07-08/02/18 - Aller bouger dans un autre studio
Changer de crèmerie le temps d'une après-midi,
avancer virtuellement en imaginant les autres,
fixer des danses improvisées,
commencer à penser au voyage ...
Mercredi 7 février
Journée sans studio.
Le Pavillon Noir est occupé, et les écoles où je pourrais squatter des espaces
sont pleines d’enfants et d’adolescents qui peut-être dans quelques années seront à nos places
en train de se poser tout un tas de questions sur leurs corps vieillissants et les affres de la création.
Ce matin, je suis au ralenti.
Je devrais écrire mais je n’y arrive pas.
Je me traîne lamentablement dans l’appartement de la cuisine au sofa,
du sofa au bureau,
seule activité envisageable : regarder des images
(et éventuellement faire des montages).
J’ai eu de jolies surprises en visionnant les petits films d’impro d’hier.
(que je vous ai montrés dans l’article précédent)
Retrouver comment j’ai fait sortir toutes ces choses de mon corps va nécessiter un temps certain.
Ce sera peut-être mon emploi du temps ces matins des trois répétitions de la semaine prochaine.
Les dernières avant le premier départ.
Je fais donc quelques mises en formes d’images.
Il faudra juste que je me souvienne, au moment où je publierai les textes qui vont avec,
que j’ai déjà fait tout le boulot.
(et c'est aujourd'hui, et je m'en suis souvenu)
Je ne perds pas trop de temps pour une fois.
Le reste de la journée, je n’ai rien fait de très passionnant pour vous,
si ce n’est un tutorat pour la Fédération Française de Danse, dans une école aux alentours d’Aix-en-Provence.
Avec la création en cours, nous avons eu un peu de mal à trouver un créneau de disponibilité commune.
Il restait ce mercredi,
même si ça coinçait un peu au niveau des horaires :
je finissais à 19h, heure où je devais commencer le cours à La Ciotat.
Avec une bonne grosse demi-heure de route entre les deux studios,
contrairement aux autres mercredis, je ne serai pas en avance …
J’ai profité de l’occasion pour demander à Anaïs de commencer le cours à ma place.
Premier remplacement pour elle dans cette école.
Je devrais être arrivé à la dernière demi-heure pour travailler la variation.
Anaïs m’a proposé de donner le cours en entier,
mais je préfère être là.
Je sais qu’elle commence à 9h du matin avec une classe de 4-6 ans et que sa journée est longue.
En plus, en arrivant en cours de route, je pourrais juger de l'ambiance de la classe
et rectifier le tir au cas où le courant ne passerait pas.
Bon, c’est une classe « facile ».
Ces élèves sont dynamiques, intéressés et intéressants.
Et vu la réaction dans les autres studios de danse quand Anaïs m’a remplacé
(où je me suis dit qu’elle devrait me remplacer plus souvent),
je n’ai pas trop de doute, mais sait-on jamais.
19h10.
Je quitte stressé l’école au dessus d’Aix.
Peur de ne pas arriver à temps.
C’est ridicule.
Il ne faut pas une heure pour arriver là-bas.
Et dans le pire des cas, je sais qu’elle n’a pas besoin de moi.
Mais quand même.
Je suis inquiet qu’il y ait des accrocs à mon plan.
19h55.
Je suis garé.
Quand je rentre dans le studio,
elle finit l’explication du dernier exercice de la barre.
Le stretching au sol.
Parfait timing.
J’ai le temps de me changer et de me plonger dans le bain en faisant une partie de l’exercice avec les élèves.
L’ambiance est calme.
Tout le monde a l’air tranquille.
Tout va pour le mieux.
À 20h, passation de pouvoir.
« je laisse la place au chef »
Cette fois-ci, c’est moi qui sourit.
Gwen, une des élèves, me dit pendant que je branche ma tablette :
« c’est sympa d’avoir quelqu’un d’autre de temps en temps, elle nous dit des choses que tu ne nous dis pas
- ah ben merci ! Je peux repartir si tu veux »
Je prends un air faussement contrarié,
on rit.
20h05,
nous commençons la variation.
