14/08/18 - Taiwan été 2018 - Jour 19 - Retour à Taipei


Se perdre dans le métro,
pour de jolies retrouvailles
un excellent dîner
avec des hôtes de choix 








Mardi 14 août, 16h35


Le TGV numéro 664 à destination de Nangang quitte en toute délicatesse la gare de Zuoying.

On est pleine semaine, avant l’heure de pointe et je suis en « business class ».
Je pensais que le train serait presque vide, je m’étais rudement trompé.

Il n’y a déjà presque plus de places dès le départ
Le wagon devrait être complet à la prochaine gare.

Alors que nous quittons Kaohsiung, l’hôtesse nous offre la boisson de bienvenue :
« coffee ? tea ? »
Elle propose ensuite des crackers ou des biscuits
et je me demande toujours qui va manger des crackers avec une boisson chaude.

Je n’ai pas réussi à avoir une place côté fenêtre.

Saleté de machine automatique.

J’ai l’impression que par défaut elle vend d’abord les places qui sont côté couloir.

Peut-être parce qu’ici les gens aiment moins le soleil que moi ?

Enfin bon, pour aujourd’hui ça n’est pas bien grave, le temps est gris foncé.

Pas la peine d’être le nez au hublot pour faire des photos.

Ce mardi 14 août, je vais à Taipei.
Un passage à la capitale que j’essaie de faire à chaque séjour.
Parce que j’y ai de sacrés souvenirs de ma résidence de cinq semaines au Bamboo Curtain Studio
et puis aussi parce du fait de cette résidence, j’ai croisé dans cette ville un certain nombre d'artistes que je revois avec beaucoup de plaisir.
C'est le cas de Peng Hsiao-Yin, qui dirige la compagnie Dancecology.
Ce nom devrait peut-être dire quelque chose à ceux qui suivent mes aventures depuis longtemps (si si, il y en a !).
Pour les autres, je vous en dirai plus dans le prochain article.
Pour le moment, il faut juste que vous sachiez que quand je vais à Taipei, je dors chez elle.


Cette montée à la capitale va aussi me permettre de retrouver une famille d’artistes que j’avais rencontré treize ans plus tôt, dans un congrès de l’Unesco.

La famille Segawa-Akoh.
Native d’une autre île, plus au nord, dans l’archipel du Japon,

la mère Erika Akoh eu a trois enfants danseurs.

une fille, Kaori et deux garçons Kan-Ichi et Kenji.
Ce dernier est maintenant à New-York.

C’est un des rares asiatiques à faire partie de la compagnie Alvin Ailey.
(excusez du peu !)
Le grand frère Kan-Ichi est venu en France pour étudier la danse et c’est parce qu’il parlait français que l’on a sympathisé au fameux congrès.
C'était en 2005.


Je suis resté en contact avec Kan-Ichi.

Il m’avait même proposé de venir danser à Tokyo mais hélas c’était le 25 mai 2018.
Ce jour-là nous dansions la première version marseillaise des Chroniques au théâtre des Chartreux
(la vie est mal faite ..)
.
J’avais décliné l’invitation en espérant que l’occasion se présenterait à nouveau bientôt.

Sachant que je venais à Taïwan tous les étés, il m’a contacté quand il a su que sa mère planifiait un voyage à Taipei pour toute la famille.

J’avais calé mon séjour sur le leur.
Et on allait se voir ce soir.

Vous savez quoi ?
On va dire que je vous ai raconté tout ça pendant le voyage entre Kaohsiung et Taipei.
(de toute manière, je n'ai pas grand chose à dire à ce sujet, si ce n'est j’ai aussi dormi … comme d’habitude
et que dans les rares moments où j'ai été réveillé, le soleil était toujours caché derrière d'épais nuages)
Donc, nous arrivons ensemble à la gare souterraine de Taipei.
Il est 18h29.

J’ai rendez-vous à 19h avec mes amis japonais,
et j’ai prévenu Hsiao-Yin que j’arriverai chez elle après avoir dîné avec eux.
Je sais que ça ne la dérange pas car Bk, son mari (dont je ne connais toujours pas le vrai nom), rentre très souvent tard de son travail.
Tout est sous contrôle, je suis même en avance.
Avec la famille Segawa-Akoh, nous avions convenu de dîner au restaurant du Sheraton Grand Taipei Hotel.

Ils s’y étaient installés le temps de leur séjour,
et le buffet y était paraît-il particulièrement bon.

Le souci avec Taipei, c’est que c’est un peu comme Paris mais en pire.

