20-22/01/18 - Pavillon Noir - Jour 5 - avancer seul à nouveau

Se retrouver seul à nouveau,
préparer le travail pour les autres,
croiser des têtes connues,
et sentir le temps qui passe













Lundi 22 janvier
9h30.

Je suis sur l’autoroute A51 en vue d’Aix-en-Provence.
Pas de radio ce matin.
Besoin de calme.

Je repense à ce week-end.
Aussi beau qu’il ait pu être, il n’a pas été de tout repos.


Samedi matin, j’ai jeté un œil aux vidéos de la répétition de la veille.
Les choses se mettent joliment en place.
Anaïs arrive maintenant à danser toute la partition à un rythme qui me convient parfaitement
et qui ne varie plus entre chaque filage.

Je suis assez content de ce que je vois pour avoir envie de le partager sur les réseaux sociaux.
Montage rapide (si si !),
post synchronisation avec la musique originale,
je publie tout ça sur la page de la compagnie.



Les retours ne se font pas attendre.
On me parle de Magritte, d’élégance, de ces choses faites comme ça l’air de rien,
j'aime que l'on fasse encore référence à cette « nonchalance »,
c'est un des premiers mots qu'une journaliste a utilisé pour décrire mon travail de chorégraphe.
Elle est devenue une amie depuis.
Il y a aussi les réactions des réunionnais et aussi celle de mon amie Soussou.
Pour eux, forcément, cela résonne différemment.

Tout ça me fait chaud au cœur ...


L'écran blanc.
Un ami m'a dit avoir lu ça comme un décor.
Et pourquoi pas ?
Ce rectangle blanc qui se décroche du mur noir participe de l’ambiance magrittienne je crois.
Je compte déjà utiliser le film de Nesmat qui pleure sur la ville
mais je ne suis pas obligé de l'utiliser tout le temps,
ni de le projeter sur toute la surface de l'écran
(qui, je l'espère, occupera tout le mur du fond).
Je mets l'idée dans la liste toujours aussi longue des choses auxquelles je dois réfléchir.
J’y reviendrai plus tard.

D'ailleurs dans cette liste, il y a aussi la question du texte sur laquelle il faut que je me penche à nouveau.
Car maintenant que la danse est écrite et même inscrite dans les corps,
quand je vois cette entrée apaisante pendant que l'on entend la pluie envahir la ville,
je me dis qu'elle se suffit à elle-même et qu'elle me plaît beaucoup.

Or, dans ce que j'avais imaginé avant de rentrer en studio,
la transition avec la traversée en scooter, que nous dansons juste avant, se fait justement par le texte.
Il est donc possible que la voix de Mike, aussi belle soit-elle, altère ce beau moment de calme.


Le stage chez EDA a tenu ses promesses.
C'est un lieu décidément plein de positivité, propice à la création.

Les danseurs ont répondu présent et en nombre suffisant.
Dans ces temps où il est de plus en plus difficile de mobiliser des troupes au delà des heures hebdomadaires habituellement allouées pour partager sa passion,
de voir des salles remplies, de danseuses de tout âge, amatrices éclairées, professeurs, professionnelles,
ça aussi, ça me fait chaud au cœur ...

On a passé le wee-end a dansé la nouvelle variation.
Celle de jeudi dernier.
Comme la précédente, elle s'est nourrie de chaque passage en studio.
En l’expliquant, la dansant, la regardant dansée par d’autres,
elle s’est précisée, enrichie.
Il faut que je m’en serve dans la pièce.

Absolument.

Dimanche soir, après le stage, je me suis occupé de vous.

Mais avant, je me suis posé une heure,
dans mon sofa,
(oui.. à ce niveau là, je n'étais pas dessus, j'étais vraiment dedans...)