Ça faisait très longtemps que je n’avais récupéré un cours en route.
Et c’est très étrange.
Cette danse, qui n’est rien d’autre que mon impro du vendredi 26, est complètement inscrite dans mon corps,
je l’ai transmise la veille,
et j’arrive à me tromper
(ce qui fait bien rire Anaïs ... et elle a raison de se moquer !)
Mon cerveau n’a pas eu le temps d’atterrir.
La barre, cela sert bel et bien aussi à ça,
à changer de dynamique par rapport au dehors
(on a beau le savoir, c’est toujours mieux en le vivant).
Petit à petit mon esprit se pose,
et nous reprenons la vitesse de croisière habituelle.
Je les libère vers 20h35.
Elles ont l’air contentes,
je me sens à peine « là ».
C’était bien trop court.
On se quitte sur le parking et on se dit : « à demain ! »
car pour que nous ayons quand même une répétition ensemble dans la semaine,
nous allons squatter un autre studio,
celui de l’école où je donne les cours le jeudi soir,
le centre Isadora.
Le jeudi matin est pire que le mercredi.
La nuit a été courte.
Une nouvelle vague d’inquiétude arrive.
Celle du départ.
Dans une semaine, je ferai mes affaires.
J’en parle avec Cheng Wei.
En préambule, le tremblement de terre :
« So … Earthquake ? Is everything ok ?
- Still alive
- Aaaah … Happy to read that
Did you feel anything?
I saw it was more on the east coast
- Yeah,we felt it some big shake »
Donc oui, la terre a tremblé mais c’est vraiment le cadet des ses soucis ...
« so ...
I know that you're mega giga over superplus busy
but ...
may I caress the possibility to know how much money I bring for the room (or the bridge)
where I may stay ?
- Let's say 8000~~ just in case XD
- just in case ?
(well a bridge should be cheaper indeed)
- XD,you can bring more. Then it will be your shopping fee
- ok
at least I know a little bit of something
- Great, XD »
Donc bon, je sais qu’il faut que je prévoie 8000 dollars taïwanais (225 euros) pour la location de l’appartement,
mais je ne sais toujours pas où je dors
(pour les anglophones qui se demandent pourquoi je parle d’un pont,
c’est que la première fois où les deux amis sont venus en France,
j’avais dit à Wan Chu qu’elle aurait un bel appartement et que Cheng Wei dormirait sous un pont).
Je regarde aussi les horaires du TGV.
Arrivé à Taoyuan, l’aéroport international de Taipei, il faudra que je prenne le train pour gagner le sud.
Avec le Nouvel An peut-être que les trains seront bondés ?
Je demande :
« I guess 2/17 is the Chinese New Year Saturday
the trains may be crowded
- Super crowded
- so I may book a place
- You should, HSR should be out of ticket soon
- ok
I land at 4
I'll take a seat around 6 to be sure to catch it
- arriving at 7:45 pm at Zuoying
so I should be just in time for dinner »
Billet réservé pour le TGV de 18h.
Puisque ma tête est à l’est, j’envoie un mail à Su Ling,
à propos du tremblement de terre qui a secoué l’est du pays la semaine dernière.
Je n’ai pas de nouvelles depuis cet été,
peut-être qu’elle sortira enfin de son silence ?
Jusqu’à l’heure du déjeuner, je retouche quelques photos,
je vais faire réparer ma deuxième paire de lunettes chez l’opticien.
Bref, du point de vue des chroniques, je ne fais rien.
Et bien-sûr, je culpabilise
bien que je sache pertinemment que je ne suis pas en état de faire grand chose.
13h,
cuisson des pâtes.
Les sucres lents du jeudi.
Doublement important aujourd’hui
où je me suis rajouté trois heures de répétition aux trois heures de cours qui suivront.
Je n’aime pas trop ça mais nous n’avons pas le choix.
Anaïs me rejoint à 15h,
j’ai le temps de faire une micro-sieste de 20 minutes.
Réglage du réveil sur le téléphone.
je m’écroule sur le sofa.
14h50,
je me réveille en catastrophe.
