05/09/18 - Taiwan été 2018 - la création - Jour 11 - La fatigue s'installe
la fatigue est dans tous les corps,
une délicieuse salade
et coucher de soleil raté
Je crois que je vais faire le deuil de mon « France Inter, il est minuit » car les réveils aussi tôt semblent de moins en moins faciles.
Quand j’ouvre les yeux, mon corps me dit clairement :
« si tu crois que tu vas te réveiller genre beau au bois dormant sans le baiser et démarrer ta journée de façon fraîche et guillerette comme dans un dessin animé de Disney, et bien mon gars, tu oublies sur le champ »
Je ne suis plus dans le pâté, je suis bien au delà.
Il va pourtant falloir agir ... et être efficace.
On n’est pas en retard pour le moment et il faudrait voir à ce que ça n’arrive pas.
Et je ne veux pas supprimer le peu de journées off qui restent dans le planning avant que nous rentrions au théâtre.
Conclusion : c’est maintenant ou jamais.
Voilà donc ce que je me dis constatant mon état,
tout en me maintenant consciencieusement dans une position allongée qui n’aide à aucun démarrage.
Je me lamente, je me traîne ... mais je n’ai plus sommeil.
Plus de réelle raison de rester couché.
Assez pleuré, on s’y met.
Un bon thé m’aurait fait du bien ... et bien je n’en ai plus.
J’utilise le café instantané que Cheng Wei avait laissé à mon attention quelque part dans l’appartement et qui, finalement, s'avère utile.
Il faudra que je lui dise qu’il n’y en a plus.
Cela dit, ce serait une belle façon de me rappeler à son bon souvenir si, réintégrant cet appartement, il se rendait compte que j’avais fini le dernier sachet de ce café, un matin où il voudrait boire quelque chose, mais je préfère qu’il ait de meilleurs souvenirs.
En plus, ça n’est pas près d’arriver de si tôt, il ne mange rien le matin.
Le risque serait alors que Yung Hua ait besoin de café, et … non … je ne peux pas lui faire ça.
Donc café instantané et biscuits.
Un petit déjeuner comme je ne les apprécie guère et que j’évacue le plus rapidement possible.
8h,
je suis au bureau.
Puisque j’ai une heure devant moi (et oui ... avec tout ça je suis en avance), j’en profite pour relire et mettre en forme un ou deux articles du blog.
Je les publierai dans les prochains jours dès que j’en aurai le temps.
Tout ça nous amène aux alentours de 9h.
Un bon moment pour préparer les affaires vu qu’on est de matin aujourd’hui.
Et oui, ce sont les hong-kongais qui peuvent dormir (c’est toujours aussi moche ce nom).
9h20,
je suis dans l’ascenseur avec les nouvelles chaussures achetées la veille au night market.
Elles sont très confortables ma foi.
Elles le sont tellement que je décide d’aller jusqu’à Formosa à pied.
Depuis que j’ai calculé que c’était moins fatiguant de faire ce chemin en marchant que de passer par la gare, je le trouve beaucoup plus court.
Mon corps ne me donne pas pour autant de meilleures nouvelles.
La fatigue s’intensifie et le genou droit se rappelle à mon bon souvenir.
On a répété « rentrer » hier ... c’est là que tout a commencé en France … et bien c’est reparti de plus belle.
Mais il fait bon, je suis content d’être là, de travailler avec ces gens-là, sur ce projet-là.
Un petit bonheur dans ma vie ... d’homme bien épuisé quand-même.
Je suis le premier sur le quai de la ligne orange.
Il faut dire que pour une fois je suis à l’heure et Anaïs s’est habituée à mes retards (ici aussi ..).
Quand elle arrive, j'essaie de sonder son état de fatigue
mais comme tous les matins, elle est fraîche, souriante, élégante
et à côté d’elle, j’ai la sensation d’être un pruneau d’accompagnement malencontreusement perdu dans un mets délicat.
Cela dit, ça n'est pas facile de déceler quoique je sois à ce sujet chez elle.
À part dans le mouvement.
Je verrai donc tout à l’heure et pour le moment, je me livre à mon activité habituelle :
chercher comment la faire rire (autrement qu’avec les mauvais jeux de mots que je produis automatiquement, et qu’elle connaît par cœur).
Ce matin, ça me prend un peu de temps et puis je trouve la nouveauté.
Le cantonnais !
Le fameux chiffre 5 qui se dit « mmm »
On reparle de la seule chose que j’ai réellement retenue du cours d’avant-hier.