Non seulement, il y a pléthore de tunnels qui relient la gare souterraine au métro, mais en plus, il faut être vigilant parce que le MRT, comme on dit ici, est en perpétuelle extension.
Vous le savez déjà, Taoyuan et l’aéroport sont depuis peu reliées directement à la gare centrale.
Mais en centre-ville, les choses ont aussi changé.
Vous me direz, si c'est juste une autre nouvelle ligne, ça ne change pas grande chose aux anciennes.

Et bien si.

Car dans le centre, certaines lignes s’interconnectent.

Du coup par exemple, la ligne rouge, peut très bien changer de terminus.

Et cette nouvelle tête de ligne peut très bien anciennement être celle de la ligne verte.

Et quand j’écris « peut très bien » c’est que c’est à peu près ce qui se passe.

(et quand je le relis cette phrase, je me dis que même vous, vous êtes peut-être déjà perdus)
Tout ça pour dire que j’ai fait le beau en imaginant connaître ce réseau de métro et que je me suis lamentablement planté.

Heureusement, il y a du wifi partout, j’ai donc pu prévenir Kan-Ichi que mon avance s’était transformé en retard.
(et dans cette partie du monde, être en retard pour un rendez-vous officiel, c’est très très moyen)

19h07,
Je suis sur le trottoir de Zhongxia East road.
L’entrée du Sheraton Grand Taipei Hotel est juste à quelques mètres.
Par les fenêtres, j’entrevois les premières tables du restaurant … et mes amis, qui sont bien évidemment, déjà installés.
Je traverse le hall luxueux et me dirige vers leur table en essayant de faire le moins de gouttes possibles en enlevant mon imperméable.
(oui je suis tellement pressé d’être assis dans mon histoire que j’ai oublié de vous dire qu’il pleuvait quand je suis sorti du métro).


Nous sommes tous très contents de nous revoir :

« tu n’as pas changé » me dit Kan-Ichi dans un français impeccable.

Je lui réponds : « j’ai sûrement plus changé que vous ! »
Cela pourrait être une formule de politesse mais je n’ai même pas eu à me forcer.

Ils n’ont pas bougé.

J’ai l’impression de voir la même famille qu’il y a huit ans.
Je leur présente à nouveau mes plus plates excuses, leur expliquant que je m’étais perdu dans ce satané métro,
ça les fait rire.

J’espère avoir été pardonné.
Une fois que je me suis posé, Erikah me tend un sachet.

C’est un cadeau.

Je suis gêné.

J’avais pensé à plein de choses mais pas à ça :
« but I got nothing for you »
Kaori et sa mère rient (presque comme vous imaginez que les japonaises le font)
Kan-Ichi me répond : « c’est pas grave, ça nous fait plaisir »
Il appelle une serveuse.

Nous allons boire du vin.
Mon Dieu.

Du vin.

Ici.
J’avais pensé à plein de choses mais pas à ça non plus.
D’autant qu’il y a, bien-sûr, déjà du thé sur la table.

Je me dis que cela va couter au moins aussi cher que le buffet

(et quand j’ai vu la carte, on n’en était pas loin)
mais bon, comme dit Kan-Ichi, on va se faire plaisir.

Le jeune homme me demande de choisir …
La tâche est bien complexe, je lui dis de le faire.
Je ne connais pas leurs goûts, et ça sera intéressant de voir ce qui leur plait.
Pendant qu’il se décide, j’ouvre mon cadeau, c’est une très jolie pochette noire avec des petites fleurs blanches et une bande verte vers la fermeture.
« cela vient d’un marché traditionnel » me dit en anglais Erikah, toujours aussi souriante.
Je les remercie vivement.


Kan-Ichi lève les yeux de la carte et les dirige vers une serveuse.
Elle arrive.
Pas de bras levé, de « mademoiselle s’il vous plait ! », pas de triple tentative, il la regarde, elle vient.
(ça aussi, c'est un peu différent de la France ...)

Kan-Ichi parle avec elle en japonais.

La jeune fille récupère les cartes des vins et disparaît.

Maintenant que le vin est commandé et que le cadeau est remis, on peut aller faire un tour au buffet pour les entrées.

Et effectivement, c’est pantagruélique.

On ne leur avait pas menti.
Des entrées taïwanaises, japonaises, européennes, américaines (états-uniennes mais pas que).
Je pense que j’aurais pu faire un repas en ne goûtant que les entrées.


Quand nous revenons à table, la serveuse emboite nos pas et vient nous présenter le vin.
Là, forcément, c'est moi qui goûte.
C'est un vin français, et ça ira très bien.

La discussion se fait en trois langues.
Kan-Ichi me parle en français et traduit au reste de la famille dans leur langue natale.

J’essaie de parler anglais avec les deux femmes, ce qui ravit Kaori qui veut apprendre à mieux parler cette langue, mais elles ne comprennent pas toujours, alors Kan-Ichi traduit encore.