Le téléphone n’a pas sonné.
Satanées machines modernes qui ne savent pas analyser les actes manqués :
je l'avais réglé à 15h45.
Il attendait docilement la bonne heure pour m’alerter.
Je préviens Anaïs :
« Désolé, quinze minutes de retard »
Course sous la douche,
préparation express des affaires,
(heureusement qu’à part un tee-shirt propre,
je n’ai rien à chercher dans le capharnaüm qu’est redevenu mon appartement),
je pars à l’heure où je lui ai dis que j’arrivais.
Malaise.
Je ne suis de moins en moins en retard maintenant.
Petite boule d’angoisse supplémentaire le temps de regagner le studio
qui, heureusement, est à quelques minutes à pied.
15h20,
je monte les escaliers,
traverse les couloirs labyrinthiques au pas de course.
Anaïs m’attend sur le banc, judicieusement entreposé dans la petite cour intérieure,
devant les bureaux de la société qui fait face à l’école de danse.
Elle a le nez dans son smartphone.
« Désolé ... »
Vous imaginez sa réaction : elle rit.
J’ouvre le rideau métallique beaucoup trop sonore,
allume les lumières,
ouvre les volets,
la petite boule du retard se dissipe,
on se met au boulot.
« Tes cours se sont bien passés ce matin ?
- ça va ! » dit-elle en riant encore
« En même temps, le jour où tu me diras que quelque chose ne va pas ... »
Nouvelle salve de rires
« J’ai eu du mal à me lever ce matin ...
- ah quand même ! »
(je me sens moins seul …)
Premier exercice de la barre.
Mon corps aurait besoin de tout l’échauffement
mais bon, on a une demi-heure de retard à cause de moi, pas le temps de chercher son petit confort.
La suite de Cijin.
Je transmets à la danseuse le sol créé en impro mardi matin
et les parties des impros qu’elle dansera avec Wan Chu.
La forme, les comptes.
Je me lamente contre moi-même.
Comme souvent quand je pars d’une création spontanée et que je ne prends le temps de l’analyser,
j’ai beaucoup de mal à reproduire ce que je vois.
C’est effarant de voir que même quand j’improvise, je fais des choses aussi tordues rythmiquement.
Et puis, cette danse qui n’a, comme souvent, l’air de rien, est pleine de petits détails,
de regards, de variations de vitesse là où on ne s’y attend pas.
Anaïs a un peu de mal avec toutes ces choses insignifiantes, qui ont pourtant, tant d'importance.
Elle râle presque contre moi.
J’aime bien.
Mais je ne suis pas du tout inquiet.
J’ai vu, notamment dans le duo au parapluie,
comment petit à petit, mais somme toute assez rapidement,
elle arrive à s’approprier et à maîtriser les choses.
Autres surprises liées à la mise en forme d’un travail improvisé,
la transformation dans la transmission :
En apprenant à mes élèves la danse issue de l’improvisation du vendredi 26.
(celle qu’Anaïs a encore travaillé hier soir en cours)
j’ai changé des choses sans m’en rendre compte.
Parce que mon état m’a envoyé ailleurs un certain soir,
parce que je voulais que les élèves passent une certaine posture,
cette danse s'est dégagé de la version originale, dont elle diffère par endroits.
Je laisse Anaïs danser la version qu’elle maîtrise.
Elle est tout aussi bien, et elle s’y est déjà un peu installée.
Il n’y a que le rythme à changer.
17h15.
Sa partition en duo avec Wan Chu est finie.
C’était mon objectif du jour.
Je suis content.
Il y a certaines transitions dont je ne suis pas certain.
Je regarderai tout ça à tête reposée plus tard.
On a encore lundi et mercredi prochains pour rectifier le tir.
Puisqu’il nous reste un peu de temps,
on s'approche tranquillement de la fin de Cijin
avec une phrase que j’ai créée le premier jour de travail au Pavillon Noir.
On le regarde ensemble et on travaille ce que l’on vient de voir.
Pas besoin de beaucoup de temps pour cette phrase-là,
son corps se remet sur les rails des choses qu’elle a déjà dansées.