J'ai aussi pris le de temps pour discuter avec Aurélie Perrone
(dont je vous ai parlé la dernière fois)
Elle aussi est contente de ce temps partagé :
« nous avons réussi à fidéliser un groupe de danseurs »
C’est agréable.
C'est précieux,
autant que cette discussion avec Aurélie,
un petit plaisir qui fait partie des rituels d'après stage.


Voilà à quoi je pense sur l’autoroute en direction d’Aix, ce lundi matin.


9h55,
je suis garé avenue de Carthage.
J’ai tourné à peine dix minutes.
Rien à voir avec lundi dernier.
Je coupe le contact et pousse un long soupir.
Pas facile de m'extirper de la 107 ce matin.
Je sens de la fatigue à tous les niveaux des réseaux de ma vieille mécanique.
Le week-end a été bon, mais j’ai oublié de vraiment me reposer.
Il faudra que je le fasse vite si je veux tenir la distance.
On n’est qu’en janvier.
Il y a encore quatre mois de la même intensité.

Je remonte la rue,
tourne à droite sur l’avenue de Pérouse.
C’est bien pompeux d’appeler toutes ces rues des « avenues » …
Quelques mètres plus haut à ma gauche,
revoilà l’avenue Mozart,
sous le soleil.


Il y a de plus en plus de danseurs de la compagnie dans le Pavillon.
Ils sont rentrés de tournée.
Je croise Clara, une ancienne élève,
ça fait longtemps que je ne l’avais pas vue.
La dernière fois c’était à Angers,
quand elle m’avait fait le plaisir de venir prendre ma master class à Angers
C'était au CNDC pendant le congrès de la WDA.
Trois ans déjà ...


« master class » …
je n'aime pas du tout ce nom,
c’est aussi pompeux que les avenues en forme de rue.

Alors que je prends mon café
(il faudrait vraiment arriver à rendre ces expressos dignes de leurs noms),
Natalia, qui va faire répéter les danseurs au studio Bagouet, traverse la salle de repos.
Elle aussi, cela fait longtemps que je ne l’ai plus croisée.

On prend un peu le temps de parler de nos actualités,
elle a décidé de lever le pied professionnellement pour s’occuper de son enfant.
« je ne le vois pas grandir »
De la difficulté d’être artiste et parent.
Les tournées, les emplois du temps improbables,
confier la chair de sa chair à des nounous auquel on fait confiance,
mais que l’on ne connaît pas vraiment ...
Il y a parfois des choix douloureux à faire.

Sur Facebook,
les retours positifs continuent à être publiés ça et là,
autant sur la vidéo que sur le week-end à Aubagne.
Je ne fais pas vraiment la chasse aux « likes » mais ça fait rudement plaisir.

10h50,
la barre.
Je raccourcis certains exercices mais j’en rallonge d’autres
(et je fais toujours mes abdos, dont j’ai toujours autant besoin)

11h30,
la suite du prologue.
Comme je vous l'ai expliqué l'autre jour, cette première danse d’ensemble est composée d'un choeur, essentiellement au sol, dont s'échappent des solos de chaque danseur.
Il me faut maintenant décider de qui fait quoi et quand.
Le premier qui dansera seul sera Cheng Wei.
Puis viendra le tour d'Anaïs et enfin Wan Chu.
Je quantifie la durée du solo de chacun et je m'attaque au contenu de celui d'Anaïs.
Je fixe les phrases, leur donne le rythme que je veux
et je note le tout dans mon carnet, le blanc.

Pas la peine de m'attaquer aux solos des deux autres amis pour l'instant.
Et de toute façon, je ne peux pas faire plus que fixer la durée globale.
Pourquoi ?
Et bien pour une raison que j'ai déjà décidé l'autre jour de ne pas vous dire tout de suite.

Je regarde les quatre versions du sol créé il y a (déjà!) plus d’un an
et que j'ai eu la bonne idée de filmer lundi dernier.
puisque c’est ce qui constituera le choeur.

