25-26/01/18 - Pavillon Noir - Jour 8 (1) - grosse fatigue

L'égoïsme d'une voisine,
un genou suspect,
vivre au ralenti,
mais garder le cap malgré tout.














Jeudi 25 janvier
3h30.

La voisine du dessus,
une étudiante particulièrement volubile semble t-il,
rentre chez elle avec quelques amis.
Forcément, je n’avais pas mis de boules Quiès.
(jeudi est bien dans mon souvenir le jour des soirées étudiantes mais comment aurais-je pu prévoir ?)
Les deux yeux grands ouverts sur le plafond au dessus de mon lit,
j’attends patiemment que tout ce petit monde se calme.
Sauf qu’il ne se calme pas.
Et que de mon côté, je n’ai pas assez d’énergie pour descendre de ma mezzanine,
m’habiller à peu près décemment,
monter la vingtaine de marches qui me sépare des joyeux drilles
et leur dire à quel point leur conversation est inintéressante.
Je reste donc enfoncé dans mon matelas, les yeux béants dans un état de désespoir grandissant.

6h30.
Je capitule.
Je descends déplacer la voiture à un endroit où elle pourra se reposer jusqu’à demain.
Je passe par la boulangerie,
et m’installe devant France Infos TV.
La journée va être longue.

Aux alentours de 8h, je me rendors une petite heure
avant de me traîner du sofa au bureau pour visionner à nouveau ce que nous avons fait la veille.
Heureusement de ce côté, tout va pour le mieux.
J’aime vraiment beaucoup l’impro du matin et le prologue me plait dans sa globalité.
Quelque chose me dérange vers la fin mais je ne sais pas bien quoi.
Cela viendra bien à un moment donné ...

Pas de répétition mais deux cours ce soir.
Établissement d’un programme d’activités.
Je n’aurai pas assez de neurones en route pour pondre quelque chose de correct musicalement,
ni pour avancer sur les images.
Il me reste le travail de répétiteur à faire.
Cela devrait être jouable.

Les tableaux.
Je transcris « le prologue », « Cijin », et « rentrer ».
Pour le prologue, je peux même remplir toutes les cases.
Ça fait du bien de voir l’horizon s’éclaircir.

Tout ça prend du temps,
beaucoup,
probablement plus que ça ne devrait
mais vu l’état de mon cerveau, je ne pouvais pas m’attendre à mieux.

Je décroche de l’écran à 15h,
le temps de me faire un plat de pâtes,
il va me falloir une sacrée dose de sucres lents pour être opérationnel ce soir.

18h,
je prépare mon sac,
en route.
(enfin quand je dis « en route » … je suis à cinq minutes à pieds du studio …)

Malgré mon état semi-légumineux, les cours ne se passent pas si mal,
si ce n’est mon genou que je sens fragile.
Je rentre à petite vitesse à la maison.
La fatigue de la nuit grise ajoutée à celles des journées au Pavillon ont envahi tous mes systèmes vitaux.

Je glace mon genou, dîne aussi frugalement que la veille et disparaît vers la mezzanine aux alentours de minuit.
C’est bien la seule chose qui soit envisageable dans mon état.


Bien que la nuit ait été bien plus paisible que la précédente,
le lendemain matin, je me sens vraiment usé.
Ce qui se passe dans mon genou m’inquiète.
J’essaie de me rassurer en me disant que c’est une sensation que j’ai déjà vécue :
cette envie de faire craquer une articulation une bonne fois pour toute pour que tout se remette en place.
Mais sur ce coup-là, ni l’auto-persuasion ni le craquage ne fonctionnent réellement.
Cette fois-ci, je ne vais pas échapper à la case ostéopathie ...

Il est plus de 8h quand je m’installe devant mon thé.
« la douleur est un signal » dit-on,
alors je guette la moindre douleur à chaque mouvement.
Et je suis servi :
le long de la colonne, à l’intérieur de la cuisse,
j’ai compensé les faiblesses du genou.

