07/09/18 - 2 - Taiwan été 2018 - la création - Jour 13 (2) - 281 et restaurant japonais
connexions récalcitrantes,
espérer mieux pour la suite,
un dîner entre amis pour se changer les idées
Nous nous garons au parking réservé aux deux roues du parc de Weiwuying.
Nous passons d’abord par les bureaux des services culturels installés en face du théâtre.
J'y rencontre pour la première fois l’équipe administrative.
(quand nous avions joué « In Wei » je n’avais eu ni l’occasion ni le temps de passer par les bureaux).
Ha Bao fait son boulot d’administrateur communicant : introduction officielle et discussion courtoise,
puis il rentre dans le vif du jet, la raison de notre passage.
Une responsable se lève et nous allons tous les trois dans l’espace 281.
Que c’est étonnant cet espace totalement vide.
Il ne reste que deux pendrillons tout au fond.
Des vestiges probables d'un spectacle passé.
J'ai toujours vu l'endroit avec un minimum d’aménagements comme ces grands blocs noirs qui structurent l’espace.
Là, il n’y a rien.
Du vide et de la lumière crue.
C’est tellement difficile d’imaginer que dans une semaine il y aura des gradins, des chaises, des tapis de sol, des rideaux, des éclairages, des câbles partout et … nous.
C’est là que l’on s’en rend compte de l’importance de l’équipe technique.
Comment elle transforme un espace nu en un lieu identifiable comme propice à accueillir un public et un spectacle.
Cela me rappelle notre première vision de la maison du peuple à Gardanne et notre émerveillement après le passage de Fred le magicien.
Quel bel espace, que ce 281 !
Dommage qu'ils aient décidé de le fermer dans quelques mois.
Il y aurait bien d’autres projets à imaginer dans ce lieu.
Il me revient à l’esprit cette idée d’une double scène avec le public au centre.
Permettant de faire deux chorégraphies sur la même musique simultanément.
Ça marcherait bien ici.
J’arriverai peut-être à le créer un jour … ailleurs.
Pendant que je rêvasse, Ha Bao et la jeune femme ont récupéré le vidéo-projecteur.
Ils s’affairent.
Trouver les bons câbles, les bonnes télécommandes, les connexions pour le son.
Je ne peux pas trop les aider et je ne comprends pas un mot de leur discussion mais je sens que ça n’est pas si simple.
Il y a quelques allers retours au local technique, diverses tentatives de rencontres entre l’ordinateur et le vidéo-projecteur mais hélas rien n’a l’air de fonctionner.
On a dans le meilleur des cas, un écran désespérément blanc.
J’essaie de ne pas trop m’inquiéter.
Je les laisse faire.
Ça discute, ça va prendre conseil, ça téléphone ...
Ça essaie à nouveau, ça change de branchements, de type de films …
Et puis Ha Bao vient me voir.
La sentence tombe.
Rien ne marche.
J’essaie de cacher ma déception.
Je les remercie d’avoir essayé.
Je leur dis que l’on verra avec Beï Ji, le créateur lumière qui est aussi un magicien en matière de régie (un Fred asiatique quoi),
mais à l’intérieur je flippe.
Qu’est-ce qu’on fait si ça ne marche pas ?
Que devient l’introduction ? la traversée en scooter ? les couchers de soleil ? l’épilogue ?
Ne pas s’affoler, ne rien prévoir pour le moment.
Beï Ji va nous sauver.
Il le faut.
Il n’a pas le choix.
Ha Bao me ramène chez moi.
(je lui ai bien-sûr proposé de me laisser au métro qui est juste là, à quelques centaines de mètres ... mais non, il a insisté)
Alors que nous traversons la ville, je rumine.
J’aurais dû écouter Cheng Wei et ne rien faire jusqu’à mardi, ça aurait été une inquiétude en moins.
Mais d’un autre côté, c’est quand même bien de savoir avant.
J’espère qu’ils préviendront Beï Ji.
Je vais lancer une nouvelle opération harcèlement pour qu’ils le fassent.
Je demande à Ha Bao de me déposer au Seven Eleven sur Zhongshan road.
Il faut que je fasse trois courses et ça lui évite une boucle et au moins trois feux (ce qui permet de faire une économie potentielle de cinq vraies minutes à ces carrefours du centre-ville)
Après m’être acheté de quoi déjeuner, je rejoins mon neuvième étage, je mange et je dors.
Il vaut mieux que je dorme, sinon je vais tourner en rond toute l’après-midi à chercher une solution que je n’ai pas.
Je ne peux faire qu’attendre et avoir confiance.
L’impuissance.
Une des plus inconfortables situations.
17h,
je suis réveillé par la pluie.
Décidément, rien n’est fait pour me montrer la partie remplie du verre.
Comme Anaïs était libre cet après-midi, je lui ai proposé d’aller voir le grand Bouddha de Fo Guan Shan avec William.