En ce qui me concerne, force est de constater que je n’ai fait aucun progrès en japonais, ne reconnaissant que les grands classiques (bonjour, merci) et aussi certains termes issus de films ou de manga (sensei par exemple).

Je reconnais aussi le nom des villes taïwanaises comme Kaohsiung, qu’ils appellent Takao du nom qu'avait la ville quand Taïwan était considérée comme un territoire japonais.
(comme quoi ça a du bon de s’intéresser à l’étymologie, à la toponymie et de traîner dans les musées)

J’essaie de savoir ce qu’ils sont devenus, ce qu’ils font.

Surtout Kaori et sa mère car Kan-Ichi communique pas mal sur les réseaux sociaux donc j’ai une petite idée de ses projets.
Les réponses sont évasives.
Il nous faudrait probablement plus de temps.
La réserve des asiatiques ...
Ça me rappelle certaines soirées parisiennes où parfois même avant de connaître le nom de quelqu’un, tu sais où et avec qui il est supposé travaillé.
Perspectives …

Entre le buffet des plats principaux (j’aurais dû compter le nombre de plats, je dirais au moins une vingtaine) et celui des desserts, la famille m’a présenté le congrès de l’Unesco qu’ils organisent à Tokyo.
Ils m’offrent le programme du congrès de l’année, celui où ils m’avaient invité.
Je les remercie chaleureusement et je leur demande à nouveau de m’excuser de n’avoir pas pu me rendre disponible.
Un voyage au Japon avec Anaïs, quelle belle occasion ratée …

Kan-Ichi me dit qu’ils ont bien compris.

Espérons que ça sera possible une autre fois.



Nous passons donc aux desserts.
Je ne sais plus ce que j’ai choisi exactement
mais il y a un gâteau qui a atterri dans mon assiette sans que je n’aie vraiment eu le choix :

quand je suis arrivé aux buffets, une des serveuses était en train d’entreposer un arrivage tout frais de ... madeleines.
« oh ! That’s from my country ! »
Les yeux de la serveuse se sont levés vers moi et sont devenus plus rieurs derrière son masque :
« so you should take one ! »
J’ai obtempéré.

Nous avons fini notre repas dans les derniers.

Il était presque 21h45.

(et oui, le buffet fermait à 21h30 ...)
Une soirée sans proposition concrète.
Plutôt une nouvelle prise de contact.

Je n’arrive pas bien à voir si cela va nous mener quelque part mais je décide de ne pas trop me poser la question.

La soirée est déjà bien agréable.
Et je suis très content d’avoir revu cette famille, croisée treize ans plus tôt alors que commençaient mes petites histoires internationales.

Je n’ai pas pu non plus payer cette fois-là.
Je les ai donc à nouveau remerciés ... avec cette sensation d’avoir souvent dit merci dans la soirée presqu’aussi souvent que de m’être excusé.

On s’est quittés dans le hall, en espérant pouvoir se revoir très vite.
Quelque part en Europe ... ou en Asie.

Maintenant, comparez les deux photos.
Quad je vous dis qu'ils n'ont presque pas changé.

Ensuite, je suis allé retrouver mes hôtes.

Hsiao-Yin et Bk.
J’ai pris le métro sans me tromper et j’ai traversé le quartier de Dingxi où bien-sûr tous les commerces sur Yonghe Road étaient encore ouverts
(il n’était pas 22h vous comprenez ?)
J’ai ensuite retrouvé la paisible Xinyi Road.



Et je me suis enfoncé dans les petites rues qui me mènent à l’appartement de mes amis dans un troisième étage de ces bâtiments modestes (considérés comme vieux ... ils sont des années 70 !)


Je suis arrivé à l’appartement avant Bk qui était encore au travail.
La petite fille Cha Cha, était chez ses grands parents alors l’appartement était calme.

J’ai discuté avec Hsiao Yin en attendant son mari, luttant un peu contre le sommeil.
(et oui, comme j’ai commencé le récit de la journée à 16h, vous ne savez pas que j’ai passé une courte nuit de cinq heures et que j’étais devant mon thé quand France Inter indiquait qu’il était minuit)
Quand Bk est arrivé, il m’a proposé de partager une bière.
Il y a des réputations bien tenaces … surtout quand elles ne sont pas si éloignées de la réalité …

J’ai failli refuser tant j’avais sommeil.

Mais je me suis dit que je ne pouvais pas aller me coucher comme ça sans avoir pris le temps de lui montrer que j’étais content de les retrouver.

Le verre de bière fini, j’ai disparu dans la chambre et je n’ai pas fait long feu.


Heureusement, demain, je ne fais rien.

Je suis un touriste.

Un vrai.
Je vous raconterai pourquoi la prochaine fois.






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