France Infos à la télé,
je m’accorde un peu de temps avant de me mettre en route.
Passage par les réseaux sociaux,
Spielberg va faire un remake de West Side Story.
Pour l’audition, ils cherchent surtout des acteurs pour lesquels « danser est un plus ».
Une comédie musicale où danser deviendrait accessoire ?
Je partage l’annonce avec mes amis danseurs ...

« the Aloof », scène mythique du film « Sweet charity » est postée à nouveau sur Facebook.
Je prends le temps de la savourer une nouvelle fois.
Il y a tout ce que j’aime dans cette scène,
toutes les virtuosités sont « cachées »,
aucune poudre aux yeux,
rien de vraiment spectaculaire,
tout parait simple, fait parfois au hasard,
alors que tout est net, précis, musical, jusqu’aux fumées de cigarettes,
et cette légère touche d’humour presque britannique ...


Ce 26 janvier, plein de souvenirs à se remémorer :
il y a six mois Babeth Angelvin nous quittait
(je vous en avais parlé à l’époque).

Il y a trois ans,
Cheng Wei et Wan Chu se préparaient à venir en France,
pour la première fois ...
Quelle belle aventure cela avait été !


10h20,
je suis enfin sur le départ,
je me traîne.
Anais viendra travailler cet après-midi.
J’emporte le parapluie pour le duo.
Le temps est gris.
Il y a du vent,
cela n’arrange pas mon état.

Finalement, je prends la voiture.
De toute façon, on n’a le studio jusqu’à 15h.
Même si je vais au parking,
cela me coutera moins cher que si j’utilisais les transports en commun.
(je crois que je vous l’ai déjà expliqué mais je ne m’en remets toujours pas)

10h50,
sans difficulté je me gare avenue de Pérouse.
Au vent et au gris du ciel, s’ajoute un peu de pluie.
Jour de rêve.
En même temps, c'est l'hiver.

Alors que je ferme la voiture, je croise un facteur à vélo.
Je me dis que je suis quand même chanceux malgré ...
tout.
Avec ce temps, je lui souhaite bon courage.

11h,
l'hôtel Renaissance est en vue
et je ne flippe plus d’avoir « gaspillé » cette heure où j’aurais déjà dû être en studio.
(j’ai failli écrire « aurais pu » mais cela aurait vraiment été un pieu mensonge)
Comme je me suis aussi rendu compte dans la voiture
que je commençais à considérer le temps que je prends pour vous écrire comme du temps de création,
je me dis qu'en terme de culpabilité, j’avance un peu.
Ou alors c’est que je suis tellement fatigué que je n’arrive plus à avoir des scrupules ?
À suivre.

Tourner à droite.
La dalle qui constitue l’avenue Mozart me semble bien plus longue que d’habitude.
On dirait même qu’ils l’ont inclinée.
J’ai envie de pleurer d’épuisement.
Ça va vraiment être rude aujourd’hui.
Heureusement que la répétition va être courte et que je n’ai pas de cours ce soir.

11h10,
je suis enfin à l’accueil du Pavillon Noir.
Estelle est fidèle au poste.
On se lamente du sale temps pendant qu'elle vérifie dans quel studio je suis.

Je m’aide du parapluie pour monter les marches qui me séparent du premier étage.
Tenir jusqu’à 15h ...
Allez .. 16,
Et retourner me coucher.
Pourtant, il y a encore temps de choses à faire,
même si on a bien avancé avec Anaïs
et que je sais mes deux amis là-bas sont tout aussi performants.

J'entends des cris d’enfants et ça m'inquiète.
Je ne sais pas où ils vont.
J’espère juste ne pas les croiser de trop près.

J’appuie sur le bouton de la porte automatique et traverse la salle au canapé.
Aujourd’hui, je change d'endroit.
Je passe dans le studio voisin,
deux fois plus grand.



Le studio Bagouet.
J’avais demandé à l’avoir une fois ou deux pour pouvoir filmer proprement des choses.
Le duo « à l’heure du thé » par exemple.
Mais ça ne sera pas pour aujourd’hui.
Vu le temps, et mon état.