Ils n'ont pas besoin de moi pour ça, un bus direct les y emmène depuis la gare TGV.
C'est ce que nous avions fait avec les filles il y a deux ans.
Cheng Wei sait lequel il faut prendre.
S'ils lui demandent, il leur expliquera.
Cela dit, avec ce temps, je me demande s’ils ont pu y aller.
En tous cas, ce soir, on peut dîner au restaurant japonais que j’avais annulé l’autre soir.
Ça me changera les idées.
Je lance l’idée à mes amis et leur donne rendez-vous à 20h à la station Yanchengbu.
En attendant leur réponse, je me replonge dans les musiques des cours pour la rentrée qui est maintenant, vraiment, toute proche.
Dix jours.
Seulement.
Bien-sûr, comme je n’ai pas de nouvelles, je m’inquiète.
Même si je sais qu’ils n’ont du wifi que chez eux, dans le métro et dans certains lieux publics (ce qui n'est déjà pas si mal en fait ...), je ne me dis pas que s’ils ne répondent pas, c’est tout bêtement parce qu’ils n’ont pas encore lu le message.
Non, c’est forcément qu’il s’est passé quelque chose.
À moitié vide le verre … Toujours.
Malgré tout, je tente de rester concentré sur mon travail d’apprenti compositeur.
Bien évidemment, le message arrive.
Bien évidemment, ils sont d’accord.
Ces deux-là sont tellement faciles à vivre,
je ne me suis pas encore habitué.
J’avance le plus possible sur mes musiques et je pars ... en retard comme d’habitude.
19h55,
je quitte l’appartement.
Je guette désespérément un bus qui m’amènerait là-bas bien plus rapidement que le métro, mais ... rien.
Même pas un 248 magique.
Je marche aussi vite que mes genoux me l’autorisent jusqu’à Formosa,
je m’engouffre dans la station.
20h10,
je suis à Yanchengbu.
Les amoureux sont là.
Paisibles.
On remonte Wu Fu road.
Le resto est un peu plus loin sur la droite.
On pousse la porte en bois.
La salle est presque vide.
C’est qu’ils ferment à 21h.
On sera les derniers.
C’est d’ailleurs sûrement pour ça que les cartes arrivent encore plus rapidement que les autres fois.
Ce que j’ai aimé dans ce restaurant, la première fois où j’y suis venu,
c’est que sur les menus il y a des photos et que tout est aussi écrit en anglais, sans que l’on se sente trop dans un pièges à touristes, alors que l’on est dans le quartier rénové de Pier 2, un des endroits les plus visités de la ville.
C’est quand-même un peu plus cher que les petits restos où nous emmèneraient nos amis mais en dehors des menus bilingues tout est encore très « local ».
On s’installe autour d’une table en bois, assez proche de la cuisine,
et on commande sans trop traîner.
(si si ! Anaïs et William ont été d’une efficience remarquable)
La jeune femme aux cheveux rouges a pris un ramen.
Classique pour un restaurant japonais.
William et moi avons pris des maquereaux grande taille.
Non loin de nous, une famille finit son dîner.
Il y a une petite fille ... et je fais remarquer à Anaïs ... que l’on ne l’entend pas.
Ce qui nous fait penser à tous ces humains en devenir qui ont su agrémenter mes voyages et aussi, aux élèves de la classe d’éveil de ma collègue, qui ne semblent pas trop manquer ...
Alors que nos plats arrivent, on a une pensée pour ceux qui, en France, finissent leur première semaine de cours alors que nous, nous célébrons la première semaine taïwanaise de mes amis.
On savoure le luxe de notre vie taïwanaise, détachée de toutes les contingences de notre quotidien français.
De n’être que danseur parfois, on ne peut pas dire que ça soit désagréable.
Le stress est là bien-sûr, mais quand on voit Wan Chu partir en cours, on comprend tellement qu’elle n’ait pas vraiment d’entrain.
La taïwanaise vit notre vie d’il y a quelques mois :
la réorganisation des cours pour que tout le monde s’y retrouve,
un œil jeté régulièrement sur la montre pendant les répétitions pour ne pas être trop en retard,
la fatigue à gérer pour rester souriant et patient,
surtout quand ce sont des cours avec des enfants.
On compatit et on ne regrette pas.
Notre discussion nous amène tout naturellement à parler de notre amie taïwanaise.
Elle n’a pas encore réussi à avoir beaucoup de cours comme elle les aimerait.
Où elle pourrait enseigner ce qu’elle voudrait et à des classes de tous âges.
Pour l’instant, comme beaucoup de « jeunes » professeurs ici, elle a surtout des cours pour enfants et adolescents où elle doit transmettre ce que l'on appelle les « fondamentaux » de la danse.
Et à Taïwan, ça passe soit par la danse traditionnelle chinoise, qui n'est pas du tout sa tasse de thé, soit par la danse classique.