Trois solos,
les autres danseront donc trois fois la même chose ...
à moi de rendre le tout intéressant.
Je transforme la danse originale, la tronque, la tord.
Je précise les rythmes, certains regards, certaines orientations,
je note le tout,
on testera avec Anaïs mercredi.

13h,
Pas de pause déjeuner,
je n’ai la salle que jusqu’à 14h aujourd’hui.
j’enchaîne avec Cijin.

Comme pour le prologue, à partir du fameux montage vidéo « aux effets spéciaux de qualité »,
je décide de l'ordre d'entrée de mes trois amis.
Je prolonge un tout petit peu la danse pour Wan Chu et Anaïs à partir de la variation filmée dans le sud-ouest.
On retrouve encore ce croisé de jambes que j'ai déjà utilisé dans le prologue et dans le duo au thé.
Je l'aime beaucoup mais il faudrait voir à ne pas trop en abuser.
Ce coup ci, il disparaît.

Il faut que j'invente d'autres danses,
plus dynamiques peut-être,
en tous cas pas au sol.
Mais je ne vais pas m'attaquer à ça aujourd'hui.
Je ne me sens pas très inspiré.
Peut-être que de jeter un œil sur ce qui sera projeté à l'écran me donnera des idées ?
Quand j’aurais le temps …

En tous cas, vu mon état de fatigue, je crois que je vais m'arrêter par là.
La semaine précédente et le week-end bien rempli se font cruellement sentir.

13h45,
je plie bagages.

Dans la salle de repos, beaucoup de monde finit de déjeuner.
Je salue à la cantonade et descend vers la sortie.

Il fait bon dehors.
Un peu trop pour un mois de janvier mais c’est bien agréable.
Au dernier étage de la grande maison, le ballet Preljocaj répète.
Je reconnais Clara,
et la jeune Florette que j’ai retrouvée la semaine dernière, en train d’apprendre de nouvelles choses.
Et dire qu’elles sont toutes les deux passées par un studio en ma compagnie.
Je souris.

L'avenue Mozart est toujours aussi ensoleillée.
Je passe devant le Conservatoire.
Perdu dans mes pensées, j'aperçois une chevelure rousse.
Je crois reconnaître une amie.
C'est elle.
Christine Lyon-Moal,
une professeur du conservatoire,
à la fois pédagogue éclairée et chorégraphe déjantée.
En attendant que la chevelure se rapproche, je me remémore ses pièces.
Elle aussi, elle aurait dû développer son propre travail.
Monter sa compagnie.
Et toutes les galères que j'ai vécues, que je vis,
sont autant d’arguments qui me font comprendre qu’elle n’ait pas eu l’énergie de se lancer dans l’aventure.

On discute un peu :
« tu continues tes productions ?
- à cheval sur les deux continents oui ...
(mais jusqu’à quand ...)
- une sorte de grand écart ... ça te va bien !! »
On rit.

On se dit qu'on ne se voit pas assez et que l'on devrait profiter de ce que l'on est voisins pour déjeuner ensemble.
Elle a pas mal de boulot ces quinze prochains jours mais on se promet de le faire en février.
En aura-t-on le temps ?
On verra bien ...


Retour à la maison
après avoir fait quelques courses pour le déjeuner.
J’ai trouvé une place facilement.
Deux fois dans la même journée !
C’est un événement assez rare pour être partagé.

Je déjeune sur mon sofa et décide de me poser un peu.

Quand je reviens à la réalité,
je me rends compte que je suis en train d’ouvre un œil
et que la nuit est tombée.
Il semblerait que j’aie fait une petite sieste ...
de trois heures ...
Mon corps m’envoie des signaux qu’il va falloir que j’arrête de ne pas entendre.

Blog,
relecture d’articles,
préparation des photos et des vidéos.

Pas le courage de faire autre chose ce soir.

23h30.
Extinction des feux.
Je ne suis pas sûr d’avoir fait tout ce que je voulais ...
Mais je ne peux pas plus.
On verra demain.








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