On filme.
La première prise n’est pas assez bonne pour Anaïs
(comme d’habitude).
Ça tombe bien,
une fois de plus la carte vidéo est pleine.
Je n’ai pas la fin de la danse.
Petit nettoyage rapide et on refait une captation.
(bien-sûr, je décide de change de prise de vue ... montage à venir .. encore ..)
Tout est dans la boîte.
Je pourrai m’en servir demain pour vérifier que tout concorde avec ce que je compte faire danser à Cheng Wei.
Nous sommes bien fatigués au moment d’attaquer les deux cours.
Anaïs assiste au premier qu’elle donnera quand je serai parti.
(elle pourrait juste le regarder, mais bien-sûr, elle le fait)
Les élèves sont autant fatigués que nous.
Ça tombe bien
mais cela rend les classes bien plus longues.
Mon genou donne des signes de faiblesse.
Et Anaïs commence vraiment à être sur ses réserves.
(un truc étonnant, quand est fatiguée, elle accélère tout ... avec moi, elle est mal barrée).
On se quitte sur la grande place,
couverte des tables des terrasses de bar encore bien remplies malgré la fraîcheur de l’air.
Je suis inquiet pour la route qui lui reste à faire.
Comme je l’étais avant pour Marie quand elle venait au cours et qui lui restait à faire au volant
à peu près la même distance qu’Anaïs va parcourir maintenant.
Je rentre chez moi à vitesse petit v.
(et je ne vous parle même pas des trois étages à monter).
À l’appart’, je n’ai pas l’énergie de me faire à manger,
ni de manger d’ailleurs.
Je vais discuter un peu sur le net.
Sylvain ne va pas très bien ce soir.
On ne s’accommode pas toujours de la vie d’ours solitaire.
Je le réconforte comme je peux.
Je pourrais l’appeler mais je n’ai plus d’énergie.
Je fais mon possible pour lui faire entendre que je suis là par la pensée.
Ça n’est pas suffisant mais je ne peux pas faire grand chose d’autre.
Je m’endors dans la tristesse.
Moins grande que la sienne.
C’est certain.
avancer virtuellement en imaginant les autres,
fixer des danses improvisées,
commencer à penser au voyage ...
Journée sans studio.
Le Pavillon Noir est occupé, et les écoles où je pourrais squatter des espaces
sont pleines d’enfants et d’adolescents qui peut-être dans quelques années seront à nos places
en train de se poser tout un tas de questions sur leurs corps vieillissants et les affres de la création.
Ce matin, je suis au ralenti.
Je devrais écrire mais je n’y arrive pas.
Je me traîne lamentablement dans l’appartement de la cuisine au sofa,
du sofa au bureau,
seule activité envisageable : regarder des images
(et éventuellement faire des montages).
J’ai eu de jolies surprises en visionnant les petits films d’impro d’hier.
(que je vous ai montrés dans l’article précédent)
Retrouver comment j’ai fait sortir toutes ces choses de mon corps va nécessiter un temps certain.
Ce sera peut-être mon emploi du temps ces matins des trois répétitions de la semaine prochaine.
Les dernières avant le premier départ.
Je fais donc quelques mises en formes d’images.
Il faudra juste que je me souvienne, au moment où je publierai les textes qui vont avec,
que j’ai déjà fait tout le boulot.
(et c'est aujourd'hui, et je m'en suis souvenu)
Je ne perds pas trop de temps pour une fois.
Le reste de la journée, je n’ai rien fait de très passionnant pour vous,
si ce n’est un tutorat pour la Fédération Française de Danse, dans une école aux alentours d’Aix-en-Provence.
Avec la création en cours, nous avons eu un peu de mal à trouver un créneau de disponibilité commune.
Il restait ce mercredi,
même si ça coinçait un peu au niveau des horaires :
je finissais à 19h, heure où je devais commencer le cours à La Ciotat.
Avec une bonne grosse demi-heure de route entre les deux studios,
contrairement aux autres mercredis, je ne serai pas en avance …
J’ai profité de l’occasion pour demander à Anaïs de commencer le cours à ma place.