« mmm »
Et dire que presqu'à chaque fois que je mange, je dis cinq en mandarin ...
Je commence donc par « 5 ! que ce plat est bon » et j’enchaîne avec d’autres situations où, ce son apparaissant, des quiproquos seraient générés si quelqu'un parlant le cantonnais pensait que je m'adressais à lui dans sa langue.
Parfait sujet de divaguerie drolatique dans le métro.
(oui je sais, « divaguerie » n’existe pas en français, tous les dictionnaires des appareils où j’ai tapé ce mot me l’ont déjà dit, mais je trouve ce mot très joli)
Mon objectif est atteint : elle rit.
(et je vous interdis de penser qu’avec Anaïs ça n’était pas vraiment bien compliqué)
À Fongshan, on s’achète à boire chez la dame que Cheng Wei et moi avions présentée à Anaïs et William quand ils avaient arpenté cette rue pour la première fois.
Anaïs n’en a évidemment pas besoin, elle ne se sépare jamais de sa bouteille d’eau, mais, vous qui commencez à me connaître, vous savez que je suis plutôt du genre chameau, alors penser à amener une bouteille ...
Ici ça m’arrive parfois … parce qu’il faut chaud.
Mais pas tout le temps ...
Bref, on achète à boire.
Anaïs demande son « limon lu cha » avec cet aplomb qui m’agace tellement, moi qui ai mis cinq ans à me souvenir comment on disait ce fameux thé vert au citron dans la langue locale.
Quand vient mon tour, la vendeuse me dit quelque chose.
Je crois comprendre qu’elle se souvient de ce que j’ai pris la dernière fois.
C’est parfait, je suis trop fatigué pour choisir.
Notre commande arrive, je goute, elle m’a concocté autre chose.
Ça ira quand même.
Wan Chu est déjà là quand on arrive au studio.
Elle nous annonce que comme lundi, Cheng Wei sera à nouveau en retard.
Il vient de l'appeler et lui a expliqué qu'il s’était réveillé à 9h15.
En l’attendant la taïwanaise propose à Anaïs de quoi s'occuper samedi prochain, puisque c'est un jour off pour elle :
« You could go to Liu Qiu ! Jim will bring you there »
Liu Qiu, c’est cette petite île magnifique où j’étais allé avec Cheng Wei après l’aventure « In Wei » et où nous étions retournés l'été dernier.
C'est un joli petit voyage, juste à quelques heures de Kaohsiung, vers un endroit merveilleux dont on fait le tour en une journée avec un scooter et où il n’y a pas grand chose à faire, à part regarder la mer, se promener dans les grottes, faire de la plongée et manger de la viande et du poisson grillés.
Je vous en avais parlé ici et ici.
Riche idée que cette excursion.
Dommage que j’ai des cours dans l’après-midi ce jour-là, sinon j’y serais bien retourné.
Jim est décidément de très bon conseil.
10h30,
Cheng Wei arrive, encore plus fatigué que moi.
C’est qu’ils ont fini tard hier soir.
Avec Wan Chu qui a encore un dos fragile, je sens que cette répétition ne sera pas des plus productives.
Il faut pourtant que l’on s'attaque enfin l’épilogue.
On verra ça tout à l’heure.
Pour l’instant, la barre.
Je ferais bien l’impasse sur deux ou trois choses...
Mais je ne veux pas emmener l’équipe dans cette direction.
On commence donc comme si de rien n’était.
De toute façon, le premier exercice est incontournable.
Comme je déteste celui qui suit, je demande à mes amis s’il est nécessaire.
Wan Chu me dit que oui.
Tant pis ... On enchaîne.
Pour le suivant, c’est à Anaïs que je demande de faire un choix et hélas elle tient à faire ces satanées spirales (remarquez ! elles mettent bien le corps en ébullition .. je la comprends)
Comme j’aime bien les étirements au sol, on a finalement fait notre barre habituelle à l’insu de mon plein gré.
Et c’est une bonne chose finalement.
J’aime bien quand l’équipe me pousse à ne pas baisser les bras.
Après une pause hydratation (ah ben maintenant qu’on a tout ce qui faut ...), on attaque le filage.
Si tout va bien, on devrait pouvoir aller jusqu’à la danse de fin.
La seule que nous ayons pas encore revue.
Je lance la première musique et ... on laisse couler.
Finalement, ça se passe tranquillement.
Quelques petits dérapages de temps en temps mais rien qui puisse inquiéter le répétiteur ou le chorégraphe.
D'autant que nous en sommes pleinement conscients.