Le studio Bagouet.
C’est là que j’ai créé une grande partie de « Correspondance(S) » mon solo de 2010.
J’y ai aussi répété en vue de présenter mon travail devant la commission DRAC qui se passait sur la scène en sous-sol.
Dans ce bel espace, il y a bien-sûr eu la rencontre d’Élise, Wan Chu et Cheng Wei
pendant la création de la « Septième Nuit »
et aussi une des seules répétitions avant la générale au théâtre où toute l’équipe d’In Wei a été réunie.
Des bouts de tous ces épisodes de ma vie de chorégraphe, apparaissent ça et là,
dans ce coin, sur ce banc.
Je revois Wan Chu endormie,
Élise survoltée qui avait dansé le final de « notre Sisyphe » sans fautes,
je me souviens de mes chaussettes blanches qui accrochaient trop
(et qui me faisaient mal ... au genou),
je revois aussi Juliette et Constance, les deux filles de Marie et d’Élise qui s’amusaient dans ce coin,
les deux mamans n’avaient pas pu les faire garder,
et puis ce cher Fred, qui était venu assister à tant de répétitions,
et tant d'autres choses ...
C’est décidément une journée « souvenirs » aujourd’hui.

Nathalie, qui s’occupe de l’accueil des compagnies (mais si .. je vous en ai parlé).
traverse le studio pour atteindre les toilettes qui sont de l’autre côté du bâtiment.
Il y a trop de monde ailleurs à cause de la scolaire qui se passe au dernier étage.
Voilà donc pourquoi les cris d’enfants ...
Je tente de faire bonne figure en lui disant bonjour.

Je mets ma panoplie de danseur
(autrement dit, je change de jogging)
et je vais brancher la musique.


Échauffement sommaire.
Enroulé et déroulé du dos jusqu’à l’arch (ça, maintenant vous savez ce que c’est)
le tout deux fois et dans toutes les positions de pieds.
Je porte une attention particulière à mon genou.
Tout s’articule à peu près correctement, à défaut d’aller vraiment bien.
C’est déjà ça.

Petit passage au sol.
Le déroulé de la colonne dont je vous parlais avant-hier,
je vérifie toutes mes douleurs.

Cette inspection générale du corps que je fais au moment de la journée où je commence à danser, change de fonction au fil du temps.
Au début ... elle n’existe pas.
On est prêt à danser plus ou moins dans n’importe quel état.
Ensuite, on se met à prendre le temps de vérifier que tout va bien.
Et de plus en plus souvent, on utilisera ce moment pour repérer les douleurs,
signaux d’alerte de dysfonctionnement.
Puis vient le temps où ces maux devenant chroniques, on vérifie alors si, à part ceux-là, tout va encore bien.
On en arrive même à s’inquiéter quand ils disparaissent !
La phase suivante, c’est celle où on part à la recherche de toutes les mobilités encore possibles malgré les douleurs.
C’est là où j’en suis ce matin.

Mal presque partout
et une seule envie :
dormir.

Comme mercredi, je fais une petite impro pour finir de me dérouiller.
Toujours la musique de Cijin, je pars de la position finale de la gesticulation précédente,
et cette fois-ci, je laisse faire.



Il ne me reste plus trop de temps
et je veux garder de l’énergie pour l’après-midi.
Je ne vais pas dans le foyer,
pas trop envie de voir des gens,
encore moins des classes entières de charmants bambins tout excités de ce qu’ils viennent de voir à l’étage au dessus.
Je me trouve un coin douillet pour écrire
entre un mur, un banc et les éléments en mousse que l’on trouve dans tous les studios.


11h50,
la porte s’ouvre sans discrétion.
C’est le bras droit du patron de la grande maison.
Je suis tellement incrusté dans le décor qu’elle traverse le studio sans se rendre compte que je suis là.
J’aurais dû filmer l’action mais mon appareil photo était bien trop loin.

Cela aurait pu être Anaïs, qui ne devrait pas tarder.
Mais elle n’ouvrerait jamais la porte du studio aussi magistralement.
Je me replonge dans mes bafouilles.

Midi.
La voilà.







Commentaires