Premier remplacement pour elle dans cette école.
Je devrais être arrivé à la dernière demi-heure pour travailler la variation.
Anaïs m’a proposé de donner le cours en entier,
mais je préfère être là.
Je sais qu’elle commence à 9h du matin avec une classe de 4-6 ans et que sa journée est longue.
En plus, en arrivant en cours de route, je pourrais juger de l'ambiance de la classe
et rectifier le tir au cas où le courant ne passerait pas.
Bon, c’est une classe « facile ».
Ces élèves sont dynamiques, intéressés et intéressants.
Et vu la réaction dans les autres studios de danse quand Anaïs m’a remplacé
(où je me suis dit qu’elle devrait me remplacer plus souvent),
je n’ai pas trop de doute, mais sait-on jamais.
19h10.
Je quitte stressé l’école au dessus d’Aix.
Peur de ne pas arriver à temps.
C’est ridicule.
Il ne faut pas une heure pour arriver là-bas.
Et dans le pire des cas, je sais qu’elle n’a pas besoin de moi.
Mais quand même.
Je suis inquiet qu’il y ait des accrocs à mon plan.
19h55.
Je suis garé.
Quand je rentre dans le studio,
elle finit l’explication du dernier exercice de la barre.
Le stretching au sol.
Parfait timing.
J’ai le temps de me changer et de me plonger dans le bain en faisant une partie de l’exercice avec les élèves.
L’ambiance est calme.
Tout le monde a l’air tranquille.
Tout va pour le mieux.
À 20h, passation de pouvoir.
« je laisse la place au chef »
Cette fois-ci, c’est moi qui sourit.
Gwen, une des élèves, me dit pendant que je branche ma tablette :
« c’est sympa d’avoir quelqu’un d’autre de temps en temps, elle nous dit des choses que tu ne nous dis pas
- ah ben merci ! Je peux repartir si tu veux »
Je prends un air faussement contrarié,
on rit.
20h05,
nous commençons la variation.
Ça faisait très longtemps que je n’avais récupéré un cours en route.
Et c’est très étrange.
Cette danse, qui n’est rien d’autre que mon impro du vendredi 26, est complètement inscrite dans mon corps,
je l’ai transmise la veille,
et j’arrive à me tromper
(ce qui fait bien rire Anaïs ... et elle a raison de se moquer !)
Mon cerveau n’a pas eu le temps d’atterrir.
La barre, cela sert bel et bien aussi à ça,
à changer de dynamique par rapport au dehors
(on a beau le savoir, c’est toujours mieux en le vivant).
Petit à petit mon esprit se pose,
et nous reprenons la vitesse de croisière habituelle.
Je les libère vers 20h35.
Elles ont l’air contentes,
je me sens à peine « là ».
C’était bien trop court.
On se quitte sur le parking et on se dit : « à demain ! »
car pour que nous ayons quand même une répétition ensemble dans la semaine,
nous allons squatter un autre studio,
celui de l’école où je donne les cours le jeudi soir,
le centre Isadora.
Le jeudi matin est pire que le mercredi.
La nuit a été courte.
Une nouvelle vague d’inquiétude arrive.
Celle du départ.
Dans une semaine, je ferai mes affaires.
J’en parle avec Cheng Wei.
En préambule, le tremblement de terre :
« So … Earthquake ? Is everything ok ?
- Still alive
- Aaaah … Happy to read that
Did you feel anything?
I saw it was more on the east coast
- Yeah,we felt it some big shake »
Donc oui, la terre a tremblé mais c’est vraiment le cadet des ses soucis ...
« so ...
I know that you're mega giga over superplus busy
but ...
may I caress the possibility to know how much money I bring for the room (or the bridge)
where I may stay ?
- Let's say 8000~~ just in case XD
- just in case ?
(well a bridge should be cheaper indeed)
- XD,you can bring more. Then it will be your shopping fee
- ok
at least I know a little bit of something
- Great, XD »
Donc bon, je sais qu’il faut que je prévoie 8000 dollars taïwanais (225 euros) pour la location de l’appartement,
mais je ne sais toujours pas où je dors
(pour les anglophones qui se demandent pourquoi je parle d’un pont,
c’est que la première fois où les deux amis sont venus en France,
j’avais dit à Wan Chu qu’elle aurait un bel appartement et que Cheng Wei dormirait sous un pont).