Alors c'est essentiellement pour enseigner cette discipline qu'elle est employée.
Elle qui est tellement précise, musicale et juste, en danseuse contemporaine .. .
Je lui souhaite de développer une pédagogie et un style qui lui soit plus personnel, très bientôt.
Puisqu’on en est à parler « enfance », je raconte à mes amis un des projets où je n’ai travaillé qu’avec des enfants.
Une chorégraphie avec 800 danseurs des écoles primaires et des collèges de Marseille.
39 classes,
des gamins de tous les milieux socio-économiques et de toutes origines.
La petite Lucie qui habitait dans un joli pavillon d’un quartier tranquille a côtoyé Paolo, fils d’ambassadeur et Oussama, fraîchement arrivé dans le pays au français plus que rudimentaire.
Une belle aventure où avec deux assistantes nous avons ratissé la ville pour apprendre des danses qui constituait un défilé de quinze minutes dansé en boucle dans les rues du centre.
Il y avait eu moult péripéties ...
Du directeur technique, qui aimait un peu trop une certaine boisson anisée, parfois bien avant l’heure où celle-ci est consommée, entraînant chez lui des prises de décisions hasardeuses,
à la créatrice de costumes qui est descendue en marche pendant l’aventure en raison de pétages de plomb réguliers et intempestifs,
en passant par les enfants asthmatiques, les allergiques, les enseignantes qui ne voulaient pas danser (alors que c’était le projet de base ...) et tout un tas d’autres anecdotes.
Une histoire assez riche en rebondissements - dont j’aurais pu faire un blog si j’écrivais déjà à l’époque - qui a largement occupé le temps pendant lequel cela s’affairait pour nous en cuisine.
Une fois vécue la bonne surprise des plats quand ils arrivent à notre table, on pense un peu à cette rentrée qui approche mais on en revient vite à nous, là, et maintenant.
Pour le Grand Bouddha, il était déjà tard quand ils étaient arrivés à la gare routière cet après-midi et ils n’étaient pas sûr d’avoir trouvé le bon bus.
Comme en plus, le temps était incertain, ils avaient préféré faire autre chose.
C’est un peu dommage mais je les comprends.
De toute manière, cela aurait été moins agréable sous la pluie.
Je me demande si on ne pourrait pas y aller lundi pendant que les techniciens transforment la boîte vide en salle magique.
Il faudra que j’en parle à Cheng Wei.
Ce serait une belle manière de commencer cette semaine qui s’annonce chargée.
À partir de mardi, cela va être moins agréable pour William.
Ses balades seront encore plus solitaires que depuis leur arrivée.
Mais c’est le prix à payer pour que le spectacle soit à la hauteur et que nous ayons d’encore plus beaux souvenirs dans dix jours.
Anaïs arrive à payer la note.
Une première pour elle.
C’est, comme je vous le disais, un peu plus cher qu’ailleurs, mais de toute manière d’un prix dérisoire par rapport à ce que nous aurions payé en France.
Je n’ai vu des notes plus élevées que dans trois autres endroits à Kaohsiung.
J’y ai passé trois de mes anniversaires.
Le restaurant à thé, qui a fermé hélas,
celui de l’hôtel Ambassador où j’ai fêté mes cinquante ans en tête à tête avec moi-même (si on a plus de temps lors d’un autre voyage, il faudra que je les y emmène)
et le restaurant de raviolis, où on peut savourer des spécialités à la truffe, mais je sais que Wan Chu n’aime pas trop l’endroit.
Elle trouve ça aberrant que l’on paye autant pour des raviolis aussi bons soient-ils.
Cheng Wei est d’accord avec elle d’ailleurs.
Je ne suis pas sûr que l'on retourne à cet endroit, d'autant que maintenant j'y ai un mauvais souvenir ...
À moins que ça ne soit justement, pour exorciser ce délicat moment.
Comme prévu, nous sommes les derniers à quitter le restaurant.
(les pauvres, ils avaient tout rangé et attendaient en souriant que l’on ait fini)
Le retour se fait au sec, sur une WuFu road encore détrempée des averses de l’après-midi, où les boutiques s’apprêtent à fermer.
Il n’est pas loin de 22h.
On se quitte à Formosa.
Je rentre à pied jusqu’à mon neuvième étage.
Fatigué mais heureux d’avoir passé une soirée avec mes amis,
de les avoir sentis contents d’être là,
et de leur avoir fait découvrir un des endroits où je finis toujours par aller quand je suis ici.
Arrivé là-haut, j’ai bien l’idée d’avancer sur les films du spectacle ...
mais je n’en ai que l’idée.
23h30,
je suis déjà endormi.
Le week-end commence.
Deux jours où je laisse les amoureux se retrouver avant d'attaquer le bout de la dernière ligne droite,
au théâtre.



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