Une chose nouvelle cependant :
dans les danses où l'on ne s'appuie pas sur la musique, Anaïs a tendance à accélérer.
Cette manière d'être anormalement dynamique est le signe chez elle que la fatigue arrive aussi.
Comme je vous le disais, son corps parle pour elle.
On en est bien tous au même point.
Aujourd'hui, Cheng Wei a donc fait son solo.
Il n’a pas eu le choix.
Lundi, je l’avais prévenu que quoiqu’il arrive, il le ferait aujourd’hui.
Il l’a donc obtempéré.
Et d’ailleurs avec la fatigue, c’était presque mieux.
Il y a plus de douceur dans sa gestuelle quand il est dans cet état.
Ça marche plutôt bien dans ce que je lui demande de faire.
Comme par exemple dans le duo au parapluie qui aujourd’hui était particulièrement réussi
(quoiqu’une fois de plus ... sans parapluie).
13h10,
après quelques questionnements, un troupeau de rectifications, et un petit temps de travail sur le trio de Cijin
(puisque je n’avais pas eu le temps de finir le nettoyage l’autre jour et que nous avions fait semblant d’oublier la chose jusque là dans les autres filages),
je décide que nous avons assez travaillé, et même bien travaillé.
Pas d'épilogue non plus aujourd'hui, mais ça va, on a encore du temps.
Nous laissons le pauvre Cheng Wei commencer sa journée de chorégraphe avec les cantonnais (mmm), Wan Chu vaque à ses occupations et nous regagnons tranquillement le métro.
Anaïs va rejoindre William, je vais m’acheter de quoi déjeuner.
J’ai envie d’une salade bien fraîche (et beaucoup trop chère pour ici) de chez Pasadena.
Pour ça, il faut que je descende à la station « Cultural Center ».
On se sépare donc à cette station.
Je propose un dîner ce soir à Yangchebu.
On se recontacte en fin de journée pour préciser à quelle heure et à quel endroit on se retrouve.
Horreur, il n’y a plus de rouleaux de printemps chez Pasadena.
Je suis très déçu.
Heureusement, il y a cette délicieuse salade d’asperges et de crevettes avec sa vinaigrette à l’orange.
Cela me donne l’impression de prendre mon déjeuner chez un traiteur chic parisien.
Je profite de l’occasion pour acheter des brioches,
(car Pasadena c'est aussi une boulangerie, c’est l’endroit où j’avais trouvé de vraies baguettes,
je crois que j’ai mis la photo ici)
et je rentre à la maison avec le classique 248 qui a l’élégance de s’arrêter devant cette boulangerie pâtisserie traiteur et de me déposer devant chez moi.
Qu’est-ce que j’aime cette ligne !
Je m’achète un smoothie aux fruits du dragon (la saison des mangues est terminée) et je rejoins mon neuvième étage savourer toutes ces choses.
Il fait beau.
J’irai bien du côté de Sizhiwan en fin de journée.
Cela me permettra d’être prêt pour le dîner à Yangchebu, c’est à une station de métro.
D’abord une petite sieste.
D’une heure.
Tout au plus.
17h45,
je me réveille et le ciel est déjà bien orangé.
J’ai dormi trois heures.
Trop tard pour la balade.
Mon corps me fait comprendre que de toute façon cela n’aurait pas été raisonnable.
Et que peut-être que le dîner ne l’est pas vraiment non plus.
J’envoie un message à Anaïs pour annuler.
Je culpabilise un peu de les laisser tomber mais là, il faut que j’entende ce que mon corps me dit.
Mais bon vous me connaissez, bien qu’ils n’aient pas besoin de moi pour passer une bonne soirée, je m’inquiète un peu.
Donc je leur demande s’ils savent ce qu’ils vont faire malgré mon annulation un peu tardive :
« on pensait aller au night market à côté »
Voilà.
C’est bien ce que je disais, je ne sers plus à rien.
Et c’est très bien comme ça.
La soirée est calme.
J'alterne travail et détente en passant d’un écran à l’autre.
Un peu devant la télé (devant un film de super héros américain où la version originale en anglais ne me gêne pas plus que le sous-titrage en mandarin)
et beaucoup devant l’ordinateur.
Il y a les projections des vidéos à peaufiner, les photos du temple d’avant-hier et quelques vidéos à télécharger, des articles du blog préparés ce matin à mettre en ligne,
ce spectacle à promouvoir ...
Tout un tas de choses.
Je m’endors avant minuit avec la douleur au genou qui a décidé de persister.
Demain, on passe aux anti-inflammatoires.

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