Je regarde aussi les horaires du TGV.
Arrivé à Taoyuan, l’aéroport international de Taipei, il faudra que je prenne le train pour gagner le sud.
Avec le Nouvel An peut-être que les trains seront bondés ?
Je demande :
« I guess 2/17 is the Chinese New Year Saturday
the trains may be crowded
- Super crowded
- so I may book a place
- You should, HSR should be out of ticket soon
- ok
I land at 4
I'll take a seat around 6 to be sure to catch it
- arriving at 7:45 pm at Zuoying
so I should be just in time for dinner »
Billet réservé pour le TGV de 18h.
Puisque ma tête est à l’est, j’envoie un mail à Su Ling,
à propos du tremblement de terre qui a secoué l’est du pays la semaine dernière.
Je n’ai pas de nouvelles depuis cet été,
peut-être qu’elle sortira enfin de son silence ?
Jusqu’à l’heure du déjeuner, je retouche quelques photos,
je vais faire réparer ma deuxième paire de lunettes chez l’opticien.
Bref, du point de vue des chroniques, je ne fais rien.
Et bien-sûr, je culpabilise
bien que je sache pertinemment que je ne suis pas en état de faire grand chose.
13h,
cuisson des pâtes.
Les sucres lents du jeudi.
Doublement important aujourd’hui
où je me suis rajouté trois heures de répétition aux trois heures de cours qui suivront.
Je n’aime pas trop ça mais nous n’avons pas le choix.
Anaïs me rejoint à 15h,
j’ai le temps de faire une micro-sieste de 20 minutes.
Réglage du réveil sur le téléphone.
je m’écroule sur le sofa.
14h50,
je me réveille en catastrophe.
Le téléphone n’a pas sonné.
Satanées machines modernes qui ne savent pas analyser les actes manqués :
je l'avais réglé à 15h45.
Il attendait docilement la bonne heure pour m’alerter.
Je préviens Anaïs :
« Désolé, quinze minutes de retard »
Course sous la douche,
préparation express des affaires,
(heureusement qu’à part un tee-shirt propre,
je n’ai rien à chercher dans le capharnaüm qu’est redevenu mon appartement),
je pars à l’heure où je lui ai dis que j’arrivais.
Malaise.
Je ne suis de moins en moins en retard maintenant.
Petite boule d’angoisse supplémentaire le temps de regagner le studio
qui, heureusement, est à quelques minutes à pied.
15h20,
je monte les escaliers,
traverse les couloirs labyrinthiques au pas de course.
Anaïs m’attend sur le banc, judicieusement entreposé dans la petite cour intérieure,
devant les bureaux de la société qui fait face à l’école de danse.
Elle a le nez dans son smartphone.
« Désolé ... »
Vous imaginez sa réaction : elle rit.
J’ouvre le rideau métallique beaucoup trop sonore,
allume les lumières,
ouvre les volets,
la petite boule du retard se dissipe,
on se met au boulot.
« Tes cours se sont bien passés ce matin ?
- ça va ! » dit-elle en riant encore
« En même temps, le jour où tu me diras que quelque chose ne va pas ... »
Nouvelle salve de rires
« J’ai eu du mal à me lever ce matin ...
- ah quand même ! »
(je me sens moins seul …)
Premier exercice de la barre.
Mon corps aurait besoin de tout l’échauffement
mais bon, on a une demi-heure de retard à cause de moi, pas le temps de chercher son petit confort.
La suite de Cijin.
Je transmets à la danseuse le sol créé en impro mardi matin
et les parties des impros qu’elle dansera avec Wan Chu.
La forme, les comptes.
Je me lamente contre moi-même.
Comme souvent quand je pars d’une création spontanée et que je ne prends le temps de l’analyser,
j’ai beaucoup de mal à reproduire ce que je vois.
