cours droit vers l’incident diplomatique,
fin de la digression)



Il y a un peu moins de monde que d’habitude au night market.

Certaines échoppes sont closes à cause du temps incertain.

Mais on trouve quand même des choses à découvrir, à boire, à manger, à jouer.

Notre dîner sera constitué de poulet frit arrosé de jus des fruits, avec en dessert des boules de glaces dans une crêpe et aussi du guava enrobé dans du sucre roux.





Bien-sûr, mes amis ont eu droit au fameux « stinky tofu » , cette chose que l’on sent hélas bien avant de la voir ...

Pour cette fois, j’ai passé mon tour.

Je n’aime que certains tofus, et pour celui-là, j’ai déjà été baptisé.

Nous nous sommes aussi pas mal amusés de certains accessoires de modes, de vêtements aux couleurs improbables, de perruques (il y en a beaucoup plus ici qu'en France, même sur les marchés !), et autres chapeaux bigarrés.

William a quand-même réussi à trouver une casquette à son goût mais hélas, il n’y avait pas la taille de son crâne chevelu, au désespoir de la vendeuse qui tenait absolument à le persuader du contraire.
Côté jeux remarquables, il y avait des flippers en bois.

Rudimentaires mais tout aussi efficaces pour s’amuser un peu.
Et puis bien-sûr, au chapitre du remarquable, je me dois de mentionner ces salons de massage express avec ses hôtesses qui haranguent les passants, principalement là pour manger, acheter et jouer.



Nous avons tenté de continuer le shopping dans le centre commercial de Kaohsiung Arena.
La majorité des gens marchant à contre courant du nôtre aurait dû nous alerter mais tout à nos blagues, nos rires, notre plaisir à être ensemble, nous ne sommes rendus compte de rien.
Tout était en train de fermer quand nous sommes arrivés.
C’est qu’il était déjà 22h.

(vous me direz, faire son shopping après 20h franchement ... mais je vous rappelle qu’ici c’est tout à fait possible)

Alors nous avons rebroussé chemin et sommes rentrés tous ensemble en métro.

Je me suis souvenu de ce soir où sur ce même trajet entre ce centre commercial et la gare, Jim avait invité Élise et Marie à boire un verre.
C’est le soir de mon anniversaire.

Elles avaient décliné l’invitation parce qu’elles étaient trop fatiguées.

Elles n’auront jamais eu l’occasion d’aller chez Wan Chu et Jim.
 ...

Je descends le premier.

À la gare centrale.

Le temps d’une bière et d’un passage rapide sur Messenger pour discuter avec les amis français et j’ai disparu dans les bras de Morphée.

Bien avant minuit.

Une journée bien remplie, avec de nouvelles découvertes pour mes deux amis.








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