C’est effarant de voir que même quand j’improvise, je fais des choses aussi tordues rythmiquement.
Et puis, cette danse qui n’a, comme souvent, l’air de rien, est pleine de petits détails,
de regards, de variations de vitesse là où on ne s’y attend pas.
Anaïs a un peu de mal avec toutes ces choses insignifiantes, qui ont pourtant, tant d'importance.
Elle râle presque contre moi.
J’aime bien.
Mais je ne suis pas du tout inquiet.
J’ai vu, notamment dans le duo au parapluie,
comment petit à petit, mais somme toute assez rapidement,
elle arrive à s’approprier et à maîtriser les choses.
Autres surprises liées à la mise en forme d’un travail improvisé,
la transformation dans la transmission :
En apprenant à mes élèves la danse issue de l’improvisation du vendredi 26.
(celle qu’Anaïs a encore travaillé hier soir en cours)
j’ai changé des choses sans m’en rendre compte.
Parce que mon état m’a envoyé ailleurs un certain soir,
parce que je voulais que les élèves passent une certaine posture,
cette danse s'est dégagé de la version originale, dont elle diffère par endroits.
Je laisse Anaïs danser la version qu’elle maîtrise.
Elle est tout aussi bien, et elle s’y est déjà un peu installée.
Il n’y a que le rythme à changer.
17h15.
Sa partition en duo avec Wan Chu est finie.
C’était mon objectif du jour.
Je suis content.
Il y a certaines transitions dont je ne suis pas certain.
Je regarderai tout ça à tête reposée plus tard.
On a encore lundi et mercredi prochains pour rectifier le tir.
Puisqu’il nous reste un peu de temps,
on s'approche tranquillement de la fin de Cijin
avec une phrase que j’ai créée le premier jour de travail au Pavillon Noir.
On le regarde ensemble et on travaille ce que l’on vient de voir.
Pas besoin de beaucoup de temps pour cette phrase-là,
son corps se remet sur les rails des choses qu’elle a déjà dansées.
On filme.
La première prise n’est pas assez bonne pour Anaïs
(comme d’habitude).
Ça tombe bien,
une fois de plus la carte vidéo est pleine.
Je n’ai pas la fin de la danse.
Petit nettoyage rapide et on refait une captation.
(bien-sûr, je décide de change de prise de vue ... montage à venir .. encore ..)
Tout est dans la boîte.
Je pourrai m’en servir demain pour vérifier que tout concorde avec ce que je compte faire danser à Cheng Wei.
Nous sommes bien fatigués au moment d’attaquer les deux cours.
Anaïs assiste au premier qu’elle donnera quand je serai parti.
(elle pourrait juste le regarder, mais bien-sûr, elle le fait)
Les élèves sont autant fatigués que nous.
Ça tombe bien
mais cela rend les classes bien plus longues.
Mon genou donne des signes de faiblesse.
Et Anaïs commence vraiment à être sur ses réserves.
(un truc étonnant, quand est fatiguée, elle accélère tout ... avec moi, elle est mal barrée).
On se quitte sur la grande place,
couverte des tables des terrasses de bar encore bien remplies malgré la fraîcheur de l’air.
Je suis inquiet pour la route qui lui reste à faire.
Comme je l’étais avant pour Marie quand elle venait au cours et qui lui restait à faire au volant
à peu près la même distance qu’Anaïs va parcourir maintenant.
Je rentre chez moi à vitesse petit v.
(et je ne vous parle même pas des trois étages à monter).
À l’appart’, je n’ai pas l’énergie de me faire à manger,
ni de manger d’ailleurs.
Je vais discuter un peu sur le net.
Sylvain ne va pas très bien ce soir.
On ne s’accommode pas toujours de la vie d’ours solitaire.
Je le réconforte comme je peux.
Je pourrais l’appeler mais je n’ai plus d’énergie.
Je fais mon possible pour lui faire entendre que je suis là par la pensée.
Ça n’est pas suffisant mais je ne peux pas faire grand chose d’autre.
Je m’endors dans la tristesse.
Moins grande que la sienne.
C’